LA GUELDRE
Sommes-nous donc déjà dans les Etals de Sa Majesté Prussienne? Non, mais vous êtes à moins de deux heures de ce pays de Glèves, aimé de Frédéric, et qui lui fournit l'occasion de soulever ses premières chicanes dans ce grand procès qu’il intentait à l'Europe pour réclamer au nom des droits de sa nature la propriété d'une gloire dont il avait besoin. En vérité,
si le successeur du grand Frédéric, M. de Bismarck, est, comme nous le pensons, partisan des théories sur les agglomérations des peuples par races, il semble qu'il pourrait réclamer comme bétail allemand ces bons habitants de la Gueldre. En tout cas, il n'est assurément pas de province en Hollande, après le Limbourg, où son nom soit prononcé plus fréquemment. Il revenait bien souvent dans une certaine chansonnette comique dialoguée, que j'ai entendu chanter à Arnheim par deux queues rouges, dont un, pauvre diable maigre comme un râteau, vrai symbole de famine, était mime d’un vrai talent. Bismarck et Maestrichl, Maestricht et Bismarck , on n’entendait que ces deux mots; on peut tirer de ce petit fait telle conséquence que l’on voudra. Cela ne veut pas dire que l’Allemagne désire la Gueldre ou que la Gueldre désire s’annexer à l’Allemagne; cela veut dire que la Gueldre est une pro-
HOLLANDE
vince mixte, de physionomie allemande, où les choses de l’Allemagne sont plus mêlées aux intérêts du peuple que dans les autres provinces hollandaises, et qu’il pourrait bien y avoir là, les circonstances aidant, moyen de faire, à un moment donné, une application de la théorie des races.
Tout le monde visite Arnheim, et personne ne visite Nimègue : injustice notoire dont il faut sans doute chercher la raison dans la déplaisante situation que fait à Nimègue le non-achèvement du réseau des chemins de fer hollandais. Quand on est arrivé à Nimègue, on se sent comme prisonnier, et Ton ne sait comment continuer sa route à moins de rebrousser chemin. Tant pis pour les touristes qui reculeront devant ce léger inconvénient, ils y perdront le spectacle d’un panorama magnifique et d’une ville dont la physionomie compliquée est des plus instructives. Le Rhin n’offre nulle part de plus beau coup d’œil que celui de son fils le Wahal baignant les pieds de la vieille cité carlovingienne, dont le corps et les membres grimpent avec effort le long de la colline du Uoendenberg. J’engagerais volontiers nos partisans trop absolus du droit des races à venir méditer ici sur quelques inconvénients de leurs théories. Nimègue est une ville mixte, à triple physionomie, allemande, française, hollan-