NOLLET
NoUet (l'abbé Jean- Antoine), l'un des hommes qui ont le plus contribué à répandre en France le goût de la physique, naquit en 1700 à JPimbré, village du Noyonnais, de cultivateurs qui, voulant lui assurer les avantages d'une bonne éducation, l'envoyèrent faire ses études au collège de Beau vais. Après avoir achevé ses humanités, il vint à Paris suivre un cours de philosophie, et il se char* gea en même temps de l'éducation du fils de Taibout, greffier de Fhôtel-de-ville. Ses parents le destinaient à l'état ecclésiastique ; mais son goût l'entraînait vers les sciences, et il employait tous ses loisirs à travailler en ém§Lil, ou à répéter dans son petit laboratoire les èxpé^
rlences de physique que ses maîtres lui avaient enseignées. Son application le fit connaître promptement ; et il fut admis en 1728 dans une société formée sous la protection du comte de Clermont, pour Fayancement des sciences.
Dufay, connu par l'accroissement qu'il donna au Jardin des Plantes, associa Nollet à ses recherches sur Télectricité, et Réaumur lui laissa bientôt la libre disposition de son laboratoire, où il trouva les moyens de satisfaire am-
pkment sa curiosité. En 1734, il fit avec Dufay un voyagé èa Angleterre et en Hollande, pour jouir de la conversation des" savants.
' Revenu à Paris, de Tavis de ses amis il fit un cours de physique qui eut beaucoup de succès. L'Académie des sciences lui ouvrit ses portes en 1739, et la même année il fut appelé à Turin, pour répéter ses belles expériences devant le duc de Savoie.
En 1742, il se rendit à Cordeaux,* à la prière des phynciens de cette ville, pour faire un cours, auquel s'em-» pressèrent d'assister tous les hommes remarquables paf leur science. Nollet publia bientôt la première partie de ses leçons de physique.
C'était l'ouvrage le plus clair et le plus méthodique qui eût encore paru en ce genre ; les brillantes découvertes de Newton sur la lumière y étaient mises, pour la preiûière fois^ à la portée des esprits ordinaires.
Les succès qu'il obtint déterminèrent Nollet à le perfeci lionner et à y joindre le résulut de ses nouvelles ^xpé*
S70 UU PAÎlAlfS ILLOmU.
riencef sur rëlectricité, branche qui denai dant la suite robjet particulicx de ses recherches. Llionneur ^'eal Nollet de Caire un cours de physique à Versailles lui mé« rita la protection du dauphin.
On rapporte cependant qu'un homme en place à qui le dauphin l'avait adressé, accueillit froidement ses. ouvrages ; et que lui ayant dit : « Je ne lis guère ces sortes^ de livres, »NoUet lui répondit: « Monsieur, je vais les laisser dans votre antichambre, il s'y trouvera peut-être desgeos d'esprit qui les liront. » En 1749, le roi l'envoya en Italie, pour recueillir des notions exactes sur l'état des sciences dans cette belle contrée. Il remplit cette mission ea liomme qui en appréciait l'importance, et en rapporta de liombreux manuscrits dont il fit part à l'Académie.
Après avoir été professeur au collège de Navarre, à La Fère et à Mézières, Nollet mourut au Louvre, ou U roi lui avait accordé un logement.
Ce grand j^ysieien était désintéressé et consacrait toute sa fortune, fruit de son travail, à soulager les malheureux et à aider ses pauvres parents, dont il ne rougit jamais.
PALISSY (Bbiuiârb de).
Ce paysan de Saintonge était vraiment vn homme de génie. Il naquit le 16 avril 1499, dans le diocèse d'Agen, de parents si pauvres, qu'ils ne purent presque donner
U» 9AnÂm ILLft8TRE0. Sffl
BMiaan nfn i son éducation. H aj^t cependant à lire et* à écrire, et sVtant appliqué dans sa jeunesse à Tarpentagei on k diargea de quelques contmissions qui lui procufètent une sorte d'aisance. L'habitude de tracer des lignes et des figures géométriques lui inspira le goût du dessin, qu'il développa en copiant les ouvrages des grands maiîtt» de PItalie. «t L'on pensait en notre pays, dit-il, que fêtais plus sai^at eu l'art de peindre que je n'étais. Je peignais des idiages.» On l'employa ausn à peindre des
C'est arec ces talents qu'il voyagea depuis la mer de flandreet des Bays-*Bas et depuis la Bretagne jusqu'au Rhin* Dès lors ses rues sur la nature se développèrent»
La chimie était eacore courerte de mystères, sans principea flpsnme sans méthodfî ; il n'y avait |x>int d'école, et c'étoient des apothicaires qui renseignaient*
Palissy pénétra jusque dans les antrei^ de ces hommes qui prétendaient changer tous les corps en un métal précieux, et il n'y trouva que des charlatans tour à tpur dupes et fripons. Il osa s'élever contre leurs sottises et leurs préjugés. Unphilosophe étonna beaucoup^oar Montaigne n'avait pas encore paru. ^
Palissy, fixé en Saintonge, est tout à coup emporté par le désir de £sire de nouvelles découvertes; il abandonne rétat de géomètre, de dessinateur, d'architecte, de peintre et de chimiste, qui assurait son exbtence et celle de sa fionille. On le voit prendre des tessons de terre, les cou* nir de ses drogues, et aller tantôt chez les potiers,, tantfti
97tlt LE» rATSAjrS. illu^tmes.
cti£z les Terriers, pour essayer des émaux dans leurs fonrs.^ Toutes ces tentatives sont infiouctueuses, et des obstacles miprévus l'accablent. La peine, la dépense et la misère, tous les fléaux du ciel se rassemblent contre lui;^ dans soit i^telier il est sans succès, dans le monde on le méprise, et sa femme, qui ne veut plus souffler^ brise ses fimmeâûz» U lutte contre les revers et il réussit. Tous les grand» seigneurs voulurent que sa belle poterie décorât leurs jardins, et, malgré Téclat de sa faSenee, il ne prit que le titre singulier et modeste d'oumer de terre et Hinpenimr de rustiques fi galeries»
Palissy était protestant, il faillit être victime de l'édif donné par Henri II à Rouen, dans le courant de juin 15fi9. 14 fut traîné en prison,et son supplice se préparait, lorsque le connétable de Montmorency parvint à briser ses tere*
Il vint demeurer aux Tuileries, vis~à^vis la Seine* Il y courut de nouveaux risques et n'échappa que par. un prodige aux proscriptions du 24 août 1572.
On peut juger de la trempe d'âme de cet bomme par lu réponse qu'il fît un jour à Henri III, qui était allé le voir à la Bastille, où il avait été enfermé par l'ordre des Seize, c Mon bon bomme, lui dit ce prince, si voué ne vous accommodex sur le fait de la religion, je suis contfaint-de vous laisser entre les mains de mes ennemis. — - Sire, lui répondit ce généreux vieillard, vous m'avies dit plusieurs fois que vous aviez pitié de moi, mais moi j'ai pitié de vous qui avez prononcé ces mots : Je suis eantraini. Ce n'est l^as parler en roi, mais je vous apprendrai en langage
Tuy^iy'qixe les tiriiisards, tout votre peupie m tous ne sauriez contraindre uq potier à fléchir lès genoux devant des statues. »
On n'en vint pas à cette extrémité. Le duc de Mayenne, ne pouvant le délivreri fit du moins retarder l'instruction de son procès^ et il termina en prison^ vers 1589, à 1 âge de quatre-vingt-dix ans, une vie qu'il avait Honorée par de grands talents et par de rares vertus.
Cet homme, qui n'avait eu d'autres biens que le md et la tetre^ est le premier qui ait donné des leçons pi»> bliques dliistoire naturelle. Ses lefons ne se boiraient pas- à montrer des morceaux curieux dont il acvût une rare collection^ il proposait sur la formation de tous ces morceaux des conjectures qui ont été justifiées par les observations des Buffon et des Sage. Il avait des idées très-!-aaine8 sur les coquilles fossiles, qu'il jugea avoir ét^ Reposées par la mer, sur leur usage dans la construction -des vaisseaux, sur la préparalioa du sel toilimw dans Ic^s marais salants, sur les glaces, sur lei émaux et sur le feu. ' Palissy est encore le premiec qiii enseigna la vrate théorie des fontaines. Il fut donc» oomnïe ditPoii^teneUe» Yussi grand physicien que la aiUttro seule puisse en former.
A MÛ génie extraordinaire, PaUssy joignait betfuQdlips dei>robité, de candeur, et une âme forte. Si Plutarque eût connu tm tel homme, il l'aurait peint avec les couleur vives de son pinceau sublime^ Palissy était très-savant, ^oiqu'il ne sût ni grec ni latin, et. son style simple ot
9^4 ïMâ fituM tiLtmau:
dair t quelque chose de la tiracité et dr F&iergie de celai Montagne.
