TRANSYLVANIE
La Transylvanie, en allemand (Siebenbûrgen)\ est politiquement rattachée à la Hongrie ; c'est un plateau accidenté, d'une hauteur moyenne de 450 mètres, de forme à peu près circulaire, que les montagnes enceignent de tous côtés.
Son nom de Transylvanie qui est la transcription française de Vaî'dealul des Roumains et de Yerdély des Magyars, rappelle les grandes forêts qui couvraient autrefois ce pays.
Cette région, relativement accessible à l'ouest, est difficilement abordable au sud et à l'est; de ce côté, les montagnes dressent des talus escarpés, au-dessus des glacis et des plaines de la Moldavie et de la Valachie.
Cette disposition a eu d'importantes conséquences.
Lors des grandes invasions asiatiques, le flot envahisseur se partagea en deux courants qui glissaient aux pieds des montagnes, l'un vers le nord, l'autre vers l'ouest; la Transylvanie, conservant une indépendance relative, devint le refuge des habitants de la plaine fuyant devant les oppresseurs.
1. Le nom allemand de Siebenbûrgen vient, sans doute, du vieux burg de Szeben ou Sibiu (voisin d'IIermannstadt), et ne signifie pas, comme on serait tenté de le croire, la province des sept burgs.
On donne le nom de Karpates orientales à la partie des montagnes, orientées du nord au sud, qui séparent la Transylvanie de la Moldavie ; leur hauteur moyenne est de 1,250 à 1,550 mètres.
Le nom d'Alpes de Transylvanie est réservé à la chaîne beaucouj) plus abrupto et plus élevée qui court de Test à Touest et qui sépare la Transylvanie de la Valachie.
Le massif de l'Hagymas (1,793 mètres) entre les routes de Tolgyùs et de Bekas, au nord et celle de Oyimès, au sud, est un des massifs les plus notables des Karpates. LePionuliiouPeatra (2,720 mètres) qui domine les monts de Neamtii (Niamtzo) est la cime la plus élevée de celte partie des Karpates. Dans les gorg-es voisines sont de nomiu'eux moriastères. La solitude de ces lieux sauvages en a fait, de tout temps, l'asile des religieux.
Neamtù doit son origine à une forte citadelle des chevaliers teutoniques^, que le roi de Hongrie, André, avait appelés, au xiii*^ siècle, pour les opposer aux Tartares-Coumnns. Depuis cette époque, Neamtù ne cessa d'être le théâtre de luttes sanglantes entre les Polonais les Moldaves, les Tatars, et les Ottomans. Son nom est célèbre dans les épopées guerrières de la Moldavie.
Plus au sud, les altitudes diminuent; la passe d'Ojtos sei'vit, à différentes éi)oques. de passage aux armées et aux invasions. Au xin« siècle, les Mongols y passèrent; au xvui^ siècle, les Turcs.
Du côté de la Transylvanie, les Karpates sont bordées
1. De là vient son nom de Neamtù qui, en roumain, est -\nonyme d'allemand. La racine du mot est cependant slave ot signifie « le nmet », c'est-à-dire l'étranger, celui qui ne parle pas la langue.
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par de belles plaines, anciens bassins lacustres dont les eaux s'écoulent à l'ouest par la Maros, au sud par l'Aluta.
Sur le versant opposé, à l'est des Karpates, s'étendent quelques chaînes de collines secondaires, qui séparent les affluents du Pruth de ceux du Sereth et qui constituent la charpente de la Moldavie.
Au sud de la passe d'Ojtos, le croisement des soulèvements des Karpates et des Alpes de Transylvanie forme un massif confus.
Les Alpes de Transylvanie, orientées de l'ouest à l'est, ont un caractère plus alpestre que les Karpates ; plusieurs sommets dépassent 2,500 mètres. Elles sont couvertes de neige pendant neuf mois de l'année. Tantôt leurs cimes sont formées de roches dénudées aux pans verticaux, tantôt elles s'arrondissent en croupes gazonnées ou couvertes de broussailles. Jusqu'à 1,500 mètres, les pentes portent d'épaisses forêts.
Les contreforts méridionaux sont courts et abruptes, ils se continuent par une région collinaire. Sur le versant nord, ils sont moins rapides et plus étendus.
D'énormes brèches ont servi d'écoulement aux eaux des bassins transylvains.
La plus remarquable est celle de la Tour Rouge, profonde de 300 à 400 mètres, au fond de laquelle roulent les eaux de l'Oltù (Aluta). Les Romains l'avaient fortifiée, d'où son ancien nom de pointa trajana. Lors des luttes entre les Hongrois, les Valaqueset les Turcs, ce passage eut toujours une grande importance.
