‹ Les paysans illustresChapitre 1 sur 4 · CHEZ L£S CORRESPONDANTS DR LÀ SOCIÉTÉ DES 01CT10NKÀIRES · texte numérisé non relu

CHEZ L£S CORRESPONDANTS DR LÀ SOCIÉTÉ DES 01CT10NKÀIRES

fj CHie 1«t7$ LES LIBXAtBB5 p< 9II\|U:A.

Pvéface.

U o'est pas de meilleur ense^oemcnt pour les botfimes que les exemples de leur» semblables. Dus œax qui se sont illustrés par leurs talents ou leurs vtrlw, ils trouvei^t des modèles à suivre ; danê œux qui ont commis des erreurs ou des &u« tes» ils trouvent des écueils à éviter. Cest la morale de faits et d'actipnsi la meilleure de toutes* les moraleS; la plus saine, la plus claire, la plus, facile à comprendre, et, sans contredit, la moins

TI PftÉFACE.

ennuyeuse. La Fie des hommes illustres de Pla^ torque est un admirable livre^ qu'on ne saurait trop mettre dans les mains de la jeunesse, et qui forme à la fois^Fesprit et le cœur. Ce que l'illustre écrivain grec a fait pour les hommes de son pays, nous le faisons, nous, pour les hommes du nôtre; nous faisons pour les temps modernes ce qu'un autre a fait pour l'antiquité. i

Notre cadre n'est cependant pas le même. Nous ne prenons que les hommes qui, nés dans des villages ou dans une condition obscure, se sont, tout seuls et par leurs talents, élevés à une position éminente : l'exemple, ainsi, est bien plus frappant. Ces hommes sont nombreux ; on compte dans leurs rangs les Amyot^ les Laplaee, les Le^ derc^ les MabUloriy les Marmontelt \esHothey les Mézera/y les Sicard, les Sixte^Qiûnt^ les Chaptalf et tant d'autres, et surtout cette immortelle Jeanne dArc, qui rétablit son roi sur le Irène, sauva son pays, et accomplit cette mission divine en moins de deut ans.

Mais, malgré leur nombre, les hommes nés

PREFACE. yil

tians des yillë^es ne suffisant pas à compléter ne- Ire recueil, nous avons choisi parmi ceux qui sont nés dans un état obscur les exemples qui nous ont paru le plus frappants, et nous leur ayons donné place parmi nos paysans célèbres : tels sont Murai, fils d'un pauvre aubei^iste, Nej^,. fils d'un tonnelier, et tant d'autres dont la France s'enorgueillit comme de ses plus illustres enfants^

S'il falhdt s'en rapporter à un historicD dil XTn*. siicle; ta naissance et la jeunesse d'Am^ot seraieut entourées de circonstances on se peutplus romaoesqau; quelques antres écrÎTains ont prétendu mi'Amyot était un entant trouré. Mais on sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur cet

homme 'célèbre, et si l'on ne connaît pas positivement la profession du père d'Amyot, on sait du moins que le traducteur de Plutargue'GSt né d'un modeste boutiquier de campagne.

Amyot, qui déjà entendait au dedans de lui-même cette yoix qui ne trompe jamais les hommes supérieurs, et qui lui promettait la célébrité; Amyot quitta le village près de Melun où il était né le 30 octobre 1513, et où il avait conunencé ses études, pour venir les achever à Paris. Sa mère lui envoyait chaque semaine ce dont elle pouvait disposer ; mais cette somme était bien insuffisante aux besoins du pauvre Amyot, et le futur précepteur de deux rois de France fut obligé, pour vivre, de servir de domestique à d'autres écoliers de son collège. Telle était son ardeur pour l'étude, que, la nuit, à défaut d'huile ou de chandelle, il travaillait à la lueur de quelques charbons embrasés. Le Collège de France venait d'être nouvellement fondé; Amyot y fit, sous les plus célèbres professeurs, des cours de poésie, d'éloquence latine, de philosophie et de mathématiques, après quoi il se fit recevoir maître ès-arts^ et se rendit ensuite à Bourges pour y étudier le droit civil. Là, il fit la connaissance de Jacques GoUin, lecteur du roi et abbé de Saint- Ambroise, qui lui confia l'éducation de ses neveux, et lui fit obtenir, par le crédit de Marguerite, sœur du roi, une chaire de grec et de latin dans l'Université. U remplit les fonctions de ce professorat pendant douze ans, et ce fat dans cet intervalle qu'il traduisit le roman grec de Théagène €t Cfuiricléc

LES PAYSANS 1LLT7STRES. ^ 3

et quelques fragments de la /^/e des hommes illustres de Plutarque. H dédia cet essai à François I^^ qui lui ordonna de continuer, et le gratifia de l'abbaye de Bello-p zane, que la naort du titulaire venait de laisser vacante. Voulant que sa traduction de Plutarque fut ai^ssi par* faite que possible, il désira consulter les manuscrits de cet auteur qui existaient en Italie, et il s'y rendit à la suite de l'ambassadeur de France à Yenise.

Après un assez long séjour dans la capitale du monde chrétien^ où il fut chargé de quelques missions délicates dont il s'acquitta avec une grande supériorité, il fut ramené à Paris par le cardinal de Toumon, qui l'avait pris en grande estime, et qui, apprenant que le roi cherchait un précepteur pour ses deux fils, lui proposa et lui fit agréer Amyot. C'est pendant le cours de cette éducation qu'il termina sa traduction des Hommes illustres de Plutarque, qu'il dédia à Henri II, et qu'il comm^ça celle des oeuvres morales de cet écrivcàn^ qu'il n'acheva que sous le règne de Charles IX, son élève, auquel il en nthommage. Le lendemain de son avènement au trône, Charles IX le nomma son aumônier. La mère du roi, Catherine de Médicis, qui destinait cette place à un de ses iavoris,^e mit dans une afireuse colère quand elle sut que le roi en avait disposé pour son ancien précepteur; elle fit appeler celui-ci, et lui dit : « J'ai fait houquer les Guise et les CKiâtillon, les connétableii et les chanceliers, les rois de Navarre et les princes de Condé, et je vous ai en téte^ petit prei^olet! » Elle lui enjoignit de renoncer à sa

4 LES PATSAHS ILLUSTRES.

charge, s'il n'aimait mieux mourir dans les yingt-*quatre liGures. Amyot se cacha et fut plusieurs jours sans se montrer à la table du roi. Charles IX, craignant que sa rtKxe ne se fût pas bornée à des menaces envers Amyot, se fâcha Tivement à son tour, et s'écria : « Quoi! parce que. je l'ai fait grand aumônier, on l'a fait disparaître. >» Pour calmer son fils, Catherine fut obligée de faire chercher Amyot, qu'elle rassura par tous les moyens possibles. Quelque temps après, le roi nomma son maure (c'est ainsi qu'il appdait Amyot) au siège d^Auxerre, qui vint à vaquer. Une fois en possession de son épiscopat, Amyot fit restaurer et orner de nouveau Féglise cathédrale, que les Huguenots avaient pillée. Il avoua ingénument que, n'ayant encore étudié que les auteurs profanes, il n'était ni théologien ni prédicateur ; il se mit à lire l'Ecriture et les Pères, eut de fréquents entretiens avec les docteurs, et se hasarda enfin à prêcher devant ses ouailles. Henri III, son autre élève, étant monté sur le tiône, lui conserva sa grande auni6nerie, et y ajouta le titi*e de commandeur de l'ordre du Saint-Espiît, qu'il venait de créer, voulant qix cette distinction fut, à Favenir, la prérogative de tous les grands aumôniers.

i Amyot se trouvait à Blois lorsque le duc de Guise y fut assassiné. Cette ville, qui était du parti de la Ligue^ se souleva tout entière contre le grand aumônier, à l'instif[ation d'un gardien des Cordeliers d'Auxerre, qui prétendit qu' Amyot avait eu connaissance du projet du meurtre, et qu'il avait même conseillé ce crime. Quelque temps

LES PÂYSkîiS ILLCST&BS. fS

après, il fut pillé parles Ligueurs •en se rendant à Âuxerre ; il courut encore de plus grands dangers dans cette ville, <Ni on lui tira des jcoups d'arquebuse, et oA «on lui mit le pistolet sur la poitrine. Il fut 4d>ligë de se faire donner par le légat une absolution en bonne forme, et tout rentra dans l'ordre. Après la mort de Henri III, il se retira dans •son diocèse, où il passa ses dernières années, uniquement occupé de l'étude et de l'exercice de ses devoirs. 11 mourut à Auxerre le 6 février 1593, à l'âge de quatre-vingts ans. La fortune qu'U laissa s'élevait à deux cent mille écus^ somme énorme pour le temps. Il éttût d'aine économie sordide et >Cort avide. Un jour qu'il demandait à Charles IX vune nouvelle abbaye, quoique ce monarque lui en eut déjà donné plusiairs, le roi lui dit : « Ne m'avez-vous pas assuré autrefois que vous bomerîei Totte ambition à mille écus<le rente ? •— Oui, Sire, répondit Amyot ; mais Tappéti^ Tient en mangeant. » Un des plus grands titres * de gloire d'Amyot est d'avoir rendu d'knmenses serriaes à la langue iranfaise en la^débacrassant^le toutes les lo- <^tions vicieutes, de tous les termes impurs qui abon* daient à cette époque dans la conversation et dans les livres. Sa tvaduetio» de Plutarque est un modèle de grâce et de bon langage ; elle n'a été égalée par aucune de celles qui ont paru depuis.

AUoiBSiRlLA.U (Pierrb-François-Cba&les).

Voici encore une de ces illustrations militaires qui soi^ tirent de l'huntible toitpour venir s'asseoir sur les mardMs de ce trâne impérial^ la gloire de la France et la terreur de l'Europe. Augereau ne débuta pas dans la carrière militaire sous l'étendard de la patrie. Né dans un petit village près de Paris, dès sa jeunesse il dit adieu à son père, rnspchaad de fruits du jEaubourg Saint-Marceau, et fut s'engager comme carabinier dans les troupes napolitaines. Il y resta simple soldat jusqu'en 1787, alors il s'établit à Naples et y exerça la profession de maure ieseirbm.

En 1702, cblic^ eomme suspect de rentrer en France, * il servit en qualité de volontaire dans l'armée républi^ caine du Blidi, passa rapidement de grade en grade, et montra toujours cette intrépidité fougueuse qui liit le caractère de sa valeur^ Deux ans qprès, il était gén&al de brigade à l'armée des Pyrénées; il se signala à Figuièves et l'année suivante sur les bords de la Flavia, où les Espagnols furent battus.

En 1796 il commandait une division dans l'armée d'Italie, où il niontra un coturage et une activité que rien n'arrêtait. Après une marche forcée de deux jours, il s'empare des gorges de MiUesimo, se réunit par cette opéra- Uon aux généraux Ménard et Joubert, chasse l'ennemi

LES PAYSANS ILLUSnOSS'. 7

de toutes les positions environnantes, exécute rapidement la plus audacieuse manœurre, et enrdoppe toute la division du général Proyera. Peu de temps après, il ranporte une victoire à Dego, s'empare des redoutes de Montelesimo, et se met ainsi en rapport avec le général Sarrurier par la vallée de Tanaro. Toute cette campagne fut une suite de triomphes pour Augereau. Maître de la Ceva, d'Albo et de Gasale, il rencontre Tennemi au pont de Lodi, dont la tête est défendue par un feu terrible. Augereau se précipite, les troupes le suivent, le pont et les retranchements sont emportés. Il passe ensuite le Pô, et s'avance sur Bologne, où il surprend le légat du pape et quatre cents hommes qui sont faits prisonniers^ M^sséna se ti-ouvait dans une position difficile; Augereau aocouart, le délivre; il soutient pendant une journée entière le choc d'une armée bien supérieure en nombre ; il s'empare de Oastiglione, disperse l'ennemi réuni derrière la tour de Seaguello, le repousse au delà de l'Adige et le chasse jusque sur Roveredo. Il prend ensuite l^imdbn, Cavelo, tient en échec un corps posté à Bassano, et se dirige sur Porto-Legagno, tandis que Massàia s'avance du côté de Villa-Nova; ainsi Ton environne le général Wurmset qui parvient cependant à s'échapper, et à se rendre à Mantoue. Peu de temps après, Augereau se rend maître de Portô-Legagno, ouiltrouve vingt-deux pièces de canon. Il se réunit au général Solinguet et s'empare du fort Saint- Georges. Il court ensuite à l'ennemi qui avait passé la Breuta, l'aiteipt, le poursuit pendant quatre Ueues, et le

8 UES PATSiNS ILLUSTACS.

jette en désordre dans Bassano. Cette campagne se termine glorieusement à Arcolei où Augereau se distingua. Le commencement de l'action ne fut pas à l'avantage des Français. Nos colonnes s'ébranlent, s'arrêtent et yont plier devant une artillerie formidable ; à cet instant Augereau arrache l'enseigne des mains du porte-drapeau, s'élance taVagUaiUdans les airsj et, par son exemple, détermine ce pas de charge dont l'action irrésistible renverse tout et enlève la victoire.

Tant de beaux fsits tiennent du merveilleux; malheureusement ime tache indélébile t^nit cette gloire. La ville de LugOy rebdle il est vrai, mais vaincue et déjà punie, est livrée au pillage pendant trois heures. On reprochée Augereau l'avidité qu'il montra souvent, et les immenses richesses qu'il rapporta d'Italie. « Tu n'as pas, disait le soldat à son camarade pauvre, tu n'as pas le fourgon d'Augereau. » Si la voix du peuple est la voix de Dieu, c'est une accusation que cette expression populaire. Quoi qu'il en soit, l'opulence dont la philosophie et l'histoire recherchent les sources, est toujours, de quelque part qu'elle vienne, d'une grande influence sur la vie des hommes qu'un grand nom ou qu'un grand caractère recommande à l'attention publique.

A son retour, la gloire d'Augereau parut s'accroître : le Directoire lui décerna des éloges. publics; le général fionapan» le cita de la mimière la plus honorable, et, chargé de porter au gouvernement les drapeaux enlevés à l'enj^oni avant la prisc,de Mantoue, le vainqueur à^AfÇf^,

LES PATamS ILLUSTE£S« 9

reçut comme don soleimel cette même bamiière d'Arcole dont il avait Êiit un si bel usage.

Nous voudrions nous arrêter à ce moment de la vie d'Augereau, nous regrettons de le suivre dans une carrière où l'un des plus braves guerriers français va devenir le servile instrument de toutes les dominations. En 1797, le Directoire ayant éloigné Bonaparte, qu'il redoutait déjà, et Hoche, dont le génie lui portait ombrage, avait besoin d'un homme intrépide mais dévoué, plus ardent qu'habile, plus déterminé qu'éclairé, et qui fût le chef des troupes sans aspirer à gouverner l'Etat; Augereau fut dioisi. Destiné à ojiérer ce 18 fructidor qui changea la face du gouvernement, il accepta non le commandement en chef des forces militaires parisiennes, mais celui de la 17* division, qui, dans le fait, lui donnait la haute main sur les troupes. Alors les regards des divers partis se portèrent sur lui; le sUence qu'il gardait les inquiéta, et pour le forcer à une explication qu'il semblait éviter, Mathieu Dumas fit de lui au conseil des Anciens un de ces briUants éloges qui demandent une réponse franche, et amènent nécessairement des aveux. Augereau montra dans cett« cîrconstSMice une adresse et une habileté que l'on n'attendait pas d'un homme élevé sous la tente. « Je suis enfant de Paris, s'écrie-t-il à lajtribune ou on lui avait tendu ce piège, jamais Paris n'aura rien à craindre de moi. » Cependant la proclamation injurieuse et menaçante qu'il avait, peu de jours auparavant, dirigée contre le <xlub dit de Clichy^ donna des inquiétudes sur les inteU'-

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tions de ce général. Un seul journaliste prévît l'événement; Dupont de Nemours, rédacteur de l'Historien^ avait prédit l'invasion que préparait la force mifitaire. Les troo?bles étaient depuis longtemps fomentés, et l'esprit national attachait son caractère aux signes précurseurs de Torage. Certaines parties de vêtements avaient été insuhées comme signe de royalisme; on vit se renouveler les rixes occasionnées par kca^eTu^fe et le collet noir, Augereau, dans une proclamation nouvelle, protégea les tfo/^^/7oiW, etmitfinâ ces disputes futiles» Cétait donner la mesure de l'autorité qu'il s'arrogeait ; cependant il ne cessait de protester de son respect pour les lois, et de son dévouement pour Tavitorité ; il remplit du moins sa dernière promesse. En effet, l'autorité n'eut pas d'instrument plus fidèle, ceiîit lui qui, entrant dans la salle du Corps législatif à la tête de la force armée, arracha les épaulettes du colonel Bamel, fit conduire au Temple les suspects et décima l'assemblée. Le parti vainqueur prodama Augerean sam*eur de la patrie et triomphateur de fructidor) mais une honteuse récompense de cet odieux triomphe avâk été stipulée. On avaitpromis à Augerean la place de l'un des directeurs fructidorisés; la promesse ne fut pas remplie. On plaça, pour la forme son nom sur la liste des candidats ; Merlin de Douai et François de Neufchâteau étaient nommés d'avance. Le général 9 Ainsi }oué, se plaignit avec amertume, il menaça même, et le nouveau Directoire se hâta de l'envoyer à l'armée du Rhin-et-Moselle, dont le commandant, le général Hoche, venait de mourir. En pareils cas cescomman-

LES PAYSANS ILLUSTRES. Il

déments lointains ont toujours été dlionorables exils»' Augereau^ dans cet emploi inactif, montra un républicanisme zélé et un faste de parvenu qui contrastait avec ses habitudes toutes guerrièrea; Le Directoir.e le trourait encore trop près de lui. Des bruits faux et ridicules l'accusèrent de vouloir, malgré la paix, révolutionner la Souabe, et de tramer, par une correspondance fabriquée, la perte du général Bonaparte et du directeur Revrbel. Il fut rappelé des bords du Rhin, et nommé commandant de la IÇr division militaire ( à Perpignan), sous prétexte d'une çq^édition de Portugal.

Le département de k Haute-Garenne Fayant nommé,^ en 1799, au conseil des Cinq-Cents, il se hâta de quitter Perpignan et son commandement inutile, et de se rendre à Paris pour y exercer ses nouvelles fonctions. Bientôt le général Bonaparte, averti par ses partisans ,^ quitta l'Egypte, et revint en France effrayer un pouvoir déconsidéré. Il s'y trouva l'objet de l'attention publique et le point de mire de tous les' intérêts. Ce fiit alors que Jourdan voulut faire déclarer la patrie en danger, et qu'Âugereau, frappé de l'influence toujours croissante de son célèbre compagnon d'armes, appuya cette motioui' et finit par protester avec une énergie toute populaire, que la têe du général de fructidor serait jetée bas avant que Ton' Qs&t rien entreprendre contre le gouvernement établiJ Absent du repas dj>nné au général Bonaparte dans l'église de Saint-Sulpiee, il se dçdara un moment contre le héros qui seul fixait l'attention générale ; mais quand ce dernier

It? LES PATSAKS IthVSTtitS.

vint commander aux Tuileries et que le pouvoir parut fixé entre se» mains, Augereau, fidèle à la fortune, alla trouver le général Bonaparte à Saint-Gloud, et lui donnant Faccolade : « Quoi ! dit-il, vous avez voulu fidre quelque chose pour la patrie, et vous n'avez pas appelf Augereau? »

Il accepta de Bonaparte, consul, le gouvernement de l'armée de Hollande, et fut reçu avec honneur par les autorités qui lé mirent à la tête de l'armée gallo-batave. Il seconda puissamment les opération» de Moreau, oonrbattit Kalkreuth avec des succès divers^ termina la campagne par la victoire de noenlendén, et retrouva dans la vie militaire cette gloire qui l'y suiyit presque toujours. Remplacé en Hollande par le général Vietor en ISOl, paisible et retiré pendant trois années, il fut ensuite^ nommé commandant d'une expédition de Portugal, qui ne fut pas entreprise, revint à Paris pour assister au so^re de l'empereur, fut présenté au pape à Fontainebleau*, donna son adtiésion à l'élévation du nouveau monarque, et devint aussitôt marédial d'empiré, grand-aigle de la Légion d'Honneur, président de l'assemblée électorale du Loiret, cheyalier de l'ordre d'Espagne de Charles IIL Napoléon étouffait l'envie et la rivalité sous les honneurs.

La guerre éclate bientôt en Allemagne, Augereau y passe avec son corps d'armée, bat les Autrichiens sur la rive orientale du lac de Constance, et prend Bregeâtz et Linden : l'honorable paix de Presbourg est en grande partie son ouvrage. Aux champs diéna on le yit déployeir

tES PAYSANS ILLtrSTaKS. iS

des talents dont il n'avait pas encore fait preuve ; sa prudence et rhabileté de ses mouvements font changer le sort du combat, et le 26 octobre il s'empare de Berlin. La bataille dTylau se donne, Augereau est en proie à une fièvre violente ; dans l'impossibilité ou il est de se soi»tenir, il se fait lier sur son cheval, commande, combat, s'expose au plus grand feu ; une balle lui perce le bras, et il ne s'en aperçoit qu'après la victoire : quel héros de Plutarque pourrait se vanter d'une action phis héroïque?

Cette campagne avait altéré la santé du maréchal; il rentre en France pour la rétablir, et n'est employé qu'^n 1806 à l'armée d'Espagne, où de premiers succès couronnent ses armes, mais où l'attendait une dé&ite aussi complète que nouvelle pour lui ; l'empereur le rappelle, et sa disgrâce dure jusqu'en 1813, époque de la campagne de Russie. Alors un commandement peu important lui est confié; atteint par les désastres de l'armée, en 1813, à Berlin, il s'y défend dans sa maison contre un corps de Prussiens et de Cosaques, les repousse, quitte la ville, et se retire à Francfort, dont il est nommé gouverneur général en même temps qu'il reçoit le commandement du grand-duché de Wurtzbourg ; à Leipsick, il défend un poste important avec une poignée d'hommes, pendant une journée entière, contre des forces infiniment supérieures.

Rentré à Lyon, il y donne le spectacle affligeant d'un guerrier qui se dépouille volontairement de son noble caractère. Après avoir publié en bveur de Napoléon U

14 U8S PATSAKS XJ^XUST&ES;

prodamation la plus énergique, il en publie, quelques jour^ après, une autre non moins yâbémente contre ce xnême souverain, et se retire sur Valence. A la rentrée de Louis XyUI, le vainqueur de fructidor obtient la croix de Saint-Louis I il préside ie service funèbre célébré le 21 janvier dans l'églfse de Glennont-Ferrant ; et, noouné pair de France le 4 juin, il porte en l'honneur du roi le toast de dévouement, militaire le plus absolu, dans un rqpas solennel. [Napoléon, après son départ de File d'Elbe, signale Augereàu comme un traître; la proclamation impériale parvient à ce maréchal qui commandait alors la 14« division militaire en Normandie. Il se déclare aussitôt pour le chef de l'empire français et, dans une proclamation nouvelle, rappelle ses soldats sous leurs vieux drapeaux, sozu les ailes victorieuses de ces aigles immortelles qui les ont tant de fous conduits à la victoire, Napoléon refuse les o£Bres de ce guerrier courtisan et apostat; il le contraint à la retraite. Louis XYIII revient, nouveaux efforts d'une ambition que rien ne pouvait éteindre; M^s cette fois ses espérances sont déçues, il se voit forcé de rester dans sa terre de la Houssaye, jusqu'à sa mort, arrivée le 12 juin 1816, à la suite d'une hydropisie de poitrine. Il était né le 11 novembre 1757.

Dans cet homme célèbre, on en trouve deux bien distincts, le guerrier et le courtisan. Il ternit, par les incon- •émenoes die sa conduite politique, l'un des plus briUants eourages et des plus glorieux noms de l'armée française. jUendbalna sa valeur et ses talents à tous les gouvernements

LÉS PATSÂI7S ILLiniTRES. 15

qui se succédèrent, et ne fût pas moins intrépide dans ses apostasies que sur le champ de bataille. Artisan de sa fortune, il voulut à tout prix la conserver, et adora le pouvoir en quelques mains qu'il tombât, soit que le Directoire, les Conseils, le consul, l'empereur ou le roi eu fussent dépositaires. Si sa carrière eût été courte, elle eût été pure et brillante.

CUAMPIO^IVfiT (JBAN-ËT»lf9IE%

Le nom de Ghampionnet, qu'il illustra par tant de services rendus à la patrie, ne fut d'abord qu'un samom d'amitié que lui donnaient sea compatriotes. Il était fib naturel d'une paysanne du Dauphiné, et naquit en 1732 dans un village, près de Valence en Dauphiné. Sa jeunesse fut ors^euse; livré à la fougue de ses passions, ce ne fut qu'ainrès de nombreux écarts qu'il s'enrôla dans les gardes wallones. L'ardeur de son caractère prit alors une autre direction ; il lut, iavec une attention souienue, presque tous les ouvrages français qui traitent de l'art militaire. Avant la révdution, il avait servi au siégé de Gibraltar. Quand la révolution éclata, son premier fait nùlitaîre fut un acte d'humanité. Envoyé avec un bataillon de volon-*

16 LE3 PATSAVS ILLUSTEES.

taîres pour réprimer les réyoltes du Jura, il ne verâa pas une goutte de sang, et pacifia le pays.

n passa avec ses troupes sous le commandement de Hoche, et, après s'être distingué aux lignes de Weissemhourg, il obtint, à la fin de 1793, le titre de générai de division» Son nom fut cité à la bataille de Fleurus. La même division qu'il avait commandée sur le champ de bataille se couvrit de gloire en 1794, 1795 «t 1797, et prit une part très^active aux opérations de cette armée sur le 'Bas-Rhin» Plusieurs fois Ghampionnet obtint des succès mémorables, et reçut de la Convention des lettres de félicitati<m qai le comblaient d'éloges. Mais il manquait à ses talents d'avoir subi une dernière épreuve, celle d'im commandement en chef. On le nomma général de l'armée qui devait défendre la nouvelle république romaine contre les entreprises de la cour de Naples. Le poste était difficile et dangereux; Ghampionnet ne s'intimide pas; presque sans soldats et sans moyens d'organiser une fovce régulière, il crée, en moins de trois mois, un rassemblement d'h(»nmes qu'il décore du nom d'ormi^, va camper à Rome, en est chas^ par cinquante mille Napolitains, raUie ses troupes sous les murs de la ville, revient sur ses pas, bat les vainqueurs, faàt le général en chef |liack prisonnier, reprend Rome, et se porte sur Naples, où il entre avec la gloire et les droits d'an triomphateur. L'histoire militaire, de quelque peuple que ce soit, présenterait difficilement une expédition plus brillante. Le roi de Naples

LIS PATSAirS IIXIWTAS84 17

fuit; la liberté est donnée à un peuple qui suppotte avec une impatience égale et le poids de l'esclayage et Tindé-» pendance. Ghampionnet se voit obligé de combattre par les ruses de la politique intérieure ces hommes faciles à réduire par la force du glaive. Il désarme les Lazarroni, et emploie tour à tour des moyens de conciliation et la force de l'autorité, pour faire plier Naples et l'accoutumer au pouvoir des Français.

Au milieu des embarras de sa situation^ il trouva le temps de faire élever ^m monument en l'honneur de Virgile ; mais une mésintelligence très-vive s'établit entre le général et le commissaire français envoyé par le gouvernement à Naples. Ghampionnet, destitué et décrété d'accusation, remet à Macdonald le conunandement en chef, se livre lui-même à ceux qui doivent le conduire à Paris, et est tradné de brigade en brigade jusqu'à Milan. Une adresse arrive de Ghambéri, où l'on réclame contre Tinjustice de son arrestation; néanmoins une conunission se forme à Milan, et la procédure est au moment de commencer lorsque le Directoire change d'avis. Ghampionnet, conduit jusqu'à Grenoble, est jeté dans uYie prison, où il compose ses mémoires ; ce sont des monuments précieux pour riiistoire« Gependant le Directoire se renouvelle, et lés nouveaux directeurs, non-seulement font sortir Ghampionnet de prison, mais lui confient le commandement^ en chef de Farmée des Alpes. ^

Sa fortune avait pâli, il n'obtint plus que des succès

Ig LES PAYSANS ILLUSTRES.

ëquiyoques, et, cbef d'une armée épuisée par une maladie contagieuse, il mourut lui-même de cette espèce d*épidé- « mie à AntibeS; le 10 décembre 1799.

CHAFTAli CJb AN- Antoine, comte de Cramtblovp}.

Depuis longtemps Les parents du sav&nt Chaptal, bon^ aêtes paysans, cultivaient ud domaine asseï considérable à Nogaret, près Mende. Cette famille, aisée pour le pays, avait produit des hommes de loi, des médecins et de» prêtres. Dans un meuble antique de la maison, â côté de plusietirs volumes de prières, se trouvaient quelques ou-

20 LES PATSARS ILLOffTHEf.

Trages de médecine et d'histoire naturelle : pendant le» moments de loisir que lui laissaient les travaux de la campagne^ le jeune Ghaptal s'amusail à feuilleter les estampe*^ puis il voulut en connaître l'explication ; peu à peu il prit du goût pour l'étude , le troupeau était négligé, le travail languissait, car, toujours muni d'un livre^ il y faisait de fréquentes excursions, et, ^laissant errer sa brillante imagination à la perspective de la science, il oubliaitcom^ plétement la tâche dont il était chargé. Son père se décida à l'envoyer au c(^lége. Il fit ses premières études à Mende, et les termina à Rodez, dont le collège avait une grande réputation. Il eut pour professeur de rhétorique le savant Dumouchel, depuis recteur de Tuniversité de Paris. Sorti de Rodez, Ghaptal se rendit à Montpellier, auprès d'un de ses oncles, qui depuis longtemps y exerçait la médecine avec les plus grands succès. Sous ses auspices il se livra à l'e'tude de la médecine et surtout de l'histoire naturelle. Ses progrès furent éclatants ; sa thèse sur Us eaasts des différences parmi les hommes eut trms éditions. Quelque temps après, il vint î Paris passer quatre années. Il se lia intimement av^c Cabanis, Roucher, Lemierre, Delille, Fontaaes, etc. Les sciences étaient presque oubliées : il s'adonnait exclusivement à la littérature et à ht philosophie.

Cependant les états du Languedoc créèrent une chaire de chimie, et l'appelèrent à' la remplir. Ainsi il fut rappelé auprès de son oncle. Il ne tarda pas à se marier. Les cours furent suivis par une foule d'auditeurs. Pour leur faciliter

LES PAYSANS ILLUSTRES. Sfl

Fintelligence de cette science toute Bouyellflr, il publia trois volumes SElimeMs de chimwy qui furent traduits dans toutes les langues. Cet ouvrage eut un débit prodigieux dans toute TEurope ; en France, on en tira successîrement quatre éditions^ -. "\ ' "

Les états du Languedoc marquaient une entière eon* fiance à Ghaptal : c'était d'après ses eonseils qu'ils administraient le commerce, l'agriculture et les arts. En 17S7, ils demandèrent pour lui Tordre de Saint-Michel et des lettres de noblesse, qui lui furent aecordés. Chaptal employa 300,000 fr., qu« lui laissa son oncle, à dés établissements qui manquaient à la France. Jamab aucun diimiste n'avait fait une application aussi utile de cette sdence à l'industrie r il est un des principaux auteurs de la fabrication de l'acide sulfurique, et c'est lui qui a composé le premier alun artifidel que le commerce ait connu. On lui doit aussi Yarî de teindre le eofon en rouge XAndrinoph^ et la manière de remplacer \k pouzzolane d'Italie, par des terres oereuses calcinées. Enfin, le midi de la France possède peu d'arts qu€ Ghaptal n'ait créés on perfectionnés»

Lorsque la république vit déployer contre eUe toutes les forces de l'Europe coalisée, les procédés ordinaires ne suffisaient pas pour fournir aux besoins de poudre et de salpêtre ; il fallut en créer de nouveaux et des plus expéditifii : Qiaptal fut appelé en 1793 par le comité ^ salut public, et parvint à faire fabriquer à la seule poudrerie de Grenoble trente-cinq mitliers de poudre par jour ^

22 ISS PAYSANS Jl'.LUSTllES.

et daiis l'espace d'un an, les difërents établissements de ce genre sipproyisionnèrent nos arsenaux de yingt-deux millions 4< salpêtre et de treize millions de poudre. Ce grand dërçloppement des ressources d'ime nation, le plus étonnant et le plus mémorable que l'on connaisse^ fut Fouvrage de ÇhaptaL

A la même époque. Ton organisa cette belle Ecole polytechnique, d'où sont sortis tant d'illustres chefii; on y institua des cours sur toutes les branches des sciences^ dont l'enseignement ûit confié aux premiers savants de l'Europe. Chaptal fut nommé collaborateur de Monge, de Fouroroy, de Guyton de Morveau. Il osa rappeler et honorer k mémoire de l'infortuné Layoisier, dont la tête venait de tomber sous . la hache révolutionnaire. Lorsque les besoins de la nation^ en poudres et en salpêtres, furent satisfaits, et que les approvisionnements furent assurés, Ghaptal retounia à Montpellier pour y organiser l'école de médecine, où le gouvernement lui avait donné la chaire de cfainûe. II continua d'y obtenir les succès qu'il avait eus dans ses cours précédents.

Depuis longtemps la réputation et les ouvrages de Ciliapt^l avaient pénétré dans les pays étrangers : à répoque de la révolution, le célèbre Washington écrivit trois lettres à ce savant chimiste, pour l'inviter à aller s'établir aux Etats-Unis. Il y avait dans sa seconde lettre cettephrase remarquable : « Gomme président du con^^rès» je ne puis rien promettre au nom de ma nation ; comme particulier, je piûs vous assurer qu'elle se fera un devoir

de recOnnaitre vos services, et de tous rendre le séjour de ce pay3 agréable. » En 1793, la reine de Naples fit inviter Gbaptal à se réfugier dans ses Etats : sur son refus, elle lui écrivit elle-même, pour l'en presser. Dès 1788, le gouvernement espagnol lui fit proposer 36,000 francs de pension, et S00,000 fr. comptant, pour transporter ses £aibriques en Espagne* S'il avait pu cod* sentir à s^erpatrier, c'est sans doute à la patrie de Washington et de Franklin qu'il eût donné la préférence ; mais l'amour de son pays l'emporta sur l'expectathre d'une fortune briQante, et lui fit courir toutes les chanicef d'une révolution oi^ageuse.

