‹ Les Patriotes de 1837-1838Chapitre 14 sur 49 · T8 LES PATRIOTES · texte numérisé non relu

T8 LES PATRIOTES

ment et que je ne veux plus encourir aucune i'esponeabilité dans cette affaire.

" T.-S. Brown, Ecr,

" Je suis, monsieur,

" Yotre obt. sert.

"John Mayne, " Capt. Eégiment des Eoyaux."

Ainsi se termina l'affaire qui fit sensation dans le temps et augmenta la réputation de bravoure qu'avait Eodier. Les patriotes furent enchantés de voir avec quel succès il avait tenu tête aux militaires, et ceux-ci furent les premiers à louer son coui-age et son sauof. froid. Les citoyens purent, après cette affaire, circuler sm' les trottoirs autant qu'ils voulurent.

Rodier n'avait ni le caractère sérieux, ni l'esprit élevé et cultivé de M. Papineau, ni sa parole solennelle et imposante, mais il parlait avec beaucoup plus de verve et d'enthousiasme. Au feu sacré qui fait les orateurs, il joignait une belle imagination, une voix agréable, un geste gracieux.

Elu membre de la Chambre d'assemblée par les électeui-s du comté de l'Assomption, en 1834, il vota en faveur des 92 résolutions, prit part aux débats qu'elles soulevèrent et se montra l'un des partisans les plus avancés de la résistance. Ayant appris, dans le mois de novembre 1837, qu'il devait êti-e arrêté et sa tête mise à prix, il quitta la ville et s'enfuit aux Etats- Unis.

Il vécut la plus grande partie du temps à Swanton, Burlington et Eouse's Point, et prit pai-t aux préparatifs qui furent faits par les réfugiés canadiens, pendant l'hiver de 1838, pour organiser un autre soulèvement.

Tl était un de ceux que lord Durham avait exclus des bénéfices de l'amnistie, mais lorsque la proclamation du célèbre gouverneur fut annulée par le gouvernement anglais, Rodier se hâta de retourner au Canada.

Il publia alors dans les journaux une lettre qui fut considérée comme un acte de soumission et de faiblesse et lui fit perdi-e en grande partie la popularité dont il jouissait parmi les patriotes.

Il se remit à l'exercice de sa profession et resta tranquille pendant les tristes événements de l'automne de 1838. L'année suivante, il mourait emporté par une maladie de vingt heures.

Sa mort fut considérée comme une perte sérieuse pour le baiTeau et la société dont il était l'un des ornements. Avec du travail et une vie un peu plus réglée, il serait devenu l'un des hommes les plus distingués du pays.

JEAN-JOSKPH GIROUARD.

" Nous devons à nos lecteurs comme à la mémoire de celui qui fait le sujet de cette notice, de consigner dans nos pages quelques détails sur la vie de ce citoyen vénéré. Si sa carrière a été remarquable par le patriotisme et le talent, elle ne l'a pas été moins par les qualités morales et par l'exercice des vertus chrétiennes. C'est un exemple de plus à présenter à nos compatriotes dans la fortune comme dans les malheurs ; c'est aussi un encouragement puissant en faveur de ceux qui, n'ayant pas eu dans leur jeunesse l'avaniage d'études collégiales, ont cependant en M. Girouard une preuve qu'on peut y suppléer par l'étude et la persévérance, et s'élever ainsi à une hauteur intellectuelle qu'il est donné à peu d'hommes d'atteindre.''

Tel est l'éloge que faisait de M. Girouard, dans la Minerve du mois de septembre 1855, son ami, Thon. A.-N. Morin, et son émule en talents et en vertus. Cet éloge flatteur était l'écho fidèle des sentiments d'affection et de respect de la population canadienne-

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française. Quoique M. Girouai-d n'ait pas joué dans, la politique un rôle aussi brillant que les Viger et les Morin, l'influence qu'il a exercée sur son époque par ses conseils et ses exemples, lui donne droit d'être placé à côté de ces hommes dans le Panthéon canadien.

