‹ Les Patriotes de 1837-1838Chapitre 38 sur 49 · DE LORIMIER · texte numérisé non relu

DE LORIMIER

Marie-Thomas Chevaliex- de Lorimier descendait d'une noble famille française qui resta au Canada après la cession, et consentit même à accepter des emplois sous le gouvernement anglais.

Il naquit en 1805, à Montréal, eut des succès au collège, étudia la loi sous M. Eitchot et devint son associé, son ami et le protecteur de sa famille. En 1832, il épousait Mlle Henriette Cadieux, fille aînée de M. Cadieux, l'un des notaires les plus estimés de Montréal.

Nous pourrions répéter ce que nous avons dit de Cardinal : il avait tout ce qu'il faut pour aimer la vie, pour être heureux.

Tout lui souriait. Pas une ombre ne paraissait planer sur son avenir. Mais des natures chevaleresques comme celle de de Lorimier, des caractères aussi généreux, aussi ardents, des âmes aussi susceptibles de dévouement pour le triomphe d'une grande idée, d'un noble sentiment, sont toujours en danger.

De Lorimier était de cette éternelle famille des martyrs qui meurt, depuis que le monde existe, pour toutes les saintes causes, la religion, la pati-ie, la liberté, le bonheur et le progrès de l'humanité.

Il n'aurait pu, l'eût-il voulu, s'empêcher de prendre part à la lutte que la Chambre d'assemblée soutenait conti-e une bureaucratie violente et tyrannique. Présent à toutes les assemblées, toujours au premier rang dans les élections, les discours de Papineau l'exaltaient, les propositions les plus énergiques avaient son approbation. 9 Dans l'élection du quartier ouest de Montréal

en 1832, élection où les bâtons, les pierres et les balles jouèrent un si grand rôle, de Lorimier fut un des partisans les plus enthousiastes et les plus utiles du candidat des patriotes, M. Tracey. Plus d'une fois sa vie fut en danger, un jour une balle brisa le manche du parapluie qu'il portait à la main. Il prit encore une part encoî'e plus active aux élections générales de 1834 en faveur des candidats qui approuvaient les 92 résolutions.

Nommé secrétaire de presque toutes les assemblées qui précédèrent l'insuri-ection et du comité central chargé de surveiller les actes du gouvernement et de diriger les comités de la campagne, il déploya une grande activité et un esprit remarquable d'organisation. Santé, repos, clientèle et fortune, il sacrifia tout à la cause libéi-ale. Dans la bagarre qui eut lieu entre le Doric Club et les Fils de la liberté, il se conduisit bravement et reçut une balle dans la cuisse.

Lorsque les mandats d'arrestation furent émis, il s'en alla dans le comté des Deux-Montagnes se mettre sous les ordres de Chénier pour organiser la résistance. Il était à Saint-Eustache, le 14 décembre, mais voyant que la résistance était inutile, il fut un de ceux qui conseillèrent à Chénier de mettre bas les armes. Quand il vit que ses instances étaient inutiles, il partit pour Saint-Benoît, et de là se dirigea vers les Etats-Unis en passant par Trois-Rivières.

Il était l'un des chefs de l'expédition du 28 févi-ier que les autorités américaines firent avorter en aiTêtant les armes et les munitions des patriotes. Il retourna à Plattsburgh où sa femme alla le rejoindi-e et vécut avec lui jusqu'au mois d'août.

n rentra plusieui-s fois dans le pays pour visiter les patriotes des Deux-Montagnes et de Beauhai-nois et préparer le mouvement du mois de novembre 1838. Personne plus que lui n'était convaincu du succôa de

ce mouvement, personne ne croyait avec plus d'enthousiasme à la réalisation du beau rêve qui lui faisait entrevoir l'indépendance du pays. Il communiquait aux autres sa confiance et leiu* inspirait l'ai'deui' qui l'animait.

