GO
Le gouverneur-général trouva que la proposition du conseil privé était trop raide et il suggéra une résolution plus modérée que Kaunitz lit sienne et il laquelle se rallia l'impératrice.
(Archives de la chancellerie des Pays-lins, 1). 104, M.)
THEATRE UK URUXELLKS : LES JEVX UE HASARD V 17<'4>.
Kaunitz fait rapport il l’impératrice, le 17 février 17G4, sur une demande tendant il l’introduction des jeux de hasard au théâtre de Bruxelles.
Il commence par dire «qu’il est toujours opposé à cette introduction, non-seulement parce quo les jeux de hasard sont défendus sous des peines vigoureuses par les placards des Tays-Bas, mais aussi parce que le bon ordre sollicite leur proscription. «
Cependant lo directeur du théittre, Charlicr, offre dix florins annuellement au prolit des finances royales, si on lui permet de jouer au théâtre, pareillo permission ayant été donnée d’ailleurs sous l'ancienne gouvernante.
Cobenzl, qui voulait supprimer le jeu, ne l’a pu, parce que le spectacle ne peut pas se soutenir sans cela. Toutefois il y a fait des restrictions si sages, que jamais il n’en est résulté le moindre désastre. Cette raison et le désir d’augmenter les revenus de Sa Majesté de dix Il crins par an lont engagé îi proposer que la demande de Charlier soit favorablement accueillie .
Kaunitz ajoute :
« Quoique tout cela ne me fasse pas changer do principe sur les jeux de hasard, je ne puis cependant pas me dispenser de porter ces circonstances à la connaissance de Sa Majesté. »
Il ne propose donc pas à l’impératrice de faire droit il la demande, mais il dit que si elle se prononce pour l’affirmative, on adoptera le réglement introduit dans le théâtre de Y ienne (dix ducats par table de jeu)- Marie-Thérèse a écrit au bas du rapport :
« Placct qv. 'on le permet comme ici. »
( Archives de la chancellerie des Pays-Pas, I). 82, B.)
THÉÂTRE DR imnXEr.I.ES : SBCOITtS ADCOBDÉ3 rAR I.E GOCVKRKKMENT (17(15).
Par ordre du duc-gouverneur, Cobenzl avait représenta à Kaunitz : « Que l’entrepreneur du spectacle à Bruxelles était bien à plaindre, puisque la prohibition du jeu le privait de l’espérance de jamais rotirer les frais considérables qu’il avait faits uniquement pour procurer un beau spectacle pour les plaisirs et le décorum de Son Altesse Royale, et que depuis cette défense et la longue interruption des spectacles, la perte que cet entrepreneur souffrait était très-considérable.
«Cet entrepreneur, disait Cobenzl, était un homme à façon, quelezèle avait principalement conduit dans cette affaire... Son Altesse Royale espérait de la justice et de la générosité de Sa Majesté qu’elle lui accor dât quelques dédommagemens, sans quoi il ne serait pas possible d’avoir un bon spectacle à Bruxelles. «
Le dédommagement pouvait, h l’avis du duc, consister :
« 1” Dans le paiement du loyer du théâtre, montant à 4,200 florins patan, ce qui avait déjà été accordé au directeur ; mais il y avait renoncé lorsqu’il avait obtenu une deuxième table de jeu, ainsi que le privilège exclusif des jeux de hasard ;
» 2" Dans la restitution des dix ducats qu’il avait dû payer par table depuis Pâques 1704 jusqu’à la dernière représentation, ce qui faisait en tout 18,903 florins.
> De cette façon, pensait-on, l’entrepreneur pourrait s 'assister, ou du moins on diminuerait la perte considérable qu’il devait essuyer dans la situation où il se trouvait. »
Kaunitz exposa l'affaire à Marie-Thérèse dans son rapport du 11 novembre. Il no formula pas d’avis.
