COM MERCK ET INDUSTRIE
Le traité do la Barrière, de 1715, maintenait, bien plus aggravait les dispositions du traité do Munster relatives à, la navigation do l’Escaut.
Dès lors, dit fteny, nos deux principales sources de richesses so trouvèrent complètement taries. Privés du commerce maritime et forcés d’admettre dans nos ports les vaisseaux anglais et hollandais aux mémos droits que les nôtres, tous les produits d’outre-mer nous étaient livrés par nos voisins, sans (pie notre marine fût môme admise h partager les profits du transport. D’autre part, notre industrie, qui était h la merci d’un tarif de douanes établi par nos rivaux, voyait sa ruine assurée sans qu’il fût au pouvoir du gouvernement de remédier îi cet étrange abus d'une politique aussi perfide qu’inhumaine.
IliO -
Le traité conclu it La Haye lo 22 décembre 1718 redressa quelques détails de celui de 1715, mais laissa subsister toutes les dispositions qui consacraient « l’oppression commerciale du pays. »
Le gouvernement autrichien eut de l’initiative et de l’audace en 1722, lorsqu’il créa la compagnie d'Ostende qui devait faire le commerce direct des Grandes Indes (1), mais co ne fut qu’un éclair.. .Dès 1727, il consentait provisoirement au retrait du privilège de la compagnie qui fut supprimée définitivement le 20 février 1732.
La suppression de la compagnie d'Ostende ruinait le commerce et l’industrie (2). Mais le pays n’accepta jamais cet arrêt de mort : M. Potvin l’a prouvé dans un livre récent (3). Un homme travailla d’une façon infatigable au rétablissement de la compagnie. Ce fut lo feld-maréchal comte de Calenberg,qui, dès 1725, publiait un mémoiro favorable h nos intérêts commerciaux et qui, en 1735, fut « autorisé h négocier un accommodement, moyennant une limitation des opérations nouvelles de la compagnie h trois ou quatre navires par an. » Nous le voyons, en 1752, revenant h Incharge, « plaidant pour notre navigation anéantie, au nom même des intérêts de l’Autriche, s’adressant partout... et n’aboutissant qu’il être désavoué par Marie- Thérèse (4). »
Le gouvernement, quoiqu'on en ait dit, manqua d’énergie... Il no fit pas pour nous tout ce qu’il devait faire. Une fois de plus, nous acquérons la preuve que les intérêts de nos provinces pesaient bien peu dans la balance et qu’avant d’être souveraine des Pays-Bas, Marie- Thérèse était impératrice. Dans les longs pourparlers engagés entre la cour d’Autriche et les puissances maritimes pour l’exécution du traité do la Barrière (5), on voit clairement que lo gouvernement, tout
(1) Ad. Levae : Recherches historiques sur le commerce des Belges aux Indes pendant le xvii e et le xvm r siècle.
(2) François Vcydt : Mémoire publié à Anvers, 1778.
(3) Potvin : Le génie de la paix en Relg ique (Bruxelles, Tarent, 1871).
(4) Potvin : p. 47; — Archives delà chancellerie des Pays-Bas, D. 30, 1).; D.83,C.; D. 85, L. (0) Mémoire» de Neny. — Les archives du royaume {Archives de la chancellerie des
Pays Ras) contiennent un grand nombre de relations et décrets sur les négociations poursuivies à Bruxelles en 1752 et 1753. La série des actes relatifs à cette affaire s’arrête à une relation que fait Kaunitz, le 29 janvier 1753, d’une conférence tenue le G de ce mois avec le comte de Bcntinck, ministre de Hollande. Le professeur Vreede,
on cherchant — le fait n’est pas contestable — h so soustraire le plus possiblo aux obligations du traité (1), recule devant les conséquences d’une dénonciation formelle. La souveraine avait paru prête un moment h affronter les hasards d’une lutte sérieuse pour l'abolition de ce traité inique (2), mais elle no persévéra pas dans ce projet.
Elle chercha, par d’autres moyens, h relever le commerce et l’industrie. Et ici so montrent tout particulièrement le dévouement de Charles do Lorraine et l'intelligence du ministre plénipotentiaire Cobenzl.