Cbàptal revint à Parid en 1798^ et fut aussitôt nômm^ membre de llnstîtut. 11 se détermina à fixer sa demeure dans la capitale, où il forma incessamment des établissements de produits cbimiques, dans le genre de ceux qu'il avait créés à MontpelHer. Lors de la révolution du 18 brumaire, il fut nommé conseiller d'Etat, et buit mois aprèSj à l'époque du départ de Lucien Bonaparte pour l'Espagne, le premier consul lui confia le portefeuille de l'intérieur, d'abord provisoirement, ensuite définitivement. Sous le rapport des sciences, des arta, de l'insUruetion publique et de la philanthropie, il eût été difficile d» mieux choisir : les Français doivent à Chaptal là créa^ tioii des encouragements accordés aux beatuMirts, Vétthblissement des chambres de commerce^ des écoles de mé* tiers, un grand nombre d'embellissellients faits à la ville de Paria, l'amélioratiim des hôpitaux, etc.

24 LES PAT&àHS IlXnSTftES.

Au mois d'août 1804, il fut remplacé au département de l'intérieur par M. de Ghampagny ; mais l'empereur, en dédommagement, le nomma sénateur, et bientôt après grand dignitaire et trésorier du sénat. Le 28 janvier 1806, deux mois après la bataille d'Austerlitz, le sénat décréta l'érection d'un monument à Napoléon le Graicd : Ghaptal prononça à cette occasion un discours plein d'élévation et de philosophie, dont voici un passage remarquable,: « Les arcs de triomphe^ les statues^ les chefsHjTœut^re que Vari exécute sMtr le marbre et sur V airain^ ne sont poi/zC (disait Pline à Trajao} les monuments les plus durables de la glaire des bons princes* Quelques générations se sent à peine écou^ lées, et Vherhe a couvert cette colonne élevée, dans les plaines Sh^rfj à lu mémoire d'un monarque vainqueur des discordes cif^Hes et des Ugues étrangères; sa statue ne frappe plus nos regards au sein de nos cités; tandis que le voeu quUl forma pour le laboureur restera éternellement gratfé dans le cceur reconnaissant des Français. •

Ghaptal publia à cette époque le Traité de chimie ap* pliquée aux aris^ et un traité particulier sur Vari de faire le vin. Ces ouvrîmes, dans lesquels il a déposé le fruit de toutes ses études et d'une longue expérience, servent de guide à l'artiste et à l'agriculteur ; tous les savants lui ont rendu justice. Peu de temps après^ l'empereur le nomma comte et chevaliei; grand-croix de l'ordre de la Réunion.

A repose où de grands événements allaient changer la fiaice de l'Europe <t les destinées de k France, Ghap-* lal fut envoyé à Lyon pour se concerter ayec lés autorités

LES PATSANS ILLUSTRES. 25

civiles et militaires de la 19* division, à reffèt de de* fendre la France contre l'invasion de l'étranger. La révolution arrivée à Paris le 30 mars 1814 mît un terme k sa mission. Revenu à son poste, il ne fut point employé par Louis XVIII, quoiqu'il eût adhéré aux actes du sénat. Napoléon, à son retour de Tile d'Elbe, le nomma directeur général du commerce et des manufactures, ministre d'Etat et pair de France. Au retour de Louis XYIII il fut compris dans la réorganisation de llustitut, et nommé successivement membre du conseil général des hospices, de celui des prisons et de celui d'agriculture. Enfin, une ordonnance du ô mars 1819 l'appela à siéger à la Chambre des pairs.

Chaptal s'est montré digne de toutes les fonct^ns dont il a été revêtu, et y a déployé des connaissances, un zèle et une habileté qu'on à rarement trouvés réunb parmi cette foule de sommités qui ont illustré notre siècle.

Sa conduite politique fut toujours remarquable par sa tolérance et sa modération. C'est surtout aux hommes de mérite qu'il appartient de donner l'exemple de ces vertus si rares de nos jours, où chaque médiocrité essaie de se mettre en relief à force de fanatisme. Chaptal ne fut dévoué qu'à son pays, aux sciences et à l'industrie nationale. U était de cette génération fertile qui s'est fortifiée au milieu des tempêtes, et qui nous a laissé dans les arts et dans la guerre de si glorieux souvenirs. H a légué à la patrie vingt industries nouvelles, cent perfectionnements ingénieux, au moyen desquels le peuple est mieux vêtu.

mieux nourri que dans l'ancien régime : possesseur des magnifiques domaines de Ciianteloap, ce n'était point, comme son prédécesseur, le célèbre duc de Gboiseul, pour y déjdoyer un faste inerte et y cacher ses regrets; c'était pour y perfectionner les arts les plus utiles au peuple, et pour y répandre de touchants bienfaits. Pendant Tannée de disette 1817, ou le peuple souffirit d'immenses privations, le comte €hapta,l fit remettre au maire d'Amboise, ville la plus voisine de Chanteloup, les blés produits par cette terre, pour les déUvrer au peuple à 6 francs Theciolitre au-dessous du prix des marchés. Ses autres bienfaits furent .des distributions gratuites aux malheureux, en vivres, en vêtements, en secours de toute espèce. Voilà ses vrais titrés de gloire, auxquels il faut ajouter une bienveillance, une sérénité de caractère vraiment admirables, un empressement infatigable à protéger tous les essais utiles. C'était un honune de génie et un homme de bien.

Après avoir acquis tous les genres de gloire que puissent ambitionner le savant et le citoyen ; après avoir consacré, 9i|r soixante-seize ans d'existence, soixante ans à servir et à honorer son pays, Chaptal, depuis quelque temps frappé dans sa fortune, qu'il avait tout abandonnée pour aider aux .engagements d'honneur du premier né de sa famille, ne proféra pas une plainte, ne manifesta pas un r^ret après avoir été témoin des malheurs défi siens^ seul malheur qui pût l'atteindre i il mouriul

dans la paix et la force du juste, le 30 juillet 1832, laissant pour auréole à sa mémoire^ des serrices dont la France gardera Fëtemel souvenir.

XmAVM^AV (Gux de;).

Guy de Ghaulwc, ainsi nommé du lieu de sa niiiMtiwwie^ petit village du Géraudan sur lesiroutières d'Auvei^e, fat d'ahord nn ùmple garera de ferme, et la tradition rapporte qu'il était célèbre dans tonte la contife par kb opëratiaoi, avant la -cuxe extraordinaire qui devait l'eule- Tcr aux travail dei champs pour «n faire le restaurateur de la dûrui^e. La nièce d'un vieux gentilhomme du pays «vait été renversée de son^h^ral dans une partie de chasse, •ets^était fracturé unejainJje j tous les médecins du pays lut ktlet floimIetpliiia«sidtis,maisle8 8ec<nirsde

LES PAYSAUS iIXDSTR£â« 29

Vart étaient mutiles, et l'on lut obligé de consulter une sibylle qui fit, dit-on, cette réponse : Elle sera guérie par un manant. On crut qu'elle avait voulu désigner le garçon de ferme de Gkauliac, «t il fut mandé au castel de la malade.

La cure était dif&cile^ et cependant au bout- de deux jours la noble châtelaine put se vendre à l'église pour remercier la sainte Yieige, sa patrone, de saguérison. Cet événement rendit célèbre Ghauliac, et il diy; à la libéralité d'uu seigneur, dont Thistoire ne fait pas connaître le nom, jnais qui était sans doute l'onde de la jeune fille, la faculté de se rendre à Montpellier, où il suivit principalement les leçons de Rsûmond de Mçllères ; puis il se rendit à Bolo- .gne, attiré parrédatdontbriUaitrUniversitéde cette ville. Il s'attacha surtout au professeur Bertruccio, qu'il appelle souvent son maître. Après avoir exercé longtemps la médecine à Lyon, il se rendit à Avignon, où il fut successivement médecin des trois papes <^lémentYl9 Innocent YI «t Urbain Y« C'est dans cette ville qu'il composa son traité de cfairuigie commenté par plusieurs médecins célèbres^

« La chirurgie de fiiauhac, dît le savant Astruc, était ,un chef^'œuvre pour le siècle où il vivait. Il y débrouilla avec beaucoup d'ordre les matières jobscures et difficiles que la barbarie des siècles précédents avait couvertes 4l'épûsses ténèbres. On peut assurer qu'il a plus contribué que personne à faire de la. chirurgie un art régulier et méthodique. > IJne des époques les plus brillantes de la Faculté de Montpellier, ajoute Lovry, est celle où elle a jH-oduit k fameux Guy de Ghauliac, honmie qui doit tenir

30 LES PATSANS ILLUSTRES.

une place distinguée parmi les bienfaiteurs de rhumanité, et qui mérite encore de conserver son autorité dans un nècle aussi éclairé que le nâtre. Il n-y a pas encore cent ans que les livres de Guy de Chauliac étaient les livres classique^ des chirurgiens, leurs guides fidèles; et par analogie avec le nom de l'auteur, ils l'appelaient leur guidon. En effet, sa pratique industrieuse édaircit les procédés obscurs des anciens, en ajoute de nouveaux, et les confirme par des observations et par des principes cer-^ tains. Ses écrits ne sont pas surchargés par cette théorie frivole et mensongère dont tant d'écrits modernes font parade ; as tendent droit au but, et Tart y est exposé avec une circonspection également éloignée de la timidité et de l'imprudence.

Une autre obligation que Ton doit avoir à Guy* de Chauliac, c'est d^avoir fait connaître avec une grande exactitude cette peste du xiv« siède qui dépeupla le monde entier du quart de ses habitants, et dont il faillit être la victime.

On ignoré la date précise dé 4a mort de ce célèbre chirurgien, qu'<m à comparé à Hippocrate. S'il fknt en croire la tradition, il serait revenu dans sa modeste chau* mière vers la fin de sa vie,- et aurait été enterré datis lâchai" pelle même du château voisin, qui fut détruite dan» la dernière guerre religieuse du xvi* siècle.

A.JU» FAYSAlfS ILLUSTRES. Ol

CHETERT (FliA.'vçois de).

Orphelin dès l'enfance, Chevert entra au service comme simple soldat, en 1706, à peine âge de onze ans, et à sa mort, en 1769, il était commandeur;|;raod-croiX' de l'ordre de Saint-Louis, chevalier de l' Aigle-Blanc de Pologne, gouverneur de Givet et»de Gharlemont, et lieutenant général des armées du roi. La simple mention d'une telle fortune militaire suffirait à l'éloge d'un homme qui eut combattu pendant la révolution française ou soys le gouvernement de Napoléon Bonaparte, époques où le mérite pouvait prétendre à Favancenient le plus rapide : que ne témoigne-^^elle donc point en faveur de Chevert, qui vivait sous un temps où il était si difficile, à moins d'être gentilhonmie, de franchir le grade de sergent !

Lors de la retraite de Prague, Chevert fut laissé dans cette ville à la tête de dix-huit cents hommes. Assiégé par une nombreuse armée, et bientôt en proie à la iaxaine, il lui eût été impossible de tenir longtemps, mais il ne vou* lait sortir de la place qu'avec tous les honneurs de la guerre, et les habitants exigeaient qu'il se rendit immédiatement. Dans cette position critique, Chevert prend tout à coup un parti décisif : par son ordre plusieiurs dçs notaUes sont arrêtés à l'igiproviste et emprisonnés dans la maison même qu'il occupe, et dont la cave vient d'être rfimidiie de barils de poudre ; ensuite il déclare aig^ bour-

9Z LES PATSAlfS ILLUSTRES.

geois que s'ils persistent à lui faire violence, il se fera sauter avec ses otages. Les conditions qu'il réclamait lui furent accordées, et le général ennemi, le prince Lobkowitz, «1 témoignage de sou admiration, lui fit présent de deux pièces d'artillerie.

Plein d'une circonspecte prudence dans ses dispositions militâdres, il était parfois, dans Fexécution, sai$i d'uiiK sorte d'enthousiasme de courage qui se communiquait rapidement aux si.ecîs. Chargé, à la journée d'Hastembech, de débusquer l'ennemi d'une montagne boisée, au moment del'atàique il s'écria brusquement en serrant la main d*un cfdonel qui le suivait avec son régiment, et en lui lançant un regard électrique : « Jurez-moi, foi de chevalier, que vous et votre monde, vous vous fprez tu^r jusqu'au dernier plutôt que de reculer !»

Ses talents et ses succès avaient fini ^ax inspirer aux soldats une telle confiance en lui, que sous son commandement tout leur semblait possible; il régnait parmi eux une foi superstitieuse à son infaillibilité. Un jour, il fait venir un grenadier d'une bravoure éprouvée, et le dialogue suivant s'engage entre eux. « Tu vois ce fort. — Oui, mon général. — Tu vas y aller tout droit. — Oui, mon général. — On te criera qui vive? tu ne répondras point.

— Non, mon général. — On criera une seconde fois : tu avanceras toujours sans répondre. — Oui, inon général.

— Alors on tirera sur toi, on te manquera. — Oui, mon général. — Tu fondras sur la garde, je serai là pour te soutenir^ ejl le fort esta nous. — Oui, mon général, » lie

LES PAT&àirS ILLUSTRES. 33

grenadier fit demi-tour^ partit du pied gauche, et les choses se passèrent absolument comme le général l'avait annoncé* «

Chevert mourut à soisanteniuatorze ans, honoré, yénéréi admiré.

LES P1TUK3 ILLmaES. ,

Le 16 noTembre 1717, un comtniisftire de police racueillit sur les marches de Saint-Jean-le-Rond, ^lïM située près de Notre-Dame, et aujourd'hui détruite, vn enfant qui lui parut si frêle, que, touché de pilié, et an lieu de L'envoyer aux Enfants-Trouvés, il résolut de Itd faire donner des soins particuliers, et le confia dans ce but k la femme d'un pauvre vitrier. Cet eniant fut depuis l'un , des hommes les plus aélèbres du zvm' siècle, et se nomma d'Alembert. Lorsque sous ce nom il fut devenu le grand

liomioeciue TOUS savçz, madame de Tencia ie revendiqua pour 5on fils ; mab d'Alembert ne voulut jamais reconnaître pour sa mère celle qui l'avait si inhumainement abandonné, et il déclara qu'il n'avait pas d*autre mère que la bonne femme qui avait pris soin de son enfance.

D'Alembert annonça de bonne heure une grande faci« lité et beaucoup de goût pour l'étude* Mis dans une pension à l'âge de quatre ans, il n'en av^it encore que dix lorsque le maîti^ de cette pension, homme de mérite, déclara qu'il n'avait plus rien à lui apprei^idre. Cependant il entra au .collège Mazarin, où il étonna son maître par 8^ dispositions vraiment surprenantes f c'est là que se développa son goût pour les mathématiques.

En sortant du, collège, d'Âlembert prit le grade de maître ès-arts, étudia en droit, et fut reçu a votât; mais il n'en continua pas moins^die se livrer aux'miaithématiques, son étude de prédilection.. Il a laissé des n^moires sur n vie, fort curieux par le tableau qu'ils retracent des diffi* cultes qu'il lui a fallu surmonter : « Sans maître, dit*-il, » presque sans livres, et sans même avoir un ami que je » pusse consulter dans lel^ (lifficultés qui m'arrêtaient, * j'allais aux bibliothèques publiques; je tirais quelque. » lumières générales des lectures rapides que j'y faisais, » et, de retour chez moi, je cherchais tout seul les dé* > monstrations et les solutions : j'y' réussissais pour l'or* » dinaire ; je trouvais même souvent des propositions >» importantes que je croyais nouvelles, et j'avais ensuite » une espèce de chagrin ^ mêlé pourtant de satisfaction.

ou t'Es rA19AKa Il4t«USX«.E,B«

M lorsque je les retrouvais dans les livres que je n'avab » pas connus. »

Cependant, forcé d'embrasser un état qui pAt le menfic à quelque aisance, d'AIembert se décida pour la médecine, comme une profession moins étrangère aux sciences que toute autre , et, pour éviter les distractions, il voulut âoigner de lui pour un temps ses livres de mathématiques. Mais ses idées se reportant toujours vers ce sujet, il reprit tous ces livres un à un, bien avant le temps qu'il s'était fixé : il cessa donc de contraindre sa vocation, et il se consacra entièrement à une science où il devait paraître au premier rang. Il fut reçu en 1741 à l'Académie des sciences; il n'avait pas encore vingt-quatre ans.

Quoique passionné pour les mathématiques, d'Alembert ne négligea pas les belles-lettres^ pour lesquelles il avait de bonne heure montré un goût prononcé. Il commença sa carrière littéraire par le discours préliminaire de VEncyelopédiey et ce morceau, ou plutôt cet ouvrage demeurera le modèle du style dont il faut écrire sur les sciences pour unir la dignité à la précision. Il rédigea, en outre, dans cette même Encjrcloptrdie, la partie mathématique, et les articles dont il enrichit ce grand ouviage sont aussi remarquables que nombreux. Bientôt l'Académie française admit d'Alembert dans son sein ; il en fut nommé secrétaire, et publia des éloges qui sont des modèles' en ce genre.

VEncyclopédie ayant été en butte aux persécutionti d*Alembert partagea cette espèce de proscription. Dédai-

gdS par le gouvernement de sa patrie, il refusa néanmoins k présidence de TAcadëmie de Berlin, et le roi de Prusse la laissa vacante tant qu'il conserva l'espoir de l'attirer auprès de lui. II résista de inéme aux pressantes sollicitations de Catherine II, impératrice de Russie, qui lui é<:il vit de sa jHropre main pour l'engager à se charger de l'éducation de son fils. Il fallut que les étrangers avertissent sa patrie de tout ce qu'il valait ; et il reçut une pension du roi de Prusse, lorsqu'on lui refusait encore celle de l'Académie des sciences, à laquelle il avait tant de droits.

Après une vie toute consacrée à la science, il mourut de la lûerre, sans s'être fait opérer, le 29 octobre 1783. 11 était âgé de soixante-six an»..

Le roi de Prusse témoigna de véritables regrets en a|H prenant la mort de*d'Alembert, qu'il avait connu persosk» nellement^ lorsqu'après la paix de 1763 ce savant alla le remercier de ses bienfaits,. B'Alembert et Frédéric entcetinrent.une correspondance qpl fut publiée après la mort Au monarque, et qui offre une lecture fort piquante.

DEVERNAY.

Curé de Néronde en Forez, Devernay naquît à Lay, près de Roanne. A Vàge de vingt-cinq ans il abandonna tous ses droits à ses frères pour devenir simple curé en 1750.

Dès les premiers jours de sa possession il abolit tout

droit d'offrande, de qaétes, de baptêmes, de messes, d'en-^ terrement. -

Dans les années chères et désastreuses il rempGatodt •es greniers de chanvre, de blé et de tontes les prodoc* tions usuelles. Après les avoir achetées cher il les re-^ rendait à un prix modéré. H maintenait ainsi l'équilibre entre les récoltes et les besoins, il encourageait au travail qu'une libéralité aurait fait négliger, il soulageait l'in» fûrtune publique, et semblait dispenser pour un paie** ment insuffisant, de la reconnaissance qui lai était dire, li'hiver, il établissait des feux dans divers ateliers, fca lOfQerie étant devenue moins florissante dans les montaignes qui l'entouraient, le pasteur courut 4 Lyon chercher UD genre d'occupation plus avantageux. 11 en ramena un ouvrier habile, qui, ayant longtemps dirigé les travaia dans les Echelles du Cevant, vint apprendre aux habitass de Iféronde l'art de filer et d'ouvrer le coton. Charpie seoiaine il faisait donner cent livres de pain aux pauvses ; ci^aque année il leur distribuait des vêtements de tooOe espèce. Le presbytère était devenu inhabitable, il en fit construire un nouveau à ses frais. Devernay, fort économe pour lui-même, évitait le faste dans son extérieur, regardant comme superflue toute dépense qui ne faisait pas un heureux.

Le prçmier dimanche de chaque mois, il invitait à sa table douze habitants vertueux; c'était un tribunal domestique où venaient s'éteindre les inimitiés personnelles ^t se terminer tous les procès. Ce saint honoone ayait com*

LB« MfSèllS IU.II9raE8. 39

posé phi8ieius ouYjrages, maU il ordonna par humilité de faràla: sea manuscritSy et celui qui reçut cet ordre Texécuta. Ce modèle des bons cures cessa de yirre à la fin de l'année 1777, et prit possession d'une vie meilleure digne de sa charité et de ses vertus*

i.ea FiTMifs luosuLU.

IHJPVTVIIBM (GmLuuHii}.

Parmi les hommes illustres que notre époque a tus sortir du village poar aller remplir de leur nom les grandes cites, la France et l'Europe entière, U n'en est aucun dont la vie ait été mieux remplie, plus utile à l'humanité que celle de Dupuytren. S'il n'a pas gagné des batailles, il a arraché à la mort des milliers de victimes ; s'il n'a pas reculé les bornes des sciences spéculatives, dans combien de malheureux n'a-t-il pas Tivi&é les ressorts d'une exi»-

tenee presqae éteinte! Nous l'ayons vu naguère, cet é,o^ quent professeur de rHôtel-Dleu, illustre successeur des Petit et des Desault, le rival des plus célèbres chirurgiens de la France et de l'Europe, le maître de tant de jeunes célébrités, l'honneur de nos écoles, nous l'avons vu glacé pas la mort qu'il avait conjurée tant de fois. Ce corps robuste et si plein de vie,- cette tête pkine d'énergie^ ce front de génie, ces yeux de fèu^ ces traits pronoiftflés, où l'ei-^ pression du maître et dé l'homme supérieur avaient laissé une si profonde empreinte, tout cela était séparé de la pensée qui l'animait, cOùcbé sur un lit de mort, froid, inanimé) affaissé» Cette bouche flétrie, ces yeux obscurcis, œt membres ro»idis par la mort, ce cadavre enfin com-* mandait encore le respect, et cette sorte de crainte qnfinspirait toujours le regard du grand chirurgien. Et oqt>^ndant il falhit, par son ordre même, briseir ce crâne, ouvrir cette large poitrine, pestr cet énorme cerveau, mesurer ce valte cœur^ pour rechercher dans les oi^anes les plus profonds les causes de cette mort prématurée, de cette maladie cmdle dont lui-même iavait analysé tous leseymptômes pendant sa longue agonie. « Que l'on exa- »mine mon coeur, avait-il dit, et l'on y trouvera le siège n de tn« i^aladiê, la léidon produite par mts chagi ins et » mfes tourments. »

Eh quoi ! ce savant dont la parole imposante faisait foi, ce prince dç la chirurgie moderne, aux leçons duquel k jeunesse des deux mondes venait s'instruire, que l'on yeîxsit consulter de tous ks coins de la France et du bout

42 VBA PAYSANS ihuoÈnsm

de l'Earope» cet homme enûn marchant le premier par^ tout, souffrait plus de ses chagrins qu'A ne triomphait de sa gloire, et son cœur s'est gonflé sous le poids de la tristesse et des ennuis ! Et quelle âme cependant ëtadt mieux trempée que la sienne 7 Mais suis chercher à pénétrer des peines secrètes que nous respectons, nous pouvons dire que Dupuy tren avait au plus haut degré la faiblesse des grands holnmesi qui ne sont pas assez grands pour mépriser Tenyie. Peu sensible aux éloges, la critique le pénétraitde son dard jusqu'au fond du cœur, et jfunais rimpare«(aîiHk ne s'en effaçait de son esprit.

Dupuy tren n'oubliait rien de ce qu'on iaisait pour hiii mais le mal surtout pesait de tout son poids sur sa poH trine.: il ; a dea injures et des odomnies dont il a ^ oppressé jusqu'à la fin de sa vie. Il avait senti sa sop^ sforité de bonne heure,, et son courage ne l'avût pw un instant abandonné pour atteindra le but qu'il T9jmt de loin. « Ce qvJil faut craindre avant tout» dîsai(41 B9^ » veiit, c'est d'être homme médiocre. » Et il avait travaillé aaûa rdiche, et il avait fui les dottceurs et les {daim de la vie, et il 's'était condamné à une existence sévte et dure pour s'élever amA haut qu'il »'en sentait la fofc^. Il ne pensait pas que l'injuslice put l'atteindre au point dV>u il dominait ; et cependant, que de reproches ne lui a'l-<ni pai» âdresf<és! que de calomnies ik'a-t-im pa$ répandues sur lui ! Ne pouvant nier son génie^ oà attaquait sa vie» •ou caraoère, l'homme enfin à défaut du savant que IVm Atait farc^d'admirer avec tout le monde.

LES FAT5ARS ILLtJSTRrs. 43

iTousi ne prétendons pas que le caractère de Dupuytren £ût un modèle de doucçur et de bonbomie, mais, sans en» tXfT ici dans l'appréciation de se9 qualités et de ses défauts, nous dirons à son honneur qu'il a conservé jusqu'à la fin de flft vie des amis nombreux et dévoués; et d'ailleurs, c'est une odieuse chose que de rabaisser le génie en s'attaquant aux faiblesses de la vie privée.

Giiillaunie Dupuytren est né à Pierre-BufElère, dépar* tement de la Haute- Yienne> le 5 octobre 1778 ; ses par enjts n'avaient pas de fortune, et ne songeaient même pas à l'envoyer à Paris. Celui qui devait laisser un jour une si grande renommée et une si grande fortune jouait^ encore enfant, sur la place de son pays natal, pendant qu'un régiment dç cavalerie le traversait. Un officier de ce régiment, ayant remarqué sur sa jeune physionomie je ne sais qu^lk eEQ^ression d'avenir dont il fut frappé, lui proposa d« l'emmener à Paris. Dupuytren saisit cette offre, et n'hésita pas à se lancer dans ce vaste champ où il a traité depuis un si profond sillon* Son arrivée à Paris date de 1790: il était donc alors âgé de douze ans. Bientôt son heu^reuse étoile et la Providence le firent rencontrer par M. Tbouret, médecin célèbre, qui le prit en grande amitî^. Thouret le devina si bien, qu'à quelques années de là^ iine de nos Facultés de médecine ayant réclamé le jeune Dupuytren pour être professeur d'anatômie, « la ville de » Montpellier, dit-il, n'est pas assez riche pour payer un tel » homme. »•

Dupuytren fut reçu chirurgien de seconde classe au

concours, le 26 fructidor an 10, docteur en 1803, chirurgien adjoint en chef en 1808, et en 1812 il obtint, dans un brillant concours dont l'école conserve le souvenir, la chaire de professeur de chirurgie. En 1815 il fut nommé diirnrgien en chef de THotel-Dieu, et membre de l'Institut en 1818.

La plupart de ces nominations furent donc obtenues après des concours brillants et pénibles, dans lesquels IHipu}tren eut à lutter contre des hommes d'un mérite transcendant, placés aujourd'hui à la tête de la médecine et de la chirurgie françaises. Aussi r institution des concours n'eut-elle jamais de plus éloquent défenseur que lui. On se souvient encore qu'en 1821, portant la parole au nom de la Faculté de médecine dans une séauice solennelle, il demanda dans un discours remarquable le rétablissement de cette institution, supprimée depuis sept ans, et il proposa de tenir compte aux concurrents de leurs titres antérieurs. Cette idée, pleine de sens et d'équité, fut depuis accueillie avec empressement par la Faculté, et elle fait aujourd'hui la base de l'une des épreuves de ses concours publics.

L'activité de Dupuytren, comme chirurgien de THâtel- Bieu et comme professeur de la Faculté de médecine, ne s'est jamais démentie. Le conseil général conservera longtemps le souvenir des services qu'il a rendus aux pauvres dans le premier hôpital de Paris. D'un autre côté, la Faculté de médecine n'a jamais vu les devoirs du professorat remplis avec plus d'assiduité. Toujours, et dans

tes leçons et dans ses actes^ son esprit positif se décelait par les conseik judicieux qu'il donnait, et par l'application immédiate qu'il en faisait à Fart de guérir.

Le 15 novembre 1833,Dupuytren fut frappé d'une légère attaque d'apoplexie, à la suite de laquelle on relûàrqua un peu de paralysie dans la bouche et de la dii&culté à s'exprimer. En n'entendant plus cette parole anitnéey précise et pénétrante sortir avec facilité; en voyant l'embarras de sa langue, à laquelle ne manquait îamûs autrefois le mot juste, ses amis, ses nombreux élèves et la Faculté de médecine sentirent la perte qui les menaçait. A force d'instances et de prières, il consentit à quitter pour la première fois ses devoirs et ses travaux, et il partit pour l'Italie.

Il revint dans un état assez satisfaisant, et pendant un moment Ton reprit espoir. De retour à Paris, on le vi^ aussitôt reprendre ses leçons à l'Hôtel-Dieu,. et présider même un concours de chirurgie à l'école de médecine. Ce fut là probablement qu'une seconde maladie vint ccmipUquer la première, et par malheur cette maladie, qui était une pleurésie, fut d^abord méconnue, l'attention étant entièrement fix,ée sur l'affection cérébrale. Au mois de juillet il voulut aller prendre les bains de mer, mais au bout d'un mois il revint de Tréport beaucoup plus mdade qu'il n'était en partant. L'épanchement avait fait des progrès ; il n'était plus possible de se faire illusion.sur la nature du m^l. Tous les moyens furent employés, mais on n'obtint que du soulagement, et jamais de gué-

46 LES PATSANS ILLUSTREE.

rlson. Enfin il expira le 8 février 1835, ayant conservé jusqu'à la fin la pleine jouissance de ses facultés intetlee^ tuelles.

pWAIi (ValentinJamebt).

Bibliothécaire de rémpereur François I"^ Duval naquit, en 1695, d'un pauvre laboureur, au petit village d^Artonay en Champagne. Orphelin à dix ans,

chassé de son pays à quatorze, Suite d^y trouver à servir, marchant au hasard, dans Tàffreux hiver de 1700'^ en pleine campagne, couvert de neige, demi «mort de froid, sans pain, sans asile, sans espoir, il fut surpris pat la petite vérole. La violence de ses douleurs et la rigueur de la saison Tobligèrent de s'arrêter devant une méchante ferme : il n'y eut pour'retrâite qu'une étable, et un tas de fumier sous lequel on Tensevélit.

La. chaleur qu*il y trouva le dégourdit peu à peu et facilita l'éruption, il ne tarda pas à être couvert de boutons; mais il manquait de secours, car tout était saisi dans là ferme ; le maître n'avait pas lui-même de quoi vivre, et ce fut un excès de compassion qui l'engagea à donner au moribond, pour toute boisson de l'eau glacée, pour toute nourriture un peu de bouillie à Feau, â peine salée, et ensuite du mauvais pain desséché, que le pauvre enfant faisait dégeler dans son fumier. Les moutons, dont il partageait l'asile, semblaient être touchés de sa peine

et Toulaient le consi^er en le léchant ; mais quoique la mclease de lei» langue ajoutât à son supplice, il paraissait plus occupé de k crainte de leur conununiquer •on venin.

Quelque £ùbles que fussent les secours qu'il recevait dans cette étable, il fut impossible au mattre de les con^ ânuer : il fallut le transporter, encore malade, couvert de haillons et de foin, chet un curé du voisinage, où il fut près d'expirer du froid qu'il avait essuyé dans la route. Il guérit pourtant, poais la famine qui désolait cette contrée lui fit encore perdre cet asile, àss que ses forces lui per* mirent de le quitter. Ne sachant où reposer sa tête, il •Informe s'il n'est pas quelque pays que ce fléau ait respecté : on lui parle du Midi, de TOrient ; estait pour loi des idées nouvelles.

Ces mots furent donc la source de ses premières réflexions, sa premi^e l^on de géographie ; il marche donc vers le point ou le sdlôl paiaisssit se lever, il traverse la Champagne i de misérables huttes, à peine couvertes de chaume et d'argile, habitées par des paysans pâles, languiasants et livides, lui ^ésentent tout ce que la mi<* aère a de plus effrayant. U arrive enfin à Senaide, et une scène nouvelle s'ouvre à ses yeux i des maisons spacieuses, bien couvertes, et dignes des h«mmes forts et vigoureux qui ks habitaient ; des femmes lestes et Inen vêtues, des enfimts nombreux et gais, le spectaolè de l'aisance et du bonheur l'ntsrtirent qu'il avait diangé de pays. Il s'arrêta: par hasard à l'ermitage de la R^chêUt^ où le bm solitaire

48 LIS PATSAZrS IIXUSTIUBS.

Palémoa le reçut, lui fit partiiger son genre de yie, tes travaux, et lui apprit à lire. Duyal, né ayec une s^isibi** lité fougueuse, entrait dans l'âge où les passions se déve* loppent. Le besoin d'un attachement, la lecture des livres ascétiques qui composaient la bibliothèque de Termite, tournèrent ses premières idées vers la dévotion, non pas celle qu'il appelle lui-même une piété solide et pure, mais cette dévotion minutieuse et contemplative qui con* siste en vaines pratiques, et 8'allié> très -bien avec les passions, en devenant elle-même une passion condamnable. Peu à peu son enthousiasme diminua, et il eut de la piété sans superstition. De la retraite delà Kochette, il passa diins celle de Sainte-Anne, auprès de Lunéville.. Six vache» k garder, quatre ermites de la- plus grossière ignorance, et quelques bouquins de la Bibliothèque bleue,: furent les seules ressources que Duvaly trouva pour son éducati<Hi. Il parvint cependant à apprendre seul à écrire. Un ^etit abrégé d'arithmétique devint le nouvel objet de ses études, auxquelles il se liva dans le silence âea bois. Enfin il prit les premières notions d'astronomie et de géographie, à l'aide de ses seules observations, de quelques cartes, ^t d'un tube de roseau placé sur un chêne élevé,* dont il avait fait son observatoire. Plus il. apprenait^ plus il brûlait du désir d'apprendre encore ; ittais l'état de sa bourse ne répondait pas à son désir : pour y suppléer, il s^avîsa de déclarer la guecre aux habitants des forêts, dans le dessein de vendre leurs fourrures, li'ardeur qu'il mettait a cette chasse^ ennoblie par soi»

motif, est vraiment incroyable. Il eut un iourune lutte à soutenir contre un chat sauvage dont la victoire lui coûta beaucoup de sang. Enfin, sa constance lui ayant procuré, au bout de quelques mois, une quarantaûoed'ëcus, il les porta bien vite à la ville voisine pour avoir des livres. Une aventure heureuse augmenta son petit trésor : il trouva un jour un cachet d'or armorié. Il le fait annoncer au prdne : un Anglais se présente, c'était M» Forster, hoflomie d'un mérite connu. « Si ce cachet est à vous, dit Buval, je vous prie.de le bUsonner: —^Tu^te moques de mm, jeune homnae ; le blason jx'e^t pas de .ton ressort. -*- Soîti mais je vous déclare qu'à moins de blasonner votre car^ chet,vou9neraurezpa8;»Surpris de tetQiifenne,SI. F0199» ter obéit, récompensa le jeune pâtre, et. L'in^vita^à l'aBer v<Hr« Par sa générosité la bibliothè^e de; Diival s'acfcrut jusqu'à quatre cents volumes, tsindis que' sa gatde-robs restait toujours la même. Un sarrau de toile ou de laîjM composait tout so]f;i ajustement.