Voici l'apostille que l’impératrice mit au rapport :
« Si on at paijée si dorant le loijer je veux bien le continuer encore et meme le paijer pour l'année courante, mais jamais lui rendre ce qu’il at paijéc encore moins une somme pareils — d’autant plus qua la place d’un ans il pouront jouer a paques ainsi de perte que six mois et que jamais on permet plus les jeux de hazards mais bien les jeux de comerce au théâtre.
n S' il déçoit encore quelque arpents qtour les tables de jeux on pourroit les lui laisser si la somme ncxcedc les 6.000 florins . »
En transmettant à Cobenzl cette résolution, Kaunitz lui disait :
« Il ne reste après cela qu'à obéir aux ordres de Sa Majesté. »
D’autres instances furent faites sans succès, au commencement de 1766. Au bas du rapport que Kaunitz écrivit sur cette nouvelle demande, on lit les lignes suivantes signées de Joseph : (1)
« Ni le droit ni les besoins de l'État permettent de douer, ne l'ayant donc nulle part, ultérieur dédomagement aux entrepreneurs (2 février 17GG). »
(Archives de la chancellerie des Pays-Bas , D. 85, 6; D. 80, II.)
LA nÉFORMK DE L’ENSEIGNEMENT MOYEN.
Il a été question, au chapitre des Réformes dans ï enseignement, d’une noto que publia le gouvernement pour faire connaître les résolutions qu’il avait prises dans cette grave affaire.
Voici ce document, qui n’est pas assez connu :
Note touchant les arrangemens résolus par Na Majesté V Impératrice-Reine à ï égard des études et de l’éducation de la jeunesse aux Pays-Bas.
Sa Majesté a immortalisé son glorieux règne par tant de traits de sagesse et de bienfaisance, et par tant de preuves touchantes de sa sollicitude maternelle pour le bien et le bonheur de scs fidèles sujets, que c’étoit répondre à son inclination naturelle, et remplir une loi sacrée pour elle, que de proposer à l'occasion de rétablissement des nouvelles écoles, non-seulement les moyens de pourvoir abondamment à l’instruction et à l’éducation de scs sujets aux Pays-Bas, mais aussi d’embrasser à cette occasion tous les moyens qui pourroient concourir à perfectionner l’enseignement, et faciliter le retour à ces tems heureux, où on abondoit en maîtres excellens et où les lettres étoient cultivées avec une émulation et un succès presqu’universels.
(1) En 1705 Mario-Thérèse avait nommé son fils Joseph co- Régent <le tous scs royaumes et états héréditaires.
C’est sous ce poiut «le vue que le gouvernement général, satisfaisant d’ailleurs à ce que lui dictoieut ses soins et son attachement particulier pour la prospérité de ces provinces, a examiné, discuté et traité une matière si importante, et Sa Majesté est entrée dans ces vues comme on devoit l’attendre de sa munificence, de sa profonde sagesse, et de sou affection pour ses peuples ; rien enfin n’a échappé à la prévoyance la plus éclairée.
Sa résolution souveraine tend à mettre les choses à tous égards sur le pied le plus durable, et à leur assurer tout le ressort et tout l'éclat, dont elles peuvent être susceptibles. Elle trace une route nouvelle, et elle fixe des principes qui, suivis comme ils le doivent être, et comme ils le seront par les soins du gouvernement général, ne pourront manquer d’opérer la révolution la plus heureuse et la plus favorable au bien des lettres et de la chose publique.
Parmi les objets qui en cette occasion ont particulièrement fixé l'attention de Sa Majesté et do son gouvernement, on a regardé comme un des plus essentiels, celui qui portoitsur les moyens d’attirer les meilleurs sujets à la profession littéraire : de dégager cette profession des gênes multipliées qui dévoient arrêter beaucoup de bons sujets dans le dessein de la suivre ; de favoriser la concurrence, d’inspirer et de nourrir l’esprit d’émulation entre les maîtres.
D’après cela il a été jugé qu’il seroit véritablement contraire au but qu’il s’agit d’atteindre, de concentrer la profession littéraire dans une seule classe, ou un seul ordre de personnes ; et le bien d’une entreprise aussi intéressante a paru demander essentiellement, qu’en étendant la concurrence autant qu’il sera possible, on regardât comme habiles à cette profession tous ceux qui réuniroient les qualités nécessaires, sans distinction d’état. Aussi Sa Majesté s’est-elle portée avec d’autant plus d’empressement à adopter ce principe, qu’à son utilité principale et essentielle, il joint l’avantage, également intéressant et digne de l’attention d'un gouvernement éclairé, de fraicr aux sujets de tout état une nouvelle carrière, et par conséquent une ressource nouvelle, avec les moyens d’acquérir des titres à la bienveillance du souverain, et à l’estime du public et de la nation.