Deux mémoires remarquables, dus tous deux h M. Briavoine, et couronnés par l’Académie, ont traité h fond la question que nous ne pouvons qu’effleurer ici (7). Il nous suffira de les résumer pour donner h nos lecteurs une idée des efforts faits par le gouvernement pour encourager l’industrie et lo commerce ot des résultats qui ont été atteints.
Le prince Charles de Lorraine s’entoura d’abord d'administrateurs éclairés. 11 introduisit dans la législation intérieure, et par le moyen des tarifs, une distinction marquée entre l’industrie du pays et l’industrie étrangère. Bruxelles lui doit l'établissement de manufactures d’indiennes et d’une fonderie do caractères d’imprimerie, des essais pour l’introduction de la fabrication de la batiste, pour celle de la culturo du mûrier et l’éducation des vers h soie. Par des octrois spéciaux, par des actes de bienveillance répétés, il favorisa l'érection de plusieurs fabriques et usines. Diverses ordonnances abolirent les impôts qui étaient perçus sur les produits des manufactures nationales h l’entréo de presque toutes les villes des Pays-Bas.
Lo gouvernement s'occupa des moyens de tirer parti d’Ostende, après la paix de 1748. La Belgique reprit sa part dans le commerco de transit et y acquit une certaine supériorité. La coupure do Bruges
de l'université d’Utrccht, a signalé récemment à notre commission royal© d’histoiro ce document «fui nous reporte jusqu’au mois d’avril 1753 (séance du 6 novembre 1871).
(1) Revue nationale, X.
(2) Vol. 13 et 14 des Mémoires couronné» de P Académie. — Cf. Altnieycr : Histoire de * relation » commerciales des Pays-Bot.
îi Gand fut creusée, le canal de Bruges à Slyckons rétabli, le port d’Ostende agrandi, lo canal de Louvain h Malines exécuté (1750-1763).
La fabrication dos draps du Limbourg fut puissamment encouragée par 1e rétablissement des droits protecteurs do 1699. L’exportation du lin peigné fut permise; cello du lin vert, des étoupes et du chanvre, défendue pour faire droit aux réclamations de la Flandre. Dans l’intérêt des brasseries, la sortie du houblon fut aussi défendue. En faveur des papeteries, des droits furent mis sur l’entrée des papiers étrangers ; la sortie des chiffons fut interdite. Les rubans étrangers, les verres étrangers furent soumis h des droits prohibitifs. Des droits frappèrent aussi le thé, lo café, le tabac, le vin, les liqueurs, l’épicerie, le sel venant de l’étranger pour la consommation du pays. Il en fut do môme pour les huiles do production étrangère.
De 1771 h 17S0, presque toutes les branches de l’industrie d’alors prirent racine en Belgiquo. L’ancienne fabrication des dentelles et des toiles, les brasseries, les savonneries, les distilleries, les blanchisseries, les fabriques de tapis, de chandelles, de cire et de suif se trouvaient h cette époque au-dessus de toute concurrence étrangère. Nous rivalisions avec la Saxo pour les bas, les bonnets et les couvertures de laine, avec Lille et Elberfeld pour les basins siamois et les futaines, avec l’Angleterre pour les draps. Nos papeteries, nos fabriques de porcelaine et do faïence, nos manufactures et nos teintureries de soie, nos clouteries luttaient avantageusement avec l’étranger. Il n’en était pas de même de nos raffineries de sel et de sucre, distancées par celles de l’Angleterre et de la Hollande. Les verreries, la teinturerie en laine, la rubanncric étaient dans une voie do prospérité. Nos constructeurs de bateaux étaient renommés; ils travaillaient môme pour la Hollande. Mais nous étions inférieurs h l’Angloterro pour la fabrication des étoiles de laine, de coton, de fil et coton, pour les manufactures d’épingles, de plomb, de fer. Nous exportions des tabacs, des draps, des indiennes, des chapeaux, des voitures, des toiles de lin, des dentelles, de la bonnetterie, du fil, de la coutellerie, des pierres h bfftir, etc. (1).