En 1849, c'est par là que, grâce à la connivence des groupes de populations saxonnes de la Transylvanie, entrèrent les troupes russes du général Ltiders qui, alliées d'Autriche, venaient prendre à revers l'insurrection hongroise; c'est parla encore que, peu de temps après, ayant été battu, il dut se retirer précipitamment au cœur de l'hiver, par une nuit terrible, emmenant avec lui, nombre de familles d'IIermannstadt, qui fuyaient les représailles des Hongrois victorieux.
A l'ouest de la brèche de l'Oltù, les eaux du Jiùl (Sil) traversent les montagnes par une coupure semblable.
Les points culminants de cette partie de la chaîne sont la Omii (2650 m.) entre les routes de Tomos et de Torshurg, le Negoiii (2,554 m.) à l'est de la passe de la Tour- Rouge, le Parangii (2,587 m.) à l'est du passage de Vulcain. le Retiezat (2,506 m.) à Touest.
A l'extrémité occidentale des Alpes de Transylvanie le croisement du soulèvement qui barre le Danube aux Portes de Fer, forme un massif cju'aucune route ne traverse. Le point culminant on est le Klos Anilo (1500 m.)
Les principaux cours d'eau qui descendent de la Transylvanie vers le sud, sont :
Le Sil (Schyl ou Jiul) qui n'est longé par aucune route, mais, à peu de dislance à l'ouest, est l'important passage du col de Vulcain .
L'Aliita (Alt ouOltù). Sur un des torrents tributaires de sa rive gauche est la forteresse de Brasso (Kronstadt) qui commande les deux routes de Tôrsl)urg et de Tômos. Sur un affluent de droite, Nagy-Szeben (Hermannstadt ou Sibiù), est à l'entrée de la route de la Tour Rouge, tracée dans la brèche même de l'Aluta.
Le plateau de Transylvanie est formé de petits bassins lacustres isolés les uns des autres, de sorte que des peuples de race diverse ont pu y rester juxtaposés sans se mêler,
On y rencontre des INIagyars, des Germains, des Valaques, des Szeklers. Ceux-ci qui prétendent tous à une noble origine, habitent la haute vallée de l'Aluta et les versants voisins des Karpates. Leur centre est Gzik Szereda. Leur nom veut dire « gens de frontière ». Ils ont, en effet, la mission de défendre cette frontière, en servant de point d'appui à l'influence hongroise, au milieu des populations allemandes et roumaines qui lui sont hostiles.
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Les Allemands de "rransylvanie sont des descendants de colonies saxonnes établis aux xi'' et xii^ siècles et groupés près des villes, au nom germani([ue, de Kronstadt, Hermannstadt, Klausenburg, Karlsburg, etc. Ces colons n^étaient pas des Saxons proprement dits, mais plutôt des Frisons qui abandonnaient leur littoral ravagé par les inondations de la mer. Les Roumains gagnent beaucoup de terrain aux dépens des Magyars et des Allemands. Après les Magyars, ce sont eux qui forment le groupe le plus important des pays transleithans. Aussi réclament-ils pour leur nationalité, les mêmes privilèges que ceux des Croates, ceslà-dire une autonomie administrative et l'usage cfTiciel de la langue roumaine. Les Hongrois s'y refusent; ils s'efforcent, au contraire, d'amoindrir le particularisme des institutions, des langues et des idées et poursuivent, par tous les moyens, la centralisation et l'unification du royaume.
Les Slaves, très nombreux autrefois en Transylvanie, ne s'y rencontrent plus en groupes notables.
La Transylvanie a une grande importance stratégique ; les armées qui Toccupent peuvent, en effet, agir, soit en Moldavie dans la direction de Jasi, soit en Yalachie dans celle de Bucarest. Dans les guerres des Russes contre les Turcs, FAutriche aurait souvent pu paralyser leurs mouvements. Sa neutralité bienveillante était donc nécessaire à la Russie. Celle-ci d'ailleurs prétendait, avec quelque raison, y avoir des droits en raison des services qu'elle lui avait rendus en l'aidant à maîtriser la grande insurrection hongroise de 1848. Mais les Hongrois ont, aujourd'hui, dans la monarchie dualiste, une situation égale à celle des Allemands ; aussi les souvenirs de cette époque ne
sont-ils pas de nature à les disposer favorablement à l'égard de la Russie.
Pendant la guerre de 1877-1878, le cabinet de Vienne dut maîtriser les tendances des Hongrois. Il ne réussit pas cependant à empêcher la formation de corps de partisans hongrois et polonais dont l'action fut d'ailleurs insignifiante, mais qui n'en causèrent pas moins certaines préoccupations aux Russes.