Pour concilier ces vues avec la convenance et les circonstances particulières des sujets de différente classe, qui voudront s’ouvrir cette carrière, les professeurs ne seront pas tenus à vivre partout en commu-
limité; il a été jugé (railleurs, que l'obligation de vivre ainsi en communauté étoit une de ces gênes inutiles et souvent préjudiciables, qui éloignent beaucoup de bons sujets d’une profession, pour laquelle ils auroient d’ailleurs de la vocation et du talent, et qu’il est si important de voir remplir par des personnes d’un premier mérite.
Sa Majesté s’est fait représenter à cette occasion toutes les considérations qui pouvoient militer pour ou contre le projet d’une instruction absolument gratuite : Elle en a mûrement pesé les avantages et les inconvénicns, et, guidée par l’expérience du passé, en no remontant même qu’au siècle des Medicis et de Charles-Quint, à ces siècles si brillans pour l’érudition et pour la connoissance des lettres latines et grecques, elle n’a pu s’empêcher de regarder l’instruction puremeut gratuite comme un abus, qui sous un faux air de grandeur et de munificence, avoit véritablement énervé le zèle et l’émulation parmi les instituteurs.
Tour les ranimer et les encourager, pour rendre à la profession littéraire son ancien ressort, le ressort de tous les arts et de toute industrie, Sa Majesté, non contente d’avoir assigné aux nouveaux professeurs un traitement et des appointemens fixes, qui leur assureront une subsistance honnête et convenable, a trouvé bon que les écoliers y ajoutassent dorénavant de légers honoraires, qu’ils payeront à leurs maîtres ; ce qui formera pour ceux-ci un surcroît d’avantages qui, en augmentant à mesure que la réputation des écoles et la célébrité des professeurs y attireront un plus grand nombre de disciples, sera à la fois la récompense et l’aliment du zèle.
Sa Majesté, enfin, convaincue de Futilité et do l’importance de ce principe, dicté par le seul désir de procurer un encouragement permamanentet un ressort d’émulation fixe pour les maîtres et les professeurs, a résolu non-seulement de le faire établir et suivre à l’égard des collèges dont la fondation sera l’ouvrage de sa munificence, mais de l’étendre encore à tous les collèges déjà subsistans, et où il n’est pas établi jusqu’ici. Cet arrangement présente d'ailleurs un autre avantage : l’appas du gratuit a souvent arraché à l’agriculture et aux arts utiles des sujets peu propres aux sciences ; au moins leur faisoit-il prendre un teins trèsprécieux à tout âge. Au reste ce nouvel arrangement n’ôtera ni maîtres ni ressources aux jeunes gens qui, sans fortune, auroient cependant des talens qui percent, et montreroient une grande disposition pour les sciences. La bonté de Sa Majesté lui a dicté des mesures pour procurer
l’entréo des écoles à cotte sorte de jeunes gens, dont Elle so fera gloire en tout teins de soutenir les efforts et de favoriser lo génie.
Indépendamment du traitement fixe qui sera assigné aux professeurs
nommer par le gouvernement, et indépendamment de l’avantage des honoraires, Sa Majesté prépare à la profession littéraire, sans distinction d’instituteurs royaux ou autres, les encouragemens les plus propres à provoquer leur zèle et récompenser leurs succès. Le gouvernement général est chargé d’accueillir de la manière la plus distinguée les fruits du savoir, de l’application et do l’émulation, et d’honorer l’utilité et l’ancienneté des services, ainsi que les talcns supérieurs, par des gratifications extraordinaires, et même par des pensions, pour lesquelles Sa Majesté assigne un fonds permanent et considérable.