Varis-Duyemey (Joseph) , élève financier, Aâit le tml« aîème des quatre frères qui eurent une grande part à radmlBislFation des finances so«s DesmareiSi le duc de IToaiHes et d'Argenson. L'atné se nomniaît A&toine, k seoond La Montagne, et le quatrième Montmartdi» .Ils étaient nés à Moras, dans le Banphiné^ ou leur père te^ sait une petite auberge, tout en faisant valoir une petite fbnne qfit son onele hii arait donnée. Les frères Paria finrent asses heureux pour rendre un serrice assez important au muaitionnaire de rarmée dltalie, qui n'aTait pas eu le teafips de former des naagasins. Ils préserrèrent en<eoite le Sauphiné des horreuia de la £imine en ftisaot arriTcr des blés de la Bourgogne, qui en avait en abondance. Au lieu de kor témoigner la reoonnai^saace qu'oi» leur devait, mais^ qu*ib ne demandaient paB, on les a^ casa de monopole et ils furent obligés de chercher un asile dans la capitale pour échapper aux poursuites de ritttendant de la province. En 1704, TAlné des Paris ayant été chargé de la dbeclion des vivres de Tannée de Planr dre, s^tfsoda à son frère dcmt il connaissait le stte et FaetlMtéi et^triomphant des obstacles de toutf enre
Z^BS FAISANS SliDSnStrt S75
sionikéi par 1a pémiiie des finaQ€es et le reTue de nos af^* jnéesy il pourvut à la subsi^ance des troupes au moyen de rimmense crédit que lui doaun sa fidélité à remplir engagements^
Les tajents et la probité des frères Paris étaient déjà si connus, que le fameux Samuel Bernard leur pritA quatre millions pour les aider à faire face aux besoins du sènrice. En 1708, Paris Tainé fut nomnné trésorier des troupes, et quoiqu'il n'eut en entrant en campagne que la faible somme de 28,000 livres, les soldats furent to»* jours exactement payés, çt la solde set trouva mise 4 jput quand Tarmée prit ses quartiers d'hiver. Pour ne pas ai^gnenter Tismbarras du contrôleur général De»» marets, il consi^tit à attendre le rembo^ement des sommes énormes qui lui étaient dueto par k trésor, sans exiger autre chose que leH intérêt^ qu'il payait hti-mème à ses créanciers. Cette preuve de désintéressement lut ralut la protection de Desm^rets, qui lui fit obtenir peu de temps après l'agrément du roi pour une charge de receveur général des Unancefll, et procura de l'avant eement à ses frères. Le rjenvoi du miiiistre éloigna mo» mentanément des affaires les frères Paris> qui eurent It^eaucoUp de pdne k être liquidés de leurs créances. Cependant le régent s'occupait de réparer le déscM'dre des finances ocoisionnépar les dernière) guerres. U obligea les frères Paris de se duurger du bail des f entnes, et dès la pc^ nûère année ils en augmentèrent le produit de plusieurs millions paf le bon ordr^ q[u'tts établir«aiA dans |a
S76 VÊÊ PÀTSiMs ïLVonBXs:
tabilité, et par dc§ opérations habilement eombin^es/ tfoi tournèrent au profit de l'Etat sans accroître la charge des contribuables. Duremey présenta au prince différents plans de finance qui reçurent son approbation. ' L'Écossais Law ayant séduit le régent par son système, les avis de Duyerney furent méprisés. Il eut cependant le courage de présenter un nouveau mémoire pour prouver qu*en moins de dix-huit mois la dette serait augmentée de 8 pour 1. Le prince communiqua le mémoire à Law, et Celui«c1, furieux d'avoir été démasqué, fit exiler les frères Paris dans le Dauphiné. La chute du système, qu'ils avaient prédite, termina leur exil; on se hâta de les rappeler pour les consulter sur les mesures les plus propres à réparer le mal qu*ib n'avaient pu empêcher. ' DuTemey conseilla d'assurer le paiement des dettes réeBca, et de recourir au visa à l'égard de tous les papiers Au système dont l'État nepôuvait être garant pour leur taleur fictive ; il fut chargé avec ses frères de l'exécudon de cette mesure, et ils s'acquittèrent, dit Voltaire, avec un talent {m>dîgieux de cette opération de finance et de j.usticè', la plus grande et la plus difficile qui ait jamais été faite chét aucun peuple.
Bes services si importants méritaient des récompenses extraordinaires. Les frères Paris reçurent des lettres de ^iobles8^, ma» leur fortune rapide avait soulevé bien des passibiis contre eux. Après la mort du régent, Ouvertiey continua dé jouir de la confiance du duc de Bourbon, iffii remplissait les fonctions de premier mis|ltre. Quel»
lis PAYSANS IhLVSTKEi. 47?
ifties services qu'il arait eu oècision àe rendre à la maj>< quise de Prie ravalent mis en crédit près de cette favorite du prince s elle consentit à Tappuyer dans son projet d*^ loigner de la cour le cardinal deFleury, et de mettre Ir jeune roi dans la dépendance de son amant en lui faisant épouser mademoiselle de Termandois. La découverte de cette intrigue indisposa contre lui le cardinal. Buverney ImC accusé d'avoir conseillé l'établissement d'impôts qui déplaisaient moins en eux-mêmes que par leur nou* veauté, et les frères Paris furent éloignés de la cour ; ils furent exilés* en quatre endroits différents. <
Buverney se retira dans un village près de Langresi chex un ami qui avait eu assez de courage pour lui <^&ir une retraite dans le matheur ; mais au bout de quelqifei jours, il fut arrêté dans cet asite et conduit comme Vla cri^ tninel à la Bastille, d'où il né sortit qu'en 1728.
Malgré un arrêt solennel qui^ le déclara innocent 'd% Ibutes les préventions que ses ennemis avaient élevées con-^ tre lui| il fut renvoyé en exil, où il passa quelque temps occupé de mûrir et de développer divers plans qu'il avait conçus dans l'intérêt de l'Etat. Le ministre sentit enfin la nécessité de rappeler un homme si digne de toute sa confiance, et depuis 1730 il ne cessa d'être consulté sur les opérations xle finances les plus délicates.
Ce fut lui qui fit adopter, en 1751, le projet de VEccle- Militaire, H il en fut nommé le premier intendant, avec îà titre de conseiller d'Etat. L'activité qu'il avait conservée dans un âge avancé ne lui permettait pas de jouir tran-^
I7t Utt VAXSAHl ILLOmUtf.
gomement de ta fortune; il prenût part i loutef lei grani^^ entreprises de commerce^ et se plaisait à aider de les cooseib et de son crédit lean^ociants qni Ini en pa-> nûssaient dignes. DuTemey mourut sans enfant^ le 17 înîUet 1770, et institua son l^taire universel le comte de LaBlacbe, devenu fameux par son procès contre Beaumarchais, qui réclamait de lui une somme de 15,000 fir., d'après un compte réglé avec Duverney , peu de mois afant sa mort.
JeanParisde M ontmartel, frère cadet de Duverney dont il partagea les travaux, acquit aussi une immense CcHrtûne. Son fils, le marquis de Brumoy, n*est connu que par ses d^^enses Colles et eiceastves, et par son godt singulier pour les cérémonies religieuses. Ayant employé 600,000 £r. pour une proeeision, ses parents demandèrent et obtin« rent son interdiction, après des débats qui retentirent dans toute la France. On s«Lt que Brumoy était la mrâon de campagne de notre immortel tragique, le grand Talma.
PliRON (FaAHÇois).
Péron (François,) naturaliste et voyageur^^ naquit le i! mai 1775 k Cérilli, dans le Bourbonnab. La mort de son père Tayant laissé sans fortune, ses parents étaient dTavîs de lui faire apprendre un métier lucratif. Peroni
qui annonçait déjà le goût h ]dii« ^ pour l'étude, o^ dnt d'être placé chez un auré capable de lui eaaeîgQer quelque peu de btin et de philosophie.
LacéTolulion ne tarda pasà éclateri et Péfon^ exalté par les traits d'héroïsme de l'histoire andenne^ voulut suivre la carrière militaire et s'enrôla dans le bataiUon de l'Ai* lier en 1792. Il fut envoyé à Tannée du Rhin» et de là à Landau, alors assiégé» et dont la garnison fit des prodiges de valeur. Après la levée du siège il rejoignit l'arméei qui combattit les Prussiens à Weiesembourg, et qui éprouva ensuite wa échec à Kaiserslàuiem. A cette affaise Pérou fut blessé, fait prînonÀier, et conduit d'abord à Wesel, ptiis à Magdebourg. Cette captivité ne fut pas inutile à son instruction, dit un biographe moderne. Il avait toujours donné à la lecture le temps que n'dlipeait pas son service : n'ayant plus d'occupation, il employa l'argot qu'il avait heureusement conservé à se procurer des livres; il ii»]»ra de l'intérêt à ptusieufs personnes qui lui en prêtèrent, et il se livra sans distraetion à rétude des historiens et des voyageurs. A la fiki de 1794, ayant été échangé, il obtint un congé de réforme, parce que à la suite de ses blessures il avait perdu F œil droit De retour dans ses foyers, il donna quelques mois à la tendresse de sa mère et de ses sœurs, et, désirant prendre un état dans lequel il pût réussir par son application, il obtint du ministre de l'intérieur une place à l'École de médecine de Paris; il en suivit les cours pendant trois anSf ainsi que ceux du Muséum d'histoire nap*
ttO tJÊS PAYSANS ILLXJmii,
turelle. Ses progrès rapides étonnèrent ses côndistiplétf; et il alUdt être reçu docteur lorsqu'une passion contraire lui fit prendre la4étermination de yoyager. Le gouyernement firançait ayait ordonné une expédition pour les terres australes ; Pérou demanda à y être employé. Lé nombre des savants était complet, il ne put d'abord se iaire accueillir. Il pria M. de lussieu, l'un des commis^ iaires chargés du choix des naturalbtes, de solliciter pour lui.
