‹ Les Pays-Bas sous le règne de Marie-ThérèseChapitre 6 sur 60 · XX · texte numérisé non relu

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» Emportement et imprévoyance, dit-on encore ; ces défauts, qui » doivent être étrangers a un bou administrateur, étaient sans contredit » le partage de Cobenzl. Par ses procédés, il donna naissance à la lutte » qui s’engagea entre le clergé et le gouvernement des Pays-Bas. Disons » toute notre pensée : il était l’ami de Kaunitz, et ce fut en vain que » des plaintes parvinrent contre lui à l’Impératrice. Cobenzl persista » dans sa manière de faire (1). »

Pour achever le portrait de l’homme d’État à qui notre corps doit sa naissance et dont le souvenir doit être respecté parmi nous, l’auteur emprunte à un Allemand écrivant en français cette phrase malencontreuse : « Les correspondances de Cobenzl nous donnent parfaitement

- un tableau malheureusement très-comique de la méthode de gouver- ■> nement suivie par cet homme d'Etat dans les rapports de l’Etat avec » l’Église, » et il trouve si belle cette phrase ridicule qu’il la répète deux fois dans la même page (2). Comique, la correspondance de Cobenzl et sa manière de traiter les affaires? Ah ! qu’on les blâme ou qu’on les approuve, les travaux de Cobenzl ne sont pas de ceux dont on l it. A quelque opinion qu’on appartienne, on doit admirer le labeur prodigieux auquel s’est voué pendant dix-sept ans cet homme remarquable, le plus capable, le plus actif des ministres qui ont gouverné la Belgique au dix-huitième siècle. Cobenzl avait de grands défauts, il est vrai, mais il possédait l’intelligence, la persévérance, l’énergie, sans lesquelles on ne fait pas sortir un peuple d’un état léthargique pareil à celui dans lequel notre pays était plongé à l’avénement de Marie- Thérèse.

L’auteur du mémoire n" 2, consacrant trois lignes à peine au prince de Stahremberg, qui gouverna la Belgique pendant dix années, se borne à en dire qu’il était Val fer ego de Cobenzl, avec plus de modération et moins d’imprévoyance. L’auteur du mémoire n"'l est plus explicite :

« Si Cobenzl mourut trop tôt pour sa gloire et pour notre pays, les « Belges eurent du moins la consolation de le voir remplacé par un » homme qui partageait ses idées et qui, soucieux comme lui des inté-

- rêts de la Belgique, étendit et développa les principes auxquels elle » devait sa nouvelle prospérité.

• Kaunitz avait jeté les yeux sur le prince de Stahremberg pour >■ compléter l’œuvre de Cobenzl. 11 fut bien inspiré. Stahremberg fut un » autre Cobenzl, aussi ferme devant les adversaires des réformes, aussi » empressé à la recherche des moyens qui pouvaient l’assurer, tout en

sauvegardant, ceci n’est jamais oublié par les ministres autrichiens, » les droits et les prérogatives de la couronne impériale.

» Les objets sur lesquels Stahremberg concentra plus particulière-

(1) I)rift en onvoorzigtigheid, gehrekon die den goeden l>esiuurder moeten vrenid zijn, waren zonder tegonsprank aie van Cobenzl. llij waa het die aanvankelijk, d«n»r zijne handelingen. do liotzing tusBchen de gee.stelijkhcid en het bcstuur van Maria- Theresia te wego 1»ragl : zeggen wij ailes: uij was do vriend van Kaunitz, en vrueliteloos werden aile klagtcn «ver hem aan de kouingin overgebragt. Cobenzl bleef volhnrden in zijno handelwijzo. (Page 6‘» du manuscrit.)

(2) Page 65 du manuscrit.