Les mêmes vues qui ont engagé Sa Majesté à n’excepter aucun ordre de personnes de la profession littéraire, ont déterminé sa sagesse nonseulement à maintenir la concurrence des collèges déjàsubsistans, mais aussi à les associer aux mêmes encouragemens et aux mêmes avantages, et à y perfectionner l’enseignement d’après le même sistèmo qui sera suivi pour les collèges royaux; à y étendre nommément la disposition, qui établira en faveur des professeurs do petits lionoraircsou rétributions de la part des écoliers. En un mot Sa Majesté répandra avec complaisance ses bienfaits sur tous ceux qui se distingueront dans cette utilo carrière, sans exclure même les maîtres, qui tiendront ou établiront des écoles particulières.
Tels sont les principes d’après lesquels a été dressé le plan résolu par Sa Majesté. On va voir quelles en seront les suites.
1° 11 sera établi à Bruxelles un grand collège-pensionnat formé sur le modèle du collège Thérésien de Vienne. Sa Majesté destine à ce collège une dotation très-considérable ; et on n’épargnera ni dépense, ni soins, ni moyens de surveillance, pour conduire à la perfection un aussi vaste établissement.
2’ On établira pareillement, aux fraix du Trésor royal, des collegespensionnats à Anvers, Ituremonde, Luxembourg, Gand, Bruges et Namur. C’est ainsi que la bienfaisance de Sa Majesté a voulu multiplier les ressources pour l’éducation de la jeunesse, et en procurer bien au-delà do celles qui subsistoient auparavant.
3' On établira et pensionnera, toujoursaux fraisduTrésor royal, dans les villes d’Ypres, Audenardc, Courtray, Alost, Nivelles, liai et Marche, autant de maîtres, ou professeurs, que le nombre des écoliers et les circonstances en demanderont.
4" Sa Majesté fait actuellement examiner quelle espèce d’établissement il y a eu jusqu’ici pour les lettres dans la province de Limbourg. Cette province ne manquera pas de ressentir à sou tour les effets d’une attention bienfaisante, à laquelle rien n’échappe.
5" Il y a des secours considérables destinés à perfectionner et à aggrandir les collèges et pensionnats déjà existans à Mons et à Tournay, ainsi que différons collèges dans d’autres villes, qui toutes éprouveront, de manière ou autre, les effets de la libéralité et de la prévoyance de Sa Majesté.
G'' On établira dans les collèges-pensionnats, des principaux et sousprincipaux en nombre suffisant, chargés partienlièrement du soin de veiller à ce que la jeunesse soit instruite et élevée, comme il convient, dans les principes de la religion, et à ce qu’elle en pratique tous les devoirs, cet article faisant lo premier objet de la sollicitude de Sa Majesté et de son gouvernement, ainsi que des soins qui seront particulièrement et expressément prescrits à tous ceux qui auront inspection sur ce grand ouvrage.
7 II dépendra des professeurs, qui seront établis dans ces pensionnats, d'y demeurer et de vivre en commuuauté, s’ils le désirent, et si les circonstances où ils se trouvent, le comportent ; mais il leur sera aussi libre de ne point vivre en communauté, et de se loger au dehors, si leur état ou leurs convenances lo demandent.
8‘ Les professeurs qui seront établis dans les villes, où il n’y aura point de pensionnats, vivront en leur particulier, dans leurs maisons ou dans leurs cloîtres, selon la différence de leur état j bien entendu qu’ils enseigneront dans un lieu public.
9" Parmi les professeurs établis dans ces villes, il y en aura toujours un dans chaque ville qui tiré de l’état ecclésiastique, soit séculier ou régulier, mais prêtro, remplira les devoirs de préfet, et so trouvera nommément et expressément chargé de veiller à ce que les écoliers soient bien instruits des grands principes de la religion, qu'ils remplissent les devoirs de piété, conservent la pureté des mœurs, et gardent la meilleure discipline possible.
10" Tous ces maîtres seront soumis à l’inspection des évêques et des magistrats, et à la surveillance supérieure du gouvernement, qui établira les moyens les plus étendus, les plus sûrs et les plus propres, pour se ménager sur l’olvjet de la religion, sur l’exactitude des maîtres, sur l’administration des collèges, et sur toutes les parties qui tiennent à la meilleure éducation de la jeunesse, l’appaisemcnt qu’il désire, pour sa satisfaction non moins que pour la tranquillité et la confiance des parens.
