‹ Les pauvres d'esprit; comédie en trois actes, en proseChapitre 63 sur 80 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

HENRIETTE

... Beaucoup, au contraire!

IIORTEXSE.

Oui-dà? — tu es donc bien fière?

HENRIETTE

Ce ne serait pas par fierté: j'en conclurais, seulement, qu'il avait plus d'amour-propre que d'amour; et je n'en voudrais plus entendre parler.

HORTENSE, à part.

Cher petit démon!

HENRIETTE

Mais, je ne le crois pas!

HORTENSE, Terabrassant, en riant.

Eh bien! ni moi non plus! — mais qui t'a donné une si belle opinion de lui... ou de toi?

HENRIETTE

De lui, lu disais bien.

HORTENSE

Peut-on le savoir?

Impossible!... c'est un secret.

HORTENSE

Pour moi ?

HENRIETTE, lui serrant la main.

Ce n'est pas le mien !

HORTENSE, plus sérieuse.

Et tu veux qu'en te voyant changer ainsi, du matin au soir. et sans savoir pourquoi, ma mère et moi continuions à être ta caution vis-à-vis de ce bon, charmant et digne jeune homme, l'exposant à ne rencontrer qu'une impression passagère, en échange d'un sentiment sincère, tendre... et plus poétique que tu ne le crois!...

IIENRIKTTE, vivement.

Je le crois, maintenant.

HORTENSE

Et pourquoi, maintenant, plus qu'hier?

HENRIETTE, apris une lutte, avec décision.

Parce que j'ai lu quelque chose de lui.

HORTENSE

Tu as lu quelque chose de lui ? et cela t'a disposée en sa faveur ?

HENRIETTE

Ce n'est pas ce que j'ai lu qui m'a mieux disposée, mais cela m'a fait remarquer en lui certaines' délicatesses de cœur et d'esprit, que j'ai retrouvées, en effet, dans son langage!... et cela m'a ouvert les yeux.

HORTENSE, roiUeuse.

En vérité? voil£^le grave motif de ce beau changement : quelques lignes, quelques pages de lui, que le hasard a placées sous tes yeux?... — De façon que, s'il n'avait pas écrit ce que tu as lu, ou si tu n'avais pas lu ce qu'il a écrit, tu n'aurais pas eu... les yeux ouverts; et tu persisterais encore dans ton refus, avec un joli sourire dédaigneux sur les lèvres, comme, il y a trois mois, tu refusais ce jeune architecte... que tu appelais : un entrepreneur en bâtiments, parce que le malheureux n'avait pas encore bâti le

Louvre!... [Mouvement d'IIenriette.) L'aS-lU dit? HKNRIETTE.

Mon Dieu! oui... je l'ai dit! peut-être ai-je eu tort! mais je suis, en cela, plus excusable que tu ne penses! — (Lui donnant la main.) Hortcnse!... J'ai si peur de me tromperl et puis, songe donc : un notaire, une étude... quel ennui !...

HORTENSE

El tu crois que si ton mari était poëte, ses vers apporteraient une grande somme de joie dans ta vie?... Moi aussi, au début de mon mariage, je m'en disais autant; et, bon gré. mal gré, je m'installais près d'Albert, comme une Laforest, en robe de soie :

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