» ment ses efforts sont relatifs à l’état civil, à l'enseignement, aux arts et aux lettres. C’est lui qui fit ériger en Académie, en 1772, la Société •• littéraire fondée par Cobenzl ; qui prescrivit pour la tenue des regis- » très do l’état civil des règles presque conformes à celles qu’a consa- » crées le code Napoléon, qui ouvrit au public la Bibliothèque de >• Bourgogne, qui fit décréter la sécularisation de l’enseignement et » réorganisa complètement l’enseignement secondaire après la suppres- >• sion de l’ordre des jésuites en 1773. »

Voilà deux appréciations bien différentes. L’Académie s’étonnera-t-elle que je donne la préférence à la seconde ?

Après une brillante introduction de quelques pages, introduction offrant un tableau résumé des événements du règne et écrite dans ce style brillant et nourri de faits et d’idées dont j’ai cité quelques exem-

f iles, l’auteur du mémoire n" 1 aborde le fond même de la question. )ans trois parties parfaitement distinctes et coordonnées, il s’occupe : 1“ De la soueeraine et de ses collaborateurs ;

2" Des institutions telles qu’elles existaient à l’avénement de l’Impératrice ;

3’’ Des réformes, c’est-à-dire des changements apportés à ces institutions par Marie-Thérèse.

Chacune de ces parties se subdivise en chapitres, et chacun de ces derniers en sections. L’auteur procède partout et toujours avec méthode, puisant aux meilleures sources manuscrites et imprimées, soumettant les renseignements qu’il a recueillis à une saine critique, les résumant de manière à se faire lire, sachant sacrifier les détails oiseux, et cependant toujours intéressant et instructif. Il serait facile, sans doute, d’y relever quelques erreurs de détail, quelques fautes secondaires, échappées à 1 attention de l’écrivain, provenant de la nécessité de finir un travail aussi considérable dans un temps déterminé; mais l’œuvre, considérée dans son ensemble, étudiée dans scs détails, m'a paru trèsremarquable au point de vue littéraire et scientifique, riche en outre en données nouvelles et parfaitement présentées, digne, comme je l'ai dit en commençant, du laurier académique.

Le mémoire n" 2 présente une seule suite de chapitres dont l’agencement ne me semble pas heureux. Ainsi un chapitre, n" 22, est consacré à l’administration des postes, et un autre, le chapitre 40, au notariat, de même que la jurisprudence et les tribunaux forment le chapitre 36, placé entre le chapitre 35, consacré à la noblesse, aux armoiries et aux chapitres nobles, et le chapitre 37, intitulé Police, et où il est question du prévôt général de l’hôtel, du drossard de Brabant et de la jointe criminelle de Namur. Il est vrai que le chapitre du notariat ne consiste qu’en sept lignes, où l’on ne signale aucun fait curieux, et que l’état de la jurisprudence et des tribunaux est étudié dans treize nages seulement. Par contre, l’auteur s’étend outre mesure sur l’état ues lettres et des arts et consacre près de cinq pages à l’énumération des ouvrages d’histoire qui ont été imprimés du temps de Marie-Thérèse, ouvrages dont un grand nombre sont d’une médiocrité désespérante. Je suis donc fondé à dire qu’il pèche par la méthode.

Nous avons vu le jugement défavorable que l’auteur du mémoire n 1 2 porte sur les ministres de Maric-Tliérèse. (’e jugement est basé sur les

grandes réformes qui s'accomplirent à celte époque et parmi lesquelles il faut placer : les mesures prises pour arrêter l'accroissement des biens de mainmorte, les modifications introduites dansl’instruction publique, la suppression de l’ordre des jésuites, etc. Ces mesures, les concurrenls ont usé de leur droit, de tout temps reconnu par l'Académie, en les approuvant ou en les condamnant, mais où ce droit s’arrête et ce qui motive l’un des reproches que j’ai à adresser à l’auteur du mémoire n" 2, c'est qu'il considère toutes ces réformes comme le produit des idées philosophiques et surtout des idées françaises, qui se propagaient alors en Europe. Sans doute, la Belgique est un pays essentiellement religieux, et ce caractère, il en était plus fortement que jamais empreint au dix-huitième siècle, mais ce qui n’est pas moins vrai, c’est que, à toutes les époques, nos populations, nos communes, nos cours de justice ont, pied à pied, défendu l’indépendance du pouvoir civil. Nos archives abondent à cet égard en détails pleins d’intérêt et sur lesquels je m’arrêterai à peine, car ce serait répéter ce que tout le monde sait.