11° Le choix des maîtres, dans les établissemens royaux, est réservé immédiatement et directement au gouvernement : mais ces places ne devant et ne pouvant être accordées qu’au mérite, et au mérite le mieux constaté, sans aucune autre considération, le choix ne se fera que par la voye et à la suite d’un concours, dont les règles et les formes ne tarderont pas d’être rendues publiques.
12" Les personnes de tout état, sans distinction, seront admises à ce concours, le clergé régulier, comme le clergé séculier, les gens du monde, mariés ou non mariés, étrangers ou regnicoles : ce sera le mérite seul qui différenciera les sujets, et décidera de la préférence. On cher chera un amour sincère de lii religion, des mœurs pures et exemplaires, de la vertu, de l’application, une aptitude reconnue, et les talents pro près à instruire et à former la jeunesse à l’urbanité, à l’aménité d’esprit et à tout ce qui fait partie d’une bonne éducation.
13“ On prescrira des règles et des mesures fixes pour monter l’enseignement de façon, qu’à la connaissance des langues mortes les jeunes gens puissent joindre celle de leur propre langue, ainsi que les principes d’histoire, de géographie, de mathématiques et d’autres sciences ; que la jeunesse en un mot puisse tirer le plus grand parti possible de ces années si précieuses, qu’elle passe dans un cours littéraire.
14° Tout ce qui tient à Ponseignement et à la discipline des collèges et des écoles, sera soumis à la surveillance la plus suivie et la plus exacte, dont tous les ressorts viendront aboutir et se réunir au centre du gouvernement, qui, avec l’intention et les moyens de récompenser d’un côté le zèle et les talens, et de réprimer de l’autre l’inaplication ou la négligence, aura constamment l’œil ouvert et attentif sur les moindres détails, qui intéresseront un ouvrage bien digne de tant de soins.
15" On établira un pied fixe et uniforme pour les rétributions, qui sont déjà en usage dans plusieurs collèges, sans y avoir été assujetties cependant à aucun règlement stable.
16" Le pied et l’obligation de ces rétributions, qui auront lieu dans une proportion à établir selon l’ordre des classes, seront étendus à toutes les écoles quelconques, aux anciennes, ou déjà existantes, comme aux nouvelles, et à toutes celles qui pourront être établies dans la suite Sa Majesté, sans prédilection pour les collèges et écoles établies aux fraix de son Trésor royal, est que tous ceux qui partageront le soin de l’instruction de la jeunesse, réuniront leurs efforts pour mériter une égalité dans le traitement, et pour en justifier le principe.
17° Par une conséquence des mêmes vues, les maîtres établis dans les collèges déjà subsistans seront admis, concurremment avec les professeurs royaux, à communiquer leurs idées et leurs lumières sur tout ce qui pourra faciliter ou perfectionner l’exécution du nouveau plan, et on regardera comme une preuve de leur zèle, digne d’approbation et d’encouragement, les projets utiles qu’ils feront parvenir au gouvernement où à la commission royale des études, qui sera établie à Bruxelles.
18” Il sera assigné un fonds annuel et considérable, et cela d’une manière permanente, pour des gratifications ou pensions à accorder à ceux qui se distingueront d’une façon particulièrement digno d’encouragement ; et dans l’intention de récompenser partout le mérite, le zèle, l’application et l’utilité des services, on ne fera aucune différence entre les professeurs royaux et les autres, entre ceux qui gouvernent des écoles publiques, ou qui en tiendront de particulières ; Sa Majesté disposée à favoriser ces écoles particulières, a résolu de leur ouvrir la même perspective de récompenses, et d’assurer au mérite, partout où on le découvrira, les distinctions avec lesquelles sa sagesse veut l’accueillir.
10" On prendra des arrangemens pour concilier les devoirs de la profession littéraire, avec les règles de l’état religieux, et pour concilier en même tems avec l'intérêt des communautés, les avantages des religieux particuliers et professeurs.
*20' Le prince de Stahreinberg, ministre plénipotentiaire de Sa Majesté a déjà écrit aux évêques, aux abbés, aux différens tribunaux, aux États, et aux magistrats des villes et des provinces, pour les inviter à employer tous les moyens possibles de faire connaître au gouvernement général les sujets qui auront les qualités les plus propres pour la profession littéraire, et on accueillera en tout tems avec la plus grande complaisance les notions et informations, que h; désir et l’amour du bien public feront parvenir au gouvernement.
