ACTE TROISIÈME. 8a
mais je me fis vite casser aux gages, pour trouver tout magnifique! et, en effet, est-ce que ce jeu d'enfant eût pu longtemps lui plaire? Est-ce qu'un liomme n'est pas poëte pour le public, comme il est aminral pour le marin et général pour le soldat?... Tu crains l'ennui?... l'ennui dans la vie d'une femme qui a toute une existence d'homme identifiée à la sienne?... l'ennui, quand ses joies, ses tristesses, son honneur sont doublés des joies, des ' tristesses et de l'honneur d'un au Ire!... Et si j'ajoutais... car je voudrais te sauver! (s'arrêtant.) Mais comment te dire, à toi, qu'il est, dans notre destinée, une heure... où tout s'éclaire pournous d'un jour nouveau... une minute qui nous livre, enfin, le sens, le mot, la grandeur et la poésie de la vie, telle que Dieu nous l'a faite!... (Lui prenant la main.) N'as-tu jamais, en voyant une mère embrasser un bel enfant blanc et rose... rêvé au bonheur d'en avoir un pareil, à embrasser aussi, à soigner, à chérir?...
HENRIETTE, naïvement.
Oui!
HORTENSE, baissant la voix.
Eh l»ien!... à une heure, choisie là-haut... il arrive que nous sommes bénies; et que ce rêve n'est plus qu'une attente. Oh! comme, de ce moment, tout Change d'aspect pour nous! quels milliers d'idées, d'images, de projets remplissent les heures de nos jours et de nos nuits ; et quelle joie cela est seulement de s'enfermer pour broder ces chères dentelles qui couvriront bientôt cette tête adorée! Va, va, crois-moi : le père n'a pas besoin, alors, d'être poëte, pour que notre àme se sente fière de lui, et les plus beaux vers ne s'élèveront jamais, pour nous, à la cheville de ces petits pieds d'ange à presser sous nos lèvres!...
HENRIETTE, pénétrée.
Oh! oui! quel charme ce doit être!...
HORTENSE
Eh bien, voyons ! consens-tu ?...
HENRIETTE
Je ne sais encore... mais...
Il OR TE N SE.
Si! si! il faut consentir, et l'aimer, crois-moi, pour ton bonheur ! Tu apprendras, alors, clière enlliousiaste, que cette vie prosaïque, tant redoutée, a des splendeurs que nul rêve ne peut créer; et que les plus beaux chants d'amour sont encore ceux qui restent sans lecteurs, enfantés et perdus entre deux âmes!
MADAME D E L A r R E , entrant.
Hortense, je te cherchais.
IIORTENSE.
Je suis à vous, ma mère !...
MADAME DELAURE, un peu pri^occupée.
... Henriette, ton oncle est en bas, avec ces messieurs; tu devrais aller leur tenir compagnie. Monsieur Prosper te montrera un magnifique album, qui renferme une vue du château d'Arquos que nous avons visité.
HENRIETTE
J'y vais, je la copierai : ce sera un petit souvenir de Dieppe.
MADAME DELAURE.
C'est cela ; va ! (Hennelte smt.)