MADAME DELA URE
Voici une nouvelle qui va le retenir... (Elle va à elles.)
HENRIETTE
Ah?..
MADAME DELADRE.
Car elle lui apporte une grande joie... (a Hortense.) Tiens!
HORTENSE, prenant la lettre.
Qu’est-ce donc?..
MADAME DELAURE; à part.
Et pourtant, elle me laisse bien inquiète.
HORTENSE, regardant.
Une lettre dé sa mère...
MADAME DELAURE.
Oui, lis!
HORTENSE, lisant.
« Ma bonne Louise!.. »
HENRIETTE, à sa tante.
Je peux écouter, ma tante?
MADAME OELAURE.
Oui, chère enfant !
HORTENSE, lisant.
« Depuis quelque temps, mon docteur m’avait fait espérer « que je pourrais bientôt retourner à Paris, au milieu de vous; « mais comprends-tu ma joie? Quand tu recevras cette lettre, « je serai en route pour vous aller rejoindre tous à Dieppe?» — En vérité? — «Trouve-moi donc un gîte... tout près de vous!... « Je n’ai pas voulu perdre un seul jour... u’ai-je pas le 10, une « fille à fêter? » — Demain! — « J’arriverai ce jour-là pour « dîner, et on se serrera bien un peu pour me faire place à « table...» — Je crois bien!.. — «Ah! qu’il me tarde, mon
86 LES PAUVRES D’ESPRIT
« Dieu, de presser sur mon cœur, mon cher fils, mon Albert ! « ma joie et mon orgueil !.. c’est ce bonheur, vois-tu, qui achè- « vera ma cure... aussi, pour rien au monde, je ne voudrais « perdre une heure... et toi, préviens ta fille... que pendant au « moins huit jours, il ne faudra pas qu’elle songe à me le dis- « puter une minute!... Adieu, chère bonne amie : si je n'avais «mes lunettes en t'écrivant, je me croirais encore seize ans, « tant ma plume court vite sur ce papier et tant je me sens de « jeunesse et de bonheur dans l’àme !.. »
MADAME DELAI] RE, bas.
Le voici!..
HENRIETTE, à part.
Ah! la charmante femme!... il me semble voir sa bonne figure... avec ses lunettes...
MADAME DELAURE.
Va prévenir ton oncle... mais tout bas!...
Oui...
MONFORT, entrant une brochure à la main.
Si ce n’est pas une misère...
HENRIETTE
Qu’est-ce qu’il lui prend? (Elle sort à droite.)