Ce savant botaniste, qui ne put l'écouter sans une vive émotion, lui conseilla de faire un mémoire dans lequel ses motifs seraient exposés, et ensuite, de concert arec M. de Lacépède^ il détenuina ktcommissaires à ne pas repousser un jeune homme dont les connaissances étaient grandes pour son âge. Quelques jours afNrès, Pérou lut à rioaititut un. mémoire sur Tutilîté .de joindre aux autres saf anif de l'expédition un médecin naturaliste, spéciale* Bsent <^rgé de faire des recherches sur l'anthropologie ou l'histoire de Vhomme : il réunit tous les suffrages, et on obtînt du ministre sa nomiuation à une pkcé dé soo-^ logiiCi*
Le 19 octobre 1800, les deux frégates h Géographe et /« NaituraliMe mettent à la voile du Havre. Pérou se lie avec ceux que l'amour des sciences a portés à courir les mêmes dangers, notamment avec M. Freycinet, officier de marine, et Lesueur, qui devint son collaborateur et son ami.
l>u jour même de son arrivée à bord du Géograplte^ il
tMS MTfiAMi IU.OSTRE».. âfti
cotttoieafa des opiratioos mëtéo^rologîques qu'il répéuit . coDstaiDineiit de «i]i heures en six beuresy et qui ne fuirent jamais interronipues pendant, la àwtie du Toyaga. Peu de temps après, il fit sur la température de TOcéaki une belle expérience qui démontre que les eaux sont plus froides dans le fond qu'à la 5ur£&ce,iet qu'elles le soitf d'autant plus qu*on descend à une plus grande profon** deur : résultat qui conduit a de» résiUtats importants pour la physique générale. Après aToir atteint à l'Ile-de- France et relâché à divers points de la Nouvelle -Hollande, on se rendit ^ Timor.
C'est principalement au sépur de Pcron dans cette île, si peu connue du naturaliste, où la mer est peu profonde, et où la chaleur du soleil multiplie à Tinfini Us niollusques et les zoophytes, et les peint. des plus y iveSi couleursi que l'on doit son travail sur ces êtres singu^ Hers.
Curieux de faire des observations d'un autre genne, ii passa plusieurs jours dans l'intérieur des terres pour étudier les naturels du pays. « Quoiqu'il n'entendit paa » la langue malaie, dit M. Deleuze, il avait dans le geata i> une telle expression, et tant de sagacité à saisir ce » qu'on voulait lui dire, qu'il parvenait à se faire enten« » dre des naturels, et qu'il eut encore les mêmes avantages » avec les sauvages de la Nouvelle-floHande et avec cens » de la terre de Diémen. » Après avoir reconnu la partie oriental.e de cette terre, on entra dans le détroit de Basa et l'on gagna Port-Jackson; on suivit de nouveau les
m LBS PATIAM tLLVBtKBB:
cAtcs de 11 Noit?dI«-IIolUnde ci Toa en fit le tour.
Përond^loya uneourageet une acd?il{ inconcenblei. ^n de temps après le départ de Timor, le capitaine lui ayant refusé des liqueurs spiritueuses pour consenrer ses mollusques, il se pri?m, pendant tout le Toyage, de sa im* tino d*arack, et, ce qui est plus remarquable» il fit partager son enthousiasme à plusieurs de ses amis, qui consendrent à faire le même sacrifice.
Pendant les tempêtes, aidant aux manœurrca comme un simple matelot, il faisait ses observations aussi paisiblement que s'il eût été sur le rivage. Apres une nOu» relie relâche à llle-de-France et au Cap, il débarqua enfin, le 7 avril 1804, k Lorient, d'où il se rendit à PariS| et il fut chargé de publier, conjointement avecFreyctnet, la relation du voyage et la description des objets nenveaux en histoire naturelle, avec son ami M. Lesueur. Li collection d'animaux avait été 4épo5ée au Muséum dlûstoire natureUe. Nous lisons dans le rapport de la eommisnon qui l'examina, que le nombre des espèces nouvelles s'élève à plus de deux mille cinq cents. M. Péion, dit l'immortel Guvier, dont la France et le monde entier pleurent encore la perte, a fait connaître plus d'a-^^ aimaux que tous les naturalistes des derniers temps, etc.
Pérou, que l'Institut s'empressa de mettre au nombre de seseorrespondants, se livrait au travail avec une ardeuc extrême. Atteint d'une maladie de poitrine, il voulut aller finir $e$ jours dans le lieu de sa naissance, auprès de deux sœurs qui ayaient été les premiers objets de sa ten-
us PAJSASi IXXU8TRCS. 9M
dresse, et £e lut dans leurs bras qu'il expira, le 14 âé^ Gemure 1810.
BAMUS.
Ramus (Pierre la Ramee, plus connu sous le nom latin de Ramus) naquit à Guthe, petit rillage du Yermandois, qtti| s'il £giut en croire la plupart des biographes, fut àé-* truit dans les dernières guerres religieuses qui désolèrent la France.
Un auteur contemporain conjecture a^ec beaucoup de ▼raisemblasoe que le réformateur de la philosophie na* quit en*1502. Le même historien ajoute que son aSeul était un ^gentilhomme du pays de Liège, qui, ruiné par les guerres, se réfugia dans la -Picardie, où il vécut avec sa famîUe d'uBecxfdoitatioh de charbon. Son père, trop pau^ yrepour lui donner aucune éducation, Teraploya d'abord à fidre paître des troupeaux; mais cet enfant, tourmenté par le désir d'apprendre, s'enfuit vers l'âge de huit ans à Paris, d'où la misère Téloigaa bientôt. Un second Toyage ne fut pas plus heureux ; enfin un de ses oncles se char^* gea de payer quelques mois de sa pension dans une école, et afin de continuer ses études, Ramus entra comme domestique au collège de Nararre, où il fit, presque sans maîtres, de grands progrès dans les langues et la littérature anciennes.
> Après âTok terminé ses humanités et sa rhétorique^ il fréquenta les cours de philosophie ; mais il ne tarda pas k s'apercevoir que la science qu'on décorât de ce nom n'était qu'un vain cliquetis de mots. La lecture et la méditation de l'immortel Platon, en l'initiant à la diyine doctrine de Socrate, acheva de l'éclairer sur le vice de l'enseignement, et il se permit de l'attaquer dans toutes les occasions. Quand il eut fini son cours, il se présenta pour prendre le degré de maître es -arts, et s'engagea envers ses juges à montrer qu'Aristote n'était pas infail* lible.
On accourut en foule pour jouir de la concision du jeune audacieux ; mais Ramua obtint un triomphe complety et réduisit tous ses adversaires au silence.
Encouragé par ce premier succès, U résolut d'examiner à fond la doctrine d'Aristote, et en partieuUer ja logique. ' Il rapporta tout à ce but : ses lectures, ses études, et même les leçons d'éloquence qu'il commençait à donner au collège de YAve^Maria.
Ramus fit paraître en 1543 une nouvelle Log'que et des remarques sur celle d'Aristote. Ces deux ouvrages soulevèrent contre lui les partisans de la routine, et excitèrent de grands troubles dans les écoles ; il fut peint dans certûns discours comme un impie et un séditieux qui, par ses attaques contre Aristote, préludait au renversement 4du trine et de l'autel,
. Le parlement informa, mais le roi évoqua Taffaîre, et ordonna que Govea et Ramus cboisiraioit deux arbitres
LES PAYSJLHS ILLCTSXIIES. 385
qui feraient à la fois les fouctions de défenfeujrsL et de ja-ges, et, aprëa avoir entendu les deux parties/ prononce-^, raient sur cette querelle. Ramus se soumit à comparaftrt devant ce singulier tribunal, et réfuta yictoriensèment tous les reproches de Govea. Mais après un si grand édat ' on ne pouvait pas l'absoudre : les juges, sous prétexte de quelques défauts de forme, lui proposèrent de recommencer la discussion; Ramus ne voulut pas j consentir, et quitta la salle sur-le-champ avec ses deux arbitres. Ainsi les adversaires déclarés de Ramus devinrent seuls ses jugés, et ce fut sur leur rapport que le roi rendit un arrêt qui le déclare téméraire, arrogant et impudent d'a-*^ voir réprouvé Fart de logique reçu de toutes les nations, supprime ses ouvrages, comme contenant des choses fausses et étranges, et lui défend d'écrire ou de pailer contie Aristotc, sous peine de punition corporelle.
Cette ridicule sentence fut reçue dans les collèges de Paris avec des transports de joie incroyables, et Ramus, qu'un arrêt forçait au silence, se vit insulté publiquement par ses ennemis. Supérieur à cette disgrâce, il profita de ses loisirs pour se perfectionner dans la connaissance de mathématiques, et prépara une édition des Eléments tTEu-^ elide^ qu'il dédia au cardinal de Lorraine.
Quelques oiois après, la peste ayant éloigné de Paris un grand nombre d'écoliers, on lui conseilla de donner de* leçons de rhétorique au collège de Presle, et ses talents y ramenèrent bientôt des auditeurs. La Sorbonne voulut Pexpulser de ce collège, dont il venait d'être nommé prin-^
SM LU FATBAHI ILLUfllKi.
cipal, mais le parlement le muntint dâaf l'eseraoe éf cette cliar|[e. En ISiS, le cundinal de Lorraine fit «n^Mii^ par le r<û Henri II la aartence qui défendait k Ramw d*engeigner la piiiloiO]diie, et aussitAt il ouTrit nn coma *de mathématiques, science â laquelle il sentait la néceasild. de donner une |4ua grande part dans les études. Ses en»: nerais prétendirent qu'il n'était pas convenable que la même professeur enseif[nàt les principes de calcul et lea. règles de l'éloquence) et voulurent l'obliger d'opter ei>* tre deux sciences incompatibles.
