‹ Les Patriotes de 1837-1838Chapitre 30 sur 49 · LES PATRIOTES 21T · texte numérisé non relu

LES PATRIOTES 21T

Lettre de Lewis-Thomas Drummond, avocat, adressée à Son excellence sir John Colborne, la veille de l'exécution de Cardinal et Duquet.

" A Son Excellence, le lieutenant-général, sir John Colborne. adrainistrateui du gouvernement du Bas- Canada, etc., etc.

" QuHl plaise à Votre Excellence,

'* Ayant accompli ma lourde tâche, comme avocat des infortunés dont l'arrêt de mort à été prononcé, j'ai encore un devoir à remplir comme sujet anglais dont le seul désir est de voii* la paix rétablie dans son malheui'eux mais bien-aimé pays d'adoption. Il ne sera pas dit qu'aucun autre que l'avocat payé n'a osé élever la voix poui' réprouver les procédés pris avant l'exécution des malheui'euses victimes. Non, car si, en ce moment, je m'adresse à Voti'e Excellence, en mon caractère particulier, comme homme et comme chi'étien, c'est pour vous demander, c'est pour vous implorer, dans l'intérêt de la justice, pour l'honneur de la nation anglaise, de vous an-êter avant la consommation de l'acte qui doit mettre fin à l'existence de deux de vos semblables, dont la culpabilité, (comme il sera démonti-é avant longtemps), n'a pas été établie d'une manière légale. S'il n'existe qu'un doute sur la légalité du pouvoir du tribunal qui les a jugés, le doute seul devi*ait, je le suggère humblement, porter Yotre Excellence à suspendi'e leur exécution jusqu'à ce que l'on ait eu l'occasion de faire de ce doute une certitude ou de l'anéantir. Mais les principes de l'équité mis pai* la nature dans le cœur de l'homme, et consignés au code de toutes les nations civilisées du monde, nous crient hautement qu'aucun homme ne peut être mis en jugement par une loi promulguée après la perpétration do

l'ofiTense dont il est accusé ; et quelle est la conclusion à tirer ici ? C'est que Cardinal et Duquet, qui étaient commis à la garde des autorités civiles, avant la proclamation de la loi en vertu de laquelle ils ont été condamnés à mort, seront, si la sentence est exécutée, élevés de la position de coupables présumés, à celle de martyrs d'une persécution odieuse. Je ne parle pas de la nature de la preuve faite conti-e eux. Je ne parle pas du fait qu'ils n'ont pas trempé leui- main dans le sang ; que leui- plus féroce ennemi n'a pu leur imputer un seul acte de violence. Je ne veux pas peindi*e la douleui- de la femme mourante et des enfants abandonnés de l'un ni de la vieille mère de l'auti-e ; leurs larmes ont coulé en ma présence depuis trois jours ; je ne parle pas de leurs malheurs présents, ni de ceux qui les attendent. Je ne fais pas appel aux sentiments d'humanité qui jusqu'à présent ont distingué Votre Excellence. Je n'élève la voix que pour demander justice et pour que l'exécution de la sentence qui a été prononcée contre eux, soit suspendue jusqu'à ce qu'on puisse faire voir qu'ils ont été condamnés sans avoir subi de procès légal. Je parle librement, mais consciencieusement, et Votre Excellence recevi-a sans doute, avec indulgence, l'appel que m'inspirent des motifs qu'on ne peut désavouer.

" Très obéissant et humble serviteur,

" (Signé) Lewis T. Dru.m.mond.

" Montréal, 20 décembre 1838." ' .

Page 1