(1) Cf. Van Ruckolingcn : Bclyic ondt-r Mnria-Thercsin, pp. 85, !)0 et 131, jiassiui : Encouragements à l’imlustric, prospérité du commerce.
Quelques mines de fer ôtaient exploitées dans le Luxembourg, dans le comté de Namur et le pays d’entre Sambre et Meuse. En 1760, on fit un essai, qui ne rôussit pas, pour établir dans le Hainaut uno fabrique d’acier, Nous avions peu d’ouvriers en quincaillerie ; nous tirions du dehors beaucoup do menus ouvrages. Une mine de plomb était exploitée dans la province de Namur. Les carrières d’ardoises étaient îi peu près assez abondantes pour fournir h toute la consommation du pays. Malgré les riches charbonnages du Hainaut, l'Angleterre envoyait de la houille en Flandre ot en Brabant. Nous ne fabriquions pas assez do potasse et de savon pour notre consommation. Nous n’avions pas de manufactures de glaces.
La pêche, restée en pleine décadence jusqu’en 1767, se ranima grftce h quelques mesures habiles du gouvernement, et, dès 1774, ses progrès furent sensibles. Un surcroît de produits put être exporté (1).
Divers indices constatent que la prospérité du pays et son activité industrielle étaient grandes. L’mtérôt de l’argent tomba en 1780 h, trois pour cent ; il était h ce taux en Hollande et h cinq en Angleterre. La Belgique, en cette année, reçut do France des marchandises pour une valeur de dix-huit millions do livres (2).
La prospérité commerciale et industrielle, due aux excellentes mesures que nous avons signalées, était si évidente h la fin du règne de Marie-Thérèse que, lors de. la rupture entre l’Angleterre et la Hollande (1780), le ministère de Bruxelles ayant été consulté sur les avantages que les Pays-Bas pouvaient en retirer, plusieurs de ses membres ne jugèrent pas que l'ouverture de l’Escaut fût essentiellement désirable ; ils furent d’avis que la liberté de ce fleuve porterait un grand préjudice aux Flamands, sans offrir une compensation suffisante aux Brabançons (3).
(1) Voir dans V histoire de Blankenberghe, par M. Bardin, ce que le gouvernement fit pour les pêcheurs. La mémoire de Marie-Thérèse est encore en vénération à Blankenbcrghc.
(2) Le mémoire de Briavoine couronne en 1840 (La population , Us fabriques, 1rs manufactures ci le commerce dans les Pays-Bas), entre dans des détails très-circonstanciés sur ces différents points.
(3) « Nony fit valoir avec force le» avantagea que l’ouverture de l’Escaut aurait procurés : n (iachard : (llevue de Bruxelles, 1837).
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Il y a une ombre îi ce tableau : — Shaw, dans sou Essai sur les Pays-Bas autrichiens, signale des abus, des inconvénients dans les pratiques commerciales. 11 critique certaines entraves, certaines gênes vraiment nuisibles. « Tels sont, dit-il, ces privilèges exclusifs, trèsanciens, il est vrai, accordés dans beaucoup do villes 11 des compagnies qui ont seules le droit de transporter les marchandises, par eau et par terre, de tel endroit h. tel autre. Telles sont les gênes perpétuelles occasionnées par les nombreux bureaux de douane établis pour la recette des droits et par les visites si souvent répétées des marchandises qui vont d'une ville dans une autre; visites très-onéreuses aux négociants, car elles retardent toujours l’arrivée do la marchandise qui est souvent gâtée par les visiteurs... La communication intérieure est encore interrompue parce que le territoire autrichien est coupé en différents endroits par des cessions faites aux puissances voisines. » Shaw se plaint aussi de la lenteur et de l'ignorance des juges qui ont à décider des questions de commerce et qui ne consultent jamais les négociants expérimentés... Il cite encore, panai les gênes du commerce, la confusion qui règne dans la jurisprudence des provinces, et surtout lo malheureux préjugé que le commerce dégrade les gens de condition (1).
§ 2. AftRICl'LTrKK.
L'agriculturo s’était remise plus promptement que l’industrie et le commerce. Ello était en pleine prospérité dans la seconde moitié du règne de Marie-Thérèse.