Pendant qu'il formait ainsi son esprit par l'étude^ Im troupeau n'en allait pas mieux : les ermites se plaignirent;; l'un d'eux le menaça même de ^rûler ses livres, et joignit im geste o0enaant à cette.menace.; David ^tadt. né,; comme nous l'avons dit, ardent et senùble; la seivitudei avait plié son âme à la soiunission, mais nullement aux insultes : il saisit une pelle à feu, met le frère à la pcffte de sa propre demeure, en fait autant au^ autres qui accouren^t au bruit» et s'enferme, seul à double tour... tm' supérieur arrive, et Durai ne lui ouvré la porte qu'après

lui avoir fiul accepter une capitulation. Les deux points fmncipauxdu traité furent l'oubli de tout le passé, et deux heures par jour, à Tavenir, pour vaquer à ses études.

A ces condition! il s'engagea à servir l'ermitage pendant dix ans pour la nourriture et l'habit. Ge qu'il y a de plut plaisant, c'est que cet acte fut ratifié chez un notaire dé LUnéville.

Le bois oà Du?al inenait paître ses vaches était son cainnet d'études le {dus oïdinaire. Un jour qu'il s'y était esCouré de ses cartes de géo|[raphie, il fut abordé par un honttne de bonne mine qui, surpris de cet appareil, lui demanda ce qu'il fàis^t là. « f étudie la géographie, -^ Estce que vous y entmides qudque chose ? — Mais vraiment emiê Je nC occupe de ce que f entends. — Qà en étes^vous? #«^}e cherche la route de Québec, pohr aller continuer études à l'université de cette ville. ( Il avait hi dans livres que cette université était &meuse. ) — Il y a, reprit l'inconnu, des universités plus à Votre portée : je jmis vous en imdiqiuer une.vAl'instant il est investi par un gjcftnd cortège : c'était celui des jeunes princes de Lorttine. On finit par lui proposer d'achever ses études diez les Jésttkes de Pont-à-Mousson ; Duval hésita : l'étude Mû était chère, mais la liberté lui était plus chère encore, il il n'accepta qu'avec la condition formelle de la conitrver.

Ses études furent si rapides, qu'au bout de deux ans le duc Léopold, qui voulait se l'attacher, lui fit faire plorieuîs voyages, entre autres celui de Paris. A son retour il

le nomma son bibliothécaire et professeur dliistoirt à rAcad^mie de Lunéville. Cette place et les leçons parti** cnlières qu'il donnait à des Anglais^ entre autres au Csuneux lord Chatam^ lui procurèrent les moyens de £ufe xehâtir à neuf son ancien ermitage de Sainte-Anne. Lors»que la Lorraine fut cëdée à la France» il se rendit à Florence, où il resta dix ans. Il fut appelé à Vienne, par Tempereur François, pour lui former un cabinet de m^ dailles. C'est là qu'il vécut, aimé et considéré de tout» ta famille impériale, et qu'il mourut le 3 noreinbre 1775^ 4gé de près de quatre-vingts ans. Les qualités de son cceor lui méritèrent le respect des grands et l'amour du peuple; car, malgré son immense érudition, il était modeste* B ]:^M>ndait souvent aux questions qu'on lui £ûsaît : /e nVa Mttis rien. Un ignorant lui dit un jour : « L'empereur vous paie pour le savoir.— L'empereur, répliqua- t-il, me paie pour ce que je sais : /i7 me payait pour ce que f ignare^ tous les trésors de r Empire ne suffiraient pas. »

On ^a publié ses Œuvres, qui forment deux gros volumes*

ua PATUM axtunv-

FLÉCHIEB (EspUT).

Flédiier naquit le 10 juin 1632, d'une famille obreure, i Pemes, dans le dvocÈse de Carpentras. Le P. Audifret , général de la congrégation de la Doctrine chrétienne, était «on oncle. Il prit soin de sa jeunesse et surveilla ses première! études. Lui-même, à l'âge de seiie ans, entra dans cette congrégation, où il se forma à la piété et aux vertus eccléùas tiques. Il avait pour l'éloquence des dispositions qui n'échappèrent pas à ta pénétration du F. Auditcetf et

IMS PATSAMS nXUSTAES. 53

que cefaii-d s'appliqua à cultiver. H s'attacha surtout à inspirer à son jeune parent l'amour du beau et du yrai, par la lecture des bons modèles. Flécliier raconte qull y mêlait celle des sermonaires italiens et espagnols, qull appelait ses bouffons. 11 apprenait dans ceux-là le secreC des belles compositions ; les autres lui offraient les défiBnits qu'il devait ériter^ et il avoue que le ridicule de ces derniers n'a pas peu contribue à le guérir de l'afféterie et de l'emphase, et à lui épurer le goût.

Suivant l'institut de la congrégationi Fléchier fut employé à l'enseignement* En 1659, âgé seulement de vingtsept atMy il professait la rhétorique à Narbonne, et il y prononça l'oraison funèbre de M. de Rebé, archevêque de cette ville. On ne la trouve point dans ses oeuvres, sans doute parce ' qu'elle était au-dessons de la reaçmmée qu'il ai^quit depuis*

Peu de temps après, le P. Audifiist étant mort/et quelques changements qui ne conviaient pas à Fléchier devant s'opérer dans le régime des doctrinaires, il en quitta l'habit et vint à Paris, où d'abord il fat employé dans une paroisse conune catéchiste; mais bientôt il se fit connaître par des poésies latines et française», et surtout par une description çn beaux vers latins du brillanl-€surrousel, Circus regiusy dont Louis XIY donna le spectacle en 1662. On s'étonna de voir rendues avec'tant de succès dans une langue ancienne^ des idées qui. n'appartenaient qu'à nos temps modernes. Ainsi c(mmeA$a la réputation d^ FléchieTf U «'était chargé de Féducatio^ de Loui^rUr^

54 LES PATSAJ» ILLDSTttES.

bain iiefèvre àt Gamnàrtin, depuis intendant des finances et consaller d'Etat* La maison de Louis de Gaumartiny père de son ëlëre, était fréquentée par tout ce qu^il y «fait de plus considérable à h cour et à la ville. Les ta^ lents de Flédiier^ son amabilité, la douceur de soncoxn«merce, la,régularité de ses mœurs, lui acquireat de nooi!hreux amis dans cette classe distinguée. Le duc de Mon*> tauâer, qui ne pro^guait point son amitié, en prit pour lui une très-vive, se déclara son Mécène, et le produisit près du dauphin, dont il était gouverneur, en lui procu^ rant la place de lecteur de ce prince. Les sermons de Fié* dder accrurent sa réputation, et ses oraisons funèbres y misent le comble. Il fut choisi poi^r faire celle de madame àe llfontausier, et il y déploya Un grand talent, ce qui lui ouvrît les portes de ^Académie française où il fut reçu en 1673, à la place de M. Godeau, évêque de Yence, le mèt&e jour que !Racine. H parla le premier et excita àtt vi£s applaudissements. Le grand poète fut moins heu» reQ]( que l'orateur; le discours deRacine, à peine entendu, fut jugé défavorablement : tant il y a de chances, même pour le talent le plus éminent.

Celui de Fléchier devait attirer sur lui les faveurs de la ooùr. Le roi lui donna successivement Vàbbaye de Saintr-Séverin, diocèse de Poitiers, la charge d'aumônier de madame la danphWie et, en 1685, Tévéché de Lavaur. Louis XIV savait non-seulement faire des faveurs, mais «leore assaisonner ses dons d'obligeance. « Je veusai fait un peu attendra une place que vous nanties depuis long-

LES PATSAIVB ILLUffTAESv 55

teimpff , lui dit le monarque^ mais je ne youlais p» me jNrWâr BitiU du plaisir de vous entendre* ^ Da siège de Laraur. Fléehier fui transfère h, celui de Nimes en 1687. Lors de cette nomination, quoique ce nouveau si^e tût plu^ riche et plus honorablei il supplia le roi^ pw un^ lettre respectueuse et touchante, de vouloir bien le laiaser à Lavaur> « pour y acheveri disait-il, l'ouvrage qu'il avait oommencéi en entretenant et en augmentant les bonnes disposititms ou il voyait les nouveaux convertis de son dîocise. • Le roi n'eut point égard à cette prière, il rainqmt la répugnance de Fléehier en lui faisant sentir qu'il serait plus utile à l'Eglise et à lui à Njmes qu'à Lavitur ; qull y avait dans ce diocèse et fim de travail et plus de bien à Csire. fin effet, leê Calvinistes y étaient très^nom- -breux, plusieurs avaient lait abjuration, mais leur conversion était équivoque. Fléehier mit tant de prudence dans sa conduite, il tempéra son zèle par tant de charitéi, qull en ramena la plus grande partie au sein de l'Eglis» ef se fit mmer et estimer des antres. Bans les troubles des devenues, il adoucit autant qu'il fut en lui la riguettt de» édita* H se montra si sensible aux maux de ceux qu'on persécutait, qu'il se fit respecter des fanatiques mêmes, et que dans ce pays^sa mémoire encore aujourd'hui e^ en bénédiction p^rmi les protestants, I

Les devoirs de l'épiscopat n'avaient point affaibli en lui l'amour des lettres ,* il devint le protecteuir de l'acadénù^ de Hlmes. H en établit une autre dans son palais, où e« flnmiciit0Oua.se» yeux et par ses lefona de jeunes dta-

56 LES PAUAICB iixusraES*

teurt et des écrivains qui se rendirent ensuite utiles à l'E* glise. La vertu de Fiëchier était douce et condescendante, comme l'est toujours la véritable vertu. Si Von en croit d'Âlembert, il tendit une main paternelle k une malheu* reuse religieuse qui avait commis une faute grave, imitant celui qui avait pardonné à la fenune adult^e^ et il réprimanda sévèrement la supérieure qui l'avait punie avec plus de barbarie encore que de justice. Dans la disette qui suivit l'hiver de 1709, il distribua des sommes immenses, ne faisant aucune distinction entre les protestants et les catholiques. Tous étaient ses enfants, tous eurent part à ses bienfaits à proportion de leurs besoins. Dans certains moments, il soutint l%^ital de Nîmes par des aumônes considérables et laissa en mourant plus de vingt mille écuÉ aux pauvres. Religieux comme doit l'être un évéqne, c'està-dire avec un zèle échdré et dégagé dé toute superstition, il écarta de son diocèse les dévotipns qui pouvident être un sujet de dérision pour les protestants, ou compromettre à leurs yeux la majéisté et la pureté du culte catholique. n pubHa tue éloquente lettre pastorale, au sujet de la croix de Saint-Gervais qu'on prétendait être miraculeuse, et prémunit ses ouailles contre les prodiges menteurs par lesquels on a abusé quelquefois de la crédulité du peuple, n prévit sa mort prochaine, et craignant que la vanité OU même le respect pour sa mémoire ne lui fit élever un monument trop remarquable, il chargea un sculpteur de lui apporter iXn dessin modeste pour son tombeau. -Après avoir choisi leplusnmple entre ceux qu'on Idrptésentttil,

îSL ordonna qu'on Texëcutât* Il suryécut peu i cet ordre, et mourut à Montpellier^ le 10 fëriier 1710^ a^é de apaaate-dix-Iiuit ans.

IPOIJB^VIEil (G«AKLB9, dit V Américain),

Foumier naquit en Alivergtie, d'une honoral^le famille de cultivateurs. C'est sans doute au long séjour qu'il a fait dans le Nouveau-Monde qu'il doit le surnom d'Américain . La vie de cet homme est un exemple des vicissitudes humaines et du danger de prendre part aux révolii^ns quand on n'a point le génie qui maîtrise les événements, ou le bonteur qui empêche d'en être la victime. Si Foumier ne s'est fait remarquer par aucune dé ces' actions puhli^ ques qui honorent leur auteur, du moins il ne parait pas constant qull soit coupable des traits odieux qui ont fourni aux gouvernements des motifs de persécution', et aux biographes matière à des écrits mensongers ou à d'atroces calomnies. '

Fournier fut souvent témoin des plus épouvantables forfaits, mais il ne prit point part, comme on l'en a accusé, aux massacres des prisons de Paris dans les journées de septembre 1792, et ne fut point coupable du guet^apens commis sur le général Lafayette lors de l'in^ surrection du Ghamp-de-Mars, le 17 juillet 1791 , pendant laquelle le général faillit être atteint d'un coup de pisto-^

58 vm wntMàm njuavmEB.

leC tira i bout portant. Le 10 aodt, Fournier oommanâait leiuitaillon des MaradUais qui concoiiirut si puiâsammeat à l'attaque du château des Tuileries; mais «i rhumanilé gémit des meurtres qui furent commis, on ne doit pas oublier qu'à cette époque d'une si grande efferrescence p(^uiaire, la rësfstance ayait ëté opiniâtre et devait exaspérer des hommes qui youlaient, les armes à la main, vaincre des rebelles^ des ennemis du peuple, mais non les assassiner. Les assassinats de ce jour sont les crimes de quelques individus désavoués de tous les partis.

Pour s<m malheur, Foumier fut chargé de Vescorte des prisonniers que l'on conduisait d'Orléans à Paris. Près de VenaiUes, ces infortunés furent misérablement assassinés. L'opinion publique sindîgna justement de ce crime; Léonard Bourdon et Manit k rejetèrent aimaitanémcnit à liL.tpbune des Jacobins et k celle de la Convention natio* imlet sur Foumier, chef du détachement qui formait Tea^ corte. n Toulut prouver qu'il n'avait pat été en son pouFvoit de IVmpèchers mais Léonard Bourdon et Marat dominaient l'opinion : Fournier fut arrêté et resta détenu jusqu'au 9 thermidor an 2. Avant et apjièa cette époque, LfonArd Bourdon, son étemel ennemi et sur qui pesait, comme représentant en mission, la responsabiUté mo* raie de l'assassinat des prisonniers d'Orléans, et ses autres persécuteurs n'avaient point osé le fùre mettre en jugement. Après la chute de Robespierre, Fournier recouvra sa libeité ; mais toutes les fois que le gouyemement séyimit contre certaina hommet de la révolution, il était

LES I>AV8AIf8 liXVSTHX& ÔVl

compris au nomkê Âès proscrits. En yain il aT&it publié piuMurs lii^inoires pour se justifier «€ demander dm juges : prisonnier ou citoyen obscur, il ne fut point écouté. I^ courte durée des gouvernements de parti , de plus gnuouh intérêts sous des gouvernements forts^ permettent nun»ment de descendre à des actes de justice envers de simples particuliers, et Foumier resta toujours sous le poidft d'une fatale prévention.

A l'époque de l'explosion de la machine infernale, attribuée d'abord au parti des Jacobins, puis au parti contre' révolutionnaire, Fournier, considéré comme un des plus attachés au premier, fut compris au nombre des cent soixante-treize députés qui , sans aucun jugeinent et par une de ces mesures de haute politique dont on a tant abusé, furent jetés sur les côtes des îles Séchelles. Ses compagnons d'infortune y péiirent. Accoutumé au climat dévorant des Antilles, il survécut seul au désastre commun et parvint, aidé des secours d'une créole, qui pendant sa longue carrière ne l'a jamais quitté, à se rendre à la Guadeloupe, où Victor Hugues, son ancien ami, commandait pour l'empereur et faisait une guerre vigoureuse aux Anglais.

Fournier fut employé sur les corsaires du commandant impérial, et y donna de nombreuses preuves de courage. La colonie, réduite à ses seules forces, ayant passé sous bi domination de l'Angleterre en 1808, Fournier revint en France avec le grade d'officier supérieur. Arrêté en 1815 par mesure de sûreté générale, il demanda encore des

juges; il fut remis en liberté. Acoablé d'années, de blessures et d'infirmités, il vécut depuis dans un état voisin de Tindigence.

» FATun nxDsnES.

mBBMURBV (PHiLunT, giainl).

Il naqah le 21 juillet 1767 A Moriùgny, département de Saftoe-et-LcHre. Entré dans la carrière milicûre dèa l'âge de seiie ana, il serrait datu un régiment de dragons ' an commencement de la rérolutiOD. A cette époque il paua dans une des compagnies soldées qu'on oqraninit à Paris. Deux ans après, étant parti pour Saint-Domingue, il s'y trouva lorsque les noirs s'insurgèrent pour h première fois, et donna des preuves de bravoure dam divers combats que les blancs eurent à sontcnir. En 1792

09 u)0 pAiviiTs lUÂmat»

il obtint le grade de sous-lieutenant dans le rëghnent dit Génois» un de c«ux que le gouvernement français avait e&vojés pour la défense de lie, et plus tard il fut nonimé successivement capitaine, chef de bataillon, puis adjudant-général. De retour en France en 1797, il hu âMiûrmé dans ce dernier grade, et fit avec beaucoup ds distinction les campagnes d'Allemagne, de Suisse et d^ taUe« Il contribuapuissamment à la conquête de la Y^lteltse, et la part glorieuse qu'il avait prise à la victoire remportéo à ToulFers, sur le général autrichien Landon, lui valut ' les épaulettes de général de brigade. Il servit aussi honorablement sous le général Ghampionnet, et se distingua «ortout à Gastellero et à Montanero, près de Goni, et sous le général Joubert, à la bataille de Novi, où il reçut un» blessure assez grave. Sur les hauteurs d'Albizola^ près de Saverne,il soutint pendant sept heures im combat opini^ Ci:e contre les Autrichiens, qui, sous la conduite du gén^ ra) Mêlas, marchaient sur Gênes, où Masséna était assiégé, et il obtint un succès éclatant Le lendemain de ce compbat fut encore un jour de gloire. Huit mille Finançais, com^ mandés par le général Soult^ et privés de munitions et de vivres, se trouvaient enveloppés de toutes parts, pvès de SassdtOi par un ennemi nombreux auquel ils résistuent vainement; Masséna met un corps d'élite sous h direction du général Fressinet^ qui franchit des monta^pes escarpées, attaque l'ennemi avec vigueur, le met en déroute, et parvient ainsi à dégager Soult. Sous le général Brune^ Fressinet effectua le passage du Mincio, et se dis-

dngua, à Ia tétt de ta bngade» dam dWen combats qid lUnstrèrent los amëci fran^aisea entre ce levye et le Ta*

gliameato»

Appdké à faire partie de TexpécËtioB çnTOj^ à SadoB^ Domiiigiiey comme commaiMbnt dés troupes françaiieiy il s'embarqua sur la flotte bdlandmse à Flessiogue. Aifmé à'Saint^Bomiague,. il eut bientôt gagné la confiance de Gbristoplie et de^Toussaint-IiOUverturCi qui FaYaient connu antérieurement, etentamaayeceuxune négociation k ia suite de laquelle ils déposèrent les armes et se soamîrent, Hé serrice- important que le général Fressinet rendit dans une circonstance aussi critique, loin de lai attirer toute la reconnaissancejqu'il méritait, ne tarda pas à tirei cause de sa disgrâce. En effet, quelque temps après Utalent et Tandenne influence de Toussaint ayant donné de nOUTelles inquiétudes au général Leclerc, capitflûska général de la colonie, céluif*oi crut deroîr le faire arrêter etddéporter sous escorte enrFra|[ice, où il fut enfermé d^ bord au Temple à Paris, puis tranaléré au fort de Jouât près d^ Besançon, où il mourut Tannée suivante. Cependant le général Fressinet, pour aroir biimé hautement cette arrestation^ fut priyé lulnnème de sa liberté et re»yoyé en France. Dans la trayersée, il fut pris par les An^ glais, qui le retinrent quatorze mois prisonnier, Rerenu 1 Paria, il s'attira encore Tanimadversion du .ministère, pour ayoir censuré avec franchise la funeste conduite qu'on avait tenue à Saint-Domingue, et il subit un exil de cinq ans à Bordeaux, en Italie et à Tours.

64 LES PATAANB ILLCnTBJU.

Enfin il (ut rend» en actiyitéi et on l'employa dans la GaUbre. En ISli, le général Yernier ayant été chargé â'organiser à Yérone le onzième corps de la grande ar*mée, Fressiaet y «conduisit les troupes françaises qui se trouvaient dans le rojaume de Naples, et y obtint un oofknmandemtot. B traversa ensuite le Tyrol et TAUeniftgne, et, après la catastro|>he dé Moscou, il se iM>rte suv Serlin avec ses troupes, qu'il ne tarda pas de réunir aTOt celles que commandait le prince Eugène sur les frontières de la Pologne. Lors de la défection des Prussieios, qui abandonnèrent ce prince, Pressinet se trouvait à Francfortsur-l'Oder avec le général G^ard, et il contribua puissam* m^nt à sauver l'armée d'une position critique.

En 1813, nommé commandant de la 31« division, il remporta leô avril de grands avantages sur les Prussiens^ à la droite de l'Elbe, en avant de Magdebourg ; et le 30 malgré tous leurs efforts, ilparvint après plusieurs combats & opér>çr à Newbourg la jonction de l'armée du prince Slugène' aivec celle de Jîapolépn. Le surlendemain il èe distingua à la bauilie de Lutzen, gaguée par les Français <^ntre les Prussiens et les Russes réunis. Dans cette journée glorieuse, il attaqua avec une poignée d'hommes le village d'Esdorf , non moins formidable par sa position que par le nombre de grenadiers russes qui le défendaient. Yoyaiit la victoire longtemps incertaine, il se porte en avant avec intrépidité; son audace électrise tous les braves qu'il commande; malgré les dangers qui l'environnent il parvient à se rendre maître du village/ et ne cesse

htS PITSANS ILLUSTRES. 65

d€ combattre qu'après avoir tu le succès de Tamiëe française assuré sur tous las points.

Le général Fressinet reçut enfin une récompense digne de tant d'exploits : les éloges qu'il avait mérités lui furent décernés publiquement par le prince Eogèhe. Revenu de sa prévention défavorable, Napoléon le dédommagea en le comblant de faveurs, et le créa tout à la fois général de division, baron et commandant de la Légion-d'Honneur, bien qu'il ne lui eût pas même «icore accordé la simple décoration des braves ; enfin il chargea le prince de Neufcfaâtel, major général de l'armée, de lui transmettre, ave« une lettre de bienveillance, la croix de commandeur de Tordre de Saint-Joseph de Wurtxbourg. Le grand*duc de Wurtzbourg lui adressa aussi la lettre la plus obligeante^ pour le féliciter d'avoir conduit à la victoire, dans cette même journée de Lutxen, les troupes wurtabourgeoises qui avaient partagé les périls et la gloire des Français. Le général Fressinet signala Qneore ses talents et sa bravoure au passage de l'ËIbe, près de Dresde. L'ennemi, pressé de s'enfuir, avait laissé sur la rive gauche plusieurs bateaux qu'il n'avait pas pu détruire avant l'arrivée des Français : Fi^essinet s'y précipite avec quelques soldats, et réussit,, au milieu d'une grêle de balles et de boulets, à débarquea sur la rive droite, d'où il parvient à jeter un pont sur le fleuve. Le général Fressinet ne se distingua pas moins à la bataille de Bautzen; gagnée par les Français en 1813 ; un de nos corps d'armée avait été repoussé avec perte, et déji renntmi tournait notre droite, loreqoe le bra?e

66 us FlXiANS 1LL08XR£S.

Fressinety à la Cète de sa dirlsion restée ea réserve, charge l'eimemi avec impétuosité, et, malgré la résistance la plus opÎAiàtre, lui enlève les positions avantageuses qu'il aMius avait prises»

n devait, au mois d'octobre suivant, aller renforper Tarmée du prince Eugfene en Italie. Mai^ rintecception àesi routes ne lui ayant pas permis de se rendre à cette destination, il prit part à la terrible bataille livrée sous les imt^ de Leipsick, et s'y couvrk encore de gloire dans les fonctions d'aide de camp de Napoléon. Beux mois plus tard^ il partit î>our Yéromie, chaîné de commander la 3* division de Tarmée d'Italie. Après la défection de Murât, alors encore roi de Naj»les, le prince Eugène Voulut,' au xQQÎs de février 1S14, fraïicbir le Mincio pour aller livrer bataille à reanemi, «} en partant de Mantoue pour Villa- Frànca, il laissa Freaslnet à Mousaubano. Il arriva par hasard que ce général quitta sa portion peur aller attaquer les Autrichiens dans le même temps, où ceux-ci venaiÈ»t pour l'at^quer lui-mme. Ayant reconnu que la division fran^se se composait à peine de cinq mille hommesftandis quiilis étaient au moins dix-huit mille^ ils n'hésitèrent pas à la combattre, espérant de la meUre facilement en .dérouté et même de la foire prisonnière ; mais ils q[>rouvèreitf une ré^stance qu'ils étaient loin d'attendre : le combat, qui dura sept heures, fut si acharné, que les Français, foute de munitions, firent souvent usage de l'arme blanche; enfin ils soutinrent le choc d'un ennemi nombreux jusqu'à ce qu$ le prince Eugène viut attaquer

LES VITSAHS ILUJÊtKËB. 67

les Autrichiens, et dégagea ainsi la petite division com« mandée par Fressinet. Les bulletins de Tarmëe, en comblant d'éloges le général^ et en citant sa défense conune une des plus glorieuses pour les armes françaises, rapportèrent quSme ferme, qui était le point le plus imiiortant de la position, arait été prise et reprise trois fois â la baïonnette. Ce combat ne contribua pas peu à préparer la victoire ^datante que le prince Eugène remporta sur les bords du Mincio, dans la même journée du 8 février.

Après la Restauration, le général Fressinet rentra en France, fut créé chevalier de Saint - Louis et fut mis en non-activité de service. Lié d'affection avec le général Ebccelmàns, il crut que Thonneur lui imposait le devoir de défendre son ami s il se présenta donc à Lille devant le conseil de guerre qui allait juger ce brave officier ; etil y déploya une éloquence si persuasive, qu'il eut la satisf^:ti<m aussi douce qu'honorable de le voir acquitté à l'unanimité.

Pendant les Ceini Jours^ Napoléon envoya Fressinet en mission à Rouen et à Toulouse, et ce général pul]{}ia dans ces demt villes d'éloquentes proclamatiom analogues aux circonstanees. Il commanda provisoironent la 10^ divi* sîonmilitûre, où il organisa la 96^ cohorte active, dont le commandement fut donné au. général Decaen, lorsque Fressinet partit pour une aiitre destination.

Arrivé à Paris, il apprit les désastres de Waterloo et en^ tra dans Tétat-major du maréchal Davoust. Le 30 juin 1815 le général Fressinet signa^ avec les autres «aciers et

€9 l£B PAinANS. ILLLSTRSS. ^

MldaU de Tarmëe sous PariS| l'adresse éneigique qu'ils présentèrent à la Chambre des représentants, et Ton croit <Itte ce fut lui qui rédigea cette pièce patrioiiquei digne monument du dévouement héroïque de militairesfrançais. U prisait comme plusieurs autres i^néraux qu'on aurait dû défendre la capitale contre l'invasion étrangle ; mais il chercha en rain à faire adopter cette résolution.

Après la seconde rentrée de Louis ^VIII| le général Fressineti ayant été compris dans l'ordonnance d'exil du ai juillet, sortit de France pour se réfugier en fielgi<pie, sans attendre la loi dite d! amnistie. Mais il ne cessa dans ce pays d'être en hutte, comme les autres réfugiés français, aux plus cruelles comme aux plus inutiles persécutions. L'âme navrée de voir sa patrie en proie aux bordes étrangères qu'il aurait voulu combattre encore et repousser de notre territoirei il résolut de passer en Amérique avec sa famille, et comiqiuniqua ce projet k sa femme qui s'empressa d'aller le rejoindre à Anvers. Il se tenait soigneusement caché dans cette ville, où les agents de police n'avaient pas pu le découvrir^ lorsqu'il fut trahi p^ le bailli inavitime à qui il vivait confié son secret : ce magistrat, qui était parvenu Jusqu'À lui sous prétexte de lui rendre service, elit la lâcheté de le dénoncer et de le fûre arrêter dans la rade de Fle^ingue, au moment où il allait mettne à la voile ; un commissaire de police, ayant sous ses ordres une vingtaine d'agents et de gendarmes, s'empara de lui ; mais par bonheur le général réussit à s'échappcir» parvint A|;^Qer le navire où sa femme l'attendait, et. ils appareil*.

lèrent au milieli d'obstacles sans nonArCj et -eu bravant même le danger des batteries sous lesquelles ils furent obligés de passer. 11 aborda enfin sur les côtes de rAmérique méridionale, et débarqua à Buénos-Ayres, dans le Paraguay.

Les Anglais avaieBt tant d'influence dans ce pays, cpie les Français y étaient mal vus. Le général Fressinet y passa à regret une année, pendant laquelle il vit s'y succéder le despotisme, l'anarchie et la guerre civile. Il se réfugia à Monte- Yideo, colonie portugaise, et passa ensuite à Bio^Janeiro, où il se proposait de combattre pour la liberté américaine, lorsque r<Mrdonnance du roi qui le rappelait en France lui parvint. Empressé de revoir sa patrie, il partit le7février 1620, et arriva au Havre après pinq ans d'exil. Il croyait n'avoir plus rien à craindre, mais il fut arrêté à Paris comme suspect et incarcéré àia Gondergerie, «à il resta six semûnes, dont deux au secret. Rendu à la liberté, il fut replacé dans le cadre de l'état-major général de l'armée, en disponibilité de service. L'année suivante, après avoir lutté pesdant si longtemps contre l'adversité ^vec autant de penévévanee que de oourage, il succomba à une midadie de langueur dans la quaramte-quatrième année de se» âge.

• En partant peur l'Amérique il avait adressé de touchants aêKUZ à la patrie. L%)n y remarque le passage suivant : « JUieU) France, adieu, reçeis tous mes regrets ; ils sont siiif w et profonds. En quelque lieu que ma destinée ttbe paifeisej icrois qu'un jour il ne dépendra ]pi»

de moi que la mort ne termine ma carrière au milieu d'un triomphe qui te fasse recouvrer ton indépendance et ta liberté. >•

FIIIAIV V ^Louis. lieutenant gédéral, comte).

Constamment dévoué à l'honneur et à la gloire de la patrie^ le général Priant vécut dans les camps et sur les champs de bataille. Né h Yillers-Morlancourt, département de la Somme, ^n 1758, il entra comme soldat dans le régiment des gardes françaises. En peu de temps il devint caporal de grenadiers, puis sous- officier instruc^ teur; n^aiis son ardeur militaire sMtant ralentie, il acheta son congé en 1787.

L'heure de la régénération est arrivée, sa patrie sera libre : Priant se consacre à saliéfense, et reprend le métier des armes qu'il ne doit plus quitter. Il entra dans la garde nationale ÎMirisienne, section de l'Arsenal, qui un an aprèa le nomma son adjudant-inajor,. et Tapi^ela aa commandement en 1793. Par ses soîsës et lott tèb, la seclion se fit une réputation de belle tenue et de discipline, tefte qu^un ordre du jour de l'armée de la -Moselle lui enjoignit de fournir des instructeurs à plusiouri batail^ Ions de nouvelle levée. La division dottt Friat^ faisait partie fut chargée 4F^ever l'abbaye d'Orval^ distante de trois à quatre lieues de Monlmédy.à Ctuifftfia; c'était la pjy|mière expédition de notre général ; elle^iyt un plein

LZ8 PATSAKS ILLUSTRES. 71

succès. Quelques jours après, il combattit à Kàyserslautern, sur les lignes de Yeissembourg, et contribua à fidre débloquer Landau^ Pendant ce tenips*là, chargé de s'emparer d'une hauteur, il en chassa deux fois l'ennemi ; mais il reçut une balle dans la cuisse, et se vit obligé de «e retirer. A peine guéri de sa blessure, il rejoignit sou corps, se trouva à la journée d'Arlon, sous les ordres du général Jourdan, et le'suiyit par les Ardennes et Dinaut jusqu'au camp de la Tombe.

n se distingua à la bataille de la Sambre, et surtout a celle de Fleurus. Il fut ensuite chargé de commander Tayant-garde de l'armée de Championnet| et partout il donna des preuves d'une brillante râleur. Il passa plus tard, avec le grade de général de brigade, sous les ordres du général Kléber, et reçut le commandement de la 4* division devant Maëstricht; il assista à la reddition de cette place, et le 15 germinal an 3, il entra le premier avec sa division dans Luxembourg, dont il avait fait le siège, sous les ordres du général Hatty. Le général en chef lui donna le conunandement de la ville et de la province, et celui du comté de Cluny. Il passa ensuite dans la division Poucet, puis aux ordres de Masséna, et fut chargé d'occuper les gorges de Brabach. Lorsque l'armée eut repassé cette rivière, il marcha souS les ordres de Bernadotte, qui le chargea de SÊKiiàre les hauteurs dtk Lohubei^, et l'emuiena peu de temps après en Italie. Priant se fît encore remarquer à TagUamento et à la prise de Gradisca. Chargé d'assurer les derrière de l'armée, il tint tcte à un corpa

de cinq luiHe Hongrois qui menaçaient de 8*emparer de Tciestc et du chemin qui conduit de Gorizia à Laybach, jusqu'à ce que le traité de Leoben suspendit les hostilités.