Les montagnes et les forêts font de la Transylvanie un pays très favorable à la défensive ; bien qu'ayant l'avantage d'opérer sur des lignes convergentes, les armées russes ou roumaines auxquelles seraient attribué ce front d'attaque, devraient s'attendre à rencontrer de sérieuses difficultés.
Le royaume de Roumanie a été formé par la réunion des deux principautés de Moldavie et de Valachie, qui se développent en amphithéâtre sur les pentes orientales des Karpates et sur les pentes méridionales des Alpes de Transylvanie, jusqu'au Danube.
Ses limites à l'est sont formées par le Pruth (Prutù) jusqu'à son confluent avec le Danube et par la branche nord du Danube ou bras de Kilia. Le traité de Berlin (1878), qui a décidé la rétrocession à la Russie du territoire de la Bessarabie, a donné en échange à la Roumanie le territoire de laDobroudja, limité aune ligne tracée depuis le confluent du Tabak avec le Danube, jusqu'à un point au sud de Mangalia sur la mer Noire.
Le Danube forme la limite méridionale depuis les Portes de fer.
La frontière, au nord et à l'ouest, est tracée sur les crêtes supérieures des montagnes. L'Autriche-Hongrie prétend à la possession de la plupart des cols.
La majeure partie du sol de la Roumanie est formée par le diluvium qui a successivement comblé le bassin ou lac inférieur du Danube. Les bords de cette immense cuvette étaient marqués par les Karpates au nord, par les Balkans au sud, et l'on retrouve, sur les deux soulève-
ments, les affleurements des mêmes roches. Ce sont, en général, des terrains primaires, métamorphiques, et secondaires : schistes, ardoises, anthracites et calcaires compacts. Les roches éruptives sont rares; on a découvert récemment d'importantes nappes de pétrole.
Plus bas, viennent affleurer les couches tertiaires; elles constituent les contreforts des montagnes et se composent d'argile, de marne, de grès, de calcaires, de gypses avec des lignites et d'épais gisements de sel gemme.
Enfin, dans le terrain d'alluvions, on distingue trois étages. L'étage inférieur est le diluvium gris, à cailloux roulés ; au-dessus, le diluvium jaune caractérisé par l'abondance des marnes et dont l'épaisseur est considérable près des montagnes. C'est la région des vignes.
La troisième couche, qui est d'une remarquable fertilité, a comblé les vallées. C'est le diluvium noir (tchernoizem des Russes), dont le dépôt très récent ne se trouve en Europe qu'entre les Karpates, l'Oural, les monts Valdaï, et la mer Noire.
Les rivières se sont creusé, à travers ces terrains, entre des berges de cailloux, des lits sinueux semblables à de larges fossés.
Les plaines danubiennes n'étant pas protégées contre la rigueur des vents du nord-est, le climat est extrême; la température moyenne de Bucarest est de 18^, mais elle varie, de — ^O"" en hiver à 4- 45° en été.
Notice historique.
Après la chute de l'empire romain, les Roumains unis aux Bulgares avaient fondé sur les deux rives du Danube un état indépendant. Les empereurs grecs, tirant parti de dissensions intérieures, le subjuguèrent.
Dans la seconde moitié du xii* siècle, les Daco-
Romains, qui s'étaient réfugiés dans les montagnes, redescendirent dans les vallées, sous la conduite de Radû Negrù (Rodolphe le noir) et de Dragoch, ils fondèrent deux principautés : la Valachie et la Moldavie.
D'abord tributaires de la Hongrie, ces provinces passèrent, en 1421, sous la suzeraineté des Turcs ; pendant des siècles elles furent le théâtre des luttes entre les Turcs, les Hongrois, les Polonais et les Russes; mais elles ne furent jamais conquises et surent sauvegarder leur autonomie par les traités.
Pendant cette première période, dite à^indèpendancBy qui dura jusqu'en 1716, les Roumains eurent à lutter contre tous leurs voisins, et ne le firent pas sans gloire. Les noms d'Etienne le Grand *, prince de Valachie (1456-1504), surnommé par le pape Sixte IV, l'Athlète du Christ, celui de Michel le Brave (1592- 1601), qui réunit momentanément, en un seul état, la Moldavie, la Valachie, et la Transylvanie, sont célèbres dans les épopées guerrières de ce petit peuple.
Se trouvant parfois trop faibles pour résister aux attaques des Hongrois, des Polonais et des Tartares, les Roumains se sont tournés vers les Turcs pour leur demander appui. La Valachie, en 1393 et en 1460, la Moldavie, en 1511 et en 1529, conclurent avec les sultans, des traités connus sous le nom de capitulationsy véritables traités d'alliance offensive et défensive, librement consentis, par lesquels l'État le plus faible s'engageait à payer un tribut à l'État le plus
1. En 1475, Élienne avec 40,000 Roumains écrasa une armée de 120,000 Musulmans commandés par Mahomet II, le conquérant de Constantinople.
puissant, à la condition d'être secouru et protégé par lui. Ces capitulations, présentées à la Conférence de Paris de 1856, ont été la base du droit politique des Roumains.