Le roi mit fin à cette ridicule querelle en le nommant professeur d'éloquence et de mathématiques au Collège de France.
Le câèbre professeur voulut essayer quelques ttnéHo«rations dans l'enseiguementy et dressa un plan d'étad» pour ses auditeurs. Les buées et les sifflets l'interrompirent dans son début ; mab il attendit avec sang-frotd le retour du calmé et acheva son discours. Les intrigues de ses adversaires ne ^Ir^nt l'empêcher de pouosiiivre !•. projet qu'il avait conçu pour le perfectionnement dea* études.
Après avoir publié un grand nombre d'ouvrages, il présenta, en 1562, au roi Charles IX un plan pour la ré-, forme de l'Université, dans lequel on est forcé de reoonnahre un homme d'un esprit supérieur k son siècle, et incapable de transiger avec les abus qu'il signale en indiquant les moyens de les corriger. Depuis longtemps Ra-^ mus, indigné de Timmor^té du clergé catholique et dea
dms qui tùngmeni un p«u{de abruii, souriaU à r«Bpoir d'im aTenir nioUaif i 6t n'^caU {nm éloi|^ de partager «D Mcret les opînkms des noTateuss*
Après redit fui peraiettait aux protestants le libre exerciee de leur culte, il enleva de la diapeUe de Presle les images des saints. Cette imprudence arma contre lui la plupart de ses collègues, qm demandèrent 4 giaads cns son expulsion de rUnûretaîtéé
Charles IX lui fit offirir un asile â Fontainebleau; maie dans ces temps malheureuT la protection royale était insuffisante pour le soustraire à la fureur de ses ennemis. Pendant son absence, on pilla ses meubles et la riche bibliothèque qu'il s'était formée. 11 revint cependant à Paris, reprit possession de sa chaire, et s'y maintint malgré les cidMdes de ses ennemis. Jean Dampestre, son en<» nemi, avait eu, en 1565, le crédit de se faire nommer professeur de mathématiques ; mus Ramus, l'ayant convaincu d'incapadtéy l'obligea de se déoMttre de sa charge -, les troubles religieux reconamencèrent, et Ramus se ré* fngta dans le camp du prince de Goodé.
Après la bauille de Saint-Denis, qui avait été suivi» d'une paix avec les protestants, il fut réubli une troisième fois dans sa chaire ; mais prévoyant les tempêtes qui dlaîent fondre sur la France, il demanda l'autorisation de voyager dans les pays étrangers. Sous prétexte de santé, il visita l'Allemagne, et, accueilli partout avec les égards que commande le talent, sollicité d'accepter une chaire, il ne voidut prendre aucun engagement qui pourr
288 Ttiê PÀTBàKS ILttMfWH»'
rait le tenir éloigné de la Fïattce, et consentît Beoleinent à donner quelques leçons de mathématiques k Tumirersité de Heidelberg. Ce fut pendant son séjour en cette TÎUe quUl fit profession de la religion réformée. Il ne parta • geait pas cqiendanl toutes les opinions de Gatrin : il ancrait voulu surtout que le peiq»le eut une part plu&larips dans les biiçniaila de la râbrme*
L'amour de la patrie le ramena bientôt en France. Y^A- Bernent lui prôposa»t*on de se rendre à Yarsovie pour entraîner les suffrages de la Diète en faveur dU duc d'Anjou ; il refusa avec noblesse une pareille mission, en disant que ^éloquence ne devait pas être mereeuaire, . Ce célèbre pro£fisseur avait trop d'ennemis pour échapper aux massacnes de la Saint-Barthélémy. Dans cette nuit sanglante, des assassins, l'ayant découvert au collège de Preslesi r^gongèrent après avoir toudié le prix de aa ran^n, et jetèrent par la fenêtre scm cadavre, que les écoliera trainèrent ignominieusement dans les rues et souillèrent de mille manières. Tous les historiens contemporains accusent son ennemi, le professeur Charpentier, d'avoir . conduit lui-même les assassins chez son rival, auquel il ne pouvait pardonner ses reproches d'incapacité.
Telle fut la fin déplorable de cet homme distingué par ses talents et ses qualités morales. Il avût des connaissances très-étendues, beaucoup de jugement et d'éloquence, et il contribua, par ses exemples et ses écrits, au progrès des lumières et de la saine philosophie. Un des plus grands services qu'il ait rendus, c'est d'avoir détruit
LES PAYSAKS ILLUSTRES. â89
le culte superstitieinc queyouaient aux anciens des hommes incapables de tes apprécier, r J'admire les anciens plus tpi^ TOUS, parce que je les connais mieux, disait Ramus à im de ses adrersaires ; mais qu'Aristote, Cicérbn et Quintilien soient tout ce qu'on voudra, il ne s'ensuit pas que l'on doive se mettre à genoux devant eux. »
Laborieiox, sobre et chaste, Ramus ëtait d'un désintéressement admirable, partageant sa modique fortune avec ses amis et ses élèves.
n£8TIF DE LA BRETONNE;
Restif de la Bretonne naquit à Sacy, près de la ville d'Auxerre, dans le département de l'Yonne, le 22 novembre 1734, de bons et bonnêtes cultivateurs qui ne se doutaient guère qu'il serait un des plus hardis réformateurs du XYUJ* siècle. La faiblesse de sa santé le rendant peu propre aux travaux des champs, il fut envoyé à l'école; mais plus tard il n'eut guère d'autre maître que son frère aîné, curé de Gourgu, respectable ecclésiastique qui lui donna des leçons de français et de latin.
B:eatif montrait un grand désir d'apprendre, et dévo* rait indifïéremQient tous les livres qui lui tombaient, entre les mains. A dix ans il composait déjà de petist ronxax» qu'écoutait avec beaucoup d'intérêt son auditoire,
t90 XSS I»ATSA1VS ILtl^STHES.
lormé de fiaamti^e» et. 4« .<•€»'. <^uMrddefÂ'iico1».
Sou texi^iéiftm^ «irdeKUedéf^çp^ et il axai^ à j>eme .quira^ ene» ^p^ «oii frère ffit obligé, de râioigoer^poiirvmettFe fin i des intriguça i;pû pouvaîexit avoir des suites. féchmeft. Placé cpmme apprenti chez un imprimeur d'Ayxerre, il séduisit la fenuae desminaltre^ •et fut chassé. Il n'osa pus retourner dans sa famille, et
prit le chemin de Paris, emportant pour toutes ressources
le plan de quelques ouvrages qui devaient, d'après lui, produire des sommes énormes. La misère à laquelle il se trouva bientôt réduit l'obligea de former des liaisons et des habitudes avilissantes, qui n^ont eu que trop d'influence sur ses compositions. Le succès -de ses premières -productions faillit lui faire tourner la tête. Se se^ardant comme un génie supérieur, il quitta l'imprimerie dans laquelle il était employé, pour se livrer tout entier à la littérature. ' Âdnurateur enthousiaste de J.«J. Rousseau, dont il affectait toutes les singularités, il Taccusa pourtant d'avoir perdu l'éducation en France, par le relâchement de l'an* torité paternelle, et il eut la vanité d'opposer à VJEmile les Lettres JP une fille à sonpèrey déclarant que c'était un ouvrage qui passerait à la postérité. A cette époque, tout le monde proposait des plans de gouvernement. Restif cVut avec raison que la réforme des mœurs devait précéder celle des institutions ; il publia donc, sous le titie d^Tdées singulières f ses vues sur les maisons de débauche, les théAtres, l'éducation des femmes et des hommes, et sur= les ilois. Gesouvroges, qui ne sont plus lus, et qui ne méri-
LES PAYSARS ILLUSTRES.' ^1
teni guèm de l'être à cause du styk x|ui) oomme' Ta àk B<>ileft«deKegiiiér) seoiaièntlèê tiéuxqiuf/néqumimt ïaiùmr\ renfeiméiit cepepdani des obéemtûiMUipleineB dé jttsiessé et des aperçus neuft.
' Re^tifySiiMtfsiomiëpoiirle'bîenpiiblic^neremplissait pas', dif^ny triia-scrapiileiMeaientseB de^om de père et d'époux*
Après yingt-Ginq ans d'une union mal assortie, il se sépara de sa femme, et joignit à ce scandale celui de mettre le public dans la conâdente des reproches qu'il croyait avoir àluilaire.
Quoique arrivé depuis longtemps à l'âge mur; il né fréquentait que les tavernes, les petits spectacles, pour y trouver des sujets de composition, qu'il traitait avec une inconcevable rapidité. Il était inexorable contre le vice des femmes, et plusieurs duchesses moururent de chagrin d'avoir vu révéler des fautes qu'elles croyaient cachées et qu'elles avaient expiées par un long repentir et une vie à l'abri de tout reproche.