A Québec appartient l'honneur d'avoir* donné au pays cet excellent citoyen. M. Girouard y naquit, le 11 novembre 1795, d'une famille acadienne. Son père, qui commandait un petit bâtiment sur le fleuve Saint- Laurent, périt dans une tempête vis-à-vis de Saint- Valier, le laissant orphelin à l'âge de cinq ans. Sa mère, restée veuve avec trois enfants, sans aucun moyen d'existence, eut le bonheur d'être recueillie par un vénérable prêtre, M, Gatien, l'aîné, alors curé de Sainte-Famille. Le bon prêtre ayant été appelé à desservir la paroisse de Sainte-Anne des Plaines, dans le disti-ict de Montréal, et plus tard celle de Saint-Eustache, la famille Gii'ouard le suivit.

M. Gatien remarqua de bonne heure l'intelligence précoce et les bonnes dispositions du jeune Girouard, et s'appliqua à les développer. "On raconte même, dit M. Morin, que, sui-pris de l'ordre avec lequel son pupille ai'rangeait tout ce qui faisait le sujet de ses occupations, il l'avait comparé à un faiseur de lois." La manière dont le jeune Girouard profita de ses leçons, le récompensa dès ici-bas de sa charité et de son dévouement pour une famille malheureuse.

Combien d'hommes utiles, de prêtres et de citoyens distingués nous devons au patriotisme et à la charité d'hommes, de prêtres généreux comme M. le cui-é Gatien! C'est là une des plus grandes gloires du clergé canadien, l'un de ses titres les plus incontestables à la reconnaissance du pays.

Malheureusement, cette rosée du ciel qu'on appelle ** la protection " ne tombe pas toujoui's sur une bonne

ten-re, ne produit pas toujoui-s les meilleurs fruits ; les Girouard ne poussent pas partout.

On remarquait dans le jeune Girouard une variété de talents et d'aptiludes remarquables; il apprenait ce qu'il voulait : m asique, peinture, architecture, mécanique, littérature et philosophie, rien ne semblait inaccessible à son esprit souple et privilégié. Livré, après la mort de M. Gatien, à ses seules ressources, n'ayant plus personne pour le faire vivre et cultiver son esprit, il ne se découragea pas et se lança avec la plus grande ardeur à la poursuite des connaissances humaines.

Il joignit heui-eusement an goût et au talent d'apprendre, un caractère tenace et persévérant.

En 1812, on le trouve à Sainte-Geneviève, étudiant la loi sous Me Mailloux, et en 1816 à Saint-Eustache, où il est admis à la pratique du notariat. Il va s'établir à Saint-Benoît, qui était alora un centre d'affaires important, s'y fait en peu de temps une excellente clientèle, et y épouse une demoiselle Félix, sœur du curé de l'endi'oit.

La sagesse de sa conduite et do ses conseils, l'habileté, le jugement et l'honnêteté dont il faisait preuve dans l'exercice de sa profession, le patriotisme ardent qu'il manifestait en toute occasion, étendirent bientôt sa réputation au-delà des limites do Saint-Bonoît. On venait de loin lui confier des affaires importantes, le consulter sur toute espèce de choses: on le forçait d'être notaire, avocat et prêtre en même temps.

Lorsque les diflScultés entre les gouverneui-s et la Chambre d'assemblée commencèrent à agiter le pays, il fit preuve d'une vivacité et d'un esprit de résistance qui faisaient un contraste frappant avec sa modération ordinaire. Il ressemblait, sous ce rappoit, à son ami Morin, si doux, si inoffensif dans les choses ordinaires de la vie, et, cependant, si énergique, si ardent lors-

qu'il s'agissait de justice, de liberté ou de patriotisme. Natures d'élite, humbles et modestes, faibles même en apparence, mais inflexibles, que les nobles sentiments, les grandes questions d'intérêt politique ou national transforment et exaltent jusqu'à l'héroïsme !

