ACTE I
jour où je lui ai laissé mon étude* je lui ai dit, en l’embrassant, que ma charge valait 300,000 fr. (a Deiaure.) au bas mot; quelle serait sa dot, et que son mariage la doublerait; mais que, pour le récompenser de m’avoir sacrifié autrefois scs premières amours... je voulais qu’il fût entièrement, libre pour les secondes, et se mariât selon son cœur, sans pour cela en être plus pauvre; que si, dès lors, la femme qu’il choisirait avait moins de 100,000 écus, je parferais le reste; et, comme les 10,000 livres de revenu que cela m’enleVerait, je les mets de côté, mon fils les aurait tout de suite au lieu de les avoir plus tard... Voilà tout!
. DE LAURE, ému et souriant.
Tabellion ! ! !
ROUSSE A U
Cela posé, je n’aurais plus à te parler de ta nièce que pour te demander, à toi qui les connais tous les deux, si tu verrais dans cette union le bonheur de chacun?..
DELAURE.
Oui!... Henriette est une petite nature vive, mais bonne, ai- . mante, et véritablement digne de lui.
ROUSSEAU
Ah!
DELAURE.
Habituée à vivre au milieu de nous, dans un salon que veulent bien visiter beaucoup d’intelligences et quelques sommités artistiques et littéraires dont je suis redevable à mon gendre et que n’effraie pas trop le contact de la science, ma petite nièce y a contracté l’amour naïf de tout ce qui est intelligent, élevé, poétique.
• ROUSSEAU
Bon!
DELAURE.
Sous une véritable légèreté d’oiseau, elle a du sérieux dans l’esprit, une absence complète de coquetterie, et un curieux dédain de tout colifichet.
ROUSSEAU
Vrai? . ,
DELAU RE.
Elle .est bonne musicienne, et dessine déjà d’une manière charmante... mais sans s’en faire accroire... Oh! Dieu, non! .
Elle est trop vive pour prendre le temps de se regarder au miroir... et sa pensée marche trop vite pour qu’elle ait de l’amourpropre.
ROUSSEAU
Tu me ravis!
Voilà, en gros, ses qualités... quant à ses petits défauts... ou plutôt ses travers... ils sont peut-être un peu mon œuvre.
ROUSSEAU
Bak?
DELAURE.
C’e»t, par exemple, une habitude de tout dire, qui en fait parfois un enfant terrible; c’est aussi une petite imagination, un peu plus active peut-être que lu ne le souhaiterais, en ce qu’elle î donne naissance à quelques rêves naïfs, à quelques erreurs d’appréciation sur les honneurs et sur les choses; mais ces erreurs mêmes partent toujours d’un bon sentiment, ce qui nous empêche de trop les heurter, pour ne pas en ébranler la base.
ROUSSEAU
Je suis de ton avis!., et reconnais corametoi, dans tout cela, de grands avantages contre quelques petits inconvénients; mais je crois que la voici!
DELAURE.
En effet !