Cependant dn doit convenir que Restif avait un but
utile, et qu'en peignant les désordres qui sont la suite deS' mauvaises mssurs, il se^proj^esak de ies corriger, et
qu'enfin il dut être p^sfiiàdé le premier que ses livreaf
ne renfcormaient lien de répréheiisU>le, puisqu'il ne les
publia qu'avec l'autorisaftion de la police. Restif, dont
les écrits reproduisent beaucoup des idées qui ont amené
la révolution, en'Vit les comi&cttcements avec peine. Deui^
banqueroutes,' qui le privèrent du fruit de toutes ses éco-
nfioiiesi et la contrefaçon que firent dé ses ouvrages d'à*
2âS KM MnAMS OXQSf&JCSw
«iSes imprimeufs affirandiis de toute surmllluice, lui rendireiit odieox un ordre de choses où étaient toléié» les abus doat il se trouTait victiine^ Il reçut en 1795, pur on décret de h ConTcntion, un secoura d« deux mille: Uvres, comme auteur deplusieun éerita de morale* Quelque temps après, il obtint u» emploi aubalteme dans une administration..
U mourut presque inconnu dans Paris, Tua des premiers jours de février 1806. Restif est sans contredit le plus fécond de tous nos romanciers ; il a publié plua de deux cents yolumes. C'était un bonmie d'une organisation singulièrCi et sa conduite comme ses écrits offrent un mélanine con^tinuel de folie et de sagesse, de sottise et de raison. On ne peut lui refuser de l'esprit et du talent^ mais il n'en fit pas toujours un bon ufiage.
ROLàKD (PHitiFPB-LauA£iiT), scujpteur.
Dhs son enfance, le jeune Roland exécutait de petit» ouvrages en bois qui révélaient un goût décidé et un talent précoce pour l'art dans lequel il s'illustra depuis. U était né à Mafcq, près de Lilie, en 1746. Les disposition» qu'il montrait ayant l'âge de quinze 9M firent croire qu'il était en état d'aller à Paris, et d'y gfgn^r par son talent $e quoi fournir à ses besoins. Il fut adressé et recçmmandé à Pajou^chargé à cette époque des travaux d'ornement du.
tÈS VkUSâJfS itXÙSTRÈI; fSi
Ptiai» - Rajal et de la salle de spectacle de Tersaîlle». Après avoir examiué son jeune élètre» il ne craignit pas de lui confier une partie de ces travaux^ et celui-ci 8*en acquitta aVec ie plus grand succès : il prit sur son sommeâ le temps nécessaire pour se fortifier dans le dessin et daoa ta pratique. Pajou se servit souvent de lui pour dégrossir le marbre de ses figures. Roland déploya dans ce travail, tout de pratique, une rare intelligence ; et il y puisa cette facilité de travailler le marbre, qui le dispensa dans la suite de s'assujettir à la même nécessité que son maître» Cette occupation d'ailleurs lui procura Targent nécessaire pour satisfaire son déâr de faire le voyage d'Italie.
Jusqu'alors il n'avait jamais pu suivre assidûment les leçons des écoles publiques, ni obtenir par conséquent les moyens d'aller à Rome aux frais du gouvemement Sec économies lui procurèrent de quoi faire ce voyage et ré* sider pendant cinq ans dans cette capitale. La vue des chefs - d'œuvre qu'elle renferme acheva d'opérer en lui une révolution que l'étude avait déjà commencée ; et ce qui est d'autant plus glorieux pour lui, c'est que tout ce qui l'entourait à cette époque suivait un système opposé.
A son retour à Paris, ses progrès furent appréciés par son ancien maître ; Pajou le produisit et lui accorda une amitié qui ne fit que s'accroître avec le temps. Il le détermina à se présenter à l'Académie, et Roland^ d'après ses Conseils, fut^gréé en 1779, sur une statue de Caton d'Utiqucy pour laquelle il fit des études heureusement plus, grandes que nature, car ce n'est qu'ainsi qu'il put cooif.
S04 t£S PATSAJSIS lULtiTKÊB.
Tâincre ses juges que ce n'étaiait pas des empreintes pri« •es sur un modèle vifant.
En 1781, ilfut reçu membre de l'Académie, sur une figure de Samsan^ dont le caractère, eiact, ferme et sévère, fit connaître dès lors le genre de son talent. C'est à cette époque qu'il fut chargé par M. d'Angevilliers de lasta-» tue du grand Condé^ dans laquelle on sut gré à l'artiste de l'action de son héros. Il sut imiter ^ sans les cc^ier^ les cariatides de Jean Goujon, dans celles qu'il exécuta pour la &çade du théâtre Feydeau ; il fit yoir aussi qu'il ne réussissait pas moins dans le genre gracieux, par un bas* relief représentant les neuf Muses ^ qu'il sculpta pour les appartements de la reine à Fontainebleau. La révolutîoB arriva, et Hoknd exécuta, en 1792, le modèle colossal en plâtre d'une statue allégorique de /a Loiy qui fut placée sous le péristyle du Panthéon, au-dessous du bas -relief analogue, qui ne faisait pas moins d'honneur à soux ciseau.
Lors de la ci^tion de rinstitut, il fut nommé membre de k^clasBedés beaux^arts. En 1799, il exposa un ouyrage^^quiëtait tout à te fois la preuve d'un grand talent et la marque d'un eceur reconnaissant ; c'était le buste en marbre de Pajou, son maître et son ami. Ce buste obtint alors un prix de première elasae. Bientôt après fl fut chargé d'une partie des sculptures intérieuresdu i»- -iais du Luxembourg et des Tuileries. U y trafailia peu** dant cinq années. Ses 'conceptions étaient nettes , sa ma«lûère. franche et son travail facile. Chargé par rinstitiit
tES PAYSANS ILLUSntES. 295
«ffcxéeuter en maAre la statue du chef du gouYemement, qui devait être placëe dans la salle des séances publiques de ce corps savant, il sut vaincre heureusement les difficultés de son sujet, et son ouvrage fut regardé comme une des productions les plus distinguées de l'époque. Il en fut de même de la statue de Tronchet^ qui ofixait encove de grandes difficultés. Le bais-relief de la cour dudouyre, dont l'exécution lui fut. confiée, offrait un voisinage bien dangerei^x : il avait à soutenir le parallèle avec Paul :Ppuzio et Jean 'Goujon. Sans imiter ces grands artistes, dl produisit im ouvrage d'un caractère propre. Dans les compartiments d'un cadre fort étroit, il fallait faire entrer deux grandes .figures àt Victoires^ avec un Ecusson^ un Hercukj une Minerve et des Fleuifes.: il sut triompher de cette gêne, et si ses figures offrent moins de verve et de mouvement que -celles du sculpteur florentin, elles sont plus sages, mieux pensées et plus correctes. C'est à lui qu'est due également la statue en pierre de Minerue^ qui est plaeée au-deventdu péristyle de Ift Chambre des "Députés. On lui doit en outre une charmante figure de ,^acr/i<in/e, en bronze. M^us soa chef-d'œuvre est la statue - di Homère chantant sur sa lyre^ dont le modèle^ exposé en iâ02l, ne fut ^écuté eq marbre que dix ans après. Dans cet ouvrage^ l'un des |)lus beaux de l'Ecole firançaise, 4'ar^ta, inspiré par la nature et par l'antique, a'est poiivt 'resté au-dessous de son ^pjçt, et a su exprimer avec un rare bonbeur l'enthousiasme du. génie et la vigueur «dTune verte v^^llesse exempte d'infirmités. Cette htSfi
S«06 LES PATSA3TS ILLUSTEI^.
eiatuea été placée dan« le» pièces du rez-de-chaussée du Iiouvre,^ qui forment Taile droitje du payilloa de THor* loge, au milieu des productions les plus remarquables de l'Ecole française depuis François !•» jusqu'à nos jours. C'est par ce chef-d'œuvre que Roland a pour ainsi dire terminé sa carrière.
Cependant, en 18 15, le roi ayant rendu une ordonnance pour l'érection de douze statues en marbre sur le pont de la Concorde, Roland y fut désigné comme un des artistes chargés de concourir à ces travaux; et le grand Condéj qui l'avait d^abord fait connaître, devait être l'objet de ses derniers travaux. Mais il n'eut que le temps de faire Tesquisse de sa statue ; il fut frappé dans son atelier même d'une attaque d'apoplexie, à laquelle il succomba au bout de cinq jours, le 11 juillet 1816.
ROUSSEAU (Jc4i«-Bâi>ti8te).
Rousseau ( Jean - Baptiste ) naquit à Paris le 6 avril 1671. Son père, cordonnier de cette vlUe, crut que le mettre à même de suivre une carrière moins modeste que la sienne, ce serait augmenter pour lui les chances du bon- Leur, et il accepta la gêne en échange de l'éducation de •on petit Jean, qui entra au collège conunele filad*iin jT^résideat à mortier ; mais les économies de robsem >«r-
LES PÀÏSJL3XS ILLtfftStBi $97
ticaxi) destinées à faire un homme plus àeureox, ârent tout bonnement un poëte illoBtre
Qui fut trente ans difpie d'envie
Et trente ans digne de pitié. ^
Bu reate, nous doutons ^e le tranchet et le tire*pied eus •• sent procuré à Rousseau une plus douce vie que la plume/ car notre destinée est surtout dans notre caractère, et le flien, naturellement inquiet, capricieux, indiscret, en«^ vieux et malveillant, semblait repousser le bonheur* i La réputation de Rousseau commença dès le collège : quelques petites pièces de vers échappées aux rêveries de l'écolier pénétrèrent dans le monde^ où elles obtinrent un brillant succès, et où Fauteur, avant d'avoir atteint sa vingtième année, fut accueilli avec le même empressement. Bientôt des poésies d'une jdus haute portée vinrent fixer son rang parmi l'élite des gens de lettres^ Ce fut alors que commença le bon temps de sa vie,. Recherché, protégé, pensionné» il fut v&itablement tUgnê iFatine jusqu'en 170S.
