‹ Les Pays-Bas sous le règne de Marie-ThérèseChapitre 8 sur 60 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’Autriche, les Pays-Bas, la Hongrie, la Bohême, la Silésie, le Tyrol, la Souabo, la Carinthie, la Carniole, le Milanais, Parme, Plaisance...: tel était l’héritage que l'empereur Charles VI devait laisser h sa fille Marie-Thérèse.

Un héritage aussi splendide aux mains d’une femme jeune, inexpérimentée! assurément il y avait üi de quoi exciter la convoitise ambitieuse des princes voisins.

Voulant assurer l’indivisibilité de sa monarchie et redoutant les désastres d’une nouvelle guerro de succession, Charles VI avait eu l'idée de faire signer par les puissances européennes la Pragnuitique Sanction, qui avait pour but d’affermir sur la tête do Marie-Thérèse les couronnes impériale et royales qui devaient lui échoir.

L’Empereur sacrifia h cette préoccupation dynastique les intérêts de ses Etats, notamment ceux de nos provinces.

Mais c’était Ih le moindre de ses soucis, et pourvu que sa Pragmatique s’enrichit de la signature de l’une ou de l’autre des grandes puissances, Charles VI, aussi mauvais souverain qu’excellent père, se résignait h tout.

Des amis et des conseillers, moins naïfs que lui et quelque peu sceptiques, lui faisaient cependant observer — le prince Eugène était du nombre (1) — que 200,000 baïonnettes vaudraient mieux que ces signatures. Leur incrédulité n’ébranla pas la foi robuste de Charles dans la valeur de ces adhésions de complaisance.

Au lieu de préparer h sa fille « une bonne armée et de riches économies pour faire valoir en tous cas ses droits » (2), il ne cessa pas de recruter des signatures pour sa Pragmatique.

Or, à peine avait-il fermé les yeux (1710), que les signataires de la Pragmatique s’unirent pour enlever h sa fille l’héritage qu'ils lui avaient si solennellement garanti.

Tout d’abord voici les électeurs de Bavière et de Saxe (3) et le roi d'Espagne qui, chacun de son côté, élèvent des prétentions h l’Empire. Le roi de Prusse, le fameux Frédéric II, réclame à sa manière la Basse-Silésie : » Donnez-moi cette province, dit-il h Marie-Thérèse, et en échange vous aurez ma protection contre vos rivaux h l’Empire... sinon, je ferai cause commune avec eux. « La France, fidèle h sa vieille politique qui veut l’abaissement de la maison d’Autriche, la France excite sous main les adversaires de Marie-Thérèse et s'apprête à, les soutenir. Quant k des amis, k des alliés, la jeune souveraine n’en a guère. La Hollande et l'Angleterre paraissent indifférentes : elles se recueillent et observent.

C’est Frédéric qui donne le signai do l’attaque contre l’Autriche.

(1) Frédéric II, qui rapporte ce fait, avait, dit Laurent ( Étude» sur l'histoire de l'humanité (ch. XI, p. 258), de bonnes raisons pour être do l’avis du prince Eugène : n Toutes les garanties des traités, d’après lui, sont comme des ouvrages de filigrane, v plutôt propres à satisfaire les yeux que pour le service et l’utilité qu’on s’en n promet, n Frédéric II : Histoire de mon temps , ch. I et IX.

(2) Cantu : Histoire universelle, 17* époque.

(3) C’est l’Électeur de Saxe qui avait promis que, ?» 60 us aucun prétexte quelconque v que l’imagination humaine pourrait inventer, il ne s’élèverait jamais contre la Prag- » matique. ?» Schœll : Cours d’Hittoire, t. XXXVII.

(4) Frédéric 11 : Hist. de mon temps , chap. II.

Il envahit la Silésie en proclamant impudemment « la modération une vertu que les hommes no doivent pas toujours pratiquer il la rigueur, attendu la corruption du siècle » (4). Le 18 mai 1741 — il y avait il peine sept mois que Charles VI était mort — la Saxe, la Bavière, l’Espagne, la Prusse et la Franco formaient une liguo offensive contre l’Autriche. L’Europe crut que c'en était fait de la monarchie autrichienne et de Marie-Thérèse.