Parmi les causes de cette prospérité, il faut citer en première ligne le redressement des abus et dos injustices qui présidaient dans certaines provinces îi la répartition de l’impôt foncier.
Les cadastres ou matricules, avons-nous dit plus haut, avaient été formés dans des temps reculés. Des terres jadis fertiles et alors presque incultes étaient frappées du même impôt qu 'autrefois. Il
(1) Sliaw ; F, ni sur 1rs ray*- Bas autrichiens (Commerce et manufactures).
y avait dos exemptions d’impôt absurdes et iniques. Le gouvernement veilla ii la répartition équitable de l’impôt — et ce fut là un grand bienfait.
Il prit d’autres bonnes mesures. Il ordonna ou encouragea dans différentes provinces le défrichement des bruyères et des terrains vagues ; restreignit dans le Namurois l’usage do laisser en repos la troisième année toutes les terres; limita dans le Hainaut la trop grande étendue des fennes ; permit dans le Luxembourg la clôture des terres et des prés ; autorisa les cultivateurs de cette dernière province il former des prairies artificielles exemptes du droit de vaiuo pftture et renferma dans do sages bornes la coutume qui y existait de soumettre h ce droit indistinctement toutes les prairies, du 15 juillet au 1" mai (1).
Les jeunes gens qui voulaient cultiver la terre, dit Van Ruckelinghen, étaient exempts de tout service militaire. Les déserteurs obtinrent leur grâce complète s'ils voulaient, dans un temps déterminé, retourner dans leurs villages. Les chemins vicinaux étaient entretenus par les prisonniers de guerre (2).
L’impératrice se montrait toujours favorable aux mesures qui avaient pour but de dégrever les paysans. En marge d’un rapport de Kaunitz (17 février 1771) on trouve cette apostille : « Je tic regrette que la nécessité de laisser subsister la taxe sur le bétail... On tâchera au plutôt d’y substituer quelque autre imposition moins nuisible (3).
Kaunitz partageait les sentiments do l'impératrice sur ce point. Entre autres preuves de sympathie qu’il donna aux cultivateurs, nous citerons ses ordres multipliés et intelligents dans les épizooties. C'est lui qui, le 19 décembre 1769, communiquant h Cobenzl une lettre du comte do Firmian relative il l’usage du quinquina dans l’épizootie, ajoutait : « Jo souhaite que cela puisse étro également utile il nos chers Flamands. » Il est certain qu’il a montré une rare sollicitude pour les intérêts de l’agriculturo dans les terribles épreuves par
(1) Revue de Bruxelles de 1837 (Article de M. (ïaehard).
(2) Von Kuckelingen : Brlyie onder Atarin-Thenrin (H) Archiva (te la chancellerie de» Pays- lins, D. 97, I».
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lesquelles passèrent, h différentes reprises, les provinces de Flandre et de Luxembourg. Les archives du conseil privé (1) fournissent des renseignements intéressants sur la conduite généralement très-sage que tint lo gouvernement dans les années 1760, 1769, 1772, 1778, 1774, 1775, 1778. On y verra que, pendant que nos voisins de France, « entêtés et dupes » (2), étaient victimes do la routine et do l’incurie gouvernementale, nos provinces devaient de grands adoucissements îi la prudence et inactivité des ministres de Marie-Thérèse.
La sollicitude du gouvernement pour l’agriculture, en môme temps que pour les classes nécessiteuses, se manifeste tout particulièrement dans les diverses mesures qu’il prit au sujet de la législation des grains. M. Gachard a lu en 1850 il l’Académie {Bulletin XVII, 1) une notico qui établit que les principes qui guidèrent l’administration en cette matière étaient infiniment plus intelligents que ceux de l’administration française. Aucune entrave, aucune formalité ne gênait dans les Pays-Bas la circulation ni le commerce des grains. Seulement, lorsquo la cherté du pain excitait de l’inquiétude parmi le peuple des grandes villes, défense éta : t faite aux cultivateurs de vendre et aux marchands d’acheter ailleurs qu’aux marchés publics : Ainsi en 1757 (3), ainsi encore en 1771. Mais cette défense n'était que temporaire; le gouvernement la faisait presque malgré lui, pour condescendre au vœu des populations. C’est co que nous voyons notamment en 1771: le gouverneur-général céda, malgré un avis contraire du conseil privé, aux sollicitations pressantes des états de Flandre sur lesquels pesait le peuple alarmé.