Dans le courant de cette année eut lieu la première représentation de l'opéra à^Bésione. Le mauvais esprit, le mauvais génie de Rousseau lui inqiira cinq couplets, sur un air du prologue de cet opéra, contre les auteurs des paroles, de la musique et du ballet Cette boutade ano^ n^me, qui n'avait aucune importance, n'aurait eu au- «une. suite, si en quelques jours die ne se fût grossie
â'un grand nondire d'antné couplets, où besocoup dé' perscHUies honorables étaient calomniées avec un cynisme' infâme. De tous côtés s'élevèrent des cris d'indignation; une plainte fut portée derant W tribunaux, et la voix publique accusa* Rousseau, dont on croyait reconnaître le style, dont on connaissait d'ailleurs là' méchanceté, et qui se trouvait prédséinent être l*èniiemi des victimes dé cette ignoble salure; Il paraît en effet certain que les cinq» premiers couplets étaient de lui*; quant au rester sa^ cul^ pabilité n'a jamais été démontrée. De simple» dénégations* lui eussent donc suffi pour rendre sa condamnation im-» possible; mais l'âcreté de son humeur ne lui permit pas de se renfermer dans un système aussi prudent; il ne se borna point à se défendre, il attaqua : il tenta d^ prouver^ par témoins '^ue le gémnètre Sàurin était l'auteur dé» couplets incriminés, et ce qui draieura prouvé, c'est que le poëte Rousseau était un suborneur de ttfmoiAs» Il fut à» ce titré, le 7 avril 1712^ banni du royaume à perpétuités
n trouva dânr l'exil, de nouveaux protecteurs, mais S ne sut point tiBSJoànservtei^^ ^oa vilatn<pui^èfl« ne tardailr pas à lui enlever ceux que son beaultalén)? hç avait acquis ; car^ avec Iibs grands, la vie de Rousseau se passa dans un certain jeu de soènebi^i connu! ; si en face il leur faisait d'hunables salunalees, il leur faisait les comea par derrière; mais tôt ou tud l'intM-locuteur se retouraaitf <et Pas^uin était chassé. On oi$e le prince Sugèae et le duc d'Areinberg, parmi ceux de ses bienfaiteurs dont séchasse ingratitude lui £t perdre les beimea |p:Âoes.. Vut
tËS PAYSANS ILLUOTRE6. 299
reprodi'e bien plus grave, un reproche terrible est adressé à Rousseau : ou l'accuse d'avoir rougi de son père, de l'avoir renié, d'avoir maltraita ce pauvre vieillard qui avait sacrifié son bien -être actuel au .bien -être futur .d'un enfant trop chéri. Toutefois le Isiit n'est point incontestable : ne .nous «pressons donc pas de l'admettre; hésitons à charger d'un crime sa mémoire, sur laquelle pèsent déjà tant de fautes. Bisons phitdt, à son honneur^ qu'au bout de quelques années le |;rand prieur de Ven^ •dôme et le baron de Breteuil ayant obtenu pour lui des lettres de rappel, il refusa d'en usa*, et saisit cette occasion pour solliciter la révision de son procès, décla^ rant qu'il ne voulait point rentrer dans sa patrie gracié^ mais absous. Sa demande fut re jetée, et il resta en exil. Cette ' circonstance, jointe à d'énergiques protestations qu'il fit au lit de mort,' donnerait à penser ^jue son exil, Je grand événement, le|^and malheur de sa vie, fut peut- ^tre une grande injustice. Quoi t^'il en soit, il mourut â Bruxelles, digne Je pùfé^ le 17'màrs 1741.
Les Œiwres complètes de Jean-Baiptiste Rousseau se composent ainsi qu'il suit s
^V Quatre livres d'O^^, dont .un i^Odès sacrées y tireep des Psaumes ; '
S»» Deux livres dUEp^Ltres en vers;
30 ' Des Caraaksj genre depoëiiie dont' il ^t le créateur^
4*» Des Allégories ; . Sp Des Éptgrammes'j , £p Un livce de Fmùù dÎMsrses$
300 us PATSAlfS ÏVLUfTKW».
7^ Quatre CaméJùs en yen : U FUuteur, ks dkux cAc* nértquesy U Capricieuse la Dupe tk soi^méne;
S» Trois Comédies en pr08e : U Café^ la CeàUam ma-fid/rif, la Mandragore f
9« Un Recueil de Lettres «n prose.
Longtemps on a trop jM'Ané cet cuteur, on le dfpréeie trop aujourdliuL L'admiration se lassé tite^ st la ma}« yeillance est fille de rengonement.
SATruNin^
Satumint fils d'un paysan gaulois, embrassa de bonnr heure la carrière des armes. Son génie et son rare courage Teurent bientdt poussé aux premières charges de l'Etat. Aurélienle regardait comme le plus expérimenté de ses généraux, n pacifia les Gaules, délivra l'Afrique du joug des Maures, et rétablit la paix en %ypte.
Le peuple d'Alexandrie le salua empereur en S80, ta quatffième année du règne de Probus. Il refusa d'abord U pourpre impériale, mais il fut forcé de l'accepter. Probus fit marcher contre lui un corps de troupes qui l'a»- 4^ea dans le château d'Apamée, où il fut forcé et lue peu de temps après son élection.
Aux ulents du capitaine, Saturnin joignit ceux de Porateur et de lliomme d*État. L'histoire le comptera touv
Xlâ ^ATSA» :XlGSflU(9. 90l
|oui« w premier rang des braves Gaulois qui avaient k «lalheur de servir les opf>resseurs de leur patrie; mais les temps marqués par la divine Providence n'étaient pas encore arrivés, où les lé^^ons romaines devaient être détmitet par k courage de nos pères^
SE&aES.
Serres Olivier de), célèbre agronome, naquit près Vrviers en 1539, et lut élevé au seindes dbcordes civiles, pendant lesquelles on pilla ses propriétés et on rasa sa petite maison, qu'il fitrebâtir et qu'un incendie détruisit de nouveau. Il se consola par l'étude des travaux champêtres. Henri lY , qui avait conçu une grande estime pour l'auteur et ses ouvrages, désira s'entretenir avec lui et le fit venir à Paris. Il le chargea de diverses améliorations pour ses domaines, et entre autres d'une plantation de mûriers blancs dans le jardin des Tuileries* Serres est le premûet qui ait introduit en France la culture de cet arbre utile, et annonça qu'on pouvait faire de belles étoffiei ftVM récorce des arbres qu'on en retranche à la taille. Il à^ vint bientdt Foraele des cultivateurs qm le sumomio^ rent le père de l'agriculture ; mais ceux qui dans le demjpa teitrps l'ont copié n'ont pas eu la pudeur de (aire mention de lui. Il mourut en 1619, à l'àee de quatre-vingts ans,
302 l'S* PATSAHS ILLVffOlBfl.
^>rès avoir été témoin de rheu^^ute révolution qu'il jivait proTOcpiée dan» ragricultare.
. S«i onTriigo% Hudgréleur style unpeu suranné, se lisent encore avee flaisir el avec Crait, pasce qu'aucua n'est privé de simplicité et d'idées neuves et profitables. Sans son
ouvrage de rAgricaltwre et ménagt des champs^ il traite desterres,deslaboun,de8 eDgrais,des récolteSydes grains, des vignes et des fins, des animaux domestiques, des abeilles, des vers à soie, des jardins, des prés et de tous les objets importants de l'économie rurale. Ge savant agronome ne s'écarte jamais de son sujet , il ne dit que ce qu'il doit dire, il produit s^ prjice|^ en mftximes versifiées; En voici quelques-unes i
Si tu te couches tard, tard tu te lèveras.
Tard te mettras en œuvre, aussi tard dloeras.
• <^ui le temps par trop attendra.
* A. la fin le temps lui faudra.
Tu paieras promptement le salaire Qti'aaras promis au pauvre mercenaire.
Le maître dès son réveil An ménage est un soleîL
^ fïn^a. propoaé dans cas démîmes aànéer d^%ver un monument à la mémofre de ce Vertueux et utHe citoyen ; fiouf ignorons si un par^ ve^u a reçu son exécution.
bM WHttU» ILLVïniES.
SICARS (Bocn-AuBnoisx Cvccaiioiik)-
Le célèbre ■ucuMenr ds Kabbé de VEpéa, le TénévaM» Sicard, naqvit daM «n Tillage pièi de Towloiue appelé FousuraL Aprl* aroir lattM«^liid«%.il,enbrauai l'état ecdénaitique. L'arcbert^M de ^rdcaiix, qui tiennaiiMil les beureHM* ditposîtioM de Bon etpiit ^iBenunent ob-t aenratenr) crut trouver en lui aa uliJe.coJtnboretaur pour X'cxéciuioa d'une œurre {dûlanthro^qjue qu'il saédiuiU
Voulant établir une école de sourdâ-muets^ il «iiToya , Fabbé Sicari à Paris pour apprendre la méthode de l'abbé de TEpée. De retour à Bordeaux en 1786« jgfiard prit la direction de Fécole qui venait d*être fondée, bea «oina et sea talents furent couronnés d*un plein succès, ce qui lui Talut le titre de vicaive génésal de Gèndom, avec celui de dianoine de Bordeaux. Il devint en peu d*années l'associe d*une foule de sociétés littéraires et scientifiques^ de Musées, d'Académies de Bordeaux^de Paris, de Toulouse, dç Gaen, de Bayeux, etc. , dont il aimait^ prendre les titres ; au reste, son zèle comme instituteur ne se ralentit pas, il acquit une grande réputation, et à la mort de l'abbé de l'Epée, l'opinion publique l'appela à lui succéder. Louis XVI le nomma directeur de l'école de Paris , en 1790.