Mais Marie-Thérèse était une do ces natures fortement trempées, qui ne connaissent ni la crainte, ni le découragement. Elle n’a pas de troupes, pas de généraux, pas d'argent: son habileté et son audace lui en donneront.

Forcée do quitter Yienno devant les armées française, prussienne et bavaroise, pendant que l’Électeur de Bavière se fait couronner roi de Bohème et empereur, elle se réfugie en Hongrie. « Tous mes * Etals , dit-elle, étaient envahis et je ne serais plus où s me retirer y> pour mettre an monde V enfant que je portais dans mon sein » (1).

Les quatre ordres de l’État avaient été convoqués à Presbourg. On sait l’impression que produisirent sur cette assemblée chevaleresque et enthousiaste les paroles de Marie-Thérèse (2). Le » Moriamur pro rege nostro Maria-Theresia » est dans tontes les mémoires. La Diète ne fut pas seule à, s’enthousiasmer. La Hongrie entière s’enflamma d’une ardeur héroïque. » Tout ce qui pouvait porter les armes, dit Cantu, fut soldat. Jamais tant de provisions n’étaient sorties do la fertile Hongrie ; jamais on n’avait perçu par la violence autant do tributs qu’en procura en ce moment un élan spontané. »

L’Autriche est reconquise; la capitale de la Bavière est prise d’assaut. Le roi de Prusse, moyennant la cession de la Basse-Silésie, consent îi déposer les armes. Marie-Thérèse jette les Français hors do l'Allemagne, pendant que le gouvernement d’Angleterre, agissant enfin et se rendant au vœu de l’opinion publique (3), envoie h Ostende une armée chargée de protéger la Belgique.

(1) Lettre àKnunitz. Hormaycr : Tatchenbuch t 1831, p. G6.

(2) Le récit le plus fidèle de cetto scène émouvante so trouve dans Coxe : Histoire de la maison (V Autriche.

(3) lies principales «lames de Londres fournirent ü Marie-Thérèse IO,COO livrai sterling.

La Belgique, en effet, devient (lte lors, et de nouveau, le champ de bataille de l’Europe. 11 ne s’agit plus d’enlever l'empire d’Autriche à Marie-Thérèse : ce sont nos provinces que l’on veut. La guerre dite do la « Succession d’Autriche » entre dans sa seconde phase.

Sur ces entrefaites, en 1745, meurt le principal compétiteur de Marie-Thérèse il l’Empire. Marie-Thérèse fait proclamer îi sa place, sous le nom de François I ,r , son propre époux qui avait déjà été déclaré co-régent de ses États dès 1740, mais qui n'eut jamais, à cause de son indolence, une part réelle dans le gouvernement.

Pendant quatre ans la guerre désole la Belgique. Les Français, que leurs victoires de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld avaient mis en possession de nos provinces, nous accablent de réquisitions et d’impôts.

L’intervention active de la Russie en faveur de l’Autriche décide la France à la paix. Le traité d’Aix-la-Chapelle (1748) rend la Belgique à Marie-Thérèse, et son beau-frère Charles de Lorraine vient prendre le gouvernement de nos prorinces l’année suivante (1).

La guerre avait cruellement éprouvé notre pays. Les affaires étaient dans le plus grand désordre, les revenus de l’État insuffisants à ses besoins, les provinces endettées : le gouvernement était paralysé (2) . Nous verrons les efforts que fit Marie-Thérèse pour améliorer cette situation et l’aide puissante qu’elle rencontra dans le gouverneur et dans les principaux fonctionnaires.

Marie-Thérèse ne pouvait se résigner à la porte de la belle province de Silésie, qu’elle avait abandonnée à Frédéric II uniquement pour ne pas avoir trop d'ennemis sur les bras. » Élevée par son père dans » l’idée de posséder la monarchie sans partage, elle la considérait » comme un dépôt qu’il eût été impie d’amoindrir. Aussi, bien

(1) Van lluckelingen (Bcfgic ondcr Marfa-Themia) rappelle que, lors de l’entrée de Charles de Lorraine et de sa femme Marie-Anne, celle-ci échangea son costume autrichien contre des vêtements néerlandais, comme le voulait l’usage. C’était un symbole. Nos ancêtres entendaient que les gouvernants étrangers se pliaient aux mœurs et aux coutumes flamandes, au lieu de chercher à nous imposer celles de leur pays.

