‹ Les pauvres d'esprit comedie en trois actes, en proseChapitre 6 sur 79 · D F. LAURE · texte numérisé non relu

D F. LAURE

Je sais... qu’on le dit; et sans qu’ils le soient peut-être plus que les imbéciles .. dont on ne dit rien... parce qu’on ne s’en occupe pas!... Quoi qu’il en soit, nulle apparence de ce genre, jusqu’ici du moins, je te l’assure...

ROUSSEAU. '

Ah! tant mieux!

DELAURE.

Je ne vois en lui, au contraire, depuis ces cinq mois de mariage... que des habitudes fort simples, un caractère très-doux... et toutes les allures d’un homme de famille, qui n’a, d’ailleurs, jamais mis le pied dans la bohème, et appartient au grand, au vrai monde littéraire, dont il a la dignité, et (souriant, un peu trop peut-être les soucis, les ardeurs et les fièvres... mais ce sont de nobles passions...

Je crois bien!

DELAURE.

Et l’on ne fait rien sans elles !

ROUSSEAU

Parbleu!... Ah! cher ami, que je suis heureux de ce que tu me dis là, pour ta belle et bonne Hortonse ! Comme elle doit être fière de son mari!

DELAURE.

Elle l’aime trop sincèrement pour que l’orgueil trouve beaucoup de place dans son bonheur. Mais, pendant que nous sommes seuls, je serais bien aise de causer un peu avec toi. '

ROUSSEAU

A tes ordres, cher ami! Asseyons-nous. Voyons, qu’as-tu à

me dire? (H te fait asseoir et s’assied près de lui.)

DELAURE.

Mon Dieü, rien de très-précis, je l’avoue; mais quelque chose comme un petit secret de cœur qu’il m’a semblé surprendre cet hiver, dans mon salon... et sur lequel, si mes prévisions, confirmées par les observations de ma femme, étaient réellement fondées, il serait de mon devoir d’appeler ton attention.

10 LES PAUVRES D’ESPRIT

ROUSSEAU

Je t’écoute.

J’ai donc cru voir... (j’aborde lout de suite Ha question) que ton bon et aimable fils, Prosper, fort assidu cet River à mes jeudis, avait été assez empressé auprès de ma jeune nièce Henriette; et c’est, entre nous, à cause de cela que j'ai quelque temps hésité à l’emmener ici avec nous ; mais les lettres ayant insisté, et les choses étant d’ailleurs restées, là-bas, tout à fait dans le vague, grâce à la parfaite réserve de Prosper, il m’a paru, ainsi qii’à ma femme avec qui je m’en suis ouvert, qu’il n’y avait pas, comme on dit, péril en la demeure!., etmons avons cédé à tes instances; seulement, je me suis dit ce matin, sans en avoir même encore parlé à Louise... que, ma foi, je t’avertirais.

rousseau. •

-Tu ne m’apprends rien du tout : Prosper rh’avait tout dit, et c’est à sa prière que mes lettres ont insisté pour que ta femtne voulût bien amener ta nièce avec elle.

DELAURE.

Mais, mon ami, je dois...

ROUSSEAU

Tu vas me parler de son peu de fortune?.. Cette question, tu le conçois, ne peut me prendre au dépourvu, puisque sa mère, ta bonne sœur, a été ma cliente, et que, par conséquent, mon fils, depuis six mois mon successeur, a pu connaître, à sou et denier, son petit capital... de 80 à 100,000 fr., je crois... dont les titres dorment dans son étude.

DELAURE, le regardant.

Et franchement... (je ne parle fias de ton fils... s’il aime ! ! !) mais toi... bien franchement... cela ne t’arrêterait pas?

rousseau.

Très-franchement, non!., et je vais te dire mes raisons: j’ai... il y a quelques années, exercé sur Prosper un grand acte d’autorité... je l’ai arraché aux lettres... qu’il aimait avec passion... pour le faire entrer dansée notariat... qu’il n’aimait pas du tout. J’ai use d’énergie... il a cédé, non sans lutte, mais loyalement; et c’est là où j’ai vu l’étoffe de l’homme! Aussi, le

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