Par une des clauses, il avait été stipulé qu'aucune mosquée ne serait construite sur le territoire roumain, et le respect constant de cette convention par les Turcs, est la plus frappante preuve historique de l'autonomie conservée par les Principautés, même pendant la période de vassalité qui dura de 1716 à 1856.
Les sultans s'étaient jusqu'alors bornés à donner l'investiture aux princes nationaux élus par les Principautés. Ces princes ayant fait cause commune avec les Russes, la Porte envoya, pour gouverner les Principautés, des princes, ou gouverneurs, d'origine grecque, que les Roumains ont appelés, avec dédain, les Phanariotesy du nom du Phanar, le faubourg grec de Constantinople. Méprisés par les Turcs mêmes, ils n'eurent d'autre souci que de s'enrichir aux dépens du pays. Les Roumains ont conservé un odieux souvenir de leur administration. Ruinés, avilis, livrés à toutes les intrigues et aux déprédations les plus scandaleuses d'une aristocratie nouvelle qui se formait autour des hospodars grecs, c'est l'époque la plus triste de leur histoire. Leur pays s'en va en lambeaux.
En 1774, par le traité de Kainardji, la Russie imposa à la Porte son protectorat sur les Principautés ; et, plus tard, y installa un consul général, censeur de la conduite des princes.
En 1777, la Bukovine est enlevée par l'Autriche.
A Erfurt, Napoléon livre la Moldavie et la Valachie au tsar pour prix de son amitié; mais, en 1812, au
traité de Bucarest, la Russie, pressée de faire la paix avec les Turcs pour résister à Finvasion française, les restitue à l'exception de la Bessarabie.
En 1821, éclate une double insurrection.
Alexandre Ypsilanti, pour réaliser le programme de VHétaùûe, FalTranchissement des peuples chrétiens, soulève la Moldavie, pendant que Vladimiresco poursuit en Valachic la restauration des libertés roumaines.
' Vainqueurs de l'insurrection, les Turcs, éclairés par la trahison des princes phanariotes, rendent aux Roumains des princes indigènes (1822), mais ils occupent le pays.
Le traité d'Andrinople (1829) avec la Russie obligea les Turcs à abandonner les Principautés, qui furent occupées par les Russes jusqu'en 1834, en garantie du paiement de l'indemnité de guerre.
Dès lors, la suzeraineté de la Porte devient purement nominale et le protectorat russe s'immisce, de plus en plus, dans les affaires intérieures du pays qui est, tour à tour, occupé par les Turcs ou par les Russes ^
Le traité de Paris de 1856 consacra, enfin, l'autonomie des deux Principautés sous la suzeraineté de la Porte et sous la protection des Grandes Puissances, mais il avait maintenu la séparation de la Moldavie et de la Valachie.
1. La Moldavie et la Valachie préludèrent à leur union politique par une union douanière établie en 1847; puis, elles se rendirent indépendantes du patriarche grec de Gonstantinople, et constituèrent une église nationale.
Donnant alors un bel exemple de solidarité, de patriotisme et d'esprit politique, la Valachie et la Moldavie élurent, chacune de leur côté, et à l'unanimité, pour hospodar, le colonel Couza. L'union, refusée en droit, était désormais accomplie en fait. Elle fut reconnue parla Porte, le 4 décembre 1861, et les deux Principautés formèrent, dès lors, un seul Etat, sous le nom de Roumanie.
Une conspiration de palais décida le prince Couza à se démettre en 1866. Les Roumains s'adressèrent aux puissances européennes et pensèrent que le meilleur moyen de mettre un terme aux rivalités des anciennes familles princières du pays était de choisir un prince d'une famille étrangère. Ils eussent désiré un prince de la famille Bonaparte; cette combinaison n'ayant pu être adoptée, ils élurent le comte de Flandre, frère du roi des Belges; ce vœu ne fut pas, non plus, réalisé, et leur choix se porta sur le prince Charles de llohenzollern-Sigmaringen qui accepta.
Après quelques protestations de la Porte, le prince Charles fut reconnu, le 2] octobre 1866.
L'indépendance complète du pays fut proclamée par l'assemblée roumaine, le 22 mai 1877, pendant la guerre turco-russe, à laquelle l'armée roumaine prit une part glorieuse.
« Tant que le prince n'avait pas eu l'occasion de manifester, d'une manière éclatante, l'élévation et la fermeté de son caractère, beaucoup de ses sujets ne pouvaient oublier son origine allemande ^ » Mais sa