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CHOIX DES ARCHAISMES
Courier avait fait une étude très approfondie du vieux français. Il a dû souvent, quand l’expression d’Amyot ne le satisfaisait point, chercher ane autre tournure archaïque chez les écrivains de la même époque, par exemple chez Rabelais, Des Périers, Henry Estienne, voire chez des auteurs plus récents. Il a donc à sa disposition des archaïsmes autres que ceux d’Amyot ; ce sont, pour ainsi dire, des archaïsmes de rechange ; et il sait en user habilement, mettant un mot plein de saveur là où le vieux traducteur s’est contenté d’une expression qui nous semble banale et effacée.
« Ainsi comme ilz estoyent à table », dit bonnement Amyot ; mais Courier, se souvenant de La Fontaine, donne à sa phraseun plus délicat parfum d’archaïsme en écrivant : « Ainsi qu’il faisoient chère lie. » Chez Amyot, Dorcon s'exprime avec la trivialité d’un bouvier lorsqu'il dit : « les mechans larrons coursaires m'ont decouppé comme le boucher feroit un bœuf ». Courier est bien plus élégant, et il donne à son style un cachet plus sûr d’antiquité, lorsqu'il écrit : « Ces méchants larrons de corsaires m'ont navré comme tu vois. »
On voit par là combien minutieux fut le travail du traducteur moderne, et par quelles délicates préoccupations artistiques il fut guidé dans le choix de son vocabulaire. Cherchons donc à définir la méthode qu'il a suivie.
Au point de vue du choix des expressions, sa méthode est la suivante :
1° Dans la plupart des cas, il suit Amyot, en ne rajeunissant que l'orthographe ;
20 Dans d’autres cas, il abandonne les vieilles expressions d'Amyot ;
3 Enfin, dans certains cas, il ajoute des archaïsmes au texte d'Amyot, et c'est particulièrement dans les dernières éditions B et C que se manifeste ce vieillissement voulu du texte.
Ces efforts alternatifs pour rajeunir et pour vieillir le texte d'Amyot seront mis en lumière au moyen des deux tableaux sui-
vantis :
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