M. Grirouard contribua puissamment à répandre, dans la paroisse de Saint-Benoît et les paroisses environnantes, ses sentiments de résistance et d'indépendance patriotique.

Le Dr Labrie, qui représentait le comté des Deux- Montagnes, étant mort en 1830, on crut que l'homme le plus digne de le remplacer à l'Assemblée législative était M, Girouard. M. Girouard accepta, fat élu et continua de représenter le comté des Deux-Montagnes jusqu'en 1837, pendant l'époque la plus tourmentée de notre histoire politique.

Comme il n'aimait pas à parler, il ne prit pas une part considérable aux débats violents dont l'Assemblée législative fut le théâtre, mais n'en acquit pas moins une grande autorité auprès de ses collègues par l'étendue de ses connaissances, la fermeté de ses convictions et l'aménité de son caractère. Il rendit de gi-ands Bcrvices au pays en s'occupant de questions municipales et d'éducation dont il avait fait une étude spéciale, et qui étaient à cette époque généralement ignorées. Il fut fidèle à la cause libérale jusqu'à la fin, vota avec les patriotes en faveur des quatre-vingt-douze résolutions, du refus des subsides, et de toutes les lois qui avaient pour but de revendiquer les droits de la Chambre.

Loi-sque le gouvernement anglais eut achevé d'exaspérer le pays en autorisant lord Gosford à prendre sans scrupule dans le coffre public, l'argent dont il aurait besoin, M. Girouard prit part aux assemblées qui eurent lieu dans un grand nombre de comtés pour protester contre cette violation des prérogatives de la

Chambre. H parcourut, avec M. Papineau et M. Morin, quelques-uns des comtés du district de Québec. Dans ses discours comme dans ses conversations, il Be prononçait avec énergie contre les abus du gouvernement, démontrait la nécessité de protester contre la violation des droits du peuple : " Nous devons faire assez de bruit, disait-il, pour qu'on nous accorde ce que nous avons le droit d'obtenir comme citoyens libres." Mais il ne voulait pas de résistance à main armée et n'y pensait même pas.

M. Girouard ne vit pas sans inquiétude les pi'Oportions que prenait l'agitation, mais convaincu qu'il était inutile d'essayer de tenir tête à l'orage, il se décida à le laisser passer.

Il est difficile maintenant, à une époque où les esprits et les caractères sont plus ou moins blasés par des luttes mesquines, de se rendre compte des sentiments et des pensées des hommes de cette époque. On oublie qu'ils avaient la fraîcheur, la naïveté même des sentiments, l'indépendance de pensée et l'amour de la liberté qu'on trouve à l'origine des sociétés, et qui enfantent les Washington, les Franklin et les Jefferson.

C'étaient des grande âmes que celles des Bédard, des Papineau, des Morin, des Viger, des Girouard, des Chénier ; des âmes où l'amour de la patrie et de la liberté devait naturellement produire de grands effets et faire naître le désir et l'espoir de donner l'indépendance à leur pays opprimé.

Quoi qu'il en soit, les patriotes ne se bercèrent pas longtemps d'illusions ; écrasés à Saint-Eustache comme à Saint-Charles, dans le Nord comme dans le Sud, ils comprirent que le courage et le patriotisme ne suffisent pas pour se batti-e contre des canons.

M. Girouard était occupé à visiter les avant-postes du camp de Saint-Benoît, quand il apprit que tout était perdu à Saint-Eustache et que Girod venait d'ar-

river chez lui à course de cheval. H ee rendit à îa hâle à sa maison et trouva en effet le fameux Girod, qui essaya de lui faire croire qu'il venait à Saint-Benoit cherclier du renfort. M. Girouard, indigné, l'apostropha dans des termes si sévères, que Girod, confus, écrasé par la honte, se retira sans rien dire pour aller trouver les MM. Masson, qui ne le reçurent pas mieux.