H fut désigné pour foire partie de l'expédition d'Egypte sous les ordres du général Desaix, et rejoignit l'armée jPOtient à la hanteuir de A{alte, Ne pouvant rester simple tpectateuv de la prise de cette tle, il se fait mettre à terre arec une cmnpagnie de grenadiers, s'empare de la baie de Sir ver et d'une partie des forts qui bordent la c6te. U débarqua des premiers en Egypte,^t assista aux batailles de Chabrissa et des Pyramides, et, quelque temps après À celle de Sédiman, dans la haute Egypte. Au moment décisif, Desaix demande conseil du général Priant: celuici lui montre des hauteurs : « Général, dit-il, c'est là qu'il faut aller : la victoire ou la mort nous y attend. — C'est aussi mon avis, mais ces pauvtes blessés? -^ Si je siûs blessé, qu'on me laisse sur le champ de baUdlle, » s^étrie le général Priant. Desaix l'embrasse d'admiration, et or* dqtnne le mouvement : les carrés s'ébranlent et la victoire est assurée. Cette brillante journée amena la prise d' Fayerau.

Priant se couvrit d'une nouvelle gloire aux journées de Samaulsout et d'Abouamme. Non loin de Siout, il poursuit, atteint et défait les Arabes de Gemma et df 2aide, et les force de se jeter au loin iggf^ le désert; il t'avance ensuite à la recherche de Mourad-Bey. Arrivé à Meniels, il apprend que ce bey veut tenter de soulever la J>asse Egypte, pour opérer une diversion : il court aussi-

lâa PATSAK8 ILL08T1ISS. 73

lÂt à sa poursuite^ et le harcelle pendant trente-sept jours sans lui laisser un seul instant de rëpit. Le général Bonaparte (ut si satis&it de son activité, qu'il lui en témoigna son contentement par des lettres tout à fait flatteusesy et chargea le général Kléber, son successeur^ de lui expédier le brevet de général de division, que FriaaC reçut le 19 frucddor an 7.

' Quelque temps après^ Friant fut chai^ du commandement de toute la haute Egypte en remplacement du malheureux Besaix ; il eut constamment à combattre les Arabes et les Mameludss qu'il poursiûvit en tous sens dans le désert. Lorsque Hourad-Bey était parvenu à réunir quelques troupes, Friant le joignait avec les colonnes mobiles montées sur des dromadaires. Enfin le bèy fut obligé de ne garder qu'une centaine de Mamelucks pour assurer sa fuite. - .

A la hauteur de Benîsouef , Fiîant apprend qu'Hassan-Bèy-el-Tambourgy est à dix lieues de lui, à la fontaine de Schériff. Il rentre dans le désert, et, par uive marche rapide, il arrive au milieu de la nuit dans le camp ennemi, qui est pris tout entier. On y fit un butin immense. Le bey se sauva en chemise, laissant au pouvx>ir du vainqueur son costume et ses ornements de

grande cérémonie.

A la bataille d'Héliopolis, Friant commandait l'aile droite de l'armée, ayant sous ses ordres les généraux Belliard et Donzelot ; il eut aussi sa part à la prise de Baliéeis. Alors Klébcr lui ordonne de rentrer au Caire

74 LBS PATSAirs ILLUSTRES.

qui était en pleine insurrecti<m. U arrive ayec anq bataiUont, commence Fattaqne et emporte les premiers tra- YMVtXj puis il se rend maître des postes les plus importants. Le nënéral Uéber arrive avec sa division, et lui ordonne d'attaquer Bouloey : il s^en empare; le 28 il est chargé des trois principales attaques sur le Caire, et il eippode cette place.

L'Egypte, de nouveau conquise est divisée en arrondissements : Priant reçoit le titre de lieutaiant du général en chef y et le commandement du troisième arremdissoment. A la mort du général Klébèr, Menou, son succès* seur, lui confie les provinces de Béhéré, d'Al^andrîe et de Rosette. Alexandrie, foyer de la peste depuis plu» meurs siècles, est assainie par ses soins. Beau, succès I qui ne fut pas le moins doux a son cceur. Quelque tempa après, il détait les Ouoladalis dans la vallée qui it prol(mge d'Alexandrie à la mer. Le 17 ventôse,' avec -moins de quinze cents honmies, il veut s'opposer aux débarquements des Anglaië sur la plage d'Aboukir, leur £ait faet toute la journée malgré L'artillerie de Fescadre, et n* cède qu'à la grande supériorité du nombre, après av<^ fait mordre la poussière à quinze cents Anglus. De son c6té il avût perdu le tiers de son monde, et avait eu deux chevaux tués sous lui. Quelques jours après il eut un second engagement avec Fennemi, trois fois plus nombreux que les siens, et protégé par des canonnières placées sur le lac MÀlié; il culbute la première ligne, mais, arrêté par la seconde, il reprend ses portions. A la bataille qui dé-

LEf PAYSANS ILLUSTRES. 75

cida de la perte de l'Egypte, il se signala par la belle retraite qu'il opéra soUs le feu de J'artiUerie ennemie. Toujours comme lieutenant du général en chef, il fut chargé de la défense d'Alexandrie, et, malgré une cruelle maladie, il dirigea constanmient les opérations. Après la capitulation du i2 fructidor, il s'embarqua le dernier de la garnison.

A son arrivée en France il fut nommé inspecteur général d'infanterie, ensuite chargé du commandement d'une division de l'armée destinée à l'expédition d'Angleterre. L'embafcation ne put avoir lieu, et l'empereur conduisit sa vieille armée dans lies plaines d'Austerlitz. En quarante heures Priant parcourut trente-quatre lieues qui le séparaient du champ de bataille, et après quatre heures de repos sa division s'avança contre l'ennemi. Cette activité surprit Kapoléon lui-même. Cet homme^là^ dit-il, m'en fera toujours des siennes. Malgré les efforts de l'ennemi, infiniment supérieur en nombre. Priant l'empêcha de déboucher du village de Sokohutz, d'où il fut chassé, zjmà Ique des hauteurs voisines, après des efforts ino^iis. A U dernière charge, exécutée à la baïonnette, vingt pièces de canon, un obusier, cinq drapeaux et quatre mille prisonniers tombèrent au pouvoir de cette division. L'empereur la récompensa comme elle avait combattu; il n'oublia pas mon plus son chef, auquel il accorda le grand cordon, et plus tard une pension de 20,000 fr. pour ses beaux services rendus à l'Etat... A la bataille dléna, aux affaires de Mosielk et de Jigothon^ Priant s'illustra d'une nouvelle

76 LES PAYSikMS IbLUSTRlS^

gloire. A Eylau il soutint cette belle rcputatioa ; il fUè blessé. LaUsezfU faire^ dit l'empereur à ceux qui lui fed* saient remarquer les mouvements de ce général. L'empe* reur rint le lendemain pour s'informer de sa blessure.

Bans la campagne de 1809, le général Friant quitte Bay- ];euth, entouré d*un ennemi formidable, qui annonce* partout la perte de sa division comme certaine. Les Autricbiens veulent lui couper la retraite vers Slanïpock,. mais ils sont repousses. Le lendemain il fait une reconnaissance sur Amberg, et obtient un plein suceès*. Le jour suivant il en exécute»une nouvelle en avant de Costel, et les résultats en sont encore plus brillants. Il prit la plus grande part AUX affaires de SchwiUeort, et surtout à la journée d'£ckmùllà^Son cheval y fut blessé et son chapeau em-^ porté par un obus. Cette dernière action fut presque aussi ^orieuse pour lui que celle d'Austerlitz ^ pendant trois, jours entiers sa division eut à combattre trente mille hommes f elle vainquit et fit perdre à l'ennemi huit mille hommes. A Wagramv l'empereuc lui envoie sept pièces de douze pour qu'il s^en serve selon son gré, et lui donne de justes éloges. Cette divisicm emporta à la baiionnette la fameuse tour ca,rréeye\. resta ainâ maîtresse de la positioa et du camp de l'ennemi. Un effiâer d'état-major vint dire i l'einpereur que sa gauche avait la plus grande peine à se maintenir, et qu'il était nécessaire, pour le gain de la bataille, de la secourir. L'empereur, lui montrant les hauteurs k drpite, lui dit : « Regardez si la bataille est perdue. »

Lors de la campagne de 1812,, la division Friant forma

htS PAYSANS ILLUSTRES. 77

Tavant-garâe de raimëe que commandait le roi de Naples, jusqu'après Witepsk. A ]a prise deSmolensk, il reçut une contusion à la jambe dfoite ; néanmoins un bataillon de sa division étant dé$iignë pour monter à Tassaut, il voulut le commander, mais Tordre fut révoqué. A la bataille de la Moskowa, il fut blessé à la poitrine, mais il ne voulut pas quitter le champ de bataille ; après avoir repris ses sens, il fait former le carré à un bataillon du 33*, qui eut à essuyer une mitraille épouvantable, et repoussa sept charges de cavalerie. A la fin de l'action, le général reçut une grave blessure à la cuisse, et ne put plus commander la dividon que l'empereur l'avait chargé de diriger depuis le départ d'Ostende. A la Moskowa, sa division n'avait pas reçu l'ordre de donner : Priant en marque sofx impatience devant l'empereur, qui lui dit : « Mon cher ami, on garde à la chasse les vieux limiers pour les derniers. »

Il fut nonmié colonel de l'arme des grenadiers à pied de ta garde. Ses blessures ne lui permirent de rejoindre l'armée qu'à Dresde, où il assista à la bataille, qui dura plusieurs jours ; il combattit ensuite à Leipsick. Les suites de cette bataille ayant forcé les Français à la retraite, le quartier général fut établi quelques jours après à Yacels* L'ennemi se présenta bientôt sur ce point ; le général Priant alla le reconnaître. Pendant ce temps un officier étant venu le demander au- quartier général, l'empereur se retourne vers lui-, et lui répond : jillBz oà Von tireîe canortf vous U irour oerez. La campagne d'Allemagne fut terminée par le condïat de Hanau, où Priant se couvrit de nouveaux lauriers. «

78 LES PATSAA8 ILLUSTABS»

^ En 1814^ le général Priant, toujours commandant l'infanterie de la yieille garde, assiste â l'affaire de Champaubert, et prend une part très-actWe à la bataille de Mont^ mirail. Il est aussi présent aux journées de Yauichamps, NangiSy Monlereau, Brie^au-Bac, Graonne-Laon^ où un caisson d'obus saute à trente pas de lui sans le blesser. *

Il se montra encore à la tête des yaleureuz guerriers de. France en 1815, et partagea les dangers de ces brayes à Fleurus et à Waterloo, où il reçut une noUT^le blessure.

Louis XYin le non^ma pair de France. Depuis la Restauration il meiia une yie retirée, et mourut^ le 24 juin 1829, à l'âge de soixante et dix ans, dans sa terre de Gaillamet, près de Meulan.

FRIRieiN.

Il est peu de £imilles qui aient donné autant de défenteurs à l'Etat que celle des Fririon; il s'en est trouvé dix à la fois dans les rpngs de nos armées : cinq sont morts au champ d'honneur, deux autres ont succombé aux blessures qu'ib y avaient reçues ; trois sont parvenus au rang d*offider général. Obligé de choisir parmi ces héros, nous atloBS esquisser la yie de François-Nicolas Fririon, lieutenant général, baron, grand-officier de la Légion-d'Hon« Beur, né au yiPage de YandtèreSiidans le département de la Meurthe, le 3 février 1769.

LES PAYSANS ILLUSTRES. 7t>

Fririon entra au régiment d*Âitois, où. deux de ses oncles étaient officieri, et dans lequel il parvint lui-même, de grade en grade, à celui de chef de bataillon. Pendant le rigoureux hiyer de 1795, le régiment d'Artois, devenu le 62* de ligne, fut employé au siège de la tête du pont de Manbeim ; le chef de bataillon Fririon y déploya beaucoup de lèle, d'activité, de bravoure, et parvint, en parta^ géant lessouffrancesdes soldats, à prévenir leurs murmuiia. Dans la fameuse retraite du général Moreau, Fririon se fit remarquer par son rare courage et sa fermeté à main^ tenir la discipline dans une circonstance si favorable à la' licence. A la tête de vingt-cinq dragons, il culbuta un régi^ ment d'infanterie autrichieii^ et fit mettre bas les armes à un bataillon tout entier. A la suite de cette campagne, il fut nommé adjudant général, chef de brigade. Employé en cette qualité sous les ordres du général Lorges, et chargé de reconnaître les troupes qui défendaient la ville de Sion, il traversa, au milieu des coups de fusil, la graiule route défendue de deux côtés par les troupes qui couronniBÛent les hauteurs. Cette brillante conduite lui valut, une lettre de félicitation de la part du président du Diree^ toire exécutif. Envoyé en Italie, Fririon eut le commandement de Tarrière-garde dans la campagne malheureuse de 1798 : ses dispositions sages et vigoureuses ne permirent pas à l'ennemi d'entamer les malhem'eux débris.

En 1805, le général reçut l'ordre de se rendre de nouveau en Italie, et s'y couvrit d'une nouvelle gloire. Dans la campagne de Prusse, en 1806, il se fit remarquer par-

filO LES PAKSAMS itiLU^TMf .

ticalièrement au siège de Colbent : k brigade qjoKi conif» mandait fut chargée d'enlever d'assaut l'ile de Banaoholoi, défendue par une forte garnison et ime artillerie formidable. Arrivé sur les côtes de Tile avec neuf cents hommes seulement, le général sauta le premier à terre, et narcha sans hésiter drok au fort, où il entra comme il Tavait annoncé au maréchal Brune.

 la bataille d'£sling, daas la campagne de 1809, la brigade de Fririon fut exposée pendant six heures à une grêle d'obus et de boulets ; mais son sang-froid triompha encore. Un honune qui se connaissait en bravoure, le maréchal Lannes, aborda le général, et lui dit : f^ous et ntotre brigade, veus vous coûterez de gloire aujourd'hui. Chef d'étaVmajor du prince d'Esling, il se distingua à Wagram, et couronna sa campagne par une action d'éclat, au pont de Znaïqi, où il vint au secours de Masséna, près d'être enlevé par vmt colonne de troupe ennemie. Bientôt démonté et enveloppé lui-même, le général Fririon allait! être fait prisonnier lorsque Masséna, témoin de son dé- Touem^it, oubliant la douleur de ses blessures, monte à cheval, le dégage, et lui dit en l'embrassant : Général^ j'apais à cœur de nC acquitter entiers vous.

Malgré l'afiaiblissement de sa santé, cet intrépide général fit encore la campagne d'Espagne, et se montra toujours digne de sa vieille réputation de bravoure et de désintéressement Lorsque la fortune de la France eut pâli dans les glaces de la Russie, Fririon se retira à la campagne pour pleurer sur les malheurs de l'invasion»

LE» FÂlSASfi ILLOêtftSS. 81

Mais LouiaXYIII rqppeh à Pari», et lui confia l'inspeetion 'générale dea troupea»

mÊm^^m

GILBERT (NiCOUU-JotBPH-LAVBENT).

Gilbert naquit à Fontenay, dans la Lorraine» de parents fort pauyres qui épuisèrent toutes leurs ressources pour lui donner de l'éducation. Encore enfontyils'étaitdéjà fait remarquer par son début poétique dans sa province. Se voyant à charge à ses parents, il se rendit à Paris. Il chercha d'abord à se feire des protecteurs, et distribua des louan* ges à plusieurs personnes considérables; mais n'ayant pas trouvé auprès d'elles assez d'accès et de secours, il se sentit humilié, et de là contiacta cette humeur chagrine et misanthropique qui lui fit oabrasser le genre de la satire* Le mauviûs suocèf de qudques pièces de vers qu'il ftfait envoyées au concours de l'Académie fortifia en lui cette disposition. Il s'attacha au parti qui combattait les philosophes, et fit contre eux sa satire du Dix'kuiùèmesièelej adressée à Fréron. Elle fut suivie d'une seconde, intitulée Mon apologie. Il y a dans toutes deux des vers et même des morceaux admirablement frappés % mais il y a aussi du décousu dans les idées, et le style en est un peu négligé.Le jeune poëte composait difficilement. Le seul de ses ouvrages qui ne le témoigne point est une

82 LEll PATSAIfS ILLU8TRK8.

ode qu'il fit ayant ta mort à l'Iôtel-Dîeu. Il n'y a rien â« plus touchant que les trois strophes qui la terminent.

Au banquet de la vie infortuné convive,

J^pparus un jour et je meurs ; Je meurs, et sur la tombe où lentement J'arrive,

Nul ne viendra veirser des pleurs ! I !

Salut, champs que j'aimais, et voua, douce, verdure»

Et vous, riant exil 4es bois ; Ciel, pavUlon de l'homme, admirable nature.

Saint poar la dernière foie.

Ah ! puissent longtemps voir votre beauté sacrée

Tant d'amis sourds à mes adieux!

Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée,

Qu'un ami leur ferme les yeux !

On ne sent pas cette fiicilitë dans les autres odes de Gilbert, mais on y remarque des traits énergiques et de belles expressioni.

> Cet mforttmé, que ses Uches protecteurs ne tiraient pas de la misère, tomba dana fa démence et fut conduit à rifôlel-lHeti. Bane un de ses accès il a^ala la clef d'uno cassette, et mourut le 12 norembre 1780, à peine âgé ds ^ngt-neuf ans. On doit regretter qu'il ait fait de son talent un usage si fatal à 8onrepos,«et surtout qu'il n'ait pas asséx yécu pour abjurer ses injustices, et effacer pat des ouvages vraiment estimables la célébrité qu'il s'est acquise par ses satires. Disons-lc cependant, ses satire»! dirigées non pas seulement contre des écrivains subalternes, mais contre les coryphées des encydopédisteSy ont la gloire d'avoir atUqué les sophisme» de l'époque.

LES PATSAKS ILLUSTRES. 83

H ne^tint pas aux ennemis qu'dles lui ayaient faits qu'il ne passât pourun poëte médiocre; cependant, malgré leurs déclamations, l'énergique vérité de ses vers a surmonté la critique, et a fait de ce poëte vigoureux et plein de verye^ le Juv^ial du xviii* sîèck. Porté de bonne heurt à combatti'e les systèmes des philosophes par un zèle que les circonstances ne firent que développer, il dut sans doute à cette disposition de voir dans les sociétés académiques préférer des pièces inférieures aux siennes, à son Eloge de LéopoU^ duc de Lorraine j au Génie aut prises om» la Fortune} mais son attachement aux principes de la mo* raie et de la religion li|i valurent la protection de M. de Beaumont, archevêque de Paris, et ce fiit moins l'effet de la misère que celui de l'opération du trépan, occasionnée par une chute de cheval, qui produisit l'aliéna-» tion mentale dont lessuites furent si funestes à ce eou« rageux et infortuné poëte.

mtm

GOCRVILLfi (Jeau-Héaauij», sieur nn).

La mère de Gourville habitait La EochefoucauU. EUê resta veuve de bonne heure> dans un état de gêné voisin de la misère. Elle fit apprendre à écrire à «on fils encore jeune, et l'envoya chez un procureur d'Angouléine, oà il prit quelque idée des affaires.

L'illuatre La Rochefoucauld, auteur des Mûximeâf fiit

84 LES PATSAlfS ILLtIStABff.

frappé de FintelligeDce de ce jeune homme, le prit pour son secrétaire, et l'emmena ayec lui en Flandre. Pendant la guerre de la Vendée, Grounrille fut très-utile au duc (?e La Rochefoucauld et au prince de Gondé, dont il avait embrassé les intérêts arèc un dénouement qui lut fit courir de grands dangers. On apprend par ses Mémoires que tous les moyens lui étaient bons pour procurer de l'argent au pnnce. Une fois îl vola celui d'une recette ; et dans Une autre occasion, il rançonna un directeur des postes. Ces sortes de violences ne sont que trop communes dans les troubles civils ; mais du reste il eut soin plus tard de ré* parer les dommages qu'il avait causés.

Lorsque le duc de La Rochefoucauld, fatigué d'une vie pleine d'agitations, songea à se raroocilîer avec la cour, Gourville fut chargé de négocier son raccommodement^ et H montra dans cette a&ire délicate tant de prudence et d'habileté, que le cardinal Mazarin jugea que personne ne serait plus propre à déterminer le prince de Gontî, maître de Bordeaux, à demander une paix qu'on n'osait pas lui offrir. Le succès de cette nouvelle négociation fit beaucoup d'honneur à Gourville.

Nommé peu de temps après intendant des vivres à Tarmée de Catalogne, il revint à Paris à la fin de la campagne de 1655 ; mais le cardinal, craignant qu'iln'y eût éié envoyé par le prince de Gonti pour renouer quelques in* trigues, lé fit mettre à la Bastille. Il en sortit au bout de six mois, et détruisit si bien les , préventions qu'on avait lionnées oontre lui au cardinal, que le ministre s'employa

USS PAYSANS ICLUSt&ES. 8S^

près du surintehdant Fouquet, pour lui faire ofitenir hr recette générale des taiUes en Guienne. Ellie lui valut de» bénéfices énormes ; et comme il fit en même temps de» gains immensesau jeu, il se* trouva maître en quel^jue» années d'une fortune de pltis de 1,500,000 francs.

La disgrâce de Fouquet entraîna celle de tous les trai« tants ( c'est ainsi qu'on nommait les gens de finance ) :mais Gourville, moins occupé de lui-même que de soni bienfaiteur, s'empressa de porter à madame Fouquet 100,000 francs, « pour gagner quelques juges, si on pou» vait y parrenir. » Et dans la suite, il y joignit le doa d'une somme beaucoup pliis considévable, pour aider à l'établissement du fils de cette dame, le comte SieTausk Cependant les amis de Gpouryille lui ayant fait apercevoir qu'il n'était plus en sûreté à Paris,, il mit quelque ordre dans se» affaires;, pui» il s'enluît secrètement en. Hollande, et passa ensuite en Angleterre, où il fut tsèsblen accueilli par Saint-Evremont , Hamilton, Buckin* gbam et d'autres seigneurs qu'il avait connus à la cour de France. Tout le monde sait,, dit Voltaire, que GourvUI» ayant confié une partie de son bien à mademoiselle dft Leridoflh, et une autre à un bonone qui passait pour frèsdévot) le dévot garda le dépôt pour lui, et celle qu'on rc^rdait comme peu scrupuleuse le rendit fidèlement sans y avoir touché.

Après un séjour de six semaines à Londres, Gourville revint à Bruxelles, y loua un bel hôtel, et donna des fêtea qui attirèrent les personnages les plus distingués. 11 s^

86 Lies l*AT8A]fS ILLUStlfiS.

rendit à Bréda en 1666, pendant la tenue du congrèsi et profita de son crédit sur l'esprit des princes de Brunswick et de Hanovre pour les déternûner à se prononcer en laveur de la France. Le roi, qui en fut informé, autorisason ministre à accréditerGourTille auprès du duc de Brunswidi, dans le même temps que Golbert le Causait condamner comme concussionnaire. • Ainsi, dit-il, yoilà mon procès fttt et parfait à Paris, et je me trouve plénipotentiaire du r(H en Allemagne. » Il justifia pleinement la confiance donton Tarait li<Hioré,etpouf toute récompense il demanda son rappel.

Le roi n'ayant rien voulu décider k œt ^rd, Gourville revint secrètement à Paris en 1668, et, par Fentremise du prince de Gondé, obtînt une audience de Golbert, qui le reçut froidement et fixa sa grâce à 800,000 fr., qu'il réduisit ensuite à 600,000; vainement protesta-t>il qu'il ne posssédait pas cette somme, le ministre fut inflexible ; et Gou^lle^ nommé intendant du prince de Gondé, se rendità Madrid pour réclamer les sommes dues à ce prince, n réussit dans cette affaire aussi bien que les circonstances pouvaient le permettre. A son retour, s'étant fait rendre compte de Pétat des dettes du prince, il en paya ime partie avec l'argent qu'il rapportadt,etpritdes termespour le reste ; dé manière que le prince, débarrassé de sescréan-* cîers, put continuer les embellissements qu'il projetait à Chantilly, et rien ne pouvait lui être plus agréable. Le voyage de Gourville en Espagne n'avait pas été non plus inutileà laFrance; en partant, il avait reçu des instructions

LES PATSlIfS ILLUSTEXS. 87

de Lyosrne, et les avait suivies si exactemeati que jfje ministre avoua lui devoir la connaissance la plvs par&ite de ec royaume*

En 1681» Louis XIY renvoya Gourville en Alkmagne avec la commission de rompre rassemblée dés princes à Humelink. Ce ne fut qu'à son retour qu'il obtînt enfin des lettres de grâce; l'enregistremtnt ne s'en fit pas sans de grandes difficultés, mais la bonté du roi l'emporta.

Gourville passa les dernières années de sa vie dans une situation tranquille, an milieu d'amis dont il hîÈtài ks délices, etparmi lesquels on comptait Boikau, Tilleragoes, mesdames de Séyigné, de Thionges et de Coulanges. Madame de Sévigné a peint à la manière, d^un seul tnàt» et avec une délicatesse parfaite, l'attachement de Gourville pour le duc de La Rochefoucauld : « Jamais homme, dit* elle, n'a été n bien pleuré; Grourville a couronné tous ses fidèles services dans cette occasion ; il est estimable et adorable, par ce cAté de son cceur, au delà de ce que j'ai jamais vu; il faut m'en crcrire. »

Retenu dans sa chambre par une douleur à la jambe, il forma le projet de rédiger ses mémoires, et l'exécuta en. quatre mois et demi. Il donna, en les terminant, des détails sur sa vie intérieure, qui le font bien connaître, et qui mettent à même d'apprécier sa philosophie douce et joyeuse : « Au conunencement de chaque année, dit-il, je souhaite pouvoir manger des fraises ; quand elles sont passées, j'aspire aux pèches, et cela dorera autant qull plaira à Dieu. »

dBr- LES PATSAirS ILLUSTRES.

. Il mourut à Paris en 1703, à Tâge de soixante-^ix-huit ans. H arait fonde à La Rochefoucauld un hospice pour les malades ; et par son testament il lëgua des sommes Goondérables aux pauvres de cet endroit, où il ëtait né le 11 juiUet 1635.

« Les mémoires de GounriUe, dit madame de Sévignë, sont chanaantsr ils sont écrits non pas arec la dernière politesse, mais avec un naturel admirable. Tous y voyez Gourville pendu en ei&gie et gouverner le monde; les caractères de tous les ministres y sont merveilleux. GourvQle parle de sa naissance avec une sincérité parfaite ; et son neveu n'est pas assez grand homme pour soutenir une chose aussi estimable à mon gré. »

nOCHB (Lazarb, général).

Le 34 février 1768 n^quità Montreuil, près Versailles, d'un garde-chenil de Louis XY, un enfant qui. devint ptus tard un des hommes les plus éminents de la révolution française. Â l'âge de' quatorze ans il entra comme palefrenier sumuméraireaux écuries du rx)i. Peu de temps après il devint orphelin, et ne trouva de secours qu'auprès d*une tante, fruitière à Versailles, qui de temps en temps lui donnait quelque argent pour acheter des Uvres. Le |eune Hoche les dévorait.

hU PATSANtf ILLUST&Zf: tt

Cependant il se sentait une yocation insormonlable pour rëtat militaire, et dès l'âge de sdxe ans il s'enr6k dans les gardes françaises. Pendant le jour on le voyait Cure des corrëes, monter des gardes, se donner toutes sortes de peines pour s'acquérir une petite bibliothèque, au milieu de laquelle il passait une partie des nuits* Bu reste, il &isait beau le voir sous les armes, avec sa belle stature et ses formes mâles et rigoureuses. Son air martial ressortait encore davantage à cause d'un coup de sabre qu'il avait reçu en duel dans les carrières de Montmartre.

L'année stdvante Hoche suivit avec ardeur le mouvement qui fit passer les gardes françaises du cAté du peuple, et donna à la révolution l'appui de la force armée. Hocfa^ fut incorporé ensuite dans la garde soldée de la capitale, et s'étant fait remarquer par sa bonne tenue et par son instruction, il parvint rapidement au grade d'adjudant sous-offid^«

En 1792 il obtint le brevet de lieut^n^nt dans le régiment de Rouei^e. Il étudia dès lors avec beaucoup de soin la tactique militaire, se distingua au siège de Thionville, et devint aide de cainp du général lievemeur. il assista avec ce général à la bataille de Nervrinde, et le suivit à Paris aprèç la défectiqn de Pumpuries.

Là il se présenta au comité de salut public, et dévelop^ pant ses plans de campagne, il frappa les membres de ee comité par l'assurance de son maintien et la précision de ses vues. Il reçut le grade d'adjudant général, et on hlî ^nfia la défense de Dunkerque, que le duc dlTorek me*

90 IMM PAI8A1CS lIXOSTAEft.

naçiiti U enflamma tons les esprits par son exemple, forma un camp letranchë, mit la ville à Tabri de tout daiigcr et repoussa fontes les attaques des Anglais, qui f u re&t contraints de lever leaiége. Dès lors il lut appelé aux premiers grades militaires. Nommé quelque temps après général de brigade et puis général de division, il prit Fume», mais il ne put s'emparer de Nieuport. Il obtint cependant, quoique n'eut que vingt-quatre ans alors, le commandement en chef de Tarmée de la Moselle. C'est ainsi que sans naissance, sans fortune, sans éducation et sans faveur, en deux campagnes, il parcourut tous les grades militaires, dont chacun avait été le prix d'une action d'éclat

Hoche inspira une ardeur guerrière à son armée qui avait langui jusqu'alors, il lui imprima un mouvement décisif, n se proposait de faire lever le blocus de Landau ; c*e8t pourquoi il attaqua le duc de Brunswick. Après trois jours d'efîorts inutiles, il Ibt définitivement repoussé. Des renforts lui arrivèrent ; il proposa un autre plan, et en mbÎQS de quinte jours il reprit l'bffc^isive. Après plusieurs mouvements^ il attaque Wurmser, près de Wessembourg ; deux jours après il débloque Landau, s'empare de Gcr-s ncsheim. Spire, Worms, et chasse les Autrichiens de toiite l'Alsace.

Fier de ces succès, Hoche prît un ton tranchant dans sa /correspondance avec les comités ; il chercha à déprécier Pichfgm que Saint- Just protégeait. Piqué de sa brusque franchiseï Saint*Just lui fit ôter le commancte^n^t dû

Tannëe, et le relégua à Nice. Maisà peine ëtait-il en route, qu'il fut arrête et conduit à Parift dans la prison des Carmes, puis à la Conciergerie. Il serait tans doute monté sur réchafaud, mais le 9 thermidor arrita et hii rendit la liberté. Pendant sa captivité il avait fût de grands progrès dans la science théorique de la guerre. Il avait réprimé aussi son caraaère impétueux, et était devenu taciturne et réservé.

La Convention l'appela au commandement de Tannée des côtes de Brest, et il se disposa à combattre les Vendéens, dont les forces étaient encore considérables. Ce fut alors qu'il déploya tous ses talents, toute son habileté. Ses nombreux prédécesseurs n'avaient pu terminer Ift guerre civile ; Hoche comprit que l'adresse lui réussirait mieux que laforce. Ses proclamations aux royalistes furent modérées, et alliant la douceur à la fermeté, il emj^ya envers eux des moyens de réconciliation avant qu€ fai Convention eut songé à pacifier ces contrées. Deux auttes armées étaient employées contre les royalistes, et Hoche commandait la plus faible; de phis il était aubord^onné aux délégués de la Convention, ce qui paralysait ses piojets. Toutefois il se hâte de réprimer les désordres ^ de rétablir la ^scipline ; il subsdtue au système des cantonnements celui de» caipaps retranchés. Ces innovation^et la justesse de ses vues décident la Convention à nnv^eatir du commandement des deux armées réunies des côtes de Cherbourg et de Brest, et qui occupaient fout le pays depuis la Somme jusqu'à la Loireé Après a«oi^ eonféré avec

^ VÊS PATSAHS ILLOStAES.

pliiflîenrs cheb Yenàéens et préparé la premièpe pacifiac* tion^ il ne trouva dans lef délégués de la Convention que

des maîtres abooluSydontlesopér-ationa-contradictoiresle jetaientdans une continuelle indécision. II s'éleva contre les coaditionsdepaixy qu'il r^rdait comme impolitiques, et, pénétrant les projets des royalistes^ il demanda contre eux des mesures de rigueur ; mais on le regarda comme uu ambitieux qui voulait dominer par la guerre, et il fut sur le point d'être rappelé.

Gepoidant le comité de salut public sentit qu'il avait encore besoin de Hoche, et la guerre s'étant rallumée comme celui-ci l'avait prévu, il déconcerta les plans des royalistes de Bretagne par des dispositions énergiques.

Lors de la descente de Quiberon par les Anglais, lui seul conserva ce sang-froid qui maîtrise les événements. Il réunit ses cantonnements épars, emporta la position d'Auray, et enferma les royalistes dans la presqu'île. Le 16 juillet il repoussa l'attaque du comte d'Hervilly^ Dans la nuit du 21, il assemble un conseil de guerre, et décide L'attaque du fort Penthièvre,quiest emporté l'épée à la main. Les royalistes, acculés à la mer, sont forcés de parlementer. Hocbe,dai|s ses pourparlers, avait refusé k M. deSombreuil le rembarquement des royalites; mais d'autres généraux avaient promis qu'on épargnerait tout ce qui ntettrmt bas les armes. Prenant d'abord la défense des Chouans pcisonniers, Qoche écrivit au comité de salut public qu'il serait crud et impolitique de songer à détruire jixi sept mille EamiU^ entcalnéesi Quiberon. Quaoi

IMS VÀTSANS ILLUSTRES. 9S

aux ëmignês, il fnt d'ayis de ne sacrifier que les chefs ; c'était aussi le yœu de son armée. Sans y avoir égard, la Convention ordonna le massacre général. Hoche, indi- ^néj remit le commandement du Morbihan au général Lemoine, et se porta avec le reste de ses troupes vers Saint*Malo.