(2) Moko : H Mm de la Belgique. — Loppcns : Annales des Pays-Bas. — Henne et Wuuters » llisl. de Bruxelles, t. II.

» qu elle dût tout à, l'Angleterre, lorsque l’ambassadeur de cette » puissance demanda h lui présenter ses félicitations au sujet de la » paix do 1748 où fut ratifiée la cession de la Silésie, elle répondit » que ce devaient être plutôt des condoléances et qu'il pouvait en » conséquence lui épargner cet entretien... Ses nobles qualités « n’empêchaient pas chez elle la soif de la vengeance. Elle considé- » rait la Silésie comme lui ayant été arrachée... La dévotion aussi « lui faisait voir dans Frédéric l’ennemi de Dieu qui insultait aux choses « saintes et installait dans la Silésie la religion protestante... (1) »

La Silésie lui tenait tant h cœur, qu’au début do la guerre, pour désarmer Frédéric et le faire renoncer à ses projets sur cette province, elle offrait de lui céder une partie des Pays-Bas (2). Co no fut pas, on le verra, la seule fois qu'elle songea il nous céder. Mais nos ancêtres n’en surent rien, et ce fut très-heureux pour le gouvernement qui n’eut jamais qu’ît se louer de leur dévouement et de leur fidélité.

Désir de femme, a dit un poète, est un feu qui dévore !... Marie- Thérèse mit une ardeur inouïe à rechercher les moyens de reprendre cette Silésie tant regrettée. Or, pour la reprendre, il fallait deux choses : des ressources en argent et en soldats ; des alliés.

Quant au premier point, il s’agissait de faire produire mieux et plus il l’Empire en matière d'impôts et de troupes. Pour y arriver, l’Impératrice chercha il introduire plus d'ordre dans l’administration des finances et il réorganiser l’armée. Ses efforts furent couronnés de succès. » Le nombre de sos soldats fut porté en quelques années de 150,000 à 270,000 et les revenus de la maison d’Autriche, qui, sous le règne de son père, ne s’élevaient pas il 30 millions do llorins, furent bientôt de 36, malgré la perte de Naples et de la Silésie (3). « Frédéric, lui-même, rendit hommage au talent et il l'énergie qu'elle déploya dans cette circonstance. » L'Impératrice, dit-il, avait senti » dans les guerres précédentes la nécessité d'une meilleure discipline.

(1) Cantu : U ht. universelle, 17 e époque.

(2) Ilorgnot: l/ist. des Reli/cs à la fin du xvnr s : èele , t. I, p. 47 : n On voulut sauver la Silésie par l’abandon de deux provinces belges limitrophes do la monarchie prussienne. •» — Kcrvyn «h* I<eMenliove : llisl . de Flandre, ♦ . VI. p. ôlrt.

(!() Revue nationale d>- J3 r, g t. X, p. H 17.

» Elle choisit des généraux actifs, capables de l’introduire dans ses » troupes. On formait toutes les années dans les provinces des camps » oh les troupes étaient exercées par des inspecteurs très-versés dans » les grandes manœuvres de la guerre. L’Impératrice se rendit elle- » môme, à différentes reprises, dans les camps de Prague et d’Olmütz » pour animer les troupes par sa présence et ses libéralités . . . Elle exci- » tait partout l’émulation, les talents et le désir de lui plaire... Le » militaire acquit dans ce pays un degré de perfection où il n’était » jamais parvenu... et une femme exécuta des desseins dignes d’un » grand homme... (1) »

Mais où Marie-Thérèse fut plus habile, plus intelligente encore, ce fut dans les pourparlers et les négociations qui avaient pour but une alliance, réputée impossible, entre l’Autriche et la France, ces deux vieilles rivales.