Sicard jusUfia la confiance du monarque, il surpassa même les espérances qu'on avait conçues de lui, en déve-> loppant la méthode de son maUre par des procédés ingénieux et profonds. L'Assemblée nationale, qui avait privé cet établissement d'un revenu de 6,000 francs, reconnut sa méprise, et décréta une dotaûon de 12,700 francs à cet établissement. L'abbé Sicard , qui, quand il s'agissait de aea élèves qu'il appelait ses en/anij, avait une âme tout expannve, crut devoir ae présenter à la barre de rassemblée pour prancmoer un diseours de remercîment Eu 1791 on n'exigea pas de lui le serment à la constitution civile du elergé$ cepeudant il prêta celui de liberté etd'é» 0alité auquel il ajouta un don -particulier' de "SOO francs. Péanmwis il fut arrêté k 26 août conduit au comité dt
tr.s t>ATSAW3 iiurstRBS. 'Î05
sâ sectio0, et déposé à la mairie, où il resta jusqu'au 2 sep* tembre. Ses élèves adressèrent à T Assemblée use pétition dont Téloquenee naïve et touchante prouve les étonnants progrès que cet habile instituteur avait fait faire à Tintel- Kgence de ces infortunés. Cette pétition, présentée à la barre par Massieu, le pluj habile des sourds-muets, fut hie par un des secrétaires, couverte d'applaudissements^ et suivie d'un décret qui ordonna au ministre de Tintée rieur de rendre compte des motifs de l'arrestation ; mais la commune de Paris, qui était l'auteur de cette mesure inique, passa à Tocdre du jour, et le 2 septembre Sicard fut transféré à l'Abbaye, ce qui équivalait à un arrêt de mort. Lui-même nous a laissé une narration un peu confttse des périb qu'il courut alors et les deux jours suivants, n aurait infailliblement péri, sans le noble dévouement de l'horloger Monnot qui le sauva. Béjà la pique des égorgeurs était levée sur lui, lorsque ce généreux citoyen, se précipitant entre les assassins et leur victime : « C'est Tabbé Sicard, dit-il, un des hommes les plus utiles à là patrie : pour aller jusqu'à lui vous passerez sur mon corps. » Sicard prend lui-même la parole et dit à la populace : a J'instruis les sourds-muets, et conune ces inifarttmés se trouvent plus chez les pauvres que che^ les ûches, je suis plus à vous qu'aux riches. » Ce discours produisit un effet âectrique : les égorgeurs prennent Sicard d^ns leurs bras, l'embrassent, et lui prc^osent de le con-* 4uire en triompbe chez lui. Mais un scrupule de justice lui fit penser qu'ayant ét^ emprisonné par ordre d'un«
306 LES PâfUNS ILLV8TRC8.
autorité contlituéey il devait être rendu à la liberlë pai^ ttu jugement Hgal d'une autorité cofiatituée : il passa encore deux jouis et deux nuita à TAblmye^ où il faillit plu» sieurs fois étie as s assi né e
L'Assemblée nationale^ à laquelle il fit conndUre sa tituationet le'dévouement de Momiot par une* lettre écrite au président,, rendit un décret c^ui dédara ^e ce brave bomae avait bien mérité de la patrie ; mais ht commune passa encore à Tordre du jour^ Enfin,, le 4 septembre, rinfortuné prisonnier, fui samt devoir être égoi^é Je soir, trouva le moyen d'écrire à trois de ses amis qu'il a^vait dana l'Assemblée. Ceux-ci dressent un déoret qui ordonne à la commune de rendre à la liberté l'instituteur des sourds-muets. Ce tribunal de sang- obéit enfin, et au moment où le sicaire Chabot barangue le pei^>le en £a«» veur de Sicard,. l'officier municipal Gruiraut vient le tirer de sa prison*
Aussitôt Sicard se rend à l'Assemblée avec Monnot, son défenseur, pour la Eemercier de ce qu'elle a su réparer Finjustice de l'exaltation populaire. Les bonneurs de Ja séanoe lui furent accordés, et sur la proposition de Gbabot^ il fut ,rendu sur-le-cbamp à se» élèves. Uni4|uement occupé d'eux pendant la ter;reur, il n'eut pu à sotifiri» d'autres persécutions.
Lmque, après la chute de Robespierre, la Gonventio^i s'occupa.de projets utiles et moins violents^ elle créa YE^ cole normale et désigna Sicard au nombre des instituteurs pour la girammaîre. Sicard était en même temps pro£es^
LES PATSANS ILLUSTEES. ZVf
séur au Lycée national II avait été nommé membre de ITnstItut lors de sa création pour la troisième datte, section de grammaire. -
' Profitant de la liberté dont la presse jouissait à cette époque/il entreprit avec Jauffret, depuis évéque de Metz, la rédaction des Annales religieuses^ politiques et litUnUres^ écrites selon les principes de la foi catholique, et dans let- 4uellesles prêtres assermentés étaient vivement câuurés^ ' Le 18 fructidor vint arracher Sicard à sea travaux. Il fui SompriSy comme rédacteur des Annales religieuses , au Nombre des joùmalistics déportés à Sinnamàri. De toutes f «s proscriptions de cette époque, aucune n'excàtadeplua vives réclamations; mais si Tindignation publique ne put iaîre rayer Sicard de la fatale liste, au moins contribuat-elle à ce qu'il ne fût pas inquiéfé- ttans IWile obscur qu'il s^était choisi «dans le faubourg Saint«l|arceaul Le regret d'être séparé de ses chers élèveà le p6tla à publier, clans un journal révolutionnaire, une protestation «de son attachement à la république, et un désaveu de sa coopé*
ration à la rédaction des Annales religieuses. Slai démarche et les réclamations réitérées des sourdo-muets rcftàcent «ans efiet. Sicard dut se cacher jusqu'au 18 brumaire. €etCe époque le ramena dans son établissement, qui reçut de grandes améliorations. On y forma i«ié^' impnmerie desservie par les sourds-mûets/et qui fut-employée à la '^publication delà plupart dès ouvràgesde SicaMl« Dès lors il se livîa tout entier au soin d'ajouter dé* nouveaux per- Sectionnements à la méthode que lui avait transmise sor
30§ LBS P^YSàWS fuysTAEs;
iUustre prédëee«eur. Les exercices publics <ju'il dotuudt tout les mois contribuèrent à étendre sa réputation. Ce» sortes de représentations étaient pour lui un triomphe. Il y faisait paraître successivement ses disciples £ayôris. Là, placé sur une estrade élevée, où des inscriptions reproduisaient les merveilles de la science, il s'abandonnait à l^ntbouaiasme pour sa méthode, et parlait de ses découvertes avec une nsûve effusion. Tous les journaux s'empressaient de rendre le compte le plus flatteur de ces séances. Son nom n'était pas moins célèbre dans les autres Etats qu'en France, et ses exercices étaient l'une des pvemières^choses que les étrangers voulaient voir en arrivant à Paris. En 1805, le pape Pie TU visita l'établissement, dont il bénit la chapelle. Sicard, après avoir exercé ses élèves en présence du pontife, lui fit honmnage d'un livre de prières qu'il avait composé à l'usine des sourds-muets, et imprimé p«r eux*mèmes.
Il avait été rappelé à l'Institut, par élection^ à la pbee du grammairien de Wailly, dont il prononça l'éloge. Il (ut, un peu plus tard, nommé delà première Société pa- Cçk>tique d'Espagne, puis, en 1804, membre de l'administration des hospices.
Sa vieillesse, qui semblait devoir être ai paisible, fut troublée par les plus fâcheux embarras que lui occasioniièrent l'excessive facilité de son caractère etson ignorance des alEûres, Il avait souscrit des billets par complaisance^ «t fut poursuivi pour des dettes qu'il n'avait pas contraf> tées» Napoléon^ à qui il s'adressa^ n€ loi donna^ ditroni
LES PJkTSANS ILLUSTRES. 300
qu'une réponse sèche et mortifiante ; ce qui est difiKÎle à croire. Mais il est certain que les arrangements que Sîeard fut forcé de prendre enrers ses créanciers le réduisirent presque à la misère. Il se dépouilla des rerenus de sos places, vendit sa voiture et son mobilier, et ne se réserva qu*une modique pension. Avec ces sacrifices, il parvint à se libérer au bout de quelques années ; mais de nouvelles imprudences le condamnèrent encore sur la fin de s^ jours à de nouvelles privations» Sobre, éeonooM pour lui-même, il les supporta avec patience ; car toujours m vie privée a été celle d'un homme honnête et vertueux. Bonaparte lui témoigna ^e réioîgnement> quoique Sîcaid saisk volontiers l'occasion de lui donner des éloges fas* tueux. Sa nomination au canonicat de Notre-Dame ne fut point ratifiée.
