ACTE III
P ROSPER. ’ , ■ •,
Mon Dieu ! mon père, vous m’en demandez peut-être plus long que je n’en sais moi-mème. Devant un mal désespéré, on se jette dans toutes les aventures, au bout desquelles la lièvre du moment vous laisse entrevoir le salut... quitte à se dire, en partant : Je suis fou !.. et à se trouver, en arrivant, une jambe de moins... si ce n’est pire!..
ROUSSEAU
Je ne comprends pas... sois clair et concluant!..
PROSPER
Eh bien ! donc, mon amour a été repoussé!..
, ROUSSEAU
Parce que?
C’est là ce que j’hésite à vous dire, mon père ! non que votre juste orgueil puisse faire autre chose qu’en rire... mais parce que je craindrais que vous ne prissiez, pour cela, de celle que j’aime... une opinion fâcheuse, (vivement.) et fausse, je vous l’affirme!..
ROUSSEAU
Au fait, voyons: je m’attends à ta bordée!.. Parle!
, PROSPER
Eh bien , je suis notaire ! !.. Et on ne veut pas d’un notaire !
ROUSSEAU, indigné.
Hein?
PROSPER
Que vous disais-je ?
ROUSSEAU
Et moi, je ne veux pas d’une petite...
PROSPER, l’interrompant,
Mon père!., moi! j’en veux!.. (Tendrement.) parce que je ne pourrai jamais vous donner pour fille un être plus charmant... plus digne de vous aimer... et de se faire adorer de vous! Je dis que jeu veux... parce que vous in’y avez autorisé, en me laissant sur ce point toute liberté... Lavez-vous oublié?..
ROUSSEAU
Non!., mais enfin... si elle ne vent pas d’un notaire... vas-tu vendre ta charge?
PROSPF. R.
Nous n’en sommes pas là !
roussea u.
Comment, nous n’en sommes pas là? c’est qu’on dirait, vraiment, qu’il en serait capable!
PROSPER, avec douceur.
Calmez-vous donc !..
ROUSSEAU
Enfin : que signifie cc projet ridicule, dont cet énergumènc de Rosier est venu nous entretenir?
PROSPER
Rosier a eu tort, en ce sens que je ne l’y avais pas autorisé. Mais comment, à cette heure, pourrais-je lui en vouloir... quand, sur le fait de quelques paroles de lui, j’ai vu ses dispositions, à elle, déjà se modifier à mon égard?
rousseau.
Ce qui témoigne de la solidité de son jugement.
PROSPER
Eh, mon père, que m’importe son jugement do seize ans? et qu’ai-je à faire de me donner pour femme une jeune personne raisonnant déjà comme une vieille? Vous, le premier, serez bien avancé, vraiment?.. Que vous apportera-t-elle en cela, que vous ne possédiez au centuple?., ce qu’il nous faut, à moi comme à vous... dans celle dont je veux faire ma femme... c’est le charme... la bonté, la naïveté... c’est surtout le sens élevé, dont nous ferons plus tard le bon sens... c’est un terrain pur et riche, où nous sèmerons tous deux, vous, les trésors de votre sagesse... moi, toutes mes poésies inactives!
ROUSSEAU, radouci.
Bien!., mais, malheureux, si ta poésie, à toi, parle en prose, et si ton ange ne la comprend qu’en vers?..
PROSPER
Parfait! nous y voilà : c’est ce .que je me suis dit ce matin; alors, rimons!
ROUSSEAU
Hein?