Dans presque toutes les villes il y avait des règlements particuliers pour les marchés aux grains. Le temps du marché était divisé en trois parties : d’abord bourgeois seuls avec vendeurs ; plus tard brasseurs, distillateurs, boulangers faisaient leurs achats ; enfin les
(1) Archives du conseil prive (Carton 11G5). Lo pouvernemont faisait circuler des brochures pour indiquer les préservatifs... Les états du Luxembourg ont montre beaucoup d’intellipcnce dans ces tristes circonstances. Les fonctionnaires out rivalisé de zèle pour parer au mal.
(2) Archives de. la chancellerie des Pays Bas, IL 98, K. 2.
(3) Placards de Brabant, X ; Placar<ls de Flandre, \ .
marchands en gros pouvaient venir acheter tout ce qui n'avait pas été vendu. Plusieurs administrations prélevaient de légers droits sur les grains exposés an marché.
Le commerce des blés et leur circulation dans l’intériour du pays étaient véritablement libres, sauf dans des circonstances rares et tout à, fait exceptionnelles.
Il y avait pour l’importation d’autres régies que pour l’exportation. L’importation était constamment libre, le droit de douane était assez faiblo. L’exportation était prohibée ou permiso suivant l’abondance des récoltes, l’élévation ou rabaissement du prix du grain. Quelquefois mémo l’interdiction était prononcée alors que l’approvisionnement du pays surpassait ses besoins ; ce fut le cas en 1765, h causo do la frayeur non motivée qui s’était emparée du peuple en présenco do l’élévation croissante des prix. Avant d’interdire l’exportation générale ou partielle des grains, on entendait, sauf dans des circonstances urgentes ou pour des raisons imprévues, les états et les municipalités des villes et des châtellenies principales. On passait, sans transition aucune, du régime de la liberté h la prohibition absoluo, ot vice- versé. En 1770, le conseil des finances trouvait ces alternatives nécessaires et mémo des plus utiles. En 1773, un membre du conseil, Delplancq, proposa, comme mesura intermédiaire, de permettre la sortie dos farines. La proposition fut rejotéo; on craignit qu’elle n’cxcitAt los murmures du peuple et n’occasionnét do graves embarras au gouvernement (1).
Si le gouvernement aidait l’agriculture, celle-ci savait bien aussi s’aider elle-même. Shaw (2) fait un niagnifiquo éloge de l’énergie de nos cultivateurs, do leur talent, de leur activité, commo de leur prospérité. “ On a, dit-il, corrigé la culturo dans les endroits où elle était imparfaite; des terrains jusqu’ici incultes ont été livrés au soc do la
(1) I„o conseil des finances publia, en 1773, deux tableaux du prix le plus haut et le plus bas du froment ot du seigle au marché de JJruxellos, ainsi que le prix moyen sur ce marché ot sur celui de Bruges de 1701 à 1773. — M. (îaehard les a reproduits au Bulletin i le /\'ira<fc ; mi>(XVII, 1). Il y a aussi inséré uu tableau des entrées et des sorties des grains de 1759 à 1791.
(2) Shaw : Estai (section VIII : agriculture). — Cf. Dérivai : Le l'oyaycur.,, t I.
charrue ; les villages ont augmenté en nombre et en grandeur. . . La campagne offre de toutes parts un spectacle charmant ; on ne voit que des champs couverts d’une récolte abondante... de belles prairies... do belles fermes. . . L’agriculture fleurit dans le Brabant et le Hainaut ; mais c’est surtout en Flandre que cet art a été porté à, la perfection... Les champs do la Flandro no reposent jamais... Il y a lit une excellente méthode... le laboureur n’épargne ni ses peines, ni ses travaux... La petite étendue des fermes (cinquante acres) a contribué beaucoup h améliorer la culturo et h augmenter la population do la Flandro... Toute espèce do grains y croît heureusement... On y connaît peu les disettes... »
Sliaw dit aussi, dans son Essai svr l’état de la culture en Belgique, (1) publié h, la fin du règne de Marie-Thérèse, que si l’agriculture n’a pas fait encore, sauf en Flandre, tous les progrès dont elle est susceptible, la faute n’en ost certes pas aux cultivateurs, mais bien aux grands propriétaires, à, leur insouciance, h leur indifférence pour leurs possessions.