Le malheureux traité de la Barrière (de 1715) pesait lourdement il l’Autriche. Marie-Thérèse s’en était expliquée assez vertement avec l’ambassadeur britannique. Elle trouvait d’ailleurs que l’Angleterre avait soutenu trop froidement sa cause. Elle savait aussi que la cour de Londres négociait, dans l’intérôt de l’électorat de Hanovre, un traité qui fut signé en janvier 1750. Atout prix Marie-Thérèse voulut l’alliance française. Mais cette alliance était une utopie, un rêve : » Depuis trois siècles, dit Cantu, l’inimitié avec l’Autriche constituait » l’histoire extérieure de la France ; c’était depuis Henri IV le but » constant de sa politique, au point qu’elle lui avait subordonné ses » intérêts et ceux de la religion... » Comment arriver ù rapprocher ces deux nations, ennemies nées pour ainsi dire? Comment Marie- Thérèse vaincra- t-elle les difficultés qu'un tel projet ne peut manquer de rencontrer ù Paris, il Vienne et même dans la famille impériale?

Le ministre Kaunitz est envoyé il Paris pour préparer les voies ii un rapprochement. Il fait une cour assidue à la véritable souveraine de la France en ce temps-lù, il la marquise de Pompadour. Maître diplomate, il la flatte adroitement. Mais la Pompadour veut plus et mieux que les amabilités et les flatteries de Kaunitz : il lui faut celles

(1) Frédéric IT : OEuvres posthumes.

de Marie-Thérèse elle-même... et elle les aura. — Oui, malgré toute l’austérité et la réserve de son caractère, malgré sa grande dévotion, Marie-Thérèse condescendit h écrire » de la manière la plus amicale, et comme d’égale à égale, il la maîtresse de Louis XV, qu’elle appela » sa princesse et son amie (1). » Et comme Kaunitz s’excusait d’avoir demandé h. sa dignité un si grand sacrifice, elle lui répondit: » N’ ai- je pas flatté Farinelli? » lequel Farinelli, chanteur célèbre, jouissait d’un grand crédit auprès de la reine d’Espagne. L’alliance avec l’Autriche fut dès ce moment l’objet de toutes les préoccupations de la Pompadour. Il y eut bien des traverses et des obstacles : il force de finesse et de roueries, elle les surmonta.

L’adhésion de la France étant acquise et la conclusion du traité imminente, Marie-Thérèse se heurta il une difficulté plus grave. L’Empereur, au premier mot do l’alliance, avait manifesté une répugnance profonde (2). Mais Marie-Thérèse lui arracha son consentement. L’acharnement qu’elle mettait il la poursuite do son projet était si vif, elle tenait tant il la Silésie, qu’elle souscrivit encore une fois au démembrement de nos provinces qui ne cessaient cependant point de lui donner des preuves de dévouement. Le fameux traité d’alliance entre la France et l’Autriche (du 1 er mai 1757) stipule en effet ceci : » Après que l’Impératrice aura été mise en possession de la Silésie et des territoires italiens qu’elle s’adjuge, elle abandonnera h la France, avec une lieue do territoire alentour, le fort de la Knoque, les villes de Chimay, de Beaumont, d’Ostcnde, de Nieuport, de Fumes, d’Ypres, de Mons,de Tournai (3). » C’est au duc de Parme (4) que le reste des Pays-Bas est attribué.

(1) Voir lo récit de toute cctto intrigue dans Coxe : H Ut. de la maison d'Autriche, t. V. — Duclos (Mémoires) dit seulement que Kaunitz obtint pour M roe de Pompadour » un billet flatteur de l’Impératrice. »

(2) « L’Empereur, se levant dans une agitation extrême, donna de la main un coup violent sur la table du Conseil et s’écria : u Une telle alliance est contre nature ; elle ». n’aura pas lieu, jj (Dépêches de lord Keith, ambassadeur britannique.) — Voir l’ouvrage de Coxe.

(3) On a longtemps douté, dit I.aurent (t. XI, p. 301), que cette convention étrange eût été ratifiée. Le doute s’est dissipé. Les ratifications existent. Voir Garden : Histoire de s traités, t. IV, p. MO; Stenzel : Geschichtc des preussisrhen S ton tes, t. V, p. 88.

