‹ Les pays libres leur organisation et leur éducation d'après la législation comparéeChapitre 33 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous espérons avoir réussi à prouver qu'il est devenu urgent de réviser notre système administratif tout entier et de l'approprier non seulement à notre système politique, mais encore aux conditions nouvelles dans lesquelles s'exerce depuis quelques années le suffrage universel. D'un autre côté, nous nous sommes efforcé de montrer avec clarté par quels moyens il serait possible de réaliser cette adaptation, sans qu'il en résultât aucun changement trop brusque, ni aucun péril public.

Mais si, indifférent aux leçons les plus décisives de rhistoire contemporaine en France et à l'Etranger, le législateur se laissait aller à perpétuer les contradictions et les incohérences que nous avons décrites, à quel sort notre pays devrait-il s'attendre? *

Le passé nous éclaire complètement à cet égard :

Parmi les peuples de civilisation avancée^ nous demeurerions celui qui jouit le moins des libertés locales et qui est condamné à prati*

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quer le plus inconsciemment la souveraineté politique elle-même. Au lieu de s'appuyer sur des idées, sur des mœurs, sur des aptitudes en harmonie avec son objet et ses besoins, notre régime constitutionnel continuerait à fonctionner à l'aide d'artifices et d'expédients : la collation et le retrait arbitraire des emplois, les subventions aux travaux publics, aux entreprises et aux améliorations des communes, l'immixtion permanente des députés et des sénateurs, des candidats, dans les actes même les moins importants de l'exécutif. Les relâchements et les antagonismes, dont nous sommes témoins, ne cesseraient pas de s'aggraver. Enfin, le parti qui est aujourd'hui aux affaires s'userait aussi rapidement que se sont usés ses devanciers de la monarchie et de l'empire, et dans quelques années il céderait la place, non pas certes à un ordre de choses meilleur, mais à un parti plus audacieux servi par un personnel inexpérimenté et inculte. En d'autres termes, l'axiome de J.-J. Rousseau recevrait une sanction nouvelle : « Si le législateur consacre un principe a différent de celui qui naît de la nature des « choses, l'Etat sera agité jusqu'à ce que l'ina vincible nature ait repris son empire. »

Le trait distinctif et la vertu propre des gouvernements libres consistent en ce que ces

gouvernements ne peuvent prospérer qu'à la condition d'améliorer incessamment l'état intellectuel et moral de la population.

Que les partisans de la République se hâtent donc d'introduire dans nos lois la décentralisation administrative, puisque, à défaut de cette décentralisation, le grand nombre restera dans l'impossibilité de participer effectivement aux affaires, de voter avec quelque clairvoyaace, de s'élever au civisme et au patriotisme.

Q.ue, de leur côté, ceux qu'on appelle les conservateurs souhaitent, eux aussi, le succès de cette réforme, puisqu'elle seule peut leur permettre de sortir du désœuvrement où ils sont réduits à vivre, de travailler au bien général, de rendre des services, de recouvrer quelque ascendant.

Ce n'est pas en changeant encore une fois de Constitution (1) ou en nous livrant à un sauveur, que nous éviterons les dangers qui nous menacent.

Un ancien gouverneur de l'Etat de New- Yçrk, M . Horatio Seymour (2) écrivait, il y a quelques mois, les lignes suivantes qui s'appli-

(1) Depuis moins d'un siècle, notre constitution nationale a été renversée, renouvelée ou amendée vingt-six fois.

(2) On sait que M. Horatio Seymour a été candidat à la présidence de la République des États-Unis.

quent singulièrement à notre situation présente :

« S'il arrive que la flèche élancée d'un tem- « pie s'écarte de la verticale, ce n'est point « au sommet mais à la base de l'édifice qu'on « devra chercher la cause de cette inclinaison... « Dieu, dans sa bonté, ne tolère pas qu'une « nation reste prospère et honorée, lorsque ses « citoyens sont indifférents ou corrompus...

a Selon que la moralité en général s*élève ou a s'abaisse, l'administration des affaires publi- « ques de vient meilleure ou pire. Cette influence 1 du milieu sur les assemblées législatives est « si puissante, qu'en réalité ces corps politiques oc ne font pas eux-mêmes les lois, ils les transit mettent seulement au peuple... Parmi les a remèdes à opposer aux maux que peuvent « produire le système électif et la liberté, les a plus efficaces sont ceux qui poussent l'indi- « vidu à s'intéresser à la chose publique, à dé- « ployer son initiative, à faire énergiquement a effort sur soi et autour de soi... »

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