Le gouvernement directorial ayant été établi quelque temps après, Hoche fut chargé de réduire Gbarrelte et toute la Vendée. On lui confia le commandement de trois armées réunies sous le nom d'armée d'Océan. Investi de pouvoirs illimités, il remit les départements de l'Ouest â r«état de siège et à la police militaire. Jamais aucun général n'avait eu autant de pouvoir dans l'intérieur. 11 rassura les habitants des campagnes par le maintien de la discipline; il ménagea et flatta les prêtres, afi&ôblit et détuisit les royalistes, employant contre eux avec beau* coup d'art les colonnes mobiles qui, ne traînant à leur suite ni bagage» ni canons, achevèrent de soumettre les insurgés, empruntant pour les vaincre leur propre tactique* Mais il eut à lutter contre l'envie et contre son propre parti. « Je puis braver les boulets, écrivait-il au Directoire; mais non l'intrigue, je demande à me retirer ;. je vous prie de me nommer promptement un successeur.» Le JQdrecloire maintint son général, gui n'espérait soumettre la Tendée que lorsqu'il aurait Charrette en son pouvoir. n mit tout en œuvre ppur s'emparer de cet intrépide ckef ; il l'isola d'abord de Stofflet : celui-ci, ayant voulu. reprendre les anues^ fut pris et f usijilé. Charrette eiU

«94 LES PAYSANS ILLUSTABS.

J:>ieiit&t lé même sort, et dès lors la Vendée fut éteinte.

Hocke s'empressa d'iaffranckir ce pays du joug militaire, et voulant mériter le titre de «pacificateur, il y établît le régime constitutionnel. Il passe ensuite la Loire avec quiase miUle homme d'élite, se dirige vers l'Anjou et la Bretagne, et, employant les mêmes moyens qui av^ent assuré ses succès sur la rive droite^ il séduisit les uns, désarma les autres^ et pacifia en même temps l'Anjou , le Maine, la Bretsgne et la Normandie. Le 15 juillet 1796> ^n décret déclara ^ue Hoche et son armée avaient bien mérité de la patrie. •

Il ferma alors le projet de porter en Angleterre la guerre civile qu'elle fomentait en France, et de lui arradier l'Irlande. Sur ses entrefiûtes il fut menacé du pmson, et faillit périr assassiné: 'Guillaumot tira sur lui an sortir du spectacle de Rennes, mais le coup, mal assuré, trompa l'espoir de l'asiBassin. Hoche conserva son sang- Iroid, sa sécurité, et vint au secours de l'indigente et malheareuse famille de Guillaumot. II presse l'expédition d'Irlande, surmonte une ibule d'obstacles, et le'lâ décembrt il met à la voile à Brest, avec une armée expéditionnaire. Il trompa la vigilance de la flotte anglaise, mais^ séparé de son escadre par une tempête, il arrive seul en Irlande, et le désespoir dans l'âme, il se voit contradnt de régaler les ports de France.

De retour à Paris, Ho»(he reçut le commandement de l'armée de Sambre*et-Meuse, composée de quatre-vingt «titte hoinin^ et abondamment pourvue. Il ouvre la cam*

Les PATSAHS ILLUSTRES. K

pagne de 1797, passe le Rhin en présence de Fennemi, et gagne sucoessivemeat les batailles de Neuiified, d'Ukeralh, d*Âlterkirken et de Dierdoff ; il ponsse rénnemi jusqu*à Eldnister, çt s^einpare de Welzlao au moment où on le croyait encore très-éloîgné. L^armée auUicliienne avait perdu huit mille prisonniers et trente pièces de canon; Hoche la poursuivit avec une incroyable activité; en quatre jours il avait fait faire trente-cinq lieues à son armée, et avait été victorieux dans trois batailles et cinq combats ; tout à coup, au milieu de ses immenses succès, la nouvelle d*un armistice conclu l'aiaréteÀ Geissen, sur les bords de la Nidda, et il dépose les axmes*

Le Directoire, se croyant en péril, voulut donner à Hodie un grand pouvoir pour réduire un parti dans le sein des Conseils : « Je vaincrai les ennemis de la république, dit Hoche, mais quand j'aurai sauvé la patrie, je briserai mon épée. » H fait avancer quelques troupes vers Paris | mais le Directoire, concevant des craintes sur la docilité du général, les fit rétrograder. On proposa de le mettre en accusation. Lui-même alors, indigné de la versatilité du Directoire, provoqua Texamen de sa conduite et sa mise en jugement, qui toutefois n'eut pas lieu. Abreuvé de dégoûts, il se retira à Wtlzlao, ou il reprit le commandement de son armée. Tout à coup il fut atteint de douleurs violentes, cracha le sang, perdit la voix, et, consumé d'un feu violent, il expira le 15 septembre 1797. Sa mort fut attribuée au poison, et Vouver-

06 1*1^8 PAYSANS ILLUSmt.

ture de son cadavre en fit découvrir des traces. On lui fit deux magnifiques pompes funèbres» Tune ^ur le Kbin; Vautre à Paris, au Cbamp-^e-Man.

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s PATUHS ILLOSTBES.

•IBAMWB B'ABC.

I)au9 les iai'dius du Versailles de Loiiic TiXV, acm ces impudique! charmilles ou madame de Mootespaii et ttt compagnes vinrent prendre leurs ébats, on Louis XV donna rendez-vous plus d'une fois à ses maitresses, on trouve un vieux bloc de marbre ignoré de la foule des joyeux promeneurs que Paris envoie, deux ou trois fois «baque année, animer la folitude de la cit^ du grand roi;

9$ IJ58 PAYSANS ILLUSTAESl

c*est une jeune femme attachée sur un bûcher; son corps sera bientôt réduit en cendres, mais sa gloire ne périra qu*avec le nom français. Là elle fut l^moin des amours du roi Louis XY, et- ni le roi ni ses maîtresses ne songeaient à se détourner de cette vierge qui brûle au bûcher pour avoir fait sacrer un roi de France à Reims! Le peuple de 91 , quand il entra à Yersailles, brisant tout sur son pasage, et demandant à grands cris qu'on lui donnât le roi et la reine de France pour les ramener à Paris, et pour les conduire de là à l'échafâud, ce peuple respecta 1« vieux marbre, parce que c'est une gloire nationale : c'est Jeanne d'Arc.

Son père Jacques d'Arc, et sa mère Isabelle Romé«^ étaient de simples paysans de Domremi, hameau s^.ué dans un riant vallon arrosé par la Meuse, entre Neufchâteau et Taucouleurs. C'étaient de bons cultivateurs vivant d'un peu de labourage et du produit de quelque bétail. Dans une situation voisine de la pauvreté, ils se montraient pieux, hospitaliers, d'une probité sévère, et jouissaient d'une réputation sans tache. Cinq enfants, trois fils et deux filles, furent le fruit de leur union. L'éducation de Jeanne d'Arc fut conforme à son état; jamais elle m sut ni lire ni écrire : coudre, filer, soigner les bestiaux, aider aux travaux des champs et à ceux du ménage, telles furent les occupations de son jeune âge. Elle était laborieuse, douce, simple, bonne, et si timide qu'il suffisait de lui adresser la parole pour la déconcerter. Sa mère lui avait donné les premiers ]>fincipes de la religion, et

M» plus jeunes ànsées un penchant extréin€ àla dévotion se manifesta en elle, et lui attirâmes railleTiesde ée* compagnes. Jeanne fuyait les jeux et les danses pow %è retirer à TégUse, et n'aimait à parler que de Dieu et de k sainte Yierge, objets de ses plus tendres amours, fille étÊÀt, si cbaritable, qu'elle distribuait aux pauvres tout ce cptVlie possédait; si hospitalière, qu'elle voulut f^usieurs loîs céder son propre lit à des malheureux sans àsnIeJ

Les fAotions qui déchiraient la France n'avaient pas renlérmé leurs fureurs dans l'enccfinte des palais et des TÎUes; elles atûent semé le fevdes discordes intestines ji»qne dans les hameaux. La froideur de la vieillesse et ht légèreté de Tenfanoe ne garantissaient pas des vertiges contagieux dé la haine. Deux crimes affreux, l'assassinat du duc d'Oriéans et le meurtre du duc de Bourgogne, avaient porté au pliis haut degvé dans les deux partis le d^ir de la vengeance; et toute, la France s'était partagée éntrç les Armagnacs, ou partisans du roi, et les Bouiguignons, on partisans du duc de Bourgogne et du roi d'An»gleterre son allié. Le village de Marcey, situé ent«e Domremi et Yaucouleurs, s'était prononcé en faveur des Bourguignons ; celui de Domremi était, au contraire, du parti des Arraa^acs et du roi Charles YII. lies jeunes gens de ces deux villages, dans les intervalles des tiavau» des champs, se défiaient mutiiellement et se livraient de sanglants combats. Ce spectacle, souvent répété, fortifia

rhorreur de Jeanne pour les enliemis de son roi. Il n'y

100 LES PATSANS ILLUSTRES.

avait dans tout le village de Doinremi qu'an seul komme du parti bourguignon; et Jeanne a aFoaé qu'elle alla jiii^ qli'à souhaiter que sa tête fût coupée, u pburvu cependant que tout cela eût été agrt^able à Dieu. * Quel est donc le pouvoir des dissensions civiles, puisqu'elles peuvent inr spirer de tels sentiments à une vierge si douce, et qui 6e montra depuis si compatissante sur le champ de batailla et si pleine d'humanité envers des ennemis vaincus ! Une drconstance, en apparence peu importante, contribua à la faire triomplier de sa timidité naturelle, et à dévelop* per en elle cette ardeur martiale qui dans la suite fit l'admiration de» plus vaillants guerriers; Dans )e trouipeau que possédait son père il y avait des chevaux. Jeanne se plaisait à diriger ces coursiers indomptés, et devint, avec le temps, très-habile. à ce noble exercice. La nature de la contrée où le ciel l'avait fait niaitre était propre aussi à augmenter cette fervear de dévotion qui avait dominé toutes ses facultés dès sa plus tendre enfance. Ce canton de la France est plein de grands bois et de sombres forêts. A une demi4ieue de Domremi, était le Bcfîs- Chenu, que les simples habitants de ces campagnes croyaient hanté par les fées, et qu'on apercevait de la maison de Jeanne. Près de ce bois, non loin d'une source pure et limpide, et sur le grand chemin qui conduit de Domremi à Neufchâteau, s'élevait un hêtre antique et majestueux, qu'on désignait sous le nom à^arhre des fées * On disait avoir vu ces êtres mystérieux se rassembler et danser autour de cet arbre ; on les ^vait entendus s'accom**

LES PATSAJBTS ILLUSTRES. 101

pégaer de leurs chants. Dès que les conyalescents pour ▼aient se lever, ils allaient s'asseoir sous Fârbre des fées; et les personnes malades de la fièvre venai^it boire d« Teâu de la source pour recouvrer la santë. Le seigneur dm lieu avee toute sa' suite, les jeutfes filles, les jeunes gar-« çons et les enfants de Dotnremi se rendaient en pompe, au mois de mai, sous cet arbre, dont Edmond Bicher admirait encore, plus de deux cents ans après, la grande otnbre et les antiques rameaux ^ on y suspendait alors des bouquets, des guirlandes et dés couronnes de fleurs.

Jeanne d'Arc visitait souvent l'arhre des fées aivecles jeunes filles de son âge ; mais les fleurs qu'elle y tressait étaient presque toujours réservées pour Notre-Dame de Dùmremi ; rarement elle se joignait aux danses de ses compagnes, mais elle aimait à chanter dans ce» lieux de pieux cantiques avec elles.

Ce fut à l'âge de treize ans. que l'exaltation de son imaigination se manifesta par des effets extraordinaires qui influèrent sur le reste de sa vie^ et qui furent le soutien et le mobile de toutes, ses actions. Elle eût àe» extases : . vers l'heure de midi, dans le jardin de son père, une voix Inconnue Tint retentir à son oreille; la voix étals à droite ^u c6té de Tégllse,. et accompagnée; d'une grande/ clarté. Cette voix lui parla plusieurs fois, elle appiît bienf^ que e'étût celle de l'arcliangé Michel : il était aecompagué d'un gffand nombre d'anges; elle rit aussi l'ange Gabriel ; p«is enfin, et beaucoup plus fréquemment, sainte Gatlie^ :irine et sainte Marguerite. Propices à ses prières^ c^s der^

l(â LEf PAfSAirS ILLUSTRES»

uières saintes, dont elle ornait toujours dé flevrs les images, la guidaient dans toutes ses actions, el Tavaient fouvent entifetenue près de la source voisine de l'arbre ées fées. 11 e^ remarquable que jamais Jeanne d'Arc n'a rsrïé sur là réalité de ces apparitions : les rigueurs de la prison, Tespoir d'adoucir ses. bourreaux, les menaces d^ tre livrée au bûcher, j-ien ne put lui arracher un désaveu. Toujouiis elle soutint que les saintes lui avaient fréquemment apparu^ et hii apparaissaient encore, qu'eUe leur parlait, qu'elle les voyait, non des yeux de l'imagination^ meus de ses»yeux corporels ; qu'elle n'avait agi que p«r leurs CGQsdls; que jamais elle n'avait ri^n dit, rien enti^^is d'important sans leurs ordres. .

L'âge ne développa point dans Jesmue d'Arc les infirmités périodiques qui caractérisent la faiblesse de son sexe ; elle ne les connut jamais, et cettf disposition de ses Ofiga^ lies mérite d'être remarquée.

i? Ses voijr (c'est ainsi qu'elle s'exprimait) lui ord^mnè-^ rent d'aller en France, de faire lever le siège d'OrléaUii, ec pour cet effet de se rendre d'abord àVaucoukurs, auprès du capitaine Baudricourt. Quoique Jeanne n'eût parlé à personne du secret de ses révélations et de ce qui lui était connmandé, il paraît que, pour modérer l'excès de son lèlc religieux, et faire disparaître les singularités qu'on décoi!t«^ m^it en elle et qui inquiétaient sa iamilkt on réÊcAnt de la marier. Un jeune hon^ne de Toul, charmé de sa bjsauté, demanda sa main et fut refusé par elle^ Pour ramener k $e$ fins, il imagina de soutenir qu'elle lui avait

LXS PATSAHS ILLUSTRES. lOS

iàt B&e ptomtMse de mariage, et la cita devant Tofficial de Tonl. Les^ parenta de Jeanne, probablement d^accord ftfee le jeune .homme, désiraient qu'elle ne se défendit P^înt; mais Jeanne, toujours résolue d'obéir au commandement deè saintes, se rendit à Toul et gagna sa cause : die se yit ainai libre de retourner à l'exécution de son projet. Elle n'espérait pas pouvoir le faire approuver par •on père et par sa mère; et afin d'échapper i leur surveillanAe, elk obtint d'eux la permisaion de se rendre pendant quelque temps chez un de sea oneles nomnH( Oucand Lazarl. Ce fut à lui qu'elle confia son 8ecret,et elle le persuada «e)}enient de la vérité de sa mission, qu'il se rendit d'abord seul auprè» du capitaine Baudricourt, pour hà fi^re connaiti» le désir et les promesses de k jeune àn^vée. Gelui«^ct le reçut fort mal et lui conseilla de la souffleter et de la jramener chez son p^re. Jeanne d'Art portitalovseUe-nièmepouryaueottleurs, fut admise auprès^ duc^taioe Battdrioo«rt,lereconn!Ut au milieu de {4«sie«rff gamlakommes^piir^ntpacai^it,. et lui dit « qu'elle avait reçu l'ordre de son Sefigiieurde Caire délivrer Oirléan», et de faire le Dauphin roi, eu le menant sacrer k Reims. » Bau* dncourt lut demanda qui ^îtiut son Seigneur i « C'est le ror duciel^* réponditrelle.UngentHhomniênomméGuiHattme' Poulengy, présent à cette première entrevue de Jeanne avec Baudricourt, en a raconté tous les détails. Le gou* vemcur de Vaucouleurs, quoique ébranlé par la fermeté' des.réponses de Jeanne, ne crut pas cependant devoiç.cons^tir à la demande qu'elle lui faisait d'être eond|;ite aue

roi. jCe refus ne la rebuta pas : ses voix lui avaient aimoncé qu'elle serait refusée trois fois. Elle redoublait sesprières; elle parlait saos cesse de sa mission^; chaque jour aug^ mentait son inrpatience : « Il fautabsolument, disait-elle, que j'aille vers le npble Daupb in , parce que mon Seigneur le veut ainsi ; et quand je devrais y aller sur les genoux, j'irai.» Un gentilbom^le très -estimé dans ce canton, nommé Jean de JV^etz, frappé de ses paroles et de son assurance pleine de candeur, lui promit par sa foi, sa main dans la simili que spus la conduite de Dieu il la mènermt au roi* Poulengy, dont nous ayons pailé plus haut^ voulut se. joindre à lui* Jeanne, se fit eoupeor ta longue chevelure^ prit des habits d'boimne» obtint l'assentiment et lare-, ooounandation de fiaudricoùrtyfit écrire à^on père et i la Htère^pour leur* demander pardon de sa désobéissance envers eux, et, ayant reçu ce pardon, elle fixa le jour dui départ Les deux gentildbommesqui dévalent Taccompa^. gner, persuadés de la vérité de sa mission, fournirenCà toute la dépense de son modeste équipement ; Baudricourt refusa d'y conti ibuer ; il lui donna seulement une épée ; toutefois il fit prêter serment à eeux qui devaient la conr , duire qu'ils la mèneraient saine et sauve au roi.' L'escorte qui accompagnait Jeanne d'Arc était composée de sept per- . •onnes : son troisième frère, Pierre d'Arc, les deux gentils*, hommes qui se dévouaient en quelque sorte pour elle, leurs .deux serviteurs, un archer nommé Richard et un nommé Golet de Vienne» qui prenait le titre de messcigpr du roi.

LES PATSilNS ILLUSTRÉS* 105

Ce fut vers la fin de janvier 1429 qu'elle prit congé des habitants de Yaucouleurs, qui déploraient devant elle les dangers auxquels elle s'exposait, une foule d'ennemis battant là campagne : « S'il y a des hommes d'armes sur la route, dit-elle, j'ai Dieu qui me fera mon chemin jusqu'à monseigneur le Dauphin ; c'est pour cela que je suis née. — Va, lui dit Baudricourt moins confiant, et advienne cç qu'il pourra, w |

Tous ceux qui composaient l'escorte de Jeanne n'étaient pas également convaincus de la réalité de sa mission. Colet de Tienne et l'archer Richard ont avoué depuis que sa beauté avait fût naître en eux des desseins criminels, qu'ils l'avaient soupçonnée d'être folle ou sorcière, et qu'effrayés des périls auxquels elle les>eJEposait, ils avaient formé le projet delà jeter dans Une fosse ; mais qu'au bout de quelque temps, elle prit lin tel ascendant sur eux, qu'ils étaient toujours disposés à se soumettre, à sa volonté, et qu'ils désiraiienWvivement qu'elle fut présentée au roi. Jean de Metz a déposé qu'elle lui 9vait inspiré. une telle crainte, que jamais il n'aurait osé lui rien demander de; déshonnête, et que la pensée ne lui en vint seulement pas. Poulengy, qui était alors un jeUne homme, n'en eut également ni la volonté ni même le désir, «« à cause, disait*il,,.de la grande bonté qu'il voyait en elle. » Gepçn* dant, afin qu'on ne soupçonnât point son sexe, elle couchait chaque nuit entre ces deux gentilshommes, mais enveloppée de son manteau de voyage, les aiguillettes de ses chausje^ et de son ^ippon fortement attachées.

10& LES PATSAIfS IIXUffFBES.

Enfin, après avoir parcouru les pays emienûsi ver$ la fia de l'hiver, une route de cent cuiquante Ueues^ coudée par une infinrté de rivières profondes, et au milieu die tous les périls et de tous les obstacles^ Jeanne arriva à Fierbois, village de Touraine qui n'était qu'à six ligues de Gblnon, où leroi Gbarles tenait sa cour. A Fierbois étaii une église dédiée à sainte Catherine, célèbre par les pèle*rtuagl^s dont elle était l'objet. La vue d'un temple consacré k l'une de ses protectrices fit la plus grande impression aur r«sprit de Jeanne ; elle s'arrêta dans ce lieu, et y en* tendit fréquemment la messe. Elle fit écrire au roi pour lui annoncer son arrivée ; et peu de jours après, le 24 fé« vrier 1429, elle entra dans Ghinon, on le brait de son voyage s'était déjà répandu^-

Depuis un demi-siède^ la France, presque entièrement soumise au joug de l'étranger, était accablée des plus tet^ ribles fléaux ; après quatre cents ans, l'histoire du règne de Charles YI etducommencementde celui de CharlesYII aUriste et humilie encore les Français. Un roi d'aboi^ enftmt, ensuite frénétique, dans tous les temps incapable de tenir lés rênes de l'Etat, les abandonne tour à tour aux princes de son sang, que la sdif de commander, Tamour de l'or et non du bien public^ excitent à se disputer les •oÂns du gouvernement. Ces princes, que leur naissance et les intérêts de leur propre autorité auraient dû rendre lès appuis du trône, Tébranlent par les plus vi<dente» secousses ; la jalousie du pouvoir, l'ambition, l'avarice, I«

ébauche et toutes les passions les plus honteuses pervertissent les nobles ; ils se haïssent, se calomnient, s'assasn* nent ; îb perdent la mémoire et le sentiment de l'honneur. Dans leurs guerres sacrilëges^ ils dévastent, ils pillent et massacrent sans pitié des cultivateurs et des citoyens sant défense, ou leur font subir des outrages plus cru<Is i|u« la mort même. Le peuple furieux, dans les intervalles de cette anarchie, exerce de terribles représailles ; des prélats sans pudeur dépouillent les églises et vendent le» reliques, les croix, les vases sacrés et jusqu'aux sacrements. Béjà l'étranger possède plus de la moitié du royaume et règD€ dans la capitale. Des rives de la Flandre aux Pyrénées, on voit de tous côtés errer des troupes de scélérats sans aveu ; ib se réunissaient , formaient des compagnies nomr breuses, se cantonnaient dans les forets, égorgeaient et ptUûent indifieremment amis et ennemis. Les prêtres abandonnaient les autels; les religieux désertaient les monastères, endossaient la cuiraesse et devenaient â leur tour des bandits, des meurtriers, des larrons incendiaires* Tous les Français indistinctement j royalistes, dauphinois, bourguignons, armagnacs, soldats enrégimentés, brigajids attroupés, citadins révoltés, également acharnés les uns contre les autres, sendslaient'avoir perdu tout sentimeul d'humanité. À tous ces fléaux se joignaient des hiinnrs d'une rigueur inconnue jusqu'alors, des inondations extraordinaires, des épidémies, et enfim la famine. La mort gerçait tant de ravages sur cette terre désolée, que dans presque toutes les villes on fut forcé de défendre la pompe

des funérailles, pour ne pas augmenter la consternation générale.

Cependant les derniers efforts de la France expirante se concentraient dans Orléans. Des tours menaçantes, fortifiées comme des citadelles, entouraient cette place assiégée par une armée anglaise, habituée depuis longtemps à la victoire, et qui recevait sans cesse de nouveaux r£nforts. La plupart des villes restées fidèles à Charles YU s'étaient empresiées d'envoyer à Orléans de l'argent, des provisions et des troupes. Les plus fidèles d'entre les capitaines fiançais qui suivaient encore le drapeau du roi national s'étaient jetés dans cette place. Sa réduction aurait livré à tl^piscrétion du vainqueur le Blésois, la Tourahie, le Poitou; et comme il était dé}h mailre de Gosne et de La Charité, il lui eût été facile alors de s'emparer du reste du royaume. Chaque citoyen, dans Orléans, était devenu soldat pour la défense commune ; les femmes partageaient cette ardmr martiale; elles voitùraient des pierres^ portaient des rafraîchissements aux combattants ; et Ton en vit même plusieurs, la lance  la main, repousser les Anglais avec autant de valeur que les ^ plus intrépides guerriers.

* Cependant les Français entreprennent d'intercepter- un convoi. que' le duc de Bedfort envoyait aux assiégeants. Les Anglais triomphent encore, et l'armée française est battue près de Rouvray en Beauce. La nouvelle de cette journée désastreuse jeta la consternation dans Orléans. Réduits aux dernières exuémités, les assiégé» se dé€idèr|

LC5 PAYSANS ILLUSTRES. lôd

rent enfin à capituler, à condition que la ville serait mise en séquestre entre les mains du duc de Bourgogne jusqu'à la fin de la guerre. Les députes qui se rendirent à Paris pour cette négociation, auprès du duc de Bedfort, rapportèrent pour réponse que la ville ne serait reçue à traiter qu*à condition de se soumettre aux Anglais. Les assiégés indignés résolurent de Combattre j:usqu'au dernier soupir; mais le roi, indécis, paraissait succoinLer sous le poids de sa disgrâce^ et songeait à abandonner Ghinon et à s'enfuir en Daupbiné: Il n'est pas douteux qu'alors Orléans n'eut plus voulu se sacrifier pour un prince qui s'abandonnait lui-même : les Anglais auraient pris possession de cette ville, et la France eût été en peu de temps tout entière asservie à une domination étrangère.

Elle fut inopinément sauvée de cette honteuse destinée par Jeanne d'Arcl Son arrivée à Cbinon ne fit cependant à la cour de Charles que très-peu de sensation ; les piin« cipaux seigneurs étaient d'avis qo*on k renvoyât sans l'entendre. Ce ne fut qu'après deux jours de délibératiob^ et lorsqu'elle eut ^té examinée et interrogée, qu'on rin*< troduisit auprès dii roi. Quand elle entra, il se cacba dans la foule de ses courtisans dont plusieurs étaient vêtus avec plus de magniBcence que lui. Jeanne le reconnut et s'agenouilla devant kii. « Je ne suis pas le roi, lui dit Charles YII; le voici, ajouta-t-il, en lui montrant un des seigneurs de 6a suite. -^ Mon Dieu, gentil prince, dit la jeune vierge, c est voua et non autre ; je suia envoyée de b part de Dieu pour prêter secours à vous et à .votre

royaiupAe, et tqus mande le Koi des deux par moiy que TQus serez sacra et couronné en la ville de fieUnSy et serei lieutenant du Roi des cieux qui e^t rrâ de France.» Charles YII fut surpris et la tira à l'écart pour l'interro^ier, ei;après cet entretien, il déclara que Jeanxie lui avait dit certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir que Dieu et lui, et qUe pour cette raison il avait pcis grande confiance en elle* Cette confiance fut aussitôt partagée par toute la^ çpur. Jeanne inspirait à tous l'attachement et le respect^; on adu^rait ses grâces naturdles, la £ranch4se de son âme, le feu de ses regards, la naiveté de ses réponses simples, mais précises, souvent sublimes. Tous ceux qui l'entendirent devinrent ses admirateurs et ses partisans;, elle leur communiquait son zèle ardent pour «oi|. prince et pour la nation. Yillars et Jamet de TtUoy retocirn^rent à Orléans pleins d'enthousiasme pour 4a jeune propbétesse. Danois assembla le peuple pour qu'Us raeonlas^ent ce qu'ils avaient vu et entendu ; et bientôt Tespoir du succès, le désir de combattre succé-* dèrfent à k craintQ et au découragement.

Cependant un doute àffreiix* terrible, restait à éclaircir. Jeaane était inspirée^ teUe était la persuasion générale ; mais était->elle inspirée de Dieu ou par l'esprit des Zèbres?, voilà ce qui, à cette ^[Kique., devait surtout occfH per le roi et ses ministres. Dans les idées de ^ce temps on attribuait souvent les p^spérités de la terre, dont les causes n'étaient pas connues, à l'aHianeç avec le démon» ce qui supposait un culte affireux envers Fennemi de Dieu et

Ses hommes. Le soupçon seul de ce crime faisait alors fris-* sonner; et cependant, soit que les secours surnaturels vinsvént du ciel ou de l'enfer, les effets étaient les mêmes; mais il y avait cette différence entre le vulgaire et les gen^ éclairés, que ces derniers croyaient pouvoir distinguer par des signes certains ceux qui se trouvaient sous l'influence àt l'esprit de ténèbres. Les ecclésiastiques surtout déci^ daient en d^niier ressort sur ces questions'. Le Saint-Esprit, qu'ils pouvaient appeler à leur secours, leur donnait la faculté de conjurer lès démons et de délivrer les personnes qui se trouvaient sous leur puissance abhorrée. Jeanne fut donc examinée par plusieurs évèques qui se trouvaient alors à la cour de Charles, et en présence du diic d'Alençon.

Ces elamens n'ayant pas encore paru suffisants pour une chose aussi importante, il fut décidé qu'elle irait à Poitiers, où se trouvait le parlement, et qu'elle y serait interrogée par les plus fameux théologiens de l'Université. Le roi s'y rendit aussi en personne pour donner plus de solennité à cette enquête, et pour en connaître plus promptement les résultats. Il nomma une commission de théologiens afin d'examiner s'il pouvait ajouter foi aux paroles de Jeaùne d'Arc, et accepter /tciV^/nen; ses services. Jeanne répéta devant cette assemblée tout ce qu'elle avait dit jusqu'alors sur les voix qui lui étaient apparues^ et qui lui avaient ordonné au nom de Dieu de délivrer Orléanis, et de mener sacrer le roi à Reims. Elle demandait, pour

accomplir cet ordre; qu'il lui fàt donné des cavaliers et des

112 LES PATSANS ILLUSTRES..

gens d'armes.. Alors maître Guillaume Aymeri, professeur en théologie, lui dit : « Si Dieu veut délirrer le royaume de France, il n'est pas besoin de gens d'armes. — Les gens d'armes batailleront, répondit Jeanne, et Dieu donnera la victoire. — Mais nous ne pouvons, lui dirent les examinateurs, conseiller au roi, sur votre^ simple assertion, de TOUS donner des gens d'armes pour que vous les met* tiez inutilement en péril : faites^nous voir un signe par lequel il demeure évident qu'il faut vous croire. — £n mon Dieu, répondit Jeanne, je ne suis pas venue àPpitiers pour faire signes; mais le signe qui m'a été donné pour montrer que je suis envoyée de Dieu, c'est de faire lever le siège d'Orléans; qu'on me donne des gens d'armes, en telle et si peti e quantité qu'on voudra, et j'irai. » On lui dei|ianda pourquoi elle ne prenait pas les habits de son sexe. Elle répondit : « Pour m'armer et servir le gentil Dauphin, il faut que je prenne des habillements propices et nécessaires à cela; et aussi j'ai pensé que quand je serais entre les hommes, ils n'auront pas concupiscence char* nelle de moy, et me semble qu'en cet estât je conserveray mieux ma virginité de pensée et de fait. » Enfin, après deux examens répétés, après qu'on eut fait surveiller Jeanne à toutes les heures du jour et de la nuit, et qu'on eut envoyé à Domremi des religieux pour s'enquérir de sa conduite passée, et pour connaître si ses réponses ainsi que les déclarations de Jean de Metz et de Poulengy étaient conformes en tout à la vérité, les théologiens déclarèrent qu'ils ne trouvaient en elle ni en ses paroles

lES PAT8AKS ILLUSTRES* 113

nen de mal ni de contraire à la foi catholique, /et qu'attendu sa sainte vie et sa louaUe réputation, ils étaient d'avis que le roi pouvait accepter les secours de tette jeune fille.

Charles YII ne parut pas encore rassuré par cette décision ; plusieurs, membres du parlement, et entre autres Regnault de Chartres, évêquc de Reims, chancelier de France, se montraient contraires à Jeanne, et ne voulaient point qu'on ajoutât foi en ses- ^scours : le roi résolut alors de la soumettre à une derrière et décisive épreuve. Dans l'opinion de ce temps, le démon ne pouvait contracter un pacte avec une vierge : si donc Jeanne était trouvée telle, tout soupçon de magie et sortilège s'évanouissait; aucun scrupule ne devait plus empêcher le toi de l'employer. Charles YII la remit entre les mains de la reÎM de Sicile, sa belle-mère, qui, assistée des dames de Gan^ court et de Fresmes, fut chargée de la vi9iter, et de vérifier sa virginité. Ces sortes d'examens, ainsi que nous l'apprend Froissart, n'avaient alors rien d'étrange, et Ton y soumettait toutes les jeunes filles^ même celles du plus haut rang, qu'on destinait au mariagey afin de constater si elles étaient nubiles et suffisamment formées. La reine de Sicile, lolande d'Aragon/ et les deux dames qui l'assis^ taient, dédai^ent au roi « que Jeanne était une vraie et entière vierge, en laquelle n'apparaissait aucune corruption ou violence. » Alors toutes les incertitudes cessèrent^ le roi et son conseil décidèrent qu'on préparerait lia convoi pour secourir Orléans, et qu'on tâcherait d^

114 LES pxrsAna ittmt«Èa:

V^ introduire mus là conduite de Jeanne kt Pueelki On lui dcmnaee qu'on appelaitalors uh état, c^e9f-à-^i^e des gens povif sa garde et pour son service. Lé clieraBef Jean d'Aulon fut nommé son écuyer et le cbel de sa flsaiso^; Kaymond iet Louis de Contes furent ses deux pages ; ott mit s6u9 ses ordres deux hérauts d'arihes, dont l^iA se âdmmaitGuyenhe et l'autre Amblevillib. Elle dé- Éttanda liâ antnôhier; frère Jean Pasquerel^ lecteur dti èoùteiit ^es Àugustins de Tours, s^offrît, fàt aëcepté et ut la (quitta plus. Le roi fit faire à Jeanne une armure com^ ^te : elle routât un étendard et désigna la manière dont 9 devait être peint; d^^près la description qu'elle en a donnée dans Son interrogatoire^ cet étendard était d'une tÉ^ blanebe appelée alors boucasstn, et frangée en soie ; attf un cbamp blànc semé de fleurs de lis était figuré lé ShUYeuT des hommes, assis sur son tribunal dans les nuées (hr ciel, et tenant un globe dans ses mains; à droite H ft ^auâie étài^it représentés deax anges en adoration r Fian d'eux tenait une fleur de lis sur laquelle iKeu semblait répandife ses l>énédktions ; les mots Jems Maria étaient écrits à c6té. L'épée seule manquait à son équipeinent : Jeanne dit qult lui fiiUait eelle qui se trouvait ensevelie derrière Tautel de l'qglise de^ Sainte-Catherine à Herboîs, et qui était marquée de cinq croix le long de laf faune ; ellô'fit écrire en conséquence a(ux prêtres qui dè»^ iervaient cette église, pour qu'ils lui accordassent cette 4pée. On la trouva dans l'endroit qi/elle avait désigné^ et eÂe lui fixt remise.