(4) Les duchés de Parme, Plaisance, Guastalla devaient être réunis définitivement n l’Autriche.

Assurément, si nos pères avaient connu ce nouveau projet de cession, ils n’eussent point fait pour le gouvernement de Marie-Thérèse los sacrifices considérables qu’ils s’imposèrent alors. On ne les eût point vus, b la première nouvelle de la guerre, fournir 12,000 soldats et 10 millions do llorins, indépendamment des sommes énormes que les capitalistes d’Anvers prêtèrent au trésor impérial (1).

Nous n’avons pas b raconter cette terrible guerre de Sept Ans où nos braves régiments se couvrirent de gloire. Le sang de 879,000 hommes (c’est le chiffre que donne Frédéric II) fut inutilement versé. La Prusse garda définitivement la Silésie.

» Vainqueurs et vaincus avaient besoin de repos; ils avaient pour » longtemps épuisé leurs ressources. L’activité se tourna vers l’or- » ganisation intérieure des États. Un nouvel esprit semblait animer » les gouvernements et les peuples. De toutes parts on se mit b la » recherche des abus pour les signaler et les extirper. On étudia » plus profondément le mécanismo do la vieille société et on ne » craignit plus de renverser les obstacles qui s’opposaient îi la diffu- » sion des lumières, nu libre développement de toutes les forces » internes des peuples, à la marche progressive de la civilisation (2). » Lo gouvernement de Marie-Thérèse a pris une part glorieuse h ce mouvement de civilisation, de régénération sociale. Nous dirons les bienfaits dont la Belgique spécialement lui est redevable à cet égard (3)... Mais complétons cet aperçu de la carrière politique de Marie-Thérèse.

(1)M. Gacharda communiqué à l’Académie, en 1850, deux lettres confidentielles de Marie-Thérèse au prince Charles sur le traité de 1756. « Nos provinces, dit-il, durent n à cet acte diplomatique de grands avantages... llelgiquc échappa aux dangers qui » étaient prêts à fondre sur elle... * 11 est certain que nous n’y avons pas perdu. Lo maintien de la tranquillité, l’aplanissement de nombreux différends territoriaux avec la France, la suppression du subside annuel de 500,000 patacons aux Hollandais, la réforme des tarifs selon que l’exigeaient les intérêts du travail national., tout cela est vrai. Mais le projet de cession est vrai aussi. (Voir Bulletin de /’ Académie } t. XVU, p. 1-1150).

* (2) Revue nationale de Belgique , t. X, p. 321.

(3) Pour les réformes introduites par Marie-Thérèse dans les autres provinces de B >n empire, voir les ouvrages suivants: Von Arneth : 3/aria-There*ia*s erste lit’yierungtjahre (1863-1865). — lîautenstraueh : Biuyr. der Kaùerin AluriaTlurain (1780).— Kichter : Lebcns uttd Sinattgrtr/ii'-hte 3/aria Thercsia. — Huiler : Maiia-T/mrsia und ihreZcit (1843-1845).

Il est dans la vie de cette princesse une tâche indélébile : c’est le partage de la Pologne.

L’hérétique Catherine, l’athée Frédéric, la catholique Marie-Thérèse s’entendirent pour assassiner cette nation héroïque qui devant Vienne avait jadis sauvé l’Europe. Les malheurs de la pauvre Pologne, si éprouvée par l’anarchie, par la famine et par la peste, avaient fait naître depuis longtemps l’idée de la partager. Mais qui osa, le premier, proposer d’exécuter le coup qui était dans la pensée de tous? Ce fut, dit Coxe, une action si odieuse que chacune des trois puissances s’efforça d’en rejeter la honte sur les deux autres. Il paraît aujourd’hui certain (1) que ce fut Kaunitz qui prit l’initiative de Ja proposition. Il est même très-douteux, hélas! que l’Impératrice ait été aussi difficile h convaincre qu’elle a bien voulu le prétendre. A supposer, ce qui n’est guère admissible pour ceux qui connaissent son caractère, qu’elle aurait cédé à je ne sais quelle violence morale exercée sur elle par les » hommes d'un esprit éminent » auxquels elle fait allusion dans l'apostille qui se trouve sur le projet do partage (2); il supposer que les explications justificatives qu’elle donna à l’ambassadeur français de Breteuil (3) aient été marquées au coin de la plus complète exactitude, ce dont il est également permis de douter, qui donc la forçait à faire la demande, qu’elle trouve elle-même » exorbitante, » du tiers de la Pologne et du démembrement de la Turquie ? Qui donc l’obligeait il torturer l’histoire pour y trouver, à. l'appui de sa conduite, des arguments de cette force : » La Pologne a trèsanciennement appartenu à la Hongrie. Si mes prédécesseurs ne Vont pas réclamée, il ne faut V attribuer qu à leur bonté et à leur générosité. Si quelques-uns d'entre eux, com me Rodolphe, Vont cédée , ils ont agi sans droit, attendu que P droit canonique incalide les cessions