M. Girouai'd, voj^ant que la résistance était impossible, ne songea plus alors qu'à mettre les patriotes à l'abri de la vengeance de Colborne. Il leur conseilla de s'en aller chacun chez soi, de cacher leurs armes et d'éviter tout ce qui pourrait fournir à leurs ennemis un prétexte de leur faire du mal. Il avait lui-même l'intention de rester chez lui, mais les supplications de son épouse, et les instances des patriotes, le décidèrent à s'en aller ; on lui fit comprendre que, dans leur intérêt comme dans l'intérêt de la population, les chefs devaient disparaître. Ils partirent donc. M. Girouard se dirigea du côté des Etat-Unis, et s'arrêta au Côteaudu-Lac.

Sa tête était mise à prix ; une récompense de deux mille piastres étaient offerte pom* son arrestation ; mais, au lieu de songer à le trahir, chacun cherchait les moj^ens de l'aider à s'échapper. Il se décida à accepter l'hospitalité d'un nommé Saint-Amand, un brave homme que toutes les richesses de la terre ou les supplices les plus cruels n'auraient pas fait parler. M. Girouard était en sûi-eté là, il pouvait y rester sans danger, et on lui offrait tous les joui-s de le conduire aux Etats-Unis. Mais quand il apprit que les Dumouchel et les Masson étaient arrêtés, il ne put résister à une pensée de générosité ; il crut qu'il devait partager le sort de ses amis, aller les i-ejoindre en px-ison. C'est ce qu'il écrivait à son épouse, le 16 janvier 1838:

" Lorsque j'eus appris, disait-il, que tous, ou pi-esquo

tons mes amis, les deux jeunes MM. Masson, M. Dumouchel père, et ses deux fils étaient en prison, j'ai tout de suite changé de détermination, et j'ai pensé que ce serait de ma part une espèce de lâcheté de les abandonner dans une circonstance aussi pénible où je pouvais leui* être utile. Je résolus donc d'aller les rejoindre et de partager leur sort, quel qu'il fût."

Ce fait démontre combien les hommes de 37 avaient l'âme grande, les sentiments élevés.

M. Grirouard écrivit au colonel Simpson, qui commandait au Côteau-du-Lac, qu'il était prêt à se livrer entre ses mains et à pai-tir pour la j^rison, s'il promettait d'empêcher qu'il fût maltraité sui* la route comme tant d'autres patriotes l'avaient été. Le colonel Simpson, hem'eux de mettre la main sur un pareil homme, qui lui faisait gagner si facilement les deux mille piastres offertes pour son arrestation, promit tout, et conduisit lui-même, le même jour, M. Girouard à la prison de ]\Iontréal.

L'aiTCStation de M. Girouard fit beaucoup de bruit. Les joui-naux toiys jubilèrent, et les patriotes le reçui-ent en prison avec attendrissement. On lui donna une cellule privée, et on ne lui pei-mit pas de communiquer avec les auti-es prisonniers. Il fut cependant mieux traité que les autres ; il était mieux couché, avait plus d'air et d'espace ; sa nourriture, grâce à ses ressources personnelles et au dévouement de ses amis, fut toujoui's convenable. Il passait son temps à lire, à dessiner, à faire des calculs, à résoudre des problèmes scientifiques et surtout à dessiner au crayon les portraits de ses amis et de ses compagnons de prison.

Il envoyait ces portraits aux familles des pauvres prisonniers. Quel plaisir, quelle émotion quand on recevait le portrait d'un fils, d'un époux et d'un frère qu'on n'était pas sûi* de revoir 1

Il a fait de mémoire plusieui-s de ces portraits, entre autres celui de Chénier.

Dans les lettres qu'il écr it à sa femme et à son am M. Morin, il s'occupe constamment de ses parents, de ses amis, de ses compatriotes ; sa bonté, sa générosité et son patriotisme éclatent à chaque ligne.

