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I.F.S INSTITUTIONS d’f.NSRIOXEMENT

Doux mots caractérisent la situation des établissements d'instruction avant les réformes de Marie-Thérèse : routine et paresse. C'ost l’avis de tous les contemporains impartiaux ; c'est l’avis aussi de tous ceux qui, do nos jours, ont étudié ces institutions arriérées dont nous allons donner une esquisse.

§ 1. l'kxseiosemext supébieub.

L’université de Louvain jouissait de très-grands privilèges. Elle avait ses lois, sa police, son tribunal, ses fonctionnaires et ses agents particuliers. Elle se composait de cinq facultés : la théologie, le droit canon, le droit civil, la médecine et les arts.

Ello était administrée par un recteur choisi, tous les six mois, dans chacune des cinq facultés alternativement. Elle avait aussi deux

(l)ltaingo : Mémoire sur l'intlruclinn publique depuis Marif-Thèrèse, (Mém. cour. t t. 6). — Juste : Essai tur P histoire de l* instruction publique en Belgique. — Lesbroussart : De Pinstruetion publique. — Lebon : Histoire de renseignement populaire. (Bruxelles, 1808). — Steur(Jfe’»i. cour., t. 6).

autres grands fonctionnaires, le chancelier et le conservateur des privilèges.

Le recteur exerçait une juridiction suprême sur toute l'université, sauf cependant pour les affaires criminelles. Le chancelier donnait la bénédiction des licences et conférait les grades académiques. Le conservateur des privilèges veillait au maintien des chartes, statuts et règlements. L'université avait, eu outre, plusieurs officiers subalternes.

Les professeurs étaient au nombre do cinquante-huit : huit pour la théologie, six pour le droit canon, sept pour le droit çivil, un pour le droit public, huit pour la médecine, seize pour la philosophie, un pour les mathématiques, un pour la philosophie morale, un pour l'éloquence chrétienne, un pour l'histoire latine, un pour l'hébreu, un pour le grec, un pour lo français et cinq pour les humanités.

Les cours de théologie, de droit et. de médecine se donnaient dans les anciennes halles des drapiers. La philosophio était enseignée dans quatre collèges dits pédagogies, où pendant doux ans les élèves étudiaient les mathématiques élémentaires, les mathématiques appliquées à la mécanique , à l'optique et il l'astronomie, la logique, la dialectique, la philosophie naturelle et la métaphysique.

Les grades académiques étaient ceux do bachelier, de licencié et do docteur. On n'obtenait celui de bachelier-ès-arts qu'au commencement de la deuxième année de philosophie, et celui de licencié, qu’après avoir terminé le cours des études de cette faculté. On instituait h cette occasion un concours général ù la suite duquel avaient lieu les promotions. Les élèves les plus méritants étaient distingués en trois séries que l'on appelait lignes et qui comprenaient douze places chacune. Ceux qui n’étaient point dans les trente-six de ces trois lignes étaient divisés en deux classes, dont la première, nommée ante mrdium, comprenait encore un assez bon nombre de sujets recommandables. Lo primus était l'objet d'honneurs ot do distinctions particulières dans sa ville natale. Il était, en outre, honoré d’une considération qui lui ouvrait l’entrée aux places ot aux dignités do l'église et do la magistrature. C’était aussi un grand honneur que d'avoir été promu dans la première ligne.

Le grade de bachelier en théologie no pouvait être demandé qu’après quatre ans d'études; celui de licencié, après sept ans.

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Pour être licencié dans les deux facultés de droit, il fallait en avoir suivi les cours pendant quatre ans, tandis que, pour être licencié on droit, canon ou en droit civil seulement, il suffisait de trois années do fréquentation .

Le grade de bachelier en médecine pouvait s’obtenir après un an ot demi d’études ; celui de licencié, après trois ans.

Pour l’obtention de chaque grade, on devait passer divers examens publics, « soutenir des disputes » et donner des preuves suffisantes de savoir.

Dans toutes les facultés, on ne parvenait au grade do docteur, qu’aprôs s’ôtro particulièrement distingué et avoir défendu des thèses savantes.

L’université do Louvain comprenait aussi une infinité do collèges, qui étaient sous la direction d’un chef appelé président. C'étaient en grande partie des institutions fondées par des villes, des provinces, des communautés religieuses, et môme des étrangers, pour leurs élèves respectifs.

Les ressources de l’université étaient considérables. Indépendamment des revenus et des droits d’école des diverses facultés, qui étaient affectés aux traitements des professeurs et des autres employés, l’université, comme corps, percevait, du chef des droits d'école et du loyer des maisons dont elle était propriétaire, environ 6,000 florins par an. En outre, elle partageait avec la ville les bénéfices de certains droits d’octroi qui lui rapportaient, par an, environ 12,365 florins, dont il fallait déduire 3,990 florins pour frais d’administration. Elle possédait enfin une cave ou cantine fondée sur la franchise des impôts. (Les capitaux en provenant ot la valeur des vins représentaient, en 17S6, plus de 200,000 florins.) Les bourses attachées spécialement aux différents collèges représentaient un revenu annuel de 159,412 florins ; les bourses particulières qui n’étaient attachées il aucun collège (bourses volantes) représentaient un autre revenu de 51,449 florins. Ces revenus devaient servir principalement il favoriser les études de philosophie et de théologie (1).