(1) relurent : Eludes sur Chist. de riiumaniti}, t. XI, p. 312 et suiv.

(2) Zcilycnossen, t. XI, p. 29.

(3) *) Je sais que j’ai mis une grande tache à mon règne par ce qui vient de se fa'rr en n Pologne, mais je vous assure qu’on me le pardonnerait, si on savait à quel point j’y ai •» répugné, et combien de circonstances se sont réunies pour forcer mes principes, ainsi que n mes résotutio is , contre toutes les vues immodérées de l’injuste ambition russe et prussii nue. n (Kxtrait d’une lettre «lu baron «le Breteuil au vicomte <lc Vergcnncs, eu date du 23 février 1775, rapportée par Flassaui, dans son Histoire de la diplomatie française.)

faites far un roi, comme celles qui sont consenties par un mineur. Il faut donc rendre grâce à la Procidence qui a présente à la maison d’Autriche l'occasion (!) de recouvrer des droits si évidents (!) et si bien fondés (!) (1). » C’était bien la peine de fouiller dans les archives de l'histoire pour en arriver à cette conclusion. Il suffisait d’inscrire dans le manifeste : » La force primo le droit »... et tout était dit. Catherine de Russie y mettait moins de façons et montrait beaucoup plus de franchise, quand elle répondait îi l’ambassadeur prussien qui lui parlait de la désapprobation publique : » Je prends le blâme sur moi. »

Si nous ne pouvons, après les découvertes récentes do la science historique, croire aux répugnances sérieuses de Marie-Thérèse, nous ne faisons aucune difficulté d’admottro qu’elle aurait eu, et il faut lui en tenir compte, des remords nombreux et un sincère repentir. » L'affaire de Pologne me désesjùrc, » dit-elle un jour au ministre de Suède. Et elle redoutait tellement de voir le public s’occuper do » ce crime contre l'humanité » (2), qu’elle ordonnait aux magistrats des Pays-Bas de redoubler de vigilance h l’endroit des gazetiers qui émettaient leur avis sur un sujet aussi périlleux. Pour la tranquilliser, le ministre plénipotentiaire Stahremberg lui écrivait le 21 novembre 1772 : » La censure ne passera plus rien aux gazetiers. » Elle n’en revient pas moins h, la charge le 22 janvier 1773, en recommandant soigneusement au gouvernement de « veiller ii ce qu’on n’insère pas dans une feuille publique certaines sortes de propos relatifs aux affaires de Pologne... » (3).

Au dernier événement important de la carrière politique de Marie- Thérèse, à, la guerre de succession de Bavière, se rattachent de nouveaux projets de cession des Pays-Bas. Seulement ils ont été le fait plutôt du co-régent Joseph que de sa mère Marie-Thérèse. La correspondance de Marie-Thérèse et de Joseph II. publiée récemment, (4),

(1) Manifeste publié par Marie-Thérèse.

(2) Mackintosch : Edimburgh Revint', IV, p. 45.

(3) Arthives de ta chunccUcric des Rnyn-Uas, à Vienne (Archives du royaume de lîelgirjue).