' Enfin arriva le momeptsiardemmeiitdésirépar Jeanne^ où il lui fut permis àfi. combattre lea enuemia de son roi et deaoti pays* Les habttai^ts d'OïrIJana, réduits aux df»nièns f^xtrémités, attendaient ayecia {duï grande impft* tiencel'eâiBtde ses prédictions etde ses promesses, doiiilU» avaient entendu le récit, et dont depuis deux mois ils w ces^ient de s'entretew.. Afais iliallait encore remplir uxm formalité : dans les instructions gue Jeanne avait reçues de ses sai4Mi il lui était prescrit de sommer Les Anglais d'abandonner le siège d- Orléans, avant dé rien entreprend djre contre eux. Elle dicta. en co^équence. une lettre qui fut ^v.oyée aux généraux anglais rassemidés devant Or» léanSy « pour, de par Dieu.le roi du ciel, €pi!ils eussent <à rendre les clefs de toutes les bonnes villes qu'ils avaient prises en France. »»

^ Enfin les préparatifs du convoi sont achevés^ et le |oue du départ de l'armée est fixé. Jeanne,, avant de quitter BloiSji rassembla tous les prétrçs qui sq trouaient dans la, ville; elle les réunit tous spf s ufiebauni^ère distincts portée par son aumônier, sur la<{ueHe o^ avait, selon ses ordres^ peint Timage du Sauveur sqr Tarbre de la croix. Ati^un guerrier ne pouvait se jpîpdiva à cett^ troupe sainte s'il 'n'avait fait le jour même l'immble aveu de ses fautes au tribunal de la pénitence. Jeanne exhortait les iM)ldats à remplir régulièrement ce devoir, pour d^enir dignes àm. se réunir au bataillon sacré rassembla autour d'elle* A la tête de ce bataillon, elle s'avance, et déploie son pro*\ pre étendard : tous les soldats la suivent auim^^ '^^ mêiM

1i6 LÉS «&TSA1I5 tLLVStEtS.'

cndioastisme. Ne soyons pas étonnés des prodiges qui Tont s'opérer par cette jeune fiUe : son éloquence natarelle, sft pîélé si sincère -et si vive, ce mélange de pudeur et d'audace martiale, sa beauté, sa jeunesse, tout en elle excitait' Tadmiratiott. L'armée, assurée dé vaincre, se croyait sous la protection de Dieu, ainsi que l'faéroine qui là conduisait.

Le 29 avril 1429, après avoir traversé les lignes des ennemis à la vue de leurs forts, Jeanne d'Arc entra dans Orléans armée de toutes pièces, montée sur ^m cheval blanc, précédée de son étendard, ayant à ses côtés le brave JDunois, et escortée des principaux seigneurs de la cour, suivie d'une troupe de guenriers pleins d'ardeurs, et conduisant avec elle un convoi qui ramenait l'abondance dans la ville.

Dès ce moment, les habitants d'Orléans se crurent invincibles et le furent en effet. Jeanne, avant d'attaquet de nouveau les- Anglais, crut devoir renouveler la som mation qu'elle leur avait faite, et leur envoya une lettre pur ses deux hérauts d'armes. Les An^^laîs commencèrent avec elle par violer le droit des gens : ils retinrent un de ses hérauts, et l'auraient fait brûler vif, si Dunois n^avait pareillement fait retenir prisonniers des hérauts anglais. Cependant Orléains reçut de nouveaux Venforts de troupes. La, Pucelle commandait toutes ces expéditions et se tenait entre la ville et les ennemis, qui voyaient opérer tous ces mouvements sans s'ébranler : ils semblaient stupéfaits et frappés d'une terreur secrète. Les jours suivants, la Pucelle conduit successivement les Français à l'attaque de

LES PATSAITS ILXUSTRBS. 117

plusieurs forts ; tous sont emportéf , un grand nombre d'Anglais périssent; beaucoup sont Cuts prisonniers, et plusieurs, par l'intercession de la Puc^e, sont sauT& de la fureur des soldats. Ce c[u'il y avait d'adnùrable dans ces combats^ c'était le sang-froid de la jeune béroine : elle se présentait toujours la première à Tattaque, son étendard à la main, et restait la dernière sur le champ de bataille pour protéger la rentrée des troupes. £lle abhorrait l'effusion du sang et ne se jwrvait de son épée qu'à la dernière extrémité.. Le plus aouyent^ lorsqu'elle se trouvait engagée dans la mêlée, elle se contentait de repousser ses adversaires à coups de bnee, ou. de les écarter avec une petite hache qu'elle portait suspendue à sa ceinture.

Après ces différents «uccès, elle envoya redemander sonhéraut, qui lui fut rendu. Sçb troupes étaient devenues infatigables comme elle. Il ne restait plus aux Anglais que les boulevards, et le fort des Tourelles, qui fermait l'entrée du pont du côté de la Sologne. De la prise de ce poste, le mieux fortifié de touSy dépendait la délivrance de la ville. Les généraux français ouvrirent en conseil l'avis que, pour cette attaque importante, il fallait attendre de nouveaux secours. La Pucelle fit changer celte résolution, et décida qu'on attaquerait ce fort dès le lendemain. L'élite des troupes anglaises Iç défendait. Jeanne dirigea l'attaque avec une habileté qui étonna les capitaines les plus expérimentés; on l'apercevait exhortant les uns à tenir fermei ramenant les autres au combat, faisant retentir, au milieu du bruit de la guerre, le nom du Dieu

118 LES PATSAJfS ÎLLaSTAES,

dea armées, le cri de la valeur et les promestes de la ?ictoira. Cepeadant les Français sont reppussés sur tdua les points 9 Jeanne, qui s'en aperçoit, se précipite dans le fossé, est la première à saisir une échelle, rélère avec Ibrce et l'applique contre le boulevard : à Vinstant inéme «n trait lancé par Fennemi la frappe au-dessus du sein, entre le con tt l'épaule ; elle tombe renversée et presque sans connaissance. Investie aussitôt par une troupe d'Anglais qu'enhardit sa chute, l'héro'ine se relève à demi et se défend avec autant d'adinesse que de courage. Jean de

Gamache survient et la sauve de leurs mains. On éloigne

ak»s Jeanne d'Arc du chainp de bataille; on la désarme, on rétend sur l'herbe : Dunois et plusieurs autres chefs de guerre l'environnent ; on Ini prodigue les secours : sa blessure était profonde; elle s'en effraie d*abord et ne peut retenir s^ larmes; mais bientôt, inspirée par un courage s^natur^l, elle arrache ^le-mème i^ trait, I<f eang coule, en abondance, on bande la plaie. La Pncdle demande à se confesser ; là foule s'écarte et la laisse seule avec son aumônier.

Dès qn'on ne la vit plus à la tète de l'année, le découragement se mit parmi les soldats et les capitaines. L'at* taque durait depuis dix heures du matin, et la nuit s'approchait. Dunois fit sonner la retraite et les troupes abandonnèrent le pied du boulevard. Quand Jeanne d'Arc l'apprit, elle en fut vivenient affligée ; et, malgré ses souffrances, elle alla trouver les commandants et leur dit s' «En mon Dieu, vous entrerez bien bref dedans; n'avei

X^ P4T81NS ÏUJJSf^if», 119

dopbte» qwnd t9U9 Y&tre% fiot^r mon étendard Ter» la batftillei refurétie» roB armes et elle sera tdtre. Pourq^oy, i^ese&^YOUs un peu^ biu^es et manges* Ce qu'ils firej^y e0f à meàrveiUe. ils Im obëissaienl. » Bienlét elle deinanda sof^ e)iev«tlt s'^lunça légètemeat dessus com^ie si elle eut perdu lesentuneoi de ses jCatllrttes et de se» s<mirranç6S, m «cftim seule à récart datis une vigae» y resta un quart d'heure en prière, et reparut au milieu des troupes^ Arrivée près dd lK>u-levard, elle saisit son étendard, et s'a- ?iança au bord dtt ibssé. A cefte vue, les Anglais fré»missent et sont frappes d'epouyante. Les Français au oontraire reviennent à l'assaut et escaladent de nouveau le boulevard. Les habitants d'Orléans, voyant ce qui sa passe» dirigent vers la bastille leurs canons et leurs arbalètesi et envoient de nouveaux combattants pour prendit part à la gloire de leurs compagnons d'armés. Les Anglais se défendent avec.achamement ; mais laPucelle crie A ses troupes 2 Tout ea pétte^ entrez. En un instant le boulerard est emporté. Les Anglais se réfugient est hâte d«i6 k fort \ maille plus grand nombre périt par la chute du ponflevis qui s'abime dans la Loire : les Français réparent k pont, traversent le fleuve,^ et aussitdt le fort est en kur pouvoir. La Pucelle^ ainsi qu'elle l'avait prédit le matin en alknt au combat) ramena ses troupes dans Orléans par ce même pont-levis qui naguère était occupé par les en-^ nemis. Sa rentrée fut un triomf^e : toutes les clodies de b ville en mouvement proclamaient au loin dans les airs k fictoire que les armes du roi venaient de remporter; k

120 us PATSAMS iLLUST&Eé.

peuple se pressait autour de ThéroFiDe : des cris de joie accompagnés de marques de réàëration et d'amour, écla* talent partout sur son passage. Jeanne d^Arc,^ après la victoire, s'occupa de faire rendre les dernier» devoirs à ceux qui avaient péri. £Ue fit retirer de la Loire et remet* tre aux Anglais le corps de Giaddas : ce chef avait surpassé tpus ceux de sa nation dans les injures dont ils avaient accablé la PuceHe.

J^ lendemain du jour de cette action mémorable^ les généraux anglais, après avoir délibéré toute la nuit, résolurent de lever le siège ; et avant que le jour parût, ils firent sortir les troupes de leurs tentes et des forts qui leur restaient •or la rive droite de la Loire ; ils se rangèrent en bataille et se disposèrent à la retraite. Les Français, quoique inférieurs en nombre, voulurent les poursuivre; mais Jeanne modéra leur emportement, et, toujours disposée à prévenir l'effusion du sang, elle leur dit : « Laissez aller les Anglais et ne les tuez pas ; il me suffit de leur départ* ». Il y avait sept mois que le comte de Salièbury était venu, te 12 octobre 14^, mettre le siège devant Orléans, et tous les efforts des plta vakureux chevaliers français, pendant tout ce temps, n'avaient pu triompher du courage des assiégeants^ la«ier leur cànstaiMie: huit 'jours s'étaient écoulés depui» l'arrivée de Jeanne d'Arc dans la ville; trois seulemtot avaient été employés à «iombattre, et le 8 mai t4S9 l'armée ennemie, naguère si superbe et si menaçante, yéioignîait avec précipitation des remparts de lar ville, qu'upe procession soLnnelle parcourait en faisipt

reteRtir les airs â'Lynliies sacrées et de cantiques d'actions de grâces. L'usage de cette cérémonie religieuse et touchante s'est renouvelé depuis tous les ans à pareil jour, en commémoration de ce grand érénement.

Jeanne d'Arc, quoique souffrante encore de ses blessu<* res, se rendit à Loches pour ann^icer au roi l'heureust délivrance d'Orléans. Cette nouvelle fut connue le stirr lendemain dans Taris, où elle répandit la terreur et l e découragement parmi Itê Anglais et le parti bourgiiignJK^V

Jeanne voulait que l'on nuurchAt droit sur Reims pour y faire sacrer le roi ; mais l'exécution d'un projet aussi bardi épouvantait Charles et son conseil : il fallait, avec une^ armée asses noHibreuse, sasa vivres, saaa espoir de s'en procurer que les armes à la main, traverser près de quatre-vingts lieues d'un paya occupé par les ennemis ; enfin, il était nécessaire de s'emparer de plusieurs viUsa considérables qui se trouvaient sur la rcmte, et dont uim seule devait arrêter la marche du roL Le moindre écbHc, dans une situation aussi périlleuse, le perdait à jamais. U paraissait plus prudent de commencer par la conquête de la Normandie. Le duc d'Alençon, qui était peraonnelle* ment intéressé à ce que l'on prit ce parti, l'appuyait de tout son pouvoir. Cependant les instances persuasives dt Jeanne triomplièrent de toutes l^s craintes et de tous les intérêts : il fut décidé qu'on marcherait incessamment vers la Champagne, et qu'avant le départ on reprendrait les viUes conquises par les Anglais aux environs d'Orléans. On mit d'abord le siège devant Jargeau, défendu par la

Itî Lia ?ÀT$ASfS «LLUSTRES.

farave Suffotk, qui étfi% résolu da s'essenllr sous ks ruiaes de la vUk. La Pm^Me dûapc^e rAr^Ulerie a^ec tajH de justeflae, qu'es peu de joiirs elle « ^t brèehe, et Tep^ saut est décidé. En «pproclumtda re<npftrt, la PueeUe crie Ml duc d'Alènçon t « En «vaut, gentil duc !: » Elle cOBibattit toute cette joutaée -sous les yeux de ce prince; U assyra depuis qu'au jfilus fort de Tactiou» eUe lui imi% : % N'ayez doute; ne savea-vous pa» que f ai promis à TOlte qxmse de vous ramenet sain etsauf ?«ApQvceTaiU un M* droit où les assiégés oppJMffittnt une résistanae opiniâtre^ ette descend daoa le fossé et inonte à Tédiette, son. éltodard  la main. Un Anglais saisit alors tinc pterred'on poids énorme et la taruoi sur elle avec rage ; eUe en est fin^pée et tombe s^yeneuitlée au pied du rempart t sur lés murs un cri de trionipke; atu pied des mmrs un cri d'épou* vente proclame&t au méeae instant la chute de l'hércâne { mais se relevant soudain plus fièrè- et plus teriîUe i «Amis, s'écric-t-eUe, ajies bon courage ! Notre- Sèigiteur a condamné les Anglais, et à eetie beiire ils sont teOi ndlxéM. « Les Français, ninimés par «es paroles, gagnent la britoke, précipitent les ennemis dmis k ville, les polu^ sjemnt de rue en rue, en massacient onxe eenu, et Itmt cent Sulblk, (rmUaumePbUet Â'aùtréi eapitames anglais à ae rendre prisonniers, La prise de Meurs, celle du pent et du cbAteau de Beatigend, quoique défendu pat k brave Talbot, suivirent de près c<dle de Jargeau.

Cependant k duc de Bedfort envoya un seoojirs de sia mille bonuncs à Talbot^ qui se retirait vers la Beauce par

LES PATSASrS ILLUSTAEST. 123

le chemiu de Janviile ; .et Tannée anglaise, fortifiée pair toutes les garnisonsdès plaees qu^efle avait abandonnées, était encore supérieure en nombre à l'armée française, quoique le duc de Richemont fût Terni joindre cette dernière. L'avant-garde de l'armée française, ^ès de Patay, n'était plus qu'à une demi-lieue de l'ennemi : le àsk d'Alençon, Dunois et le maréchal de Rieux, qui comman<daient en chef, falsitaient à livrer bataille ; l'idée d'avoir à eombattredes Anglais en rasé éampagneefTmyait des esprits encore pleins des souvenirs d'Azincourt, de Grevaut, de YtJh nueil et de Bouvray^-Saint-^Denis ; la Piieelle est consultée; elle promet la victoire c les français alors se précipitent avant le jour sur Fermée anglaise ; une partie, conduite par Fastol le vainqueur de Rouvray, preiïd la fuite, le re!^ est mis e^ déroute ; deux mille dnq cents Anglais sont tués sur le champ de batsÂtle, doute cents sont faits pts»^ aonniers, et dans ce nombre setroixvattTalbot, le général en chef. La Pucelle, escortée de tous les génératil ftsanfais, se rendit auprès du roi pour lui annoncer la nemvelie de la victoire de Patay. Elle parvint en p«âtie, dans cette entrevue, à réconcilier le monarque avec le connétable de Bicjiemont, que le favori La TrémonxUe desservait dans l'esprit de Charles YII et éloignait de tout son pouvoir.

Cependant la renommée de Jeanne d'Arc et de ses étonnants exploits s'étnt répandue rapidement dans tdule la France, et de là dans le reste de l'Europe. L'opinion était fixée sur son compte : tous les Français partisans de

124 LES PAYSANS ILLUSTEES.

Charles YII ne doutaient point qu'elle ne fut inspirée de Dieu. Les AnglaiSy au contraire, la croyaient magicienne et sorcière; et la terreur dont e^le les avait frappes para^r lysait les forces de leurs arméea de France^ habituées à la yictoire ; lei guerriers qui étaient en Angleterre n'osaient traverser la mer et aborder sur le sol fatal protégé par la puissance surnaturelle de la magicienne d'Orléans.

Son ascendant sur les soldats et sur le peuple étai,t sans bornes; mais il n'en était pas de même des généraux et des courtisans : plu&ieurs étaient jaloux de sa gloire et de ses hauts faits, et humiliés de la supériorité qu'une die san% naissance avait usurpée sur tant d'illustres capitaines et tant de nobles chevaliers. £Ue eut avec quel- . ques-uns d^s altercations assez vives ; mais occupée d'aecooiplir sa mission^ pour £aire tout concourir à ses vues . et assurer le succès de ses avmesi. elle ne craignit pas de prendre le ton du cpmmandement et même de la menace. Animée d^une horreur invincible pour les femmes de mau- .vaise vie et les concubines, la Pucelle leur avait formellement déf<e^n4u son approche, et. prenait de grandes piécautions pour qu'elles ne pussent s'introduire dans l'armée.. Dans tout le 'reste, Jeanne d'Arc se montrait simple, pleine d'humilité^ de douceur, recherchant avec soin la retraite et la solitude, et passant une grande partie de son temps dans les .exercices de piété. Elle éproufirait une grande joie à s'aller mêler et à communier avec les jeunes personnes ; elle ne se confessait jamais, sans c[ue le repentir de seB fautes ne lui fit mouiller de ses pleurs le

ISS PATSANfl ILLUSTRES. 195

tribunal de la pénitence. On la vit souVent se lever la nuit, ^e prosterner d^ns l'ombre, croyant n'être pas vue, et prier Dieu pour la prospérité du roi et du royaume. Elle se plaisait dans la compagnie des personnes de son sexe, et partageait toujours son lit avec une ou âmiz femmes des pli^ conaidérées de l'endroit ou elle se trouvait, préférant de jeun^; vierge» et refusant les femmes âgées. Quaiid on ne pouvak ^trouver des personnes convenables de son sexe pour «oucher avec elle, elle reposait tout habillée. Sa sobriété était aï grande^ qu'où s'étonnait qu'elle pût soutenir ses forces avec aussi peu d'aliments. Elle aimait mieux s'abstenir de toute nourriture, que de toucher aux vivres qu'elle savait ou qu'elle soupçonnait avoir été enlevées par vipUncet £lle ne tolérait aucun pillage ou aiu:une vengeauce après le combat; aussi see vertus la protégèrent contre les accusations et les calommes dçs. Anglais; et pluaieui^s docteurs étrangers, et par conséquent impartiaux, écrivirent dès lors des traités peur }a défendre.

Après la victoire de Patay, lé« garnisons anglaises, frappées de terreur, abandonnèrent 'les villes qu'elles étaient chargées de défendre. Montpipeau, Saint-Sigismond et Sully rentrèrent, aussi sans combat au pouvoir du roi. L'armée française se réunit à Gua ; et après avoir reçu toutes les munitions et les' renforts qui lui étaient nécessaires, elle sie disposa à marcher enfin sur Reims. Le conseil du roi opinait pour soumettre d'abord Gosnc et La Charité. La Pucelle obtint; quoiqu'avec peine, qu'on ne s'occuperait

196 LES PÂt^lfS ILLVJJlT&Cé.

de cet objet qu'après le retour du roi. L'armée royale se mit en marche : Auxerre ayant consenti à fournir des vl- ▼refty on n'assiégea point cette Tille qui refiisa d'ouyrirses portes. L'exemple d'Aiixenre engagea Troyes à faire un paileil refos. L'armée campa cinq joura devant cette place, qui résistait toujours. Lesassiégeants commençaient à souffrir beaucoup de la disette, et le ceéaeil du roi étaitd'ayis qu'il fallait passer outre; la Ihicell^ s'y opposa et fit décider l'assaut pour le lendemain. Elle s'occupa toute la nuit à faire apporter des fascines, et dès que le jour parut, elfas fit sonner les trompettes, ordonna qu*on comblât les fo»ses avec les fascines qu'on araît préparées, et s'avança, son étendard à la main. Alors les assiégés se tronblèrènt, l'effroi s'empara d'eux, ils capitulèrent, et le roi entra dans la ville, ayant à son c6té leaiine d'Arc. Elle pressa €har* Us de partir, et il se dirigea avec toute son armée sur Cliàlons, qui se rendit. La Pucelle mard^ait toujours en avant, armée de toutes pièces. A son approche, la garnison 'êê Reims, qui n'était que de six cents hommes, eommandés psur le seigneur de Ghâti]lon-*sur*Marne et celui de Sav^uses, sortit de la ville s les habitants ouvrirent leurs por-* tes au roi, qui y fit son entrée solennelle. Le lendemain, 17 juillet 1429, il fut sacré dans la cathédrale de Râms. Jeanne d'Arc était présente à cette auguste cérémonie, à peu de distance du roi et du mattre-autel , tenant son étendard à la main. Elle avait le matin même faôt écrire au duc de Bourgogne pour l'engager à faire sa paix avw CamrlesYH.

LB6 PAfSiMS ILLUSTKES. i^

Après la eAAratîoii du coiuroimemeiity Jeanne d'A» •e jeta aux genoux de son âouvierain^ £l le 8ii|»|»Ua^ en vetm sant des larmes, de lui permettre de se retirer, puisque sa mission ëlaît accomplie. Son père Jacques d'Arc, son oncle Durand Lazartj ainsi que ses fi^ea, s'étaient rendus à Reims pour la reir ; et )es einbrassementsde sa ù^ mille, après une si longue absence , lui faisaient désiner rivement de rentrer dans l'humble condition dont elie n'était sortie qu'à regret. « Et plût à Dieu mon ci'éateur, dilfelle à l'évêque de Reims, que je pusse maintenant partir, abandonnant les arnies, et aller serrir mon père et ma mère, en gardant letirs brebis avec ma sœur et m%s frères qui moult se réjouiraient de nte voir. » Les ordres qu'elle croyait avoir reçus dé Dieu se trouvant exécutés, elle croyait désormais sa présence inutile à l'armée; mais on avait trop bien éprouvé combien cette seule présénee eficourageait les soldats. Forcée de céder aux volontés du roi, l'on vit Jeanne d'Arc s'abstenir depuis ce momi^nt d'opposer s<m avis à celui des ministres ou des généraux; et ayant rempli ses promesses et accompli ses prédictions, elle n'agissait plus comme quelqu'un qui se rend respox»^ sable des événements. Elle se contentait de partager les travaux des plus dangereuses expéditions, et de s'expc^jKï la première.

Charles Vil, après son sacre, ne resta que trois jours i Reims et se dirigea sur Ghâteau-Thieiri. Ce fut dans cette ville que la-Pucelle, qui conservait un vif. attache* me.nt pour son pays natal, demanda au roi que lesih,§|bi«

128 LES VATSANS ILLD8TRS8.

tants de Greux et de Domremi (ces deux yiQages ne fermaient qii*one seule paroiise) fussent exemptés de toutes taille», aides et subventions. Charles YII y consentit, et Ht en eoEBéquenee publier ses lettres patentes, datées de GfaAteau-Thierri, le dernier jour de juillet 1429 : elles por^ tent expressément que cette exception est accordée à ces deux villages enyâ^ettr de la Pucelle. Ces/lettres ont été renouvelées en 1449, et confirmées par L«ouis XIII en 1610. Les hal^itiLUts de Greuii et de Domreuii n'ont cessé de jouir de cette faveur qu'^ l'époque de la révoluiion française.

Après le couronnement, 1^ i^illep de Laon, de Neufcbàfihel, de SoissonSy de Crépî, de Gompiègne, de La Ferié- Milon, de Ch^teau-Thierri, de €reil, de Coulomiuiers, et une infi'nité d'autres pbces tant de la Brie que de laGliam^ pagne, se rendirent au roi ou 4 ses ^généraux, Beau vais tbaate son évêque,p§rce qu'il était dévoué aux Anglais : c'était Pierre Gauclion, auquel le procès de. la Pucelle a donné une si funeste célébrité. La terreur régnait dans Paris, où les Anglais employaient pourtant mille moyens pour tromper les habitants et pour les contenir.

Cependant Le duc de Pedfort vint présenter la bataille aux Français, à trois lieues de Senlis, près du mont Pi« loer. On combattit avec un succès égal. Gharles YII s'approcha de Paris avec son armée. Saint-Denis, qui était alors fortifié, s'empressa d'ouvrir ses portes, et le roi en prit possession le 25 août 1429. Il paraît, d'après la déposition du duc d'Alençon, que ce fut à Saint- Denis qu«

Jftone d'Arc Tompit sa têmeuaie épéé de Fierboti, en fmppani une £efûmé de nuMitoise tîc ^iii se trouvait parmi UsB soldats. Le roi se montra sensible à mte perle, qui, cOBttd^ée comme un présage d'uii funeste augure, pouvait esercer la plus fâdieuse influence sto Pesprit de lai multitude. Jeanne d'Arc sembla elle-même penser que cet aecidantétisàt un avertissement du Ciel que sa carrière militaire ^|ait ûj^e et son pouvoir détruit.

Le 7 s^tembre, les ti^oupes du roi occupèrent le village 'de la Gbapelle, qui al^rs était à mi-^chemin de Paris à Sainl«IteniSy et l'armée^ cotoipôsëe de douze mille hoiiimes, vint an côudiant se ranger eH bataille daxjte un vaste espacei appelé le Mardié-aux«*Pdureeaux, qui s'étendait entre la butte Saint*Roch ou des Moulins, et la porte SaieuHonoré, àidrs située è î^endrmt'oè la rueTraversière Sie joint & la rue Saint-'Hteoré. On com*^ meoça Tatiaque par emporter un petit boulevard situé

de ce c&té ; mais les assaithinta» qui s'étaient flattés en

vain que dans le momeilt de l'ateaiit les partisans du Mi

so«dèverai«(it le peuple, forent désabusés et songèient

k se retirer. Jeanne d'Arr , hd^tuée à ne )tfnais recttler,

vocdut ^ohàûnet et combler le fsiisé. EUè ciriàit aifet Pa«

risiens de rendre la ville au r^, lorsqu'un coup d'arilaièsë

la blessa à la euine. Obligée, pai" là doiUfeu^et k ifâèÊL^

tké de sang qu'elle perdait, de se eoucbet defrièfe ^due

petite ésainence, eUê y resta jeiiqu'aiiioir, e&rRiîAbré

de Thiébrenne et d'autres gui^ri^»- visucevi la tf^nver.

Soit chagrin d'un premier échec, sçit d^goât çsnsé pav.

130 u« whimtfs iLUMiua.

Tingralitude djBBet çiMApigwoi.d'tniioi^ elle parat loge de lu ?ie et se TPidut pus qiûnier la. piaca; il iallui» que le duc d'Alençott Ttot ltti-«Mim: la dieadier et la rameDAt à Saial-Dew ; naaU elle pembtait daaa la riaolutioii de £nhr se» jours daiia robseurité et la tstiaite. Suivie du eqi et dçfi princes, elle alta dans kt lianUque royale de Saint-DeaU se ptosteroer. devait V mattA dts martyrs protecteurs de la France. EUe raidit iprAœa i 0ieu^ à la Vierjge et^ces saints inartyrs, des iag^turs qu'ils ayatenft répanduet sur elle^ et suspenditisetf «armes ^ l'une dcK caloanesdu temple, défaut la isfaGâsse.révé- .rée de l'ap^r^^ de la France.Les inatancea jdujMÛettdes pc incipaw «^pi^aines partnirent encoris à trv>B$pber..de sa résoluUen- Pn iSst vivement, imp. lorsqH^^u songe au ffprt cruid ^ attendait cette ûilpn»M^^ en U voyant 4isuK i^i8.;4d^M en ts^ de Mulrer. so«s )e;tPit paf«riie}« L'année françaife,. après celte «tta«i^ infrneUHnuMi $9» Paris, ri^passa la Loire* Lors^e k roi f mX aarive àj\|eua^ fHrT3^TTe, il dcçoiràà^ « décembre 14?9V AJlwnM d'Aide ft i toute ^ fiiinîUe^, des lettres d^ noiflowe av^jtous les pM^^iUgfifret^ bonn^fm akse ntmpbé^ à eetie^ fai^ite Cyr^nr* Ces let^tres (eomi^eMÎent bêtement, iMir^enwvr lmii!Qniiu;qua}>lni )es n^l^ss et lea Ss^lles à p«qpéM4t^ «.«fin, ^%M i^h de' Windj?e gMie ,ji li^ liaii^. ^^ét i^W'^^sCt des fc^cu ttofaikreuaes. ^ ; .i|f latentes- , do)(»^ é.liuL ai |dii. »oiia' eMMi>)et.par i^/c^tb^t.if^Sm^t^^^ d*>iieêie cl^:et/fattnT«»me>J«.piM»e}fe'^A'0^ 4n

HkoiuMBi^ ait que^ par 4e jteooiun 4^ K dl^ù^: i)wt

l£S PATSANS ILLGSTJISS^ 131

vidcfûce, Aous e$péfO»s. de voir d'atxroitre enicorle. » Le ro^L voulait reprendre. sucçesaiTkmeatGosiié, La <!hff« rite et Satiit-Pierre»4e-fMoùtier. Oa com^pença par Tat^ taque de tette dernière yille. Lorsque la brèçbe fat pcm-* tieable, on monta à l'assaut; mais les asaié^jés se défendirent si vigoureusement, qu'après un lotig et san^nt combat, ils forcèrent les troupes du roi à la retraite. Jeanne d'Arc seule, environnée de cinq ou sixsoldals, refusa de se retirer malgré les exhortations que kd firent faire les généraux de revenir au campl Sa fermeté rendit le courage aux soldats ; on revint à la charge avec une nouvelle furie, les ennemis ne purent soutenir un second assaut auquel ils ne s'attendaient pas, et les Fran* çais, après uneassex faible résistance, s6 ilendirent maîtres de la place.

Tandis que l'armie royale poursuivait ses opérations dans Ib midi, Jeanne d'Arc fut envoyée au nofd, dans rile-de*Francey avec un petit corps d'armée et plusieuiv chefs de guerre. Elle avait avac eUe ses deux frèriss, et menait dou^ chevâuz à sa suite; tfea monturjes, setf ar«mes^ ses équipages^ s'élevaient ensemble à la valeur de plus de douze mille écus de ce temps» A.Lagny, èUe^ apprit que Franquet d'Arras, célèbre par «a valeur et ses tcçuautés, ravageait les* campagnes environnantes avec un cQrps d'environ quatre cents hommes. EUe sortit de la yiUe apnt un nombre à peu près égal de soldats, accom"pagnée de Jean de Foiieault, de Geoiroi de Saint-Albin et d'autres seigneurs* Elle m tardai pM à rencontra Fito«

f Si l'Es PAYSANS ILLUSTRES.

quel d'ArraS) dont les troupes, composées d'exeelleoNB «rcbersi firent sur ies Français une. déchai-ge terrible qui. en mt un grand nombre hors do conrbat. Deux £iM8 les troupes royales Teculèreot, deux fois la Pacétle les ramena à la diarge « moidt ^courageusement et tî- ^ureosement, » dit un 'historien du parti bcHirguignon. Enfin la victoire se déclara pour elle, et Franquet d'Arsas fut fait prisonnier. Les 'juges de Lagny et le bailli de Senlis réclaaèrent un hotnme qui s'était souille de tant de forfaits^ et 'iHat ext^cuté quelques jours après, malgré les efforts que fit la 'Pucélle pour lui sauver 1^ vie. Cette exécutiot), injuste ou légkîme, mais dont H est démontré que Jeanne était innocente^ forma dans la suite un chef d'accusation contre elle.

<iependant le duc de Bourgogne, s'avarrçant avec une assez 'forte armée, met le siège devantt^ompiègne, degarnie: alors de troupes. Jfanne d'Arc n'hésite pas un instant à a'y rendre, et Jacques. de'Ghâbanne, Thcaulde de Yolpergne, Renaud de Fontaine, Poton d&Xaintrailles, et plusieurs autres chevaliers célèbres suivent l'exemple de la jeune héroïne et -se- renferment dans la ville. Ce it:nfo]^t| et 'surtout la présence de la Pucélle, y répandent une grande foie, ^n veut profiter de ce premier moment d'endiousîanne poor tenter une sortie. Le 24 mail4iK),la Pucelle, accompagnée de Poton le Bourguignon, du siré de Gréquî et de plusieurs autres, capitaines, tdaibe à rimprôviste sur le quartier de Baudon «de «La Venelle,' près .de Marignî, commandé par 'ïeaii

tVSS VAY^AVS rLLUSTR£S. 13S

iSe l^uxembourg. Les ennemis se reploient sur Marignii; .niais au premier cri d'alarme, les Anglais, commande par le sire de Montgommeri, sortent à la hâte de leut logis de la Yenette; les troupes de. Jean de l^uxembourg', cantonnées à Clairay, se.précipkent.hors de leurs quar^ tiers et accourent au secours de leur général. Les Français, s^apercevant qu'ils allaient avoir à combattre toute l'armée ennemie, se retirent vers la ville. La iPucclle jnarche la dernière, se retournant sans cesse et faisant face à l'ennemi , afin de couvrir ia retraite des siens et de les ramener sans perte dans la place. Les Anglais Js'avancent alors à grands pas pour couper le chemin à sa troupe, qui, effrayée par ce mouvement, ^se précipite en tumulte verjs la .iiarrière du boulevard du pont. En ce moment .les Bourguignons, sûrs d'être soutenus de. toutes rparts, font une décharge terrible ourles derrières; des escadrons français,, et y jettexït un grand désordre. Ceux-ci i saisis d'épouvante, se précipitent tout armés dans la rivière, et plusieurs se* rendent prisonniers. La Puçelle seule continue à se défendre; son habillement .Icoilleur de pourpré, et l'étendard qu'elle tient à la main, .la font aisément distinguer. Aussitôt -une foule de guerriers l'entourent et se disputent l'honneur de s'emparer de sa personne ; elle les repousse avec son épéci et parvient à gagner le pied du boulevard du pont; mais la barrière se trouve fermée. Abandonnée de tous ses compagnons d'armes, entourée d'assaillants, Jeanne iaît des prodiges de valeur et cherche alors à prend^P

134 LES PATSAN4 ILLUSTRES.

la fuite pour éviter la captivité. Ua archer picard la saisit par Sun habit et la fait tomber de cheval. Elle est aussitèt déifirnaée, et le bâtard de Yeadôme l'emmène à Marigni, où on la oonfie à une garde nombreuse. Guil* laume de Flavi, alors gouverneur de Goinrpiègae, guerrier intrépide et royalbte zélé^ mais fameux par ses dé* bauches, son ayarice et sa cruauté^ fut soupçonné d'à- Toir fait fermer la barrière dans l'intention de livrer aux ennemis l'héroïne d'Orléans. Quoi qu'il en soit^ jamais les victoires de Créci, de Poitiers et d'Azincourt n'exci* ièrent parmi les Anglais des transports de joie pareils à ceux que fit éclater la prise de la Pucelle par les Bour-» guignons. Les soldats anglais accoururent en foule pour considérer cette fille de dix-neuf ans dont le nom seul, depuis plus d'une année, portait la terreur jusque dans Londres. On envoya partout des courriers pour répandre cette nouvelle; et Ton fit des réjouissances publiques 4 cette occasion dans le petit nombre de villes restées soumises au parti anglais. *>

[ L'horrible tragédie, méditée par la haine et la vengeance des Anglais, fut quatre mois à se préparer. Durant ce temps, Jeanne d'Arc, d'abord prisonnière au château de BeauUeU| fit une première tentative pour s'évader, et ensuite transportée dans le château de Beaurevoir, à quatre lieues au sud de Cambrai, elle y fut traitée avec égard par la femme et la sœur de Jean de Luxembourg. Quoique sensible i l'affection qu'on lui téijioignait, la crainte qu'avait la Pucelle d'être Mvrée aux

t£8 pATSANâ illustres; 135

'Anglais tut fit essayer une seconde fois de s^ëcliapper : elte sauta par une fenêtre et tomba sans connaissance au pied de la tour où elle était enfermée. Dès qu'elle fut rétablie, on la transporta à Arras, et ensuite auGrotoî, citadelle très-forte à l'embouchure de la Somme.

