AVANT-PROPOS
L'inaugur^ttion du canal de Suez attirait les imaginations vers l'Egypte, où de toutes les parties du monde allaient accourir les savants, les écrivains, les artistes dignes de comprendre et d'applaudir un génie persévérant et pratique. L'œuvre prodigieuse de la réunion des deux mçrs, déclarée impossible au début, s'était accomplie, grâce à la tenace volonté d'un seul homme. Cet homme est grand et son nom restera à jamais inscrit dans l'histoire de la civilisation.
L'Egypte, dont les monuments gigantesques, le
fleuve nourricier, le ciel immual)lement limpide,
sont éternellement radmiration du monde, s'apprêtait à fêter, avec toutes les pompes de TOrient, le Français illustre qui l'avait dotée d'une merveille nouvelle.
Je dus d'être conviée à ce grand spectacle à Vamitié littéraire de M. Louis AUoury, rédacteur du Journal des Débats et l'un des administrateurs de la compagnie de l'isthme de Suez. J'ai employé et souligné à .dessein le mot d'amitié littéraire que Téminent critique, esprit hardi en philosophie et en politique, me. témoigna, dès mon début dans les lettres. Plus d'un quart de siècle s'est écoulé depuis qu'il signala mes premiers vers, et durant ces uombreuses années, marquées par tant d'oublis et d'abandons gratuits, î'ami intellectuel a toujours prêté à mes ouvrages le bienveillant appui de son autorité. Est-il une amitié plus solide que cette sympathie inspirée par l'idéal et restant inaccessible aux atteintes auxquelles tant de sentiments succombent ?
M. de Lesseps accéda avec une cordialité courtoise à la demande de M. AUoury, et je partis pour l'Egypte.
Durant six mois, je me suis enivrée des beautés de la nature dans les contrées les plus splendides du monde : la basse et la haute Egypte, la Sicile, les Calabres, Athènes, Constantinople. J'ai contemplé sur ces différents rivages les plus beaux monuments de l'art égyptien, dei'art arabe et de l'art byzantin. Je me suie nourrie de l'histoire antique et moderne de ces peuples divers ; de l'étude de leurs religions, de leurs mœurs, de leurs sentimentSi de leurs passionsi
dont bien des parties restées inconnues au voyageur hâtif m'ont été révélées, en Grèce et dans l'Italie méridionale par des sympathies, politiques et littéraires qui me conviaient à Tintimilé des foyers; en Egypte et en Turquie, par mon admission inespérée dans les harems, retraites impénétrables, où, surprise et émue, j'ai trouvé les âmes les plus hautes, les cœurs les plus délicats, les plus aimants^ les plus rares. Ainsi se dérobent sur les sommets des Alpes des lacs enclos, profonds et limpides, diamants incommensurables qui concentrent leurs rayonnements dans d'inaccessibles solitudes. «
En route I maintenant, lecteurs, suivez-moi comme des compagnons bienveillants, et puissent mes récits TOUS distraire des soucis que tout homme porte en .soi. En les écrivant^ je cherche moi-môme Toubli,