Il y avait six mois que M. Girouard et les pati-iotes de 1837 étaient en prison, lorsque loi-d Durham arriva, chai-gé de la mission de pacifier le pays. Le brillant vice-roi s'occupa d'eux en aiTivant, mais il fut fort embarrassé. Xe pouvant pas les mettre devant une cour militaire, et sachant que les procès par jiu*y étaient impossibles dans ces circonstances, il songea et crut avoir trouvé un excellent moyen de sortir d'emban-as, c'était d'obtenir des principaux patriotes, des chefs du mouvement, une confession, un plaidoyer de culpabilité, et d'amnistier les autres prisonniers. Il envoya donc d'abord le colonel Simpson auprès du Dr Nelson, de M. Girouard et de M. Bouchette, qu'il considérait comme les chefs, afin de les sonder à ce sujet, et de leur demander de signer un projet de déclaration ou de confession soigneusement préparé.

Le colonel Simpson fut très insinuant ; il épuisa toutes les ressources de son esprit pooi- faire accepter son document. Le Dr Nelson et M. Bouchette se laissaient gagner, lorsque M. Girouard, prenant la parole avec énergie, leur fit voii* tous les dangers, les embûches que cachait cette habile déclaration destinée à fournir aux autorités la base qui leur manquait pour agir.

" Je me jetterai, s'il le faut, aux pieds de mes compagnons de prison, dit M. Girouard, pour les empêcher de signer un document qui les compromettrait inutilement, et foumii-ait à leurs adversaires les ai-mes qui leur manquent."

Il alla, en effet, les trouver, leur dit ce qui s'était

passé, et les conjui-a de ne pas se laisser convaincre par personne. Cependant, MM. Nelson et Bouchette, croyant que c'était le seul moyen d'en finir, et se flattant que ce document serait suivi d'une proclamation d'amnistie générale, sauf peut-être quelques mois d'exil volontaire pour les signataires, ils s'efforcèrent de prouver qu'avec des modifications, ce document serait fort acceptable. Lorsque M. Girouard vit que leur opinion était pai-tagée par MM. Masson, Marchesseault, Viger et quelques autres, il s'appliqua alors à faire biffer de la déclai-ation ce qu'il y avait de plus compromettant, " mais elle resta toujours, écrivait M. Girouard, le lendemain, encadrée des deux expressions suivantes : ' Nous nous sommes révoltés ' et ' Nous plaidons coupables.' "

Ce fut grâce à ces mots, inoffensifs en apparence, malgré toutes les explications et atténuations du reste de la lettre, que lord Dui'ham envoyait aux Bermudes, quelques joui-s après, les signataires du document. Ils compiirent alors la sagesse des conseils de M". Girouard ; mais c'étaient des hommes de cœur ; ils se dii-ent que le mal n'était pas aussi gi-and que M. Girouard l'avait prévu, puisque la letti-e qui les faisait exiler faisait sortir de prison tous les autres prisonniers.

En effet, l'amnistie fut proclamée, et M. Girouard reprit le chemin de Saint-Benoît.

Il avait eu d'abord l'intention d'aller s'établir au loin ; mais les témoignages de respect et de sympathie qu'il reçut de toutes les pai'ties du comté des Deux- Montagnes le décidèrent à rester au milieu de ses parents et de ses amis. Il se remit avec ai-deur au travail ; ses succès étendirent sa renommée comme notaire, et refirent sa fortune épuisée. On s'adressait à lui de partout pour avoir son opinion dans des cas difficiles, on l'envoyait chercher pour l'égler les successions les plus embrouillées. Tout entier à sa profession, à sa

famille et à ses études, il smvait lea affaires du pays, exprimait son opinion quand on la lui demandait, mais refusa constamment de rentrer dans la politique.