Il était à Beauharnois, le 3 novembre, lorsque les bui'eauc]*ates de ce village furent arrêtés et que les patriotes s'emparèrent du bateau à vapeur Brougham.

11 passa plusieui's joui'S au camp Baker où les patriotes reçui'ent l'ordre de se concentrer à Napierville. Mais rendus à Lapigeonnière, ils apprirent la défaite de Eobert Nelson, à Odelltown, et décidèrent de se dispei*eer. Les uns retoui-nèrent à Beauharnois et les autres, BOUS la conduite de de Lorimier, se dirigèrent vers les Etats-Unis.

Près de la frontière, de Lorimier et ses compagnons passèrent à une portée de fusil d'un coi-ps de garde qui tira sur eux. De Lorimier au lieu de continuer son chemin avec les autres, eut la malheui'euse pensée de revenir sur ses pas, il s'égara et fut aiTêté, le matin du

12 novembre. Conduit à pied à Napierville et de la à la pi'ison de Montréal, il comparaissait devant là cour martiale, le 11 novembre, avec les chefs du soulèvement de Beauharnois. C'étaient : Jean-Bte. Brien, médecin ; Ignace Gabriel Chevrefils, cultivatem- ; Louis Dumouchel, hôtellier, de Sainte-Martine; Toussaint Eochon, voitui-ier, et Jacques Goyette, tous deux de Saint-Clément; F.-X. Prieur, marchand, de Saint- Timothé ; Joseph "Watier, de Soulanges ; Jean Laberge, charpentier, et F,-X. Touchette, de Sainte-Martine.

Le procès dura du 1 1 au 20 ; pendant neuf, joui*8 les patriotes fm-ent sui- la sellette, au pilori, en butte à la mauvaise volonté des juges, à la vengeance des témoins, à la haine et au mépris de tous ceux qui les entouraient. Tous les matins, quand ils aiTÎvaient à la cour, et, le soir, quand ils partaient, une foule de fanatiques ci.-

rages les accueillaient par des hurlements de bouledogues et des vociférations de cannibales.

C'est à de Lorimier qu'on en voulait surtout, c'est sur lui qu'on s'acharna pour le faire ti-ouver coupable. Le juge-avocat, M. Day, le prit à partie, dans son adresse à la cour martiale, et le représenta comme un homme des plus dangereux, l'un des fauteui-s de la rébellion, celui qui méritait le plus de mourir sur l'échafaud.

Les journaux bui-eaucrates annoncèi'ent avec plaisir que de Lorimier serait condamné. Ils ne se trompèrent pas. Tous les accusés furent condamnés à mort, mais de Lorimiei" seul fut exécuté.

Le 12 février, pendant la soirée, les condamnés qui, depuis trois semaines, s'attendaient tous les jours à ce qu'on les avertît de se pi-éparer à monter sur l'échafaud, apprirent que les autorités avaient fait une commande de sept cercueils. Il y en aui-ait donc sept d'exécutés, les sept premiers sur la liste, savoir : de Lorimiei", Brien, Dumouchel, Eochon, F.-X. Prieui-, Wattier et Laberge.

Quoique habitués à l'idée de mourir sur l'échafaud, les prisonniers dormirent mal dans la nuit du 12 au 13. Ces cercueils leur firent faire de mauvais rêves.

Le lendemain, à 3 heures, ils apprirent que les jugesavocats venaient d'entrer au bureau du geôlier pour signifier aux victimes choisies que le jour de l'exécution était fixé au vendredi suivant. On était au mercredi ; l'avis était coui-t.

Nous croyons devoir laisser maintenant M. Priem* raconter le dei-nier acte de ce di'ame émouvant :

" Quelques instants après, la porte de notre prison s'ouvrit et le geôlier, s'arrêtant au milieu de la porte ouverte par son aide, appela :

" — Chai-les Hindelang 1 "

"Environ dix minutes après, la porte s'ouvi-itdenouveaii et le geôlier appela :

Page 1