(I) Von Arneth : Maria-Thercsia uni Jwrph //. ihrr Covrctponden* (1767-1780) ,

nous montre quo l'Impératrice, qui avait appris enfin il nous connaître, ne se serait résignée alors qu’avec douleur à échanger les Pays-Bas contre la Bavière : » Si wm s perdons les Pays-Bas, écritelle deux fois de suite <i Joseph (le 29 avril et le 1 er mai 1778), la ■perte est plus grande que la Silésie... » — » Je rois que tous êtes encore occupé de toute la Bavière: je ne vois pas cela faisable, même en faisant le plus mauvais marché, en sacrifiant notre bon jiatrimoine des Pays- Bas, pays attaché, heureux et de tant de ressources » (5 janvier 1779). — » Je ne avis pas qu’on peut espérer que le roi (de Prusse) nous laisse la totalité (de la Bavière), pas même votre ligne de l'Jnn et Danube, et il faut que cela soit du gré de l’Electeur, qui ne se peut prêter qu'avec l'échange des Pays-Bas, et j'avoue, cela me coûteroit... * (12 juin 1779). — » Quelle malheureuse idée que ce Nieder Baterx, car je ne saurois croire qu’on pense encore ü la totalité à troquer contre les Pays-Bas, autre idée destructive pour nous... » (21 juin 1779). — » ... Il est incroyable que les six millions sont déjà trouvés aux Pays-Bas, que les troupes amènent avec elles deux millions, et par les courriers on en reçoit aussi toujours en or. Ces bons pays seroient bien à regretter si on les donnait pour ces rustres, les Bavarois. Je me flatte que vous ne pense: plus à cet échange, qui seroit nuisible de toute façon... » (26 juin 1779).

Marie-Thérèse mourut lo 29 novembre 1780.

Elle eut pour successeur son fils Joseph II, qu'elle avait nommé, dès 1763, co-régent de tous ses royaumes et États héréditaires.

Les quarante années de l’administration de Marie-Thérèse ont été pour nos provinces une èro de progrès et de bonheur.

Cette vérité n’est pas contestable.

L’enthousiasme préconçu n’est pas notre fait. En dépit des circonstances au milieu desquelles le concours se fait et sera jugé, nous ne nous sommes pas mis h l’œuvre daus l’intention d'écrire un panégy-

riquo quand même. L’Académie a voulu un travail sérieux : nous tâcherons de la satisfaire.

De l’ensemble de nos recherches et de nos études, il est résulté pour nous la conviction que de 1740 il 1780 les Pays-Bas ne cessèrent pas do marcher dans une voie de régénération — et nous espérons le prouver.

L'honneur de cette régénération revient-il tout entier h la souveraine?

Non pas, assurément. Marie-Thérèse a ou des collaborateurs qui, s’inspirant des idéos du temps, lui ont suggéré les meilleures résolutions. Elle a eu sous ses ordres des administrateurs intelligents, honnêtes, dévoués, qui lui ont facilité grandement sa tache.

Les noms de ces collaborateurs et de ces fonctionnaires sont inséparables du sien. Nous dirons la part qui revient h, chacun d’eux.

Bans toute œuvre il faut apprécier l’ouvrier, les instrumente de travail qu'il avait à, sa disposition, et le travail lui-mêmo.

Cette marche, qui nous paraît essentiellement logiquo et méthodique, nous la suivrons ici.

Bans la première partie du mémoire (La Souverain c et ses collaborateurs) nous étudierons successivement Marie-Thérèse, Charles de Lorraine, Kaunitz, Cobenzl, Stahremberg, Neny, etc.

Bans la deuxième partie (Les Institutions) nous ferons connaître l’organisation politique, administrative, judiciaire, etc., des Pays- Bas au moment où a été entreprise l’œuvre des réformes et des améliorations. Nous montrerons, pour rester dans la comparaison technique que nous avons employée, quels instruments Marie-Thérèse et ses collaborateurs avaient entre les mains et en même temps quels sont ceux qu’ils ont construits pour pouvoir exécuter leur œuvre.

Bans la troisième partie (Les Réformes) nous passerons en revue ce que le gouvernement a fait dans les divers ordres d’idées et djuis toutes les branches de l’administration.

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