SCÈNE X
Les mêmes, HENRIETTE.
HENRIETTE 5 entrant de la gauche.
Tenez, ma tante, voici une lettre pour vous. (Bas.) Dites donc : est-ce que c’est vrai que mon cousin part demain pour Paris?
MADAME DELAURE.
D’où sais-tu ?..
LES PAUVRES D’ESPRIT
HENRIETTE
En passant tout à l’heure devant la salle à manger, j'ai entendu le domestique le dire à la femme de chambre : il avait rencontré au chemin de fer M. Rosier qui l’avait prié de rappeler à M. Monfort son rendez-vous, demain, à deux heures, au Théâtre-Français!.. Ce n’est pas possible !
MADAME DELAURE.
Chut !.. Si ! c’est nécessaire ; c’est pour sa pièce.
HENRIETTE
Mais demain?..
MADAME DELAURE.
Laisse-moi !
HENRIETTE, à part.
Par exemple ! (Elle va vers Hortenae qu’elle voit assise à gauche, et essuyant ses larmes en se cachant.) Oh ! tu peux pleurer devant moi, \a . je sais ce projet de départ... et peu s’en faut que je ne pleure moi-mème... d’indignation !
HORTENSE
Cher trésor !.. (Lui prenant la main et s’efforçant de sourire.) C’est un enfantillage !..
Oh! non!., c’est mal !
HORTENSE
Tais-toi !
HENRIETTE, étourdiment.
D’abord, est-ce qu’on travaille pendant les vacances !..
MADAME DELAURE, à part, lisant avecjoie.
Hein!..
HORTENSE
Les poètes n’ont pas de vacances, mon enfant !
H ENRIETTE.
C’est agréable!.. En effet, je le voyais de ma chambre, tout seul dans le pavillon, plongé dans son manuscrit. Il me semble qu’au moins s’il veut partir demain, il pourrait bien, aujourd’hui, être à nous... et à toi surtout !
HORTENSE
C’est pour un travail très-pressé... et alors...