Le duc de Bedfort, pour relever son parti abattu en sacrifiant Jeanne à sa vengeance, voulait d'abord établir,parHma procédure solennelle, qu'elle avait employé des soriiléges et la mag^e : par là il parvenait à lafiedre condamner comove hérétique ; il détruisait l'ascendant qu'aurait exercé sur tous les esprits le seul souvenir de ses veilus ; il sauvait l'honneur de ses armes flétri par tant de défaites ; et, pour nous servir de l'énergique langage de ce siècle, il tit/amail le roi de France. Déjà un frère Martin, vicaire général de rinquisîtion, avait prétendu évoquer le 'jugement de la Pucelle à son tribunal ; Pierre GauclK>n, cet évéque de Mauvais expulsé de son siège, la réclamait aussi comme ayant été prise dans son diocèse, ce qui était Une fausseté, car eUe avait été faite prisonnière* au delà du pont de €ômpiègne et sur le territoire du diocèse de Noyon. Enfin^ l'Université dé Paris écrivit au duc de Bourgogne pour qu'elle fût traduite devant un tribunal ecclésiastique, <:omme suspecte de mag^e et de sortilège. Ce concours de lâcheté et dé férocité prouvait au duc de Bedfort la facilité qù il aurait d'exécuter ses projets ; mais il fallait tirer îa prisonnière des mains de Jean de Luxenibourç, comte de tîgnî, qui ne paraissait pas d'abord disposé à la cédera. Son épouse^ lorsqu'elle le f oyait ébranlé par les offrei

136 I^ES PATSAjrS thLtStiti.

qu'on lui faisait, le suppliait à genoux de ne pas livrer ft une mort certaine une^eaptiye si intéressante par son coU' rage et son Innocence, et que d'ailleurs les lois de la guerre obligeaient de respecter. Enfin, on fit valoir le droit qu'avaient les souverains de s'emparer des prisonniers^ de quelque condition qu'ils fussent, en payant une sonune de 10,000 livres à ceux à qui ils appartenaient. Au moyen de cet argent^ qui fut remis à Jean de Luxembourg, et d'une pension de 300 livre» pour le bâtard de Vendôme, l'I^éroine d'Orléans fut livrée à un détachememt de troupes anglaises qui la conduisit k Kouen. Là on la chargea de chaînes, on la jeta dans un cachot, ou l'accabla d'outrages ; et l'on commença cet affreux procé» dont l'original, existant encore aujourd'hui à la Bibliothèque du roi, dépose^ comme par l'effet d'une justice divine, des vertus et de l'innocence de cette auguste viettine, et porte au plus haut degré d'évidence historique les faits les plus surprenants de sa merveilleuse hutoire, imisque les preuves qui* les consutent s*y prouvent rassemblées et vérifiées par ceux-là même qui voulaient ter. tûr sa chaste gloire et qui étaient acharnés à sa perte.

Rerre Çauchon et un inquisiteur nommé LemairCi assistés de soix|nte assesseurs qui n'avaient que voix con« tultative^ furent les juges de Tinfortunée Jeanne. Son procès s^lnsu ulslt selon les formes mystérieuses et barbares de Tinquisiiion. Slais après plusieurs interrogatoi* res on s^aperçut combien il serait difficile de parvenir ayi put qu*oa se proposait ; Jeanne, dans l'infortutie et dans

LiA PATSANS ILLUSTRES. 137

les fers, et en présence du tribunal qui avait juré sa perte,' se'montrart peut-être plus étonnante que sur le champ de bataillé et à la tête des années ; elle joignait un courage inébranlable à lapins touchante douceur; elle pleurait eomine une jeune fille, et se conduisait comme un héros. Les juges accumulaient en vain les questions insidieuses,' les violences^ les réticences, les menaces, les impostures, le^ faux matériels, paur la faire tomber dans le piège : rien ne leur réussissait, et ils se trouvaient eux-mêmes réduits an sileneede la honte par la justesse, la dignité et Téner-' gie de ses réponses. Telle était la crainte qu'elle inspirait encore aux Anglais, quoique captiTe,.que des lettres écrites au nom do roi d'Angleterre, datées du 12 déceinbre 1430, ordonnaient de faire arrêter et traduire devant les conseili de ifuerre tous ceux à qui la peur de la Pucelle ferait aban* donner leun 4capeatix ; Quos ierriculamenta puelia esanù' maverku^

I L^in^cdsion qu^eHe avait donnée à la valeur française enfantait d'ailleurs cloaque jour de nouveaux succès : les Anglais étaient partout défaits, et les revers multiplia .qu'ils essuyaient les irritaient ^encore plus contre celle' qui en était la cause primitive ; ils pressaient les juges et prodiguaient, pour hâter le moment de son supplice, et l^ar|[ent et les menace^. Mais ils trouvaient un puissant 4]|)stacle dans l'intérêt qu'elle inspirait même aux asses*' seàrs clioisis pour la condamner. La dAichesse de BedforC s'intéressait aussi vivenient à son sort. Jeanne d'Arc s'é» tant déclarée vierge dans ses interrogatoires, et ayant .o£r

13B l'Es PAYSANS ILLUSTHE3.

lert de se soumettre à l'exainen de femmes recommanda^ lAes par leurs mœurs, la duchesse de Bedfort nomma lea matrones qui deraient la visiter* Quelques témoins <ttS assuré^ dans le procès de révision, que le duc de Bedfort, sans doute à Tinsu de sa vertueuse épouse, se cacha dai»v une chambi:e voisine, d'où, à l'aide d'une ouverture pratiquée dans le mur de séparation, il osa promener ses re* gards. indiscrets sur l'infortunée qu'il destinait au sup** plice. Le rapport des matronc^s s'étant trouvé à l'avantage de Jeanne, on eut bien soin de n'en faire aucune mention au procès, parce qu'il eût anéanti le principal ebef d'île* qisation, celui de magie et de sorcellerie. On l'inlevrogea plusieurs fois sur sa première entrevue avec Charles VII, ipais elle ne voulut jamais s'expliquer clairement sur le secret qu'elle lui avait révélé pour lui faire reconnaître la vérité de sa mission i ou, lorsqu'elle y fut contrainte, elle le fit d'une manière allégorique et inintelligible. Sur tout oe qui concernait ses iqiparitiras et les voix qui la conseillaient, elle entra dans les plus granda détaik et raconta ingénument tout ce qu'elle avait vu et entendu, et tout ce qu'elle avait dit dans s^ entretiens secrets avec les saintes qui chaque jour lui apparaissaient, et lui disaient de répondre hardiment. Bien loin de nier les prédictions qu'elle avqdt fait^ dans ses letbres, elle dit à ses juges qu'avant sept ans les Animais abandonnerident un pins grand gsge qu'ils avaient deveaf Orléans, et qfi'ils per<-. draient teut eu France. 11 estasses remarquable q^e Pa^ ris fut repris par ^s Frfips^is le 13 avril 1436, c'esÀrà^dire

Lft9 PATSAICS ILLUSTRAS. 1S9

^x ans aptèi que Vùa etft t&ÀsIgnë eette prédiction daaa kproeèftde J€afiiie,doàtn6iis pdsdédonsla grosse authentique. Jeaiime répéta enîcore depuis cette prédiction en d'autreë teriheft <}ah6 leè interrogatoires suivants^ partie «ulièrement lorsqu'on lui demanda si Dieu haïssait les Anglais : « De rdmour ou hayne que Dieu a aux Anglais ^M qtie Oiéù leur souhaite à leurs âmes, ne say rien ; mais îe sçay bien que ils feront boutes hors de France, eatcepté ceux qui y mourront, et que Dieu envoyra victoire aux Français et contre les Anglais. « Onlm demanda si elle ne disait pas aux guerriers qui portaient des étendards > semblables au sien qu^ils seraient heureux à la guerre: « Non, répondit-elle, je disais: Entrez hardiment contre les Anglais! et j'y entrais moi-même. » Interrogée sur ce que lui avaient dit ses saintes sur l'issue de son {MTOcès^ elle sépondit : « Mes voix me dbent que je serai délivraie par grand victoire, et après me disent mes voix s pran tout en gré, ne choile (soude) de ton martyre; tu t'en vendras (viendras) enfin au royaume dé paràdié \ et ee me disent mes voix^ c'est à service sans faillir, et appelle et (cela) martyre pour la peine et adversité qu# souffre en la prison ; et non S^ si plus grand souffrirai, mais m'en acte (rappotrte) à Noiàre-Seignettrr » On lui demanda qudle était la distinction entre TEglisé militante et FEgUse souffrante. Isambert, un des jugei) assesseurs, toucM de compassion, après lui a veir explique cette questioHy lui conseilla de s'en rapporter au jugement du pape etr du concile de Bâie sur le fait de ses apparitions; ce

Md I,Eà P4T8ANS . illustra;

qu'elle fit à rinstani même. Cet appel alleit l'«ri;»d)er kù^ fureur dé ses eonemit : aussi- ri^F^que de B^i|.vai»^ dit k Isàmber't d'une Toix menafante :'«Taise2-T«itt8, de pair le diable : » et il défendit au greffier de faire mentipu de cet appel que le procès de révision a fait connaître. Cependant, I^ interrogatoires, se multipliaient, et le procès n'avançait paê. Les répoDises de l'accusée, les visites, aux^cUes çi^ l'avait soumise, les informations prises dans le pajtf dé «a naissance, les dépositions des témoins^ tout tendai^t à sa décharge. Pour la perdre, l'étéque de Bep.uvais eujtiraa^Urs à une ruse odieuse. Jeanne avait plusieurs fpb demandé les secourff de là religion ; on introduisit dans sa p^risoa un prêtre hypocrîte nommé l-Oyselleur, <fui fei]g[nilt- d'être ainsi qu'elle retenu dans les fera. £lk ne fît pas diSculté de se confesser à lui . Il gagna sa (ion&aûee^ il lui donna des conseils pour la fiure tomber dans :1e piiége;. et qiiajtid il recevait.sa confession, deux Jxommes. cachet derrière une fenêtre' couverte d'une simple seige, éci^ivaîent ee qu'elle disait Ces ULchea artifices ne purent encore fourni*. I» moindre preuve des crimes dont on l'accusait. PluÂejuia des assesseurs, indignés des iniquités q^a'o^ employait en* ifcrs elle, se retirèrent etcessècent li'^^sîtfter aux séances. L'évêque de Beauvais ne savait pina qu^'imaj^eir. Ce fut diors qu'elle t^mba malade, et qu'bivbtsoilpçteBftd^avoir "^oulu. s'empoisdnnâr ; mais le projet du dioe de Bedfort échouait, si Jeamie mourait vi^lemdpei^; aussi les Anglais eurent-ils grand soin d'elle tout le tenkps que dura sa mBr. iieVOn résolut enfin de réduire à douze chefs d'accusa-

CES FATftAJfS tLJLUnUU. f4f

Con.^ qui résultait des iaiarrogatohreS) et Peu écriniâ^

rUiiiTer«ité. ùm Paris peur prononcer sur des questions.

générales, qu'on avait posées, sans spécifier ni accusée) ni

piges> ni {weq^. L'UmYerttté rendit. une décision con?^

forme aux rues du tribuMil de. Rouén^ et Fou conttiuui

avec activité les procédures, qui^ ne lurentpas mime intci^

ronapues peucUat I» quiq^àiné de Saques.. Les Anglaia

menaçaient les jugea et l'évécpte déBeauvab lui-même,.

s.*ils no. tefâûnalent pas prtaiptenieBt -, et ^ isdlat enfin sa

résoudre» pour eomuD^ttre cette gEaods iniquité, à viole»

toutes les lois diTines et humaines. Jeanne^ troàipéè par

les funestes conseils de L'Oyseleiur, était peasuàdée qu'ello

ik'aurait pas plulàt resoiiBU rautovité de l'Eglise terrestre

ou militante, que ées- juges, oe prétendant revêtus de tons

le» pouvoirs de cette Egfise, l^èavérraiënt aux b<;>urreauxw

Lors donc qu'on l'interrogea si» jcet article, di|e« refusa do

répdndre ou répondit : « Je^crob bien que l'Eglise ni|li«;

latiie 4e peut faillir ou ecrei; nuûs qnan^à mes disoi

{hIs,. jejiea nselet et mfea rappoplé.de'tootà-ISett qiiim^

a &it fiùre ce.qno joay -ftit. n-AlOr^on lui dit que û dio

u^ se sounpttttaâl yiaa à l'Bglise^.cUe f ^exposait aux peinee

du' f ta. étemel, quant à ràme^ et dûGsù corporel, quant

auc(»ps. « V9uame/fere&:j»ioe ique vous diloe contre

moy, q^'il qe ,v^s en pretoe làalii^u corpe'et à JKimei »

réponditf-ell^/ JUi Ictus d'eiisaileyUemiue dèJBeautaisse

transporU ^ps.sa prison avec les bauneauatiktJee 9»^'

strumenta de toftur#, et il la nlkeoaça de té sounàetlre 4

d*9fireuses ép^eu vea. Cet aspect ne la fit point ehanget dana

t4â LES PAVSmS ILLUSTBKf*

aes réponaes : die protesta av^d ccmnigé contre tous tes aTeux qui pourraient lui être arrachés^ par la viokiice. L'évêque de BeauTais- voulait la faire appliquera la ques^ tion^ et la seule crainte qu'elle ne uiounlt par éttite des tourments, ol>ligeale barbare prâat de se délisCer de son projet.

Cependant, le 24 mai 1431^ Jeanbe d'Art! fiât conduit sur lai^àcè du Cimetière de Saint-Ouenr^ pour y entendre sa sentence. Là, on avait dressé deux étfaaiauds : sUr Fun étaient rëvèqne de Beauvais, le vioe-inquisheur; le cardinal d'Angleterre, Févéque de Hoyoni l'évéqixe de Bou-^ logne,. di trenle^ols assesseurs ; sûr Fautre paraissaient Jeantie d'Arc et Guillaume Erard ckargé de la prêcher* Le boàrreau, a^c uo diariot attelé de quatre chevaux, était prêt, au besoin, à enlerer la victime, et 4 la transpèrftar à la place du Vicuxi^arché, où le bûdier avait été préparé. Uneieule de peuple remplissait kl phce. CruSH* himte Ecard prononça un discotirs rempli d^invectives les pluàgproasiiàfes contré l'aociviée, contre Idk français restés fidèle au roi ChiirleB,^ éontre le roi G&arléslui-méaie» « Clest à toi| Jeanne^ s'éeriait^l, que je parle, et te dis que tOQ Bol es4 hérétique etedusmatiqu^ » Jeanne d*Aro eutencone le couiage d'inteitrompre Foraieur. a Par moi foy, sise, aéTéi<ence 'gardée, Vécria-t-^elle ; car je vous ose bien dire ^ bien jwer,< sur la peine de inà vie, que c'est leplusintoblecrestien de tous les cre^tiens, etquemieuiÉ aime là fiiy e| l'Eglise, et n'est point tel qtie vous le dictes, a . Le prédicateur et Féyéque de Beauvais erièi^nt en même

tçmpv à rappariteeir filastieu : « Faîut-!a taire. ^ Api^ès ce acrmon, qualifié cUna le jnroeis 4^ {Hrédieaiioii chacH^ table, Maasieu fiil chargé de lire une cadak d'dûjuntiony el àfths la leolitfe^ on somma leattne d'Are d'ab^orer^ EUe répondit qu'elle n'enlendak pas ce mot, et die de«> manda qu'on la consultât. On chargea de te mÂù l'appa*rileur Maseiett* Cet homme, dont le métier était de cb»doire les crmdnels ei| prison, an tribunal et à l'échdMtd, était touché de cempasidon pour Jeanne. Il tni «cpliqna ce qu'on Tonlùt d'elle, et il l'engagea de s'en rapporter à r%Use universelle. « Je me raj^rte, dit alors Jeaniae, à l^Use universelle, si je àmê abjurer ou nbn. — - Tu abjureras présentement, s'écria l'impitoyable Eraùrd, ou Ht seras arse (br&lée). » Elle affirma de nouveau qu'elle se soumetupa à la décision du pape, assurant cependant qu'elle n'avait jamais rien fait que par les ordres de Sieu y que son roi ne lui avait rien &it faire, et que a'ily «fait eu quelque mal dans ses aeti<ms et dans ses discoura^ il> ]Hrovcnait d'elle et non d'autre. Alors l'é véqoe de Beauvaîa se leva et lut la sentence préparée la veille; il eut l'audace d*y dire que l'accusée refusait de se soumettre au pape, quoiqu'elle vint précisément d'articuler le cootrai^e. Le défaut de témoins, la récusation faite par Jeanne d'Arc de {Ausieurs oheb d'accusation , frappaient la proq^ore de nullité. Les juges, inquiets de la responsabilité qu'on fiQU « vait faire peser »ur eux dans la suite, désirant surtout que l'accusée abjurât, x>n employait à cet égard etle; «denacea et les prières^ L'évèque de Beauvais, pour atteindre ca

m tMS FATSAK8 I&LVtfnSS..

but, ne craignit pas de t'exposa à la colère des Angliâs, q«i l'injurièrent lorsqu'ile le virent suspendre la lecture de Tacte de condamnation. Vainciie par tant d'inAanees, Jeanne déeiaia qu'elle s'eà rapportait sur le tout à sa Mère sainte et à sef juges. AIqtm GuiUaahie £rard lui dît: «< Si- Me maintisnant, sktreincnt ta finiras aujourd'liùi tes }b|ifs par le feu. » La cédule tfpi lui avait été lue contenait simplemeni une. promesM de ne ;4us porter les armés, de laisaiM^ croiljre ses dbieveus: et de quitter l'babît d'homme. Boten^ue par ui^e foule de témoins^, il fut aflirmé que cette

* pi€^ n'ayaii que buit lignes; mais celle qu'eUë signai et qui lt4i fut présentée, npn par le greffier du.tribunal, mais par X^aurentCalloty secrétaire du roi d'Angleterre, renferr mait plusieurs pages; et elle s'y reconnaissait dissolue, hérétique, séditieuse, invocairiçede démons, coupable enfin d^ JÛKirfaits, le^ plus, abominables. Cette infidélité a été prouvée de la. maniè^ la plus év idjente par les déclarations du .greffier qui aidait fait Ubkure de la première céduk, par ieadépèsitîons de l'appariteor Massieu et dé phniews autres témoins. Alors l'évéque de Beanyais lut la sentence

• qui oindanmait J^Anne d'Arc, pdur réparation de ses fan* tsà, A passer le.reste de sèli yannau pa^ dtdwdtwr^ et à F^au ^amgmtny selon l'expwssk» de l'inqoisitibn. Jeanne dît que p^squë l'Eglbe la condamnait, db devait être révise ei^re ks maii^ de T Eglise. .«. Afenesimot en tos pri90iisi,iet qtie je ne ^ois plnsu la«iainde«s An^^Tt.» Mais U^n'était pas au pottiniMr«'d«.i'évéqûc ^e Bëaiirws de sttiaiaire à QBttç demande^ 'd'sn^jiistice si éfid^te»

L» PATfàNS ILLUWriES. t4$

et rinfortunëe fut reconduite ao château de Roaea.

Cependant les chefs dés Anglais étaient liiriein que hi victime leur eût édiappé; plusieurs levèrent leurs glaives sur rëvéque et sur les juges pour les frapper. Enfin, le comte de Warwitk leur déclara que Tintât du roi d'Angleterre souffrait un dommage manifeste de ce qu'ils permettaient que Jeanne ne fût pas livrée au supplice. •N'ayez cure, dit l'un d'eux, nous la retrouverons bien. »

En attendant» les Anglais se vengeaient sûr elle en augmentant les rigueurs de sa prison. EHe ëtaît gardée par cinq soldats, dont trois ne quittaient pas son cachot, et dont deux veillaient sans cesse à la porte; elle était attachée pendant la nuit par deux chaînes de fer fixées au pied de son lit, et pendant le jour à un poteau, au moyen d*uhe autre chaîne qui la tenait par le milieu du corps. EHe avait repris ses habits de femme et s'était soumise à #on acte de condamnation.

On ne trouvait aucun prétexte pour sévir contre elle : il fallut donc en faire naître un. Pendant qu^elle dormait, on lui enleva ses habits, et l'on y substitua des habits dliomme. EHe redemanda avec instance à ses gardes qu'on lui restituât tes vêtements de son sexe; on les lui refusa, et elle se vit enfin forcée de s'habiller en homme. Ailssîtôt, plusieurs témoins apostés exprès paraissent pour prendre acte de cette prétendue transgression. L'évéque de Beauvals et quelques ji^ges se rendent dans' la prison : on dresse procès-verbal, et révêque dit en sortant au comte de Warifîck, à haute voix et en riant : « Fane wetl,/are weîi, faÎ4fii

tAB LE0 PATSANtJ ItLU8ïftES.

hoane dière, il en est fait, h Ijc leiidemam le tribuival in* terrof(e et délibère pcKOr la ibrtne, et la sentence -qui a»ndamne Jeanne d'Arc comme «< relapse, exc<Qnmuniée, re» jefëe du sem de l^Egtise et jugée digne, par ses forlaits^ d-'étre abandonnée à la )ustîce séeulièrei » est prononi;ée. Dès le ma&in du jour fatal ( 31 mai 1431 ), ré?è^|ae d^ Beauvais envioya frère Martin FAdvenu pour, signifier à Ji^anne d'Are sa senteoice de mort. Wbs s'abandoima à la plus violeiite douleur et s'icria : h J'eii appellç: à Bien le (i^ant juge des grans torts et ingravances qu'on me faict.» Frère Martin l'Advenu regut sa confession. Jeam^e denunda avec ardeur le sacrement de l'ÉucIiaristie.^ Alors il se présenta une difficulté : frère Martin pôurait-il, deraitil admettre à la communion tine femme déclarée hérétique, excommuniée et retranchée du nombre des fidèles ? Il envoya l'appariteur Massîeu à l'évéque de Beauvais pour lui fùre part de la demande de Jeanne ; et^ ce qu'il serait impossible de croire si le £adt n'était constaté au procès, l'évéqne de Beanrais^ après avpir coipsulté quel* ques-iu^ des juges, fit répoiiidreà frère Martin qu'il donnât 4 Jciinne d'Arc le sacrement de l'Eucharistie et toutes choses quelconques qf^'dhJ^mfiind^raii* ^insila piété exerce par iporaents sonempire ji|sq«e^ur les çœi^r^lesphiscpixpaqms et. les plus ferocea, puisqu'en se laissant fléchir, l'évéque de Beauirais ne craignit pas de contredire sa propre sentence, et de déclarer de la sorte innocente celle q^'il allait livrer au supplice comme coupable. Frère Martin l'Advenu,^ d'après la décision de l'éy^ue, administra à Jeanne

LES PArSAMS ILLUStHEé; 147

3*Arc le saerement de PEBebamâe qu'elle reij^ul «.veemif humSité ^refende et une grimde abondanee de lacmeA» Apre» cet aete de piété/ elle eai ]^iis de fermeté et de courage. QfsàaA elle rit réréqûe de fieaurab, ellç lui dite « Efèqùèi j^ meurs par Tout} si toub m'eamei mîae atut priions de cour d'Ëglke^ cecjr'ueiiie fâtpaïf rnivéam pour quoy je «pprile de tous devant Dieu. »

^ A neuf heures Aa matins le bourreau fit mo&ter dans son chariot Jeanne revêtue de ses habks de femme ; frère Martin l'Advenu et frère Isambèrt de La Pierï'e étaient à ses c6lés ; huit cents soldats ani^aiis, armés de haches, de glaives et de lances, entouraient ee chaifiot; une foule immense remplissait laplaee* Oh vit ttors un hobime ayant lès traits altérés, le visage baigné de bornes, percer 'la foulé, pénétrer à travers les «oldaU étonnés, et monter sur lé diarîot où éuit Jeanne : c'était l'Oyselenr qui^ déchiré de remords, demandait à Jeanne d'Ai<c pardon de toutes ses perfidies^ Il eût été, sans le comt» de Warwick, massacré sur l'heure par Fescorte angkke/et il ne' put sauver sa vie qu'en'sortant à l'instant même de la ville* Cependant Jeanne d'Arc, par ses lankentations pieuses et l'abandon de sa douleur, touchait tous-e^ux 4iui se trouvaieÂt présents. Lorsqu'elle 4urriva sur la place du Yieux* Sf arche où elle devait être livrée aux flammes, la foule fondait en larmes. A peu de distance du. bûcher, élevé sur une plate*forme, on avait dressé deux échafands : 'Sur l'un étaient les juges ecclésiastiques et civils, le bailli de Hotten et son lieutenant^ sur l'autre se trouvaient plu-

neurs prélats. Nioûlaf Midi, docteur en ikéoloi^, adNpgar d'abord à Jeanne un diacoHrs d'admonition ; loriqii'illut taminé, Jeanne se mit à genoux, fit ses prières^ dédam* encore ^e le roi ne FaVaîtpas induite ailzcIioses^'eUe avak laite*, soit qu'elles lussent rëpréhensibles ou dignes, de louanges^ eUe'se recMnoiandÀ eniuite à la piété df tous les assicunts, et supplia le* pôrétres. préiienÊs de dire chacun une na^scé p^uir 4L«r DflM «e iii0aient,;n0nHBe|ilem^aû^M Peuple, mafis 1(m jv^es, mais les soldats anglais eux-mêmes se sentirent attendris et pleurèrent.

Alors TéT-équa de fiçauvais se I^ya, et lut la sentence qui, comme la première, s«'adFe&sait à l'accusée, et renfennait aussi de longues exhortations,, dâs injures,, des imputer iiona calonuiituses;, elle se terminait par ces mots : u Nous vou».déetardns relapse et hérétique par notre {Ncésente sentence; nous vous' lierons i la pùi^sa^oe séculière, en la priant de modérer son jugement à votre égard, en vous évitant la mort et la moiUlation des membres. » Cette f<Nh mule hypocrite est taujoufs celle qu'employait l'inquisir lîott lorsqu'elle condamnait quelcpt'un an dernier sup^ ptice. Mais alors il faUai^ au moins que la justice sécuUère prononçât la sentence de mort et donnât des oiilres pour l'exécution. Le baiffi de Rouen et ses assistants présents ne prononcèrent point de sentence et ne donnèrent point d'ordres. Aussitôt que l'évéque de Beauvais eut termitté sa lecture, deux sergents s'approchèrent pour contraindre ^anne d'Arc de descendre de l'échaftmd. Alors elk ein^ brassa une croix que, sur sa demande^ on lui avait àppor-;

|i0a PATUFS . luusTBnau V49

t^ d'uBe église Toi^ine, e^t^eiîe lanàtt conduire p«v frivt Martin l'Advenu. Mai^-des soldau anglais la uàûséùi et la traînèrent' aur supplie» avec {uKur,. elle invoquait k nom du Sauveur et s'écriait » « itti I Rwien ! Rouen ! se* ras-tu ma dernière demeure ! » Au pied du bâcber on eAgnit sa tête de la- mitre ^nomiaieuse de TinquisitîoB, sur laquelle étaient écrits ces m^ts s Hérétique^ relapse ^apostaies' idùlânrt. En face du bâcher paraissait lïn tableau sur le* quel on lisait cette ioscription % « J<aime, qui stjsst fait nommer la Vucelle^ ménteresse^perniciense, abuseresse de peuple, devineresse, superstitieuse, blaspliémeresse de Dieu, mal créant de la foi de Jésus-Christ, vanteresse idolastre, cruelle,.dîsselue,^ inventeresse de did)Ies,,sclii8ma^ tique et héi'étiqUe..»- '

Jeanne d'Arc demanda instamment un crucifix. Un An--glaia qui se trouvait présent rompit un bâton et en fit une espèce de crpix»^ eMe la reçut^ la baisa et la mit sur son sein : elle marcha ensuite àur le bûcher ; on rattacfaair une colonne en plâtre que \xm avait construite. exprè»^, et Fon alluma le feu. Frère Martin l'Advenu, absorbé par les- soins pieux qu'il doiuimt à eetie infortunée, ne s'apercevait pa» que la flamme t'approchait de lui t Jeanne y veillait et l'eu avertit; elle lui dit de s'éloigner un peu^ et le pria en même temps de se placer an bas dé l'échaF» &ud, de tenir la croix levée devant éUe, et de continuer i^ l'exhorter asseï haut pour qu'elle pâtl'enimidre ^ il obéit avec un tendre zèk. Gomme on ne voulait laisser auaiw doute sur sa mort, on avait élevé le bàdier àunehaut^ut

150 LES PAtSAKS tLLUStltKS*

«KUmMdkMire, afin que la victime tôt at>erçue de tout te fieaple; eé qui mit obstacle à rembrasement et rendit le supplice plus loog et plus douloureux. Quelques sanglots «'levèrent du seia des flammes^ on entendit le nom de Jé^ «lia.*, c'iétait son dernier soupir.

Le cardinal de Wincbestetf ordonna qu'on rassemblât ces quelques'^cendres/et les fit Jâiter dans la Seine. Ainsi pérh, à l'âge de fingt-cinq dtps, celle qui arait sauvé le roi et la France, et ni le rot m la France ne firent rien pour l'arracher des mains de ses ennemis.

4ULIËN (Pierre), statuaire.

Membre de rin$titut(Âçadiinie de peinture eide sculpture) et de la Légion*d'Honueuf , luli«B naquit, en 1731, À Saint^Paulieu, près du Puy, maintenant d^iactement de la Haute-Leirei de parents culttrateura aases aisés, qui l'envoyèrent chez un teulpteur et doreur du Puy^ appelé Saipuel. Il n'ayait alors que quatorze ana« Cn de ses oncles^ Jésuite, frappé de les dispositions, le confia aux wm de l'archilécte Pérache^ qui dirigeait alota FAcadé-^ mi^ dâ Ljren, «l Julien 7 r^nporta un prix. P^che, Qpn¥«iDcu qut aon éfève ne pouvait se per f eofi o nner dans ipn art è-Lyon^ le ooindiiisit lui-même i Parts^ oà il le mit sou». la direction de Guillaume Oouéfou, ëcolptcurdii' ipiy «m Gompatridie.

LES PA18AN9 ilXDSTRES.- l'5i'

Après avoir étadlé environ dix années sous son nouveau mallre, Julien crut pouv<rfr se présenter au concours du grand prix de sculpture. C'était en 1765. Son ouvraga était un kasr-reiief représentant Sa^mus offremi smt^choF aux vestales obligées de fuir les Gaulois vainqueurs de Some* Le pvix lui fut décerné à runaninûté, et les vrais conaais* seurs virent avec plaisir que tout en suiyant«les leçons de son maître et de l'école, le sage élève siétait aperçu qne^ pour parvenir à la perfection des anciens, il follaii embrasser d'autres principes que* ceux qui étaient alors e» vigueur.

Envoyé à Rome, en 1768, comme pensionnaire^ il j resta quatre ans occupé à Tétude de Fantique, et c'est i cette constante étude que l'on doit les deux belles copies réduites qu'il fit de V Apollon 'du Bdi^ère et du Giadùaemr combattant.

Pendant qu'il terminait sea études à Rome, son maltie 6. Goustou avait été chargé du mausolée du grand dau^* pUn et de son épou^« destiné pour la cathédrale de Sens. Cet artiste, déjà affaibli par Tâge, jeta les yeux sur Julien, comme sur le sculpteur le plus capable de l'aider dans cette grande entreprise. Secondé par Beauvais, son. condisciple et son ami,^ Julien termina entièren&ent la fi** . gure de l'Immortalité que Couston n'avait Csût qu'ébau* cher. Cet ouTrage a peu servi |^ la réputation de Juli^, . parce qu'il est demeuré sous le pom de Goustou. Cette, espèce d'injustice doit étr^ attril>uée aux usages de TAcademie s tant qu'un arUste n'étaiL«pas admis dçuos aon sein, .