21' Le ministre plénipotentiaire a pareillement écrit aux autres supérieurs d'onlres religieux, pour leur notifier les vues de Sa Majesté, les inviter à y concourir en perfectionnant l’enseignement dans les écoles qu’une partie de ces ordres tiennent, et à mériter à leurs communautés la considération et l’avantage de fournir de bons sujots pour la profession littéraire.
22" Pour l’exécution du plan agréé et résolu par Sa Majesté, et pour le détail de toutes les opérations qu’il entraînera, il sera établi incessamment à Iîruxelles, sous les ordres de Son Altesse Royale et sous la direction du ministre plénipotentiaire, une commission royal» des études , qui sera chargée d’apporter à ces opérations une continuité de soins, et toute l’accélération qui entrent dans l’intention de Sa Majesté et dans celle de Son Altesse Royale.
Au moyen d’un plan calqué sur de si grandes vues et sur dé si bons principes, au moyen des soins du gouvernement et de cëtte surveillance active, permanente et étendue sur tous les points qui y ont rapport, au moyen des encouragemens répandus avec abondance; au moyen du concours zélé et éclairé des évêques, des magistrats, des corps, communautés, ainsi que des particuliers; au moyen de l’emploi de tant de ressorts, et de ce que le zèle et le désir du bien de la religion et de l’État no pouvait manquer d’inspirer à toutes les classes, à tous les ordres, on ne sauroit se refuser aux mouvemens d’une juste confiance, ni s’empêcher de compter d’avance sur le succès qui couronnera l’entreprise intéressante, dont on vient do développer le plan.
A mesure qu’on arrêtera et qu’on sera dans le cas de rendre publique quelque nouvelle disposition tenante à l’exécution du même plan, il sera pourvu à cette notification par les voyes convenables ; et il no dépendra pas des soins du gouvernement général, qu’une bonne partie des établissemens à former ne soit préparée, et la plupart des écoles ouvertes vers le tems où le cours dos études recommence ordinairement.
(Archives du Royaume. — Ephémérides de J. Kempis.)
LA SriTKESSlON DE I.’ORDUE DES JÉS1ITES (1773).
Dans le paragraphe que nous avons consacré h. la suppression de l’ordre îles jésuites en Belgique, nous avons rappelé que c’est le
2 septembre 1773, que Marie-Thérèse notifia h Charles de Lorraine sa résolution de faire exécuter dans nos provinces la bulle « Dominus ac Redemptor. »
Or la bulle est du 21 juillet.
« Marie-Thérèse, avons-nous ajouté, n’avait guère tergiversé. Ses opinions à, l’endroit des jésuites et de lours doctrines étaient sans doute alors en parfaite conformité avec les opinions du pape. S’il en a été besoin d’ailleurs , si elle a pu hésiter h exécuter une décision prise par le chef de l’Église, ses ministres auront énergiquement combattu ses hésitations, en invoquant los nécessités de la tranquillité publique et surtout l’intérêt do l’autorité civile. » (page 192.)
Dans son Histoire secrète du gmirer'ne'inent autrichien, sorte de pamphlet qui a été publié il Paris en 1859, lors de la guerre entre la France et l’Autriche, M. Alfred Michiels soutient qu’il a été grandement besoin de peser sur l’esprit de Marie-Thérèse pour la décider il exécuter la bulle pontificale.
Après avoir dit que les préjugés de Marie-Thérèse en faveur des jésuites, son attachement pour eux, la puissance de la tradition et do l’habitude les défendaient mieux que leurs propres manèges, M. Michiels ajoute :
« Longtemps, bien longtemps l'impératrice ne voulut pas suivre l’exemple du Portugal, de la France, de l’Espagne et de la cour de Naples. Chaque fois que le prince de Kaunitz lui proposait d’expulser l’ordre ambitieux, lui demandait sa signature, elle répondait : » Les jésuites sont le boulevard de toutes les souverainetés. » Quand le ministre insistait, la pressait d’arguments victorieux, elle avait recours aux larmes. Il lui fallut donc employer les grands moyens, faire usage des papiers que le prince tenait du jésuite Monspergcr. Il mit sous les yeux de l’impératrice sa confession générale, écrite par son directeur, lo père Hambachcr et envoyée par lui à Rome au chef do la société. D’autres pièces curieuses édifièrent la souveraine, portèrent dans son esprit une conviction irrésistible. Elle essuya ses pleurs et parapha le décret de bannissement. »
M. Michiols raconte que la découverte do la confession générale do Marie-Thérèse est due h un jésuite nommé Joseph Monsperger, qui tenait la correspondance du provincial à Vienne et qui avait sollicité mainte fois, mais sans succès, la résiliation de ses vœux.