Lors de la formation du ministère Baldwin-Lafontaine, en 1842, tous les moyens furent employés pour décider M. Girouard à accepter un portefuille dans le nouveau gouvernement. Tout fut inutile. Il refusa en donnant pour raison qu'il n'avait ni la capacité, ni la santé, ni le goût nécessaire poui" remplir les hautes fonctions qu'on lui offrait.

Les événements de 1837, les douleui-s et les infortunes de tant de gens qui lui étaient chers, avaient produit une profonde impression sur son âme ; il avait promis de ne plus prendre une part active aux événements politiques. Peut-être n'avait-il pas pleine et entière confiance dans le succès et le fonctionnement du nouveau régime ; il ne croyait plus aux promesses des gouverneui's anglais.

Deux ou trois fois, les électeurs voulurent le renvoyer à la Chambre, mais il tint bon jusqu'à la fin ; sa profession et ses études absorbaient son temps et son esprit.

Son amusement favori était la pêche ; il passait des journées entières à pêcher, et quand il avait réussi à prendre du poisson, son plaisii* était de le distribuer parmi ses amis.

n aimait aussi à se délasser dans des réunions de famille et d'amis où il se montrait aimable. Ses connaissances variées, son esprit sérieux et artistique en même temps, rendaient sa conversation très-instructive et attrayante ; mais il n'était pas toujoui-s disposé à parler, et désappointa plus d'une fois des pei-sonnes réunies exprès poui- l'entendre.

Il était gi-and, mais courbé ; son teint était maladif, sa physionomie sérieuse, ses manières simples, modestes.

Il souffrit toute sa vie d'une maladie de foie qui réagissait parfois sur son eai-actère. D'un tempérament bilieux, il était très-prompt, mais il était conti-ôlé par son jugement et son cœur, aussi bons l'un que l'autre. Comme MM. Morin, Viger, Cherrier et plusieure autres hommes de cette grande génération, il était aussi bon chrétien que bon citoyen, pratiquait ce qu'il croyait, et faisait aimer la vertu et la religion par la sincérité de ses convictions et la force de ses exemples. Es savaient concilier, ces grands citoyens, leurs devoirs envers Dieu avec leurs devoire envers la patrie, et manifestaient leui- foi dans leui-s œuvres et leur conduite.

Les familles qui avaient souffert dans les ti'oubles de 1837, et les infortunés en général, trouvèrent toujoui's dans M. Girouai-d un ami, un protecteur*. Sainte Benoît possède dans l'hospice d'Youville un monument qui atteste la générosité et la charité chrétienne de cet excellent < i oyen.

M. Grirouard avait perdu sa première épouse en 1847 ; quati-e ans après, en 1851, il épousa en secondes noces Mlle Emilie Berthelot, sœur de M. le juge Berthelot, une femme digne de lui par l'esprit et le cœur, qui s'associa à ses bonnes œuvi-es et les continua quand il ne fut plus de ce monde.

H put, gi-âce à une vie régulière et malgré un travail constant et excessif souvent, prolonger ses joui^s, vivi-e plus longtemps que sa santé délicate le faisait présager. Cependant, au commencement de l'année 1855, ses forces commencèrent à décliner visiblement ; il comprit que la fin était prochaine et vit an-iver la mort avec la confiance et la paix que donne une vie pleine de mérites.

Il mourut, le 18 septembre 1855, et fut inhumé dans la chapelle qu'il avait fondée ; une pierre tumulaii-e, duo au pati'iotisme et à la piété de son beau-fi'ère,

Thon, juge Berthelot, indique l'endroit où reposent ses cendres.

" Sa mémoire vivra longtemps, nous écrivait, il y i quelques années, le Dr Dumouchel, dans cette bonne vieille paroisse de Saint-Benoît. Je le dis avec d'autant plus de confiance qu'il a laissé deux fils qui promettent de perpétuer la renommée de leur vénéré père, dont ils ont raison d'être fiers de porter le nom."

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