152 LES TATSANS ILLUSTRES.

il n'était regardé que comme élève, et le maître pouvait lai aban<k>Diier Tentière exécution de ses ouvrages et contioiier néanmoins d*«n Revendiquer riiônneur. Il n'en «tait pas de même lorsqu'il s'agissait d*un académicien. Auasi, afin de pouvoir profiter des talents de son disciple, Goitstou lui persifada*t-îl, à son retour de Rome, qu'il n'étair pas assea formé pour se mettre sur les rangs de l'Acfdéoiie. ^

' Cbp^datit Julien avait atteint sanquavante-cinquième année : il était temps de prendre place parmi les artistes. Encouragé par ses amis, et comptant peut-être trop sur rappui de sMi maître, il parvint à vaincre sa modestie, et se décida à oommeneer les épreuves exigées par les règlcinents pour être agi-éé. Il présenta sous les ausfHces de Gonsiou, alors recteur de rAtadémle, une figure de Ga^ nimède versant le nec'ar. Cette figure n'est pas dé la force de celles qu'il exécuta dans la smte, mais elle est infiniment supérieure à la plupart de celles des artistes qui l'avaient précédé à TAcadémle ; et les connaisseurs furent fnt'snrpris d!apprendre q«^lte avait été rejetée. Gouftou fut èôûpçonhé de jalousie à' Pégavd de sbîi disciple. Quoi qa^it ^étt soit, Ju^lien' fut teRement accablé de ce reftts, que dans son déaespc^îr il résolut d'abandonner son art, et «ûHîdta^à gouvernement F^iteploidesculptenir des protpes dé vatiéseàu à Rochrêfort. U était sur le p^iitt de Tobte* nîr, l<^rst[tte, ranimé par les enc<mf«gements de ses amis, il se décida i se mettre encère tine fo» sur les rangs et |>rSsent|ie modèle de son Guerrier mourant. Cette fois le

. ua nvYSàn illostbis. I5S

succès fut complet ; il ftit agréé à. i'uDAniK^éy. €tl'iaiaice suiYante il fut reçu bcadàwkiei^tiiff le marhFede cette figure, qui réunit au plu» rare, che^fé Jb «cicnce vdè! Tapt^ la grâce naturelle et la perf^tion dii/Cttfi«i..<2e Jpsèbikr succès fut comme le signal de tbus cens qu'il eebfiat. dans la suite, et dès ce moment il prit un des premiers rang» parmi les sculpteurs français. M. d'AngeTilliers avait eonçu à cette époque l'heureuse idée de faire exécuter, àujt frais du gouTernement, les statues de nos grands hommes : deux de ces statues, celles de La Fontaine et du Poussin, furent confiées au ciseau de Julien. La ma^ nière dont il s'acquitta de ce travail bit ax|ta«t.4'Jb;Dnneurautakut de l'artiste qu'au discernemei^t dm iniitiilxe qui s'en disait charmé. Bientôt après il prod^sif 1% (tlM~ mante statue de la Baigmiut. Deux basHreU^&,.,^/w/iE4ft çhe^ jédmète et la chèvre jimaUiéef accomp^^CP^^^^ ^^ i^tatue. Le succès de ces ouvrages fut complet} U GfiiaSéi surtout fut regardée à cette époque comme la statue jE^ipdeme de femme la plus parfaite que Ton c^wj^tj #t M. d'Angevillicrs, jaloux d'encourager un tident si raire, allait le charger de travaux qui eu3sent encore éiApdu la jgloire de Julien, lorsque la révolution changea le |p9UVj^ nement et la face du monde. Jtdien chercha dans U ta^ vail des distractions aux orages qui grondaient autoof de )ui. Retiré pour ainsi dire eu lui-même^ tops ses d^iis étaient de pouvoir achever sa statue du. Poussin. Set vœux furent remplis ; mais s'il eut le bonheur ^ç 1^ V<Â .achevée, il ne iouit pas loogtcmpi du succès ; il. «toviilt

164 VÊM piiftAiO' wLmwm.

tMii Mrif «inrèt l'créir finie, U 17 àéèenïbre i M4, âgé de weiuÊÊtit^qaÊl^fte tnt, empertam le» regrets de tous ceux qui F4urakiit eomu, et areela répihtàâon dé restaurateur de TaïC MktmKoe em France, et d'un des plus habiles artkitet èottt ellr inâsse s^honoren

' JULIEN (Simon)» peintre, connu sous 2e norn de Jdlii^n

de Parme-

Jvikém de Pamus naquk vers le nùlieti du siècle der- -ttler (179^, et mourût au commencement de la première

-^amée de ce siècle: ainsi il est presque notre contempovain. Les inograji^ies et les mémoires pubHés sur cet artiste oâèbreiiis s'aceordttkt passur le lieu de sa naissance.

' Ler uns lui dohnent pbàr patrie SovigUano, sur le lac Maijenr, près de Locamo, Tille de la Suisse ; d'autres un vil-

- k0e des eiivironsde T^ulott, et enfin quelques-uns le font niÉitre dans un Ikameau tout près d'Aix en Provence. Quoi qu'A en sdit, ses parents étaient si pauvres que, loin de

-pouvtwr lui ikire donner ime bonne éducation, â peine

-politaîent^ib subvenir à la^tdjsistance de leur famille.

Dès Itge de aept ans Julien qàitta la maison paternelle et entra au service d'un maître d^école. Là il acquit de lotHÉiéme les piremières nodons de l'écriture, de la lectmre*et du dessin. Sa jeunesse fut employée à lutter contre ies beioins les phis uigents. Dàudré Bardou, peintre de

LES fM&AMS fLLrSTKtf. 133

Marseille, se chargea de lui enseigner les prîiicipea de sou art. Quelque temps aptks il vmt à Fanait eiitea à ré«ol0 de Garle Yaiildo. Ayant rempofté le prix 4e l'Acadëmie^ il fut enyeyé à Rome. L'ardeur atec laquelle il se livrait à l'étude et les firogrès qu*il fit lui mérith'eMt des encou^ ragefnentft du gciuTerneo^ent français : le terme nuqud est fixé le sé)our des âèves à R<»x>e lut prolongé en sa faveur, et U y lèsta dix ans. €e fut pendant ce temps que M. de Féline le présenta au duo de Parme, qui lé prit sous sa proiection et Tlionora de ses bienfaits. L'artbte, plein de la plus juste reconnaissance, crut ne pouvoir mieux la témoigner à son protecteur qu'en prenant le nom de /u^ fien de Pttifmey qu'il a conservé toute sa vie.

La vue des antiques, des diefs*d'(BUvre de Raphaèl» du Dominiquin, etc., le fit réfléchir profondémeut : il sentit l'énorme contraste qui existait entre la pureté de desnn de ces prodn<^ons merveilleuses, elles principes faux dont on avak imbu sa jeunesse. Midbel^Ange fixa son admka^ tlon, sans lui inspirer l'envie de le copier servilement.

Il était âgé de quarante ans environ lorsqu'il revint k Paris, où M. àt Féline, son ami, son père, l'appelait. Il s'y trouva étranger ii la peinture telle qu'on l'y cultivait alors, et au goût des «nateurs. Dans les ventes de dessins, Ja-< lien de Parme vit des productions de Raphaël, du Domi-< niquin, de Michd^Ànge, données à vil {«ix, et celles de Boucher payées des sommes considérâmes. Il acheta les premières, qui lui procurèrent des moyens d'existence dans un âge plus avancé.

tÔê LES :PATSiHfS ILLUSTRES.

^ianciiU'-MiTeniôls'é'attaclja à notre artiste, al Toecopa à i peindre des tableaux pour ^omer la- galerie de sa maison rue dé Todraon^ et lui assura une peosipn riagère quia éiéipa,yée Qxactemelit «jusqu'à Ja^mort de cete8tiu^ble lit^ tmteur» arriva peu de temps aTaot celle de Julien. Cet artiste ^composa plusieurs ouvrages, entre autres «un la- •bleau représentant Jupiter endormi centre les bras de Ju^ non sur le mont Ida. Il fut plus tard acheté par le sculpteur Dejoui lequel rassenotbla J)eaûcoup d*autces owiriages de l'auteur, qui 'fut son ami particulier.

Julien tit pendant^quelques années 8on*mode$te loge ment de la rue desJPostes^réquenté par les grands ; mais s'étant présenté à rAcadémie de peinture, il ne fut pas admis, et la foule ne se porta plus chez lui. Tout est mode dans îles villes qui renferment un grand Jciombse d'0isi£s.

•Notre peintre avait assez abandonné les routes battues • alors, pour déplaire à ceux qui composaient l'Académie^ imais son crayon n'atteigait-pas la correction de dessin à k* quelle est parvenue l'école française depuis sa restauration ; de sorte que l'on 'peut trouver beaucoup d'analogie entre sa «manière et 'Celle de -Louis Jordan. Fendant que les académiciens royaux le repoussaient, la. corporation des autres peintres, appelée Académie deSaint-Luc^ faisait saisir ses meubles et son atdier parce qu'il ne s'était pas riait inscrire sur ses registres. Mancini parla de ce bizarre «événement au ministre Turgot, qui répara iout en ài^

tniisant les ina!trises,Teconnue6 pour être les entraves de Tindustrie.

La mort de M. de Felino enleva à Julien Tami de son •cœur et les secours annuels qu'il en recevait. Il chercha à réparer cette perte en cëdant au prince de Ligne, potH* •une pension viagère, -un grand nonfbre de dessins dea premiers inaîtres d'Italie <qu'*il avait vecuciilis avec soin. L'absence de ces mrodèles et de ses puissants exciaieurs fît tomber le peintre dans ime apaOïie pour -son art dont il ne guérît jamais. Il a'bandonna la palette et s'adonna phisque jamais à la lecture, qui toujours avait fait ses dé-» lices. Homère et plutarque étaient ses auteurs favoris, et ii puisait presque toujours dans leurs écrits immortels le •sujet de ses compositions.

" Xa révolution sembla le tirer de cette espèce de léiharigle de l'âme àlaquelle il paraissait succomber, parce qu'U était ennenii du 'fanatisme et du despotisme. Mais la moct 'de Mancini, et les difficultés interminables de sa succession, l'ayant privé de la modique pension que le littétatêur avait laissée à l'artiste, et la banqueroute du prince de Ligne *kii ayant enlevé sa dernière ressource, le chagrin s'empara de lui. En vain le ministre français de Tfeufchâteau lui fit-il parvenir quelques secours pécuniaires, il se vit en proie â toutes lés horreurs de l'indigence. Une apoplexie l'en délivra le 23 février IBOÔ,

Le commencement et la fin de sa carrière furent péni- Jbles et laborieux. Le milieu avaitété brillant; cependant

15S LES PATSAN3 ILLUSTRES.

&3i mémoire ne vit plus que daus le souvenir des artistes ou des amateurs. l '

Jovin, consul de Rome en 367, naquit près de la ville de Reims dans le iv* siècle. Sorti des dernières classes de la société, s'il faut en croire un historien moderne, il s'éleva par ses talents aux premières places de l'empire. Quoiqu'il eût embrassé la religion du Christ sous l'empereur Julien, cette démarche ne le discrédita pas dans Tesprit du prince, qui l'estimait, qui l'honorait de sa confiance, et qui se l'attacha comme un honune ég^" Icment propre à la guerre et aux négociations. Il aida cet empereur philosophe à monter si^r le trône après la mort de Constance, et le suivit dans son expédition contre les Perses.

Julien y périt, et sa mort changea la fortune de Jovin * il devint suspect au nouvel empereur Jovien, qui lui £ta sa charge de général de la cavalerie dans les Gaules, parce qu'il espérait qu'un homme placé par lui s'appliquerait davantage à soutenir le trône encore mal affermi de son protecteur.

létL politique de cet empereur lui réussit mal : celui qu'il avaif enrichi des dépouilles de Jovin fut tué ave^ tous les sièns^ avisant d'avoir pris possession de sa char^ç.

IMê »4TSANg IhkVSIMMS. 159

C'en était £^y. et dto ce moment les Gaide« secouaient pour toitîa|ir.9 U jçAg de la ilonitiîaliotf romûne^ri ce graod homnte, décJaigDaAt la yeageiaiee, n^eât ramené à aon devoir Tacm^e itiécraslente et tèrtAUe. Dé$ soldats en- T^4* par JetiB povtèrent en dUigence lesnouTtiUes à l?6iB|>erex]f'9 cpiii istttimkdu soulèvement, en attendait de plus funestes. En réccrnipenae, il rendit à Jovin sa première autorisé ;. elle fut encore augmentée sous les empe- Kf^s .yt^lc&9 et Yalentiniien.

Mm deux princes^ en se partageant Fempire, se partagèrent imsst les officiers les plus distingués par leur charge et lfMf$iintAé Valentinten retint Jovin à son service ^ et Vs Ifûssa dans les Gaules. Pendant quHl était à Paris, un Kiaad nombre d'Allentaiids' passèrent le Rhin contre la foldes traités, et «erépandii^ent dans la campagne, qu'ils paient et ravageaient eh barbares.

' ioi^u ne-reotpas plutôt appris, qu'il partît pour les i^p^aitre ^ il idéfit la première troupe dans cette province ^'ofl! appelle a^eord'liui la Lormihe. Ceux de la seconde, pau éloigàéA et dans uke^'iéëtirité parfaite, se lîvrdent f»M précaniriene S tous lès-èstès dont est capable le soldat ItM^arel ^;ihdi8ei|iti&é. Jèyln, qtxi les observait, saisit le moofiept d'une débauche- générale., brusqtie l'attaque, les taille ea. pièces, reprend leèr-buttii,et, sans laisser reposer son armée, la mène près de Ghâlons, où il trouve le reste des ennemis sur la défensive.

Ce dernier combat fut o^niàtre : les Allemands résistèrent longtemps et vendireBt cher la victoire; mais ilf

160 LU FATSANB ILLUSTEES.

furent enfin dissipés et perdirent leur roi| qu'un tribun 6t pendre à un iurlure comme un brigand; action cru^e dont Jovin njiarqua une ex^àm indignation.

Il est consolant pour riraminité de trouver dans ce siècle d'anarcUie, pu le droit des gens ëtak te drotC du jhu fort, un lio^me conune Jovîn, ^i ne croyait pif qu'un ennemi ài^rmé f û^ digne du dernier sup^ce, parce que le sort des armes lui avait été infidèle* Teb furent les derniers exploits de Jovin, général babile, sujet fidèle, excellent citoyen, •inéi)ranlal;»le dans son devoir, et incapable de se dégrader par les bassesses dé la jalousie, dont il arait été la victime. 11 ne désl^mora par aucune làcbei^ tes laisceaux dont il futhonoi*é. Jovin inentra en sa'pflftcmne, aux Romains, un consul pris parmi tt$ natieéa qu'ils ap^ pelaient b^^bares, mais digne des siècles les plus vertueux de la république. Il avait fait bfttir une église à Rdms sous l'invocation des saints Yital M iiprÎMlè': il la choisit pour être sa sépulture. Son toasbeau, qu*oa y voit encore, passe pour un des plus t)^ux o uvwag e i de sculpture de ce temps qui soit en Europe. L'historien MéMimi rapporte que Jovin eut ime fille qui ^louaaCreaoence le père, lequel tenait {es écoles de Narixmne. Les recherches que nous avons faites pour édaircir le fait ne nous ont fien appris de concluant sur ce point*

LU PITSUIS ILLDSIIXa.

HJNOT (Andocu).

]unot, dac d'Abraotès, génital de dinNon, colonel générml des huuardj et grand-cordon de UL^od- d'Honneur, naquit 1 louy-ke-Forgea, départeraent de la Cdud'Or, le 33 octotire 1771 , de parmU cuiUratcurs qui lui' firent donner une Mncadon mMiocre, quoique an-dcMU* de leur eut. Il était, i l'époque de la révolutios, étudiant en droit. II partagea, en 1793, cet enthousiasme guerrier

qui appelait les Français à la défense de la patrie. Parti dans l'un des bataillons de la Côte-d'Or comme toIobtaire et simple grenadier, il se fit remarquer dabs fautes les circonstances par un courage auquel souvent on aurait pu donner le nom de témérité.

Pendant le siège de Tou^on, Bonaparte, qui avait été chargé de diriger TartilUrie, demande, pour prendre des noies, un sergent qui sache écrire ; on lui désigne Junot. Bonapaite lui trouva de l'intelligence, se l'attacha, le nomma plus tard son aide de camp, et le prit avec lui dana l'immoitelle campagne d!Italie, où Junot déploya Une grande intrépidité. Il suivit en Egypte le vainqueur de riialie, montra dans toutes les occasions le même courage, et se distingua principalement au siège de Nazareth, où il ne craignit pas d'attaquer, à la tête de trois cents cavaliers, un corps de dix mille Musulmans, qu'avec le secours de Kiéber il mit en déroute.

De retour eA France, il y participa à la révolution du 18 brumaire, qui* mit le pouvoir entre les mains de Bonaparte, et continua de remplir les fonctions d'aide de camp auprès du premier consul. Au commencement de 1804, il fut nommé commaildaiit,^ puis ^ouvemqur de Paris • Il passa ensuite! Tasméed/Angl^erre ^ qualité de l^^'^éral da division^, et reçuti Ift li4r^d^£fflaBel(é^r44f^l¥^9r aardi. Le !«' féfvrier. IRfi, jl ql^tîyt.la ^^rat^i^ du :gnKid«atgle de la LégncuiDd'Iloiiti^ur» £4VQy^>.^ ambas^ à Lisbonne, la: haute* réjiatat^oii dont jl jouîssiH^

JJES PITSANS ILLUSTRES. . 193

engagea le prince régent à te nommer. chevalier de Fordce du Christ.

En 1805| il quitta momentanément ses fonctioBS d-am*. bassadeur pour se rendre à Tannée d'Allemagne. A la journée d'Austerlitz, il combattit sous les yeux46 Napoléon, et fit des prodiges de valeur. U retourna «pielqQe temps après à Lisbonne ; mais là bonne intelligence ayant cessé d'exister entre le Portugal et la France, il quitta le rôle d'ambassadeur pour reparaître comme général. Chargé de prendre possession du royaume de Portugal) lorsque la famille régnante l'eut abandonné pour se rendre «fu Brésil, il le fit sans éprouver une grande oppositicin. Il obtint par la suite le titre de duc d'Abrantès, appartenant précédemment à une des plus illustres familles des bords du Tage. Il n'avait, pour contenir ce pa]^, que peu de troupes, et s'y maintenait depuis deux ans, quand lord Wellington, à la tête d'une armée nombreuse, yi<iit l'attaquer dans Lisbonne. Junot et les braves qu'il conunandait soutinrent l'attaque des Anglais avec leur courage ordinaire ; et si, en raison de l'infériorité du nombre, ils ne parvinrent pas à faire lever le siège à ces derniers, que protégeaient les habitants, ils obtintent du nK>ins une capitulation des plus honorables. Par cette capitulation, qui eut lieu le 30 août 1808, l'armée française et son général quittèrent Lisbonne avec les honneurs de la guerre, et sortirent du Portugal sans aucune opposition. Cependant cet événement contrariait trop les pfojete- de l'empereur Napoléon, pour qu'il n'en témoignât pas quel-

164 LES PirSANS ILLDflTatS.

que ressentiment à Junot. Il fut disgracie et resta sans emploi jusqu'en 1812.

A cette époque, Napoléon, voulant porter la guerre au sein de la Russie, eut besoin de s'entourer de nouveau de tous ses braves. Il confia au duc d'Abrantès le commandement du huitième corps de la grande-armée; mais les diverses positions qu'occupa ce corps ne permirent pas toujours à son chef de signaler, comme il l'eût voulu, son bouillant courage. Il se conduisit néanmoins avec beaucoup de distinction, le 19 août, au combat deValentîno.

A peine de retour en France, le duc d'Abrantès partit pour aller prendre le gouvernement des provinces iilyriennes ; mais bientôt, attaqué d'une maladie dangereuse, ses facultés intellectuelles parurent s'affaiblir. Ramené en France chez son père, résidant à Montbard, le 12 juillet 1813, il y était à peine depuis deux heures, qu'en proie à un violent accès de fièvre, il sauta par la fenêtre et se cassa une cuisse. Dans le délire qui l'agitait, il dérangea tous les appareils : l'amputation fut jugée nécessaire et ordonnée. Ce fut par suite de cette amputation que le duc d'Abrantès mourut le 28 du même mois, laissant dans la désolation sa famille et les habitants de Montbard, dont, à une autre époque, il avait été le bienfaiteur. Sa tombe s'élève, sans ornements, parmi celles de ses compatriotes, au milieu desquels il aimait tant à se confondre.

On ne lira pas sans intérêt l'anecdote suivante, dont l'authenticité nous est garantie par une personne qui a

Lié *PATiSAN8 ILLUSTRES. 165

bien eonnu le général Junot. A son retour d^£gf pie, il alla en Bourgogne voir sa famille, et s'arrêta à Montbard, lieu de ses étude» et de sei premiers plaiârS| où rien ne laissait présager alors qu'il devait sitôt terminer ses jours. Son fdus grand empressement^ en arrivant, fut de courir <^ea ses anciens camarades^ et de leur témoigner que la fortune n'avait jioint altéré les sentiments de son cœur. Sans le cours de ses visites» ayant rencontré son maître, que depuis longtemps il croyait mort) il se jeta à son cou et le serra dans ses bras avec la plus vive émotion. Le vieillard^ suipris de recevoir ces témoignages d'affection de la part d'un booune dont l'extérieur annonçait l'élévation et la riebessor resta conhs et incertain, a Gomment, dit Junol^ne me reconnaissez-vous pas?— Non, monsieur, je n'ai p9» cet bonneur. — Quoi ! vous né reconnaisse! pa&le plus paresseux, le plus libertin, le plus mauvais sujet de vos écoliers 7— Serait-ce monsieur Junot à qui j'ai l'honneur de parler? >» répondit enfin le maître.' A ces mots, le général, qui ne put s'empêcher de sourire de la naïveté du vieillard, l'embrassa de nouveau. Quelque temps après il lui fit une pension.

Le duc d'Abrantès, ami des beaux-arts et principalement de la peinture, possédait une collection de tableaux du plus grand prix.

KLÉBEB (Jux-Baptisie).

Lorsque la pctstirité parcourra l'hiBloira de Napolëon, j« ne >aii si aile ser« plus ^tonnée de cette fortune gi^ntMque qui eSice toutes Les gloires anciennes, que de ceOe longue suite de héros qui Tiennent posq* A cAté de lui. Combien de ses grands capitaines dont les bauts faits ot>timnent i peine une mention bistorique, que les poëlea ÀK l'antiquité auraient citébr^ comme les enfants de« '■eux! L'auréoU rajenuante de Napoléon éblouit, et si lea

yeux étohnia distinguçnt autour de lui quelques iliîages nobles et glorieuses, ce sont des traits de hëro»; car il faut être grand pour" faire dire son nom entre les chants ^'Austérlîtz et de Marengo, il fallait être fort pour porter Fenseigne de Bonaparte devant les bataillons qu'il arait guidés tant de fois sur le champ d'hcmtteur; Rlëber pensa qu'elle ne serait pas trop lourde à son bras, et celui qui semblait être destiné" à vivre obscur parmi les gens aux gages de la maison de Rohan, trouva aftseï de génie dans son âme pour remplacer le général en chef de larmëe d'Italie et le vainqueiur des Pyramides.

Fils d'un terrassier de Strasbourg, Kléber passa âa pre« mière jeunesse chea^ un ecclésiastique, son parent, qui s*était chargé de son éducation ; avant qu'elle fut terminée, ses parents l'envoyèrent à Paris pour étudier l'archilecture^ pouic laquelle il se sentait de gr$indes dispositions. Il eut un maître fort habile et il prdSta de ses levons ; mais comme les arts ne lui offraient pas desriioyens de fortune, il éiait retourné à Strasbourg, indécis pour le choix d'un état, lorsque le hasard lui fit tenter la carrière n^litaire, où il devait acquérir tant de gloire.

Il se trouvait un jour dans un café assis auprès de quelques Bavarois que des jeunes gens insultèrent : indigné de cette injuste agression, il prit vivement le parti des étrangers contre ses compatriotes, et provoqua ces derniers en duel. Les Bavarois, pleins de reconnaissance pour le procédé hardi et généreux de Kléber, lui firent une description séduisante de l'état militaire, en lui proposant

166 l'U PATSIHS ILLUS^BIi.

d'entrer k l'école de Munich. Le jeune Kléber, en les écott- Unt, se sentit pénétré du feu avec lequel ils lui parlaient : il accepta leur o£Ere, et devint bientôt un des meilleurs éières de cette école militaire. Le général de Kaunitz, dont il obtint la protection, le noniina lieutenant dans son régiment, oiî il resta depuis 1772 jusqu'en 1783. Ayan^ alors obtenu un congé pour revenir dans sa patrie, il se décida, d'après l'avis de sa famille, à donner sa démission pour demander un emploi, civil plus avantageux : il obtin^ la place d'inspecteur des bâtiments de la haute Alsace, et il l'occupa pendant six ans.

La révolution française qui survint le trouva disposé à embrasser ses principes : il entra comme adjudant-major daos un des premiers bataillons de volontaires qui s'or* ganisaient. Il passa six mois à Ribauvillers, pendant lesquels il mit sur le pied de guerre le bataillon dont il faisaut partie, qui devint un des meilleurs de l'arjmée. Il se rendit ensuite à l'armée du général Custine, sous }ea rem parts de Mayence, et sollicita une place d'aide de camp du général Ferrière^ qui con;imandait à Porentruy; mais n'ayant pu l'obtenir, il porta toute son attention sur les travaux du sié|[e, pendant lequel il montra tant de bravoure et de talents militaires, que sa conduite fut imanimément approuvée, et les généraux témoignèrent k Kléber la plus flatteuse bienveillance. Rewbel et Merlin de Thionville, commissaires de la Convention, le nommèrent adjudant-général. Néanmoins, au moment où il rentrait ^n Fjignce à la tête d'une des colonnes de Tannée victo*

ItS PAfSAlfS ILLÛSTAtS. * 169

riease, il fut arrêté à Nancy, et conduit sous escorte à Paris. Le minbtre de la guerre le fit mettre aussitôt en liberté, et le nomma général de brigade, en le confirmant dans le grade auquel Tavaient élevé les commissaires de la Convention. Appelé alors en témoignage dans le procès de l'infortuné Custine, Kléber déposa avec autant de courage que de loyauté, et partit deux jours après pour laVendée, avec la garnison de Mayence.

Il avait conçu un plan d'attaque que les irrésolutions du comité de salut public ne lui permirent jamais d'exécuter. La première bataille qu'il engagea fut celle Je Torfou, dans laquelle il reçut une blessure profonde à répanle en chargeant à la tète des grenadiers d'à vant«garde. Il obtint ensuite plusieurs avantages, surtout avi combat du Mans, à celui de SareUay, et dans l'impor* tante expédition contre File de Noirmoutiers, qu'il fut seul chargé de diriger. Les principaux chefs vendéens ayant été alors Cuits prisonniers, l'un d'eux, le prince de Talmont, sur le point de mourir, lui témoigna hautement son estime.

Ce fut pendant cette campagne que se passa le beau fait d'armes qui rappelle dans nos annales politiques le fameux passage des Thermopyles. Les républicains étaient en re« traite et vivement poursuivis par un ennemi supérieur, après ^voir essuyé un échec considérable* Kléber aperçoit un d^lé, et reconnaît d'un coup d'œil qu'il est posuble d'arrêter la marche des ennemis, en sacrifiant trois cents liomjnes : il appelle un officier dont il connaît l'intrépi-

.1^0 LIS PATS4N8 ILLU»TRI9«

•dite et le dévoueinept, « Vous Met Ojooiipér pe postjei, lui dit-it ; tous y serez bientôt attaqué p«r Tdanemi ; V4>m y périrez ; mais vous saïuverez rarmée. » Il embrasse enguite l'officier et lui dit un éternel adieu» Le défilé est ot^ cupé par ces trois cents hommes. Quelques heures aprèa, ib avaient tous cessé de vivre 1 mais leur trépas coiis(nrv«it .à l,a patrie une armée entière.

Kléber, de retour à Paris, fut envoyé à l'arçaée du Nord, puis à celle de Sambre-et-Meuse, «t se couvrit de gloire à la bataillé de Pleuras, 0Ù les Autrichiens et les Anglais perdirent plus de dix mille hommes^ et duretit mis dans une déroute complète. Le généml Kléber^ qui avait en tête le prince d'Orange, le poursuivit >usqu'a« pool de MarchienneSy où il se battit encore. Il s'ettpai^a dk Mons le 1'' juillet, ayant sous[4es ordre» trois divisions. Quinte jours après, il se ifenâit maltre> de .LoUv»o, puis du célèbre poste con^u sont U n<$ni de la Montagne dfi Fer, et mit, e^ KX^tobré 1794, le siège devant Maestricbr^ où il entra victorieux dprès^ onie jours dti tranchée Oitverte. Il servit encore Tannée suivante à la même armée» commanda le passuge du Rhin devait DusstiUlorff, et eut upe grande part aux succès qu'dbtifti Jourdan dans le commencement de la campagne de 1796. Il battit les e»* nemis à Altenkirchen, à Bubbaeh, et s^coipanadeFraiio^ f^t, ou il trouv£^ une nombreuse artillerie. Beis après il continua de poursuivre les Autrichiens, qu'il atteigût près de RedniUf et à qui il enleva soixante pièœs de çânon.

Le d%>ât que U Directoire faisait ^m^éprouvef à lu

LES PAYSANS ILLUSTAEtf. I7l

plupart des généraux,^ porta Klëber â se démettre du oommandement : il vint k Paris ; là H fat en qnèlqiie tforte conduit au Directoire comme maigre lui par le ministre Petiet; toiais il quitta bientôt Paris, et il fit nu voyage dans le département du Haut-Rbin, où ses aiiits se proposaient dé le faire nommer membre du Corps législatif. Leur espérance fut trompée, et Kléber revint à Paris. îl s*y trouvait à Tépoque de la révolution des 18 et 19 fructidor^ Ses ennemis, parmi lesquels on compté avec regret le général Hoche, cberchêrent alors, mais vainément, à le faire inscrire sur la liste des déportés, ^

* Ayant passé à Tarmée d'Angleterre, après le traité de' Campo-Formio, Kléber fut nommé par le général en chef Bonaparte, pour faire partie de l'expéditioi^ d'Egypte. U 30 juin t79S, il débarqua devant Alexandrie, et reçut un coup de feu à la tète en escaladant les murs de cette place. Le général en chef tul ordonna de passer à Cothich pour former le blocus d'El-Arîsh ; et le 13 février 1799, il ai*riva, après une marche* forcée dans le désert, devant lâ ville de Jaffa, qui fut emportée avec ses fortsi Accompagné du général Fon, il présenta quelques jours après la bataille à Abdalla-Pacha, qui s'était retiré sur les liauteui*s de Korsscron, avec deux mille chevaux et di^ mille Turcs^ Kléber, enveloppé à Sed-Jarra par quatre mille hommes, attaqua en même temps la cavalerie et le camp retranché, dea ennemis, qu'il enleva de vive force. Cette victoire fut suivie de celle à laquelle l'histoire a donné le nom de vie-

toire du Mont-Thabor, remportée par les géaéraux Bo* naparte et Klëber.

De retour au Caire, et après le triomphe d*Aboukir, qui vengea la floite française, le général en clief Bonaparte ayant résolu de revenir en Fraitce, nomma Klëber pour le remplacer dans le commandement général de l'armée d^gypie. L'armée, encore forte de quinze miUe combattants, se trouvait d'ailleurs dans un état très-critique. Kléber poursuivit les négociations commencées ave^c le grand- visir, noa qu'il en espérât quelque résultat avantageux, n^ais pour gagner du temps, en attendaût qu'on lui envoyât du secours. Sur ces entre£aites,le grandvisir avançait de Damas, et une flotte arrivée devant Damiette débarqua quatre milU Janissaires. On fut obligé d'en venir aux mains : le carnage fut horrible, et tous les Janissaires furent taillés en pièces, à l'exception de huit cents qui furent fsdts prisonniers. Cet avantage, quoique important, ^*était rien moins que décisif, et il rendit même les négociations plus difficiles. Une armée de soixante miUe hommes^ sous les ordres du visir, s'avançait en toute hàte^ en se grossissant à chaque instant par de nouvelles troupes asiatiques, et déjà la tête en était arrivée k Jaffa ; mais le commodore Sidney-Smith, sur la proposition de Kléber, entama des négociations plus régulières que celles qui avaient encore eu lieu jusquelà. Le général Desaix et M. Poussielgue traitaient sur le vaisseau-amiral, avec le commodore, qui en avait reçu le pouvoir du visir, quand on apprit la prjse du fort d'El-

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Arish par rarn^fi ott<Hnaiie, qui se montait alors 4 quatre* vingt mille hommes, avec soizaiite*dix pièces de canon. EUe était en outre dirigée par des officiers européens, et Uéber n'avait à opposer à des forces aussi considérables que Iniit mille ci|iq cents hommes, partagés en trois corps. Dans cette position critique, il ordonna à ses j^énipotentiaires denerompre les négociations qu'autant qu'on proposerait de traiter sur des bases qui compromissent lasdreté ou la gloire du nom français. Sir Sidney-Smith mit dans ces négociations de la franchise et de la loyauté. Apris plusieurs notes officielles remises par le coœmodore anglais, et approuvées par le visir, on conclut enfin à Ei^Arish, le 24 janvier 1800, untraité qui portait en sub- Itance « que l'armée française évacuerait l'Egypte sous trois mois; qu'elle serait nourrie jusque-là et pendant la traversée eux fraia de la Porte ; qu'on lui fournirait des bâtiments de transport et une escorte de vaisseaux de guerre 2 que, de son côté, elle n'inquiéterait aucun dea aULéa de la Porte, jusqu'à son arrivée en France ; qu'on lai livrerait trois mille bourses, chacune de trois cents piastres, pour faciliter son départ, somme qui serait prise sur les maganna laissés par les Français ; que l'armée ne lèverait plus d'impdts, qu'aucun habitant ne serait in*^ quiété pour s'être réuni aux Français; que les proprié^ téa des sujets, respectifs des deux pnissaiices, confisfpiéea pendant la guerre,^ seraient restituées^ et les su jets^arrêtés soit en France, soit en Turquie, aussitôt remis en li« bertéi etc., etc. » Kléber avait souscrit à toutes ces condir

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