L’édit sur les acquisitions de biens de mainmorte, qu’est-ce autre chose que le renouvellement des mesures prises du temps de Guy de Dampierre, de Charles le Téméraire, de Cnarles-Quint, renouvellement qui était devenu d’autant plus nécessaire que, déjà en 1740, remarquez cette date, le Conseil do Brabant se plaignait des acquisitions illicites faites par les corporations religieuses et posait eu fait que la presque totalité, des biens immeubles, à la campagne, leur appartenait. La limitation du nombre des établissements monastiques et des religieux qui y pouvaient être admis avait toujours appartenu à l'État et avait toujours été exercée par lui; ees établissements ne pouvaient même se fonder, à Bruxelles en particulier, que du consentement do l’autorité locale, et ce consentement fut maintes fois refusé ou donné avec répugnance. Une interdiction absolue d'en établir encore fut même portée aux Pays-Bas dans les dernières années du règne de la pieuse Isabelle. Les reproches d’irréligion adressés au gouvernement de Marie-Thérèse sont donc exagères.

Sans doute, des idées nouvelles se sont introduites en Belgique au dix-huitième siècle et ont agi sur les tendances de nos gouvernants. Et comment en aurait-il été autrement? Il n’est pas possible d’élever autour de notre pays un mur qui le défende contre les doctrines précitées ou répandues à l’étranger. Quoi qu’on fasse, nos.provinces, entourées par de grands peuples, subiront toujours, jusqu’à un certain point, l’influence des littératures du dehors. Quel reinede opposer à cet état de choses? Faut-il immobiliser notre intelligence, repousser tout contact avec nos voisins, ne communier qu’avec le passé ; mais ce serait la mort du pays et le signal d’une complété décadence.

Nous ajouterons de plus : ces réformes, stigmatisées par l’auteur du mémoire n" 2, ces doctrines nouvelles répandues, d’une part, par Leibnitz et son école, et, d’autre part, par les philosophes français, ont-elles été si désastreuses? Sans doute, le pays a subi de grands maux, il a passé par de rudes épreuves; mais n’en est-il pas sorti triomphant? Aimons notre passé, étudions-le avec ardeur, mais n’en désirons pas le retour. Il existait chez nous de belles institutions, il y avait fréquemment de nobles aspirations, mais les abus aussi étaient nombreux, et ce n'est pas

sans peine que nous avons renoneé à la dîme et au servage, à la division des personnes en ordres, aux prérogatives féodales et seigneuriales, au morcellement des juridictions et des coutumes, aux idées d’intolérance, pour en arriver à l’égalité des personnes devant la loi et aux autres conquêtes de la société moderne.

Le règne de Marie-Thérèse est remarquable surtout parce qu'il a ouvert pour la Belgique une ère nouvelle de prospérité et de grandeur, et c’est avec fierté que nous allons célébrer l’anniversaire de la fondation de l’Académie, parce que cette fondation fut l’un des épisodes les plus caractéristiques de l’époque. En méconnaître le véritable caractère, c’est, à mes yeux, manquer <te sens historique et aller complètement à l’encontre des intentions de la Compagnie, .le ne puis donc, pour les motifs les plus graves, accorder mon approbation au mémoire n" 2 ; toutefois, comme l’auteur s’est livré à un travail considérable, je serais d’avis de lui accorder une mention honorable. ■■

La classe des lettres rendit le jugement suivant :

» En présence de la dissidence d’opinion qui s’est manifestée entre » ses rapporteurs, la classe a décidé de ne pas accorder do récompense » aux mémoires présentés. »

Le travail que je soumets aujourd'hui an public — sans commentaire aucun — est le mémoire tw ] .

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