(1) Rapport tur l’univertilé de Louvain, envoyé à Joseph II par M. Leclerc, membre du conseil d’État et du conseil royal. ( Manuscrits de la bibliothique de Bourgogne, n° 17,591 de l’inventaire général cité dans l’ouvrage de M. Juste).— Cf. Neny, t. 2,

Les honoraires des professeurs se composaient, en général, d'un traitement fixe et d'un casuel. Le traitement fixe se réduisait îi peu •le chose ; quant au casuel, il provenait des droits d'écolage, d'examens, de disputes, de grades académiques, etc. Les professeurs primaires de la faculté des arts étaient les mieux traités; outre la table, le logement et un domestique que leur fournissait la pédagogie, ils recevaient encore annuellement en argent 1,500 florins environ. Un professeur primaire de la faculté de droit ne recevait que 700 florins et ne jouissait d'aucun des avantages indiqués ci-dessus (1).

Le grand nombre des bourses, do bonnes leçons et une discipline sévère avaient procuré longtemps h l’université de Louvain une célébrité européenne. Mais la discipline s'était relâchée, les études étaient devenues moins solides, les règlements notaient plus aussi strictement observés : l’université avait vu sensiblement diminuer sa considération et sa splendeur.

§ 2. l'enseignement moyen oc secondaire.

On comptait alors en Belgique environ soixante collèges, dont un tiers était dirigé par des jésuites, un sixième par dos prêtres séculiers et le reste par des religieux de différents ordres, principalement par des augustins, des oratoriens, des récollets.

Les jésuites avaient la vogue. Leur enseignement ne valait pas mieux que celui des séculiers, des augustins, etc. Il était restreint îi l'étude presque exclusive do la langue latine ; leurs leçons de langue grecque se réduisaient h quelques notions élémentaires. Pendant six îi sept ans, on bornait toute l'explication des auteurs ïi une centaine do vers de Virgile, quelques paragraphes de Quinte-Curce et un trèspetit nombre dos plus courtes épltres de Cicéron. Le reste du temps était employé h la composition de thèmes dans un latin barbare et ridicule. En poésie, on faisait principalement des chronogrammes; en rhétorique,

(1) Mémoire eoncernnnl Vunivertiié de Louvain , envoyé on 1778 à Stahremherg, par le docteur Marnnt. (Manuxcriti <1. la bibliothèque de Bourgogne, n° 17,508).

sous prétexte d’éloquence, on cousait ensemble des lambeaux de tous les genres et de tous les styles. Le français, le flamand, l’histoire, la géographie étaient entièrement négligés ; les mathématiques, peu ou point cultivées.

Dans les collèges des prêtres séculiers, on avait la manie des constructions bizarres et difficiles ; lours écoles no valaient pas mieux que celles des religieux.

Chaque établissement, ou tout au moins chacun des ordres religieux qui les dirigeaient, formait une espèce de république, dont les membres n’avaient d’autre guide que l’arbitraire ou la volonté des supérieurs. Los anciens règlements étaient tombés en désuétude.

§ S. l’enseignement primaire.

Personnelle pouvait, sans l'autorisation du bailli, de l'écoîatre ou du doyen rural, ériger des écoles primaires. Ce droit n’appartenait qu’aux magistrats municipaux ou aux autres fonctionnaires en possession de l’exercer. Dans ce cas, ils devaient nommer les maîtres de ces écoles, qui prêtaient serment entre leurs mains avant d'entrer en fonctions.

Les parents, tuteurs, etc., pouvaient être condamnés, pour avoir confié l’instruction de leurs enfants ou pupilles h des maîtres qu'ils savaient n’ôtre point autorisés en cette qualité. Les écoles étaient placées sous la surveillance des écolfttres et des doyens ruraux.

L’un des devoirs les plus essentiels des instituteurs consistait h mener les élèves au catéchisme les dimanches et les jours de fêtes. Un refus, une négligence pouvait entraîner leur suspension provisoire.

Indépendamment do ces écoles, il y en avait de spécialement consacrées h l’instruction des pauvres et confiées îi la surveillance et h la direction des confréries do la doctrine chrétienne. On no les ouvrait que le dimanche il des heures fixées (écoles dominicales).

L’autorité locale obligeait les parents h y envoyer leurs enfants, et les maîtres, leurs domestiques, sous peine, pour les premiers, d'être privés des secours accordés par les bureaux de bienfaisance, et pour les

seconds, d’étre punis de telle autre peine h la discrétion du juge (1). Ces écoles étaient visitées, au moins une fois par mois, par les députés du chapitre ; elles étaient plus particulièrement placées sous la surveillance des doyens ruraux. L’instruction qui s’y donnait se bornait à la lecture et h l’écriture. La base principale était l’instruction chrétienne : on y enseignait donc les prières, le chant grégorien, la manière de servir la messe. On y préparait aussi il la première communion (2).

(1) Voir Stcur pour l’obligation de l’instruction, — une question actuelle. —

(2) Voir Écoles spèciales de dessin, elc., dans la troisième partie (Beaux-Arts).

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