Le fait qui atteste le mieux la prospérité de l’agriculture, c’est l'augmontation du prix do la terre. Au milieu du dix-septième siècle, un bonnier de torro de la meilleure qualité et h proximité des grandes villes, valait de 400 à 500 florins ; h une lieue plus loin, il tombait h 300 et môme à 250 florins. Or, en 1765, ces mômes terres se vendaient 1,000, 1,200 et 1,500 florins les premières; S00 et 1,000 florins les secondes (2). De plus, lorsqu’on mettait en vente 2, 5 ou 8 bonniers, les paysans achetaient : c’est du moins ce qui se pratiquait en Brabant, en Flandre, dans le Hainaut et dans le Namurois (3).
La classe agricole fut certainement la plus heureuse de toutes pendant le règne. Il y a unanimité h cet égard chez les écrivains du temps.
Malgré le désastreux traité de la Barrière, la prospérité de la Belgique s’était accrue au triple point do vue do l’agriculture, de l’industrie et du commerce.
(1) Shaw : Estai sur l'état de la culture en Belgique et sur les moyens de la perfectionner (A Londres et se trouve à Nivelles chez Plon, 1784).
(2) Bacon : Commerce des Pays-Bas en 1765, p. 2.
(3) Briavoine : Mémoire sur lu population, etc. (p. 121).
Cette prospérité, h laquelle avaient contribué grandement les mesures décrétées par le gouvernement, peut être établie, dit Briavoinc, par trois faits généraux : l’augmentation du prix de la terre, l'amélioration progressive des revenus, ceux de la douane compris, et l’abondance des capitaux (1).
§ S. POPII.ATIOK.
Un quatrième fait, une quatrième preuve ii l’appui de notre assertion, c’est l’augmentation du chiffre des habitants, qui croit toujours avec le bien-être de la nation.
Quelle était la population des Pays-Bas autrichiens, h la fin du règne ?
La réponso n’est pas facile h, trouver. Au dix-huitième siècle, la statistique ne faisait que commencer; il y avait dans ses chiffres do grandes inexactitudes. Tout était encore hypothétique, ou peu s’en faut. Ainsi la population de Bruxelles était estimée, vers 1765, par les uns h 100,000 âmes, par les autres à 112,000 ou il 86,000.
En 1754, Marie-Thérèse avait ordonné un dénombrement qui fut mal fait (2).
Le gouvernement fit recommencer le travail d’une façon sérieuse, trente ans après. On écrivit en mémo temps aux évêques, aux états, aux magistrats des villes et même, dans certaines provinces, aux fiscaux. On ne voulait avoir qu’un calcul approximatif ; on désespérait apparemment d’avoir quelque chose do mieux.
Les renseignements ayant été fournis, le conseil privé en mit le résultat sous les yeux du gouvernement général, le 23 octobre 1784. M. Gachard a reproduit le documont (3) dans ses Analcctes (t. 1). En voici des extraits :
(1) Le mémoire de Briavoinc entre dans des details circonstanciés sur chacun de ec9 points.
(2) Gachard (Analrrtcs, I) indique les causes des inexactitudes et le9 grandes difficultés qu’un pareil travail devait rencontrer.
(3) Une copie du document existe aux archives du royaume (Atrhivts du conseil prit*).
Brabant ,
(livre lu paya d'outre- Meu*« et tuul ce qui ru dépeint. )
Flandre
orientale.
Flandre
occidentale.
Tournai et Tournai s is.\
J/ainaul.
Luxembourg.
Namur.
Bruxelles sans son district .
âmes.
Louvain, » »
Anvers, » >