“11 n 'espérait plus, ditM. Michicls, parvenir à ses tins, lorsqu’un jour, dans la boiserie de la maison professe, il découvrit une armoire cachée derrière un double panneau. Cette armoire, que l’on semblait avoiroubliéc, contenait une foide de papiers mystérieux, lettres, billets en chiffres, comptes de finance et autres pièces. Monspcrger vit, à son extrême surprise, les confessions générales de plusieurs souverains, ministres, princesses et autres grands personnages, que l’on avait rédigées dans les derniers temps du règne de Charles VI et pendant les dix premières années durègne de Marie-Thérèse. Les unes se trouvaient écrites delà main des confesseurs mêmes ; les autres n’étaient que des copies, les originaux ayant été expédiés à Rome. Muni de ces précieux documents, le jésuite pensa qu’il obtiendrait enfin sa libération.
« Un de ses camarades d’études, appelé TobieHarrcr, était secrétaire particulier du prince de Kaunitz. Monsperger va le trouver, obtient qu’il le présente au clairvoyant ministre, et lui fait part de sa découverte. L’homme d’état lut avec une extrême attention les pièces qu’il lui apportait, les garda, comme bien on pense, et les mit en réserve pour s’en servir quand l’heure serait venue. Le jésuite put dès lors quitter Vienne, aller trouver le Pape, lui demander l’annulation de son engagement. Si le chef du cabinet autrichien ne l’avait protégé, le séditieux aurait, selon toute vraisemblance, disparu à jamais dans les cachots du fort Saint-Ange. Soutenu et rassuré, il menaça Clément XIII de divulguer les secrets de l’ordre, si on ne brisait pas sa chaîne. Le pontife romain se vit dans l’obligation de céder... »
Un respectable vieillard, Monsieur J. De B. qui a vécu dans l’intimité do quelques contemporains de Marie-Thérèse, nous a dit qu’un ancien commissaire des guerres lui avait raconté cette histoire — très connue alors on Autriche — de la découverte do la confession de Marie-Thérèse et du parti qui sut en tirer Kaunitz pour obtenir le décret de la suppression des jésuites.
Toutefois Monsieur J. De B. ne pouvait pas affirmer que la découverte fût duo au jésuite Monsperger.
A propos do cette suppression des jésuites. Monsieur J. Dell, a bien voulu nous autoriser. i faire connaître l’anecdote suivante qu’il tient de Madame la douairière de Berg.
Quelque temps avant l'époque fixée pour l’exécution du décret de suppression, — époque que le gouvernement avait voulu garder secrète, — M. de Berg, alors procureur-général au conseil de Brabant, reçut la visite do deux personnes avec lesquelles il entretenait des relations de société.
La conservation roula d'abord sur des choses indifférentes. On en vint il parler de position, de fortune, de marques do distinction.
— Êtes-vous content de votre position, M. De Berg? demanda l’un des visiteurs.
— Mais oui: je n’ai pas une bien grande ambition.
— Vous n’avez pas besoin d’argent?.. Vous no désirez pas d’honneurs?.. Nous sommes il votre disposition, si vous le voulez.
— Pourquoi cette offro?
— Nous savons que vous allez être chargé de l’exécution du décret de suppression des jésuites. Nous appartenons h, l’ordro et notre reconnaissance sera acquise aux fonctionnaires qui ne se montreront pas trop rigoureux...
Inutile d’ajouter que les visiteurs furent sèchement éconduits. M. De Berg était du nombre de ces fonctionnaires capables et honnêtes auxquels nous avons rendu hommage.