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CHAPITRE I

LA BELGIQUE A L’àV&NEMENT DE MARIE-THERESE.

Le gouvernement de Marie-Thérèse nous a réveillés de la léthargie où nous avait plongés la domination espagnole — et spécialement l’administration trop vantée des archiducs Albert et Isabelle.

C’est un honneur en meme temps qu’un devoir pour l’historien, et à plus forte raison pour un corps savant, que de reconnaître ses erreurs.

L' Académie do Belgique s’était trompée — excès de bienveillance — sur le compte d’Albert et Isabelle ; elle a eu la loyauté d’en convenir.

C’était en 1S43. L’ Académie, à l’occasion de la mise au concours do l’histoire des archiducs, désirait un panégyrique ; les termes mêmes dans lesquels était rédigée la question ne laissent aucun doute ii cet égard. Or un concurrent s'était avisé de faire entendre une note discordante dans le concert d’éloges dont on honorait alors la mémoire des archiducs, il fut assez malmené par les juges du concours et son mémoire écarté. Mais six ans s’étant passés et la question ayant dit être remise au concours, faute do concurrents suffisamment sérioux ou enthousiastes, l’un des juges de 1843, M. Moke, s’honora par sa franchise en avouant qu’il avait jadis trop admiré les archiducs et quo leur règne était « plein do tristesse... d’ombres... et de désastres. » A quoi M.De Reiffenberg ajouta : « Règne stérile et qui donne bien plus de prise à la critique qu’à la louange... » Et l’Académie d’approuver.

MM. Moko et Do Reiffenberg disaient vrai en 1849.

Certes les archiducs étaient de braves gens qui aimaient le bien; ils ont fait disparaître des abus pernicieux ; ils ont introduit dans l’ordre administratif, politique et judiciaire certaines réformes utiles ; ils ont encouragé les littérateurs et les artistes, qui d’ailleurs, en popularisant leurs noms, les ont récompensés largement de leur patronage ; le pays leur doit une demi-tranquillité, une demi-prospérité qui était, somme toute, du bonheur pour des populations terriblement éprouvées par la guerre. Mais, comme l'a fait remarquer M. llymans {Jlist. jxtpttl. de la Belgique), il fallait que la Belgique eût gardé un bien navrant souvenir des gouvernements antérieurs pour se contenter et surtout se réjouir d’une administration que cent années auparavant elle eût trouvée insupportable. Quand on voit dans l’histoire de Bruxelles (1) comment l’archiduc pratiquait le respect des libertés communales et comment il traitait les nations, quand on lit dans Potvin (2) le récit des mesures atroces et ridicules que ces intolérants

(1) llenno etWouters: Ilutoirc de IJnuet/e*, II.

(2) Potvin : Albert et I miette.

souverains prirent au sujet de la sorcellerie, on acquiert la conviction qu’au point de vue de nos libertés, au point de vue sociable règne des archiducs Albert et Isabelle a été véritablement désastreux pour nos provinces. C’est h, leur despotisme étroit, â leur intolérance fanatique et bigote, c’est â l’acharnement avec lequel ils ont propagé la croyance idiote à la sorcellerie, qu’il faut attribuer l'engourdissement moral de notre malheureux pays pendant deux siècles. Pour se garer du diable et de ses maléfices, dit Blaes, on avait couru aux églises s'abîmer dans une muette contemplation. Le catholicisme avait pris une vie nouvelle. .. mais ce n’avait plus été qu’un culte étroit, mesquin, matériel, un fétichisme grossier qui devait h la longue anéantir toute activité intellectuelle... Plus rien que des processions, des sermons, des confréries, des cérémonies expiatoires; partout des images de saints, des emblèmes charnels, des églises, des chapelles, des couvents... « Devenue dévote et mystique par habitude, » la Belgique » s’enfroque, se déchausse, se rase, s’encapuchonne. La vie semble se » retirer d’elle; affaiblie, épuisée, elle subit les outrages et les humi- » liations et c’est à peine si elle les ressent. Accoutumée au régime » des couvents, elle ne veut plus s’en passer... Un bandeau lui » couvre les yeux. (1) ?»

Ce bandeau, Marie-Thérèse le soulèvera; ces tendances superstitieuses, elle les combattra. Elle travaillera à tirer la nation de son affaissement moral et intellectuel. Elle mettra un frein à l'ardeur monacale qui enlevait h la circulation d’immenses capitaux et qui développait la mainmorte d’une façon effrayante dans les Pays-Bas. Elle réformera un enseignement qui abâtardissait les populations.

Et elle le fera, parce que si elle est sincèrement religieuse et fervente catholique, elle est assez intelligente pour comprendre que notre pays est sous l’étreinte du bigotisme et se meurt de la lèpre de la mainmorte.

Les souffrances morales ?te sont pas les seules qu’elle aura â soulager.

Les guerres sanglantes des deux derniers siècles avaient fait â nos provinces des blessures bien difficiles â guérir.

(3) Revue trimexlrielle’X X 1 , 30.

L’odieux traité de la Barrière, imposé à la faiblesse de l’Autriche par l’égoïsme de la Hollande et de l'Angleterre, avait porté un coup fatal à notre industrie et il notre commerce. Et, pour comble de malheur, l’épuisement des ressources des villes et des provinces et leur mauvaise gestion avaient motivé la création d'emprunts qui ruinaient les contribuables sans améliorer la situation financière. A ces misères il fallait des remèdes prompts et énergiques : Marie-Thérèse eu trouvera.

Toutefois les remèdes ne seront appliqués, les améliorations ne seront introduites que lorsque la paix aura permis au gouvernement de porter toute son activité vers les réformes. « Ç’aurait été, dit » Kaunitz, multiplier les embarras de la guerre et risquer le sort » des meilleures affaires que de les entamer dans des moments où le n bien général de la monarchie exige que nous ménagions nos voi- » sins, la bonne volonté, le zèle et l’attachement des sujets... Il » fallait donc de toute nécessité renvoyer les grandes opérations de » finances, d’économie, h dos temps tranquilles... Tout objet d’admi- -, nistration susceptible de réforme, mais sujet h des contestations, „ a été réservé pour la paix... (1). »

(1) Rapport de Kaunitz à l’Impératrice sur l’administration générale dos Pays-Bas pendant l’année 1758. Ce rapport (qui se trouvo aux archives de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne — Archives du royaume) a été publié en 18SO dans le premier volume des d nn/refe* de M. Gachard, p. 455-100.

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