ACTE PREMIER
MOXFORT,
J'ai la plus grande envie d'être très-indiscret; mais...
HORTENSE
Non, non, non! Les prescriptions de mon père sont formelles... — N'est-il pas vrai que vous m'avez commandé les bains de mer?
D E L A U R E , souriant.
Oui; mais lui...
HORT EXSE.
... Lui a besoin d'air, de repos...
MOXFORT, souriant.
Ah Dieu ! de l'air! du repos ! — Vous voyez devant vous, monsieur, un prétendu homme de lettres qui, depuis trois mois, vit en touriste, passant du Béarn en Bourgogne... et de Bourgogne en Normandie...
Mais comment passez-vous de Bourgogne en Normandie?... avec un crayon dans votre poche, pendant la route ; et, à l'arrivée, un aS'reux petit buvard...
-MOXFORT.
Charmant, au contraire !
HORTEXSE.
Quand je pense que c'est moi qui le lui ai donné, avec la garniture : le papier, les plumes et l'encre... c'est-à-dire tout ce qu'il faut à monsieur pour se tuer, et m'enlever mon mari !.. car il ne leur en faut pas davantage à ces poètes !
HEXRIETTE.
C'est commode, au moins, une carrière où, sans plus d'attirail, on va à la postérité !
HORTEXSE.
Tu trouves cela commode, toi? Oui! pour les paresseux qui, tout en ne faisant rien, peuvent se donner les airs de travailler beaucoup !... Mais que c'est perfide et funeste pour ceux qui, ne
voyant autour d'eux ni table ni livres, ne s'aperçoivent pas qu'ils ont la pensée toujours tendue, que toutes les heures y passent, et qu'ils se fatiguent à ce jeul
MONFORT
Docteur, ai-je l'air d'un homme bien fatigué?
DELAURE.
Hortense ne sait pas que les forces de l'intelligence s'augmentent par l'activité même.
HORTENSE , résignée.
A merveille, mon père !
DELAURE, bas à Monfort.
Pardonnez à sa tendresse.
W CNF OR T.
Lui pardonner!... N'en suis-je pas profondément touchél (lu
se serrent la main.)
ROUSSEAU
Ah ! voici mon fils et ta femme.