Sous la restauration, il fut nommfé successivement membre de la Légion -dHonneur, administrateur de riiospice des Quinze-Vingts, administrateur de lliospioe des JeuneS'Aveugles, enfin chevalier de Tordre de Saint* Michel. Les souverains étrangers qui vinrent k Paris en 1814 et 1815 s'empressèrent de visiter son établisse»ment, et de rendre hommage au zèle, aux talents de «at illustré instituteur^ L'empereur Alexandre hii conleMi Tordre de Sainte-Anne de Russie, et la reine de Snide bii envoya l'ordre de Wasa. En 1817, il fit un voyage en Angleterre, ou il re(ut Taocueil le plus flatteur. La SodM académique des sdences de Paris, dont il était membie, le choisit plusieurs fois pour son vice-président. Enfin, il
■310 1.E8 PAYSANS iLLUSTUCtf.
joàissait d'une belle vieillesse, fruit d'une vie r^pilière etaicAwt, L[>rtqtt'il mourut, le 10 mai 1822, dans sa quatr&- "viniitième année.
SlLTESTRfi.
Avant ton élévation au pontificat, fnivestre portait le
'«om.dè Genbert. Né en Auvergne, d'une basse condition^
il vcçnt cependant une savante éducation dans un mo^
nastèl-e d'Aurilkc. Sa réputation de savant parvint jua-
^«f QB AUeaaagne , et i'^empereur Othon III lui donna
l'abbaye deB^io: ce choix eut l'approbation universelle.
Après la mort de l'empereur Otfaon III, Gerberf revint en
Ft9»w^i où il fut ebargé de'rédUcalion de Bobert, fils d«
'llug|i»ea£!ftii«t. Amoul, aBdbévêque de Reims, fils naturdi
dit; roi Lolbaire, après avoir été crânblé des bienfaits du
•«oi Bu^es, le trahit en se jetant dans le parti de Ciharlea
de Lorraine, fut d^osé dans un cbndle tenu à Saint-Ba*
-aîie,: pnès ;Reima, après avmr avoué sa félonie, et Gerbert
te jéltt*À sa piaee. Le pape lean XY désapprouva cette
rdépositibn et fwrça Sùgnes à tenir un autre concile pour
ettiriiinti jfe^nôuvicau cette affake, ipii ne finit que sous
it B^ipie' suivant'] Quoi qu'il eîi soit, fiorbert se protMHiça
tavée beaucoup de ehâleiir contre U décision de Jean XY .
Il s'ékva^'jcontjpe'la puissance que ^«ttribuait le pontife
romain. JEldit qqe k jugement, dés évéqùes est le juge-
.£E5 PATfiAl^S lI«LUSar]U»l 31 |S
mentdeBleUy et queTëvequede Komef qjiûf étant avecti^. ne s'y aimmel: pfts^ est uaipalîeir et un |>iil)lfe9^» Taut cela n-emfpèdia pbmT' Aakmk 4Pélrtl rétabli; 4ffii» ion* ftëgè^^sans.Rdbieri ; nlaîa^rerbert) éépixwlié à iOA-tonr deson archevêché, s'était réfugié^ auprès^ de l'emlper^iisy qfù lui avait dekifiSé fie siège de Ravemutfs.
Après^k mort de Grégoire Y, il le fà.&^er bu saintî- Siége< Silvestre II déploya de^^alents^ desrlttnières ^ desvertus qui étaient rares dans eesiède.d'igiKMraQCeiet de barbarie. Pendant les quatre ans et quelques mois que dura son pontificat, il régla toutes les affaires avec beaucoup de sagesse. Il mourut le 12 mai 1603^ très-ayanoé en âge.
On lui a reproché une extrême sévérité, et ce reprocht n'est pas tout à fait injuste, si Ton se rappelle la violence de ses expressions^ contre Jean XY. Ee temps Tàvar adouei sans doute.
Le président Hénault <3bt que Ton attribue à Gerbert 1- introduction des chiffres arabes ou indiens, qu'il avait pu tenir des Sarrasins lors d'un voyage qu'il fit en Espagne. B'autres en font honneur à Léonard de Pise. Gependiamt ces chiffres , sous une forme un peu différente ,, étaient connus chez les Romains. Bbèce s'en servait dans le y* siècle, trois cents ans avant l'arrivée des Arabes en Espagne. Sans doute que l'usage s'en étant conservédans l'Orient, l'Europe les oublia jusqu'à la renaissance des lettres, ou les retrouva chez les Arabes, auxquels nou» en attribuons l'invention.
Ce Soi aussi Gerbert qui entreprit la première horloge
S12 LU VÂTSAN8 uxotruu:
où Ton iubttitua le pendule au balancier. Sa grande idence le foifait fMiser pour inagicieni Le moine Hugues Tappdk Gerbert le {dulofO|ike* Qlaft de Itti cent quaranteneuf ëx^ti^y un difoouri contre la «imonie, quelques <i|iu»eules 4e matfiéniaUques, etc.
On ourrit ton tombeau en 1648, dans la basilique de LatrSn. Il éiaît reièta de tous ses ornements pontificaux et parfaitement bien eonserré ; mais quand on voulut y toucher, tout tomba en poussière.
SÏXTE-QIINT ( FÉLrtPBpBtTi).
L'opinion la plus généralement re^ue sur l'origine da Sixte-Quint le fait naître dam un village du duché d'Urbain, le 13 décembre 1521. A l'âge de neuf ans, Félix P«vetti fut donné par son père,panTre TÏçneron, à un Labitant du village pour garder ses pourceaux. Dans cet état, apot aperçuun Cordelier qui était eii peine ducheminqu'ilderait prendre pour aller à Ascoli, il le suivit jusqu'au courent. Les religieux, ayant reconnu en lui de grandes dispositions, leretinrenl auprès d'eux et se chargèrent de sonédn-
^4M 'I2SS -PAYSASrS ILLUSTRES.
■ cation . Il fit de grands progrès dans ses études et prit ensuite -rhabit de Tordre. Le frère Félii devint en peu de temps ^bon grammairien et habile- philosophe. Il fut fait prêtre en 1545 et élevé au grade de bachelier, après quoi il prit le nom de Montalte.Il mérita la faveur de ses supérieurs •par ses talents, et s'attira l'aversion de ses confrères par son caractère inq^et et pétulant» qui leur fournît bien des -occasions de doi^ner un libre cours A leur jalousie naturelie. Félix n'en poursuivit pas moins rapidement sa carrière, n fut yisuccessivement professeur dç théologie à .Sîenne,>prédicateur renommé dans les principales chaires •dltalie, commissaire général de son ordre à Bologne et inquisiteur à Venise. Il développa dans toutes ces places des -talents qui lui frayèrent le chemin à de plus hautes ^dignités. A Venise il se brouilla avec le sénat et les religieux de son ordre; il.fut obligé de s'enfuir de cette ville. :€omme on le raillak sur son évasion précipitée, il répondit qu'ayant fait rœu d'être pape à Rome, il n'avait pas -cru devoir se faire p^idre à Venise.
A peine fut-il arrivé à Rome, qu'il devint l'un des con- Hiulteuss de la congrégation, puis procureur général de sonordre. Le cardinal Buoçicompagno le choisît pour l'ac- ^compsigner en Espagne en qualité de théologien. C'est alors -qu'il changea son humeur sévère, et il devint si complai- -sant^ que tous ceux qui le voyaient étaient charmés de la ibeauté de son esprit et de la douceur de son caractère, ^'exaltation de Pie V, son ancien condisciple et son pro itecteur, l'appela à de nouveaux lionneurs. Ce, pape le fit
u» patsâns iixusvsx».^ 315
élire géaérai ios Gordeliers, le choifit. pour son cénfesseor, lui donna révèchë de SainU-Agatlie et le.reYèjut de la pourpre romaine. Buoscompagnû ayant suecéié à PieY , •ous le nom de Grëgoive, n'aécôvda p9» la même fateur i|(»; cardinal de Montalte ; loin de lAf il' ne lui donna aucrune part augouTeniement; cependant celtitrcijomia le projet d^ le remplacer/Dans cette vue il renonça voloiitairemeait à toutes sortes de brigue» et d'affaires, se plaignit des in&r*: mités de sa jeunesse, et vécut dans la x^tjm^ ^(mvf^fi s'il n'eût travaillé qu'à son salut.
Grégoire. XIII étaBt mort I les cardinaux se^dâyisi^renl en cinq factions. Montalte se faisait iilpre plH9 ti^ux qu'U n'était) ne paraissait que la tétc pc^nchée s^r l'^pfiiJie, appuyé sur un bâton, comme s'il nfeul pas eu la force de se soutenir, et ne parlait plus qu'avee u»e voiii interritmpue d'une toux qui semblait à tout inement le menacer de sa fin d^nière. Quand on lui ditique l'élection pourrai I bien le regarder, il répondit qu'il était imdi^^ d'un si grand honneur;- qu'il n'avait pas asscc d'espÂt-poulraeitl^atg^r seul du gouvememe^t-dèrEglisei q!ue sa tie devair n^pins durer que le oonclaviey et il paruit'èfre résolu»,^! on l'ér lisait, de ne teniv que te nom; de . pape* et d'en laisser l'au^ torité.
Il n'en fiUttt pas davanti^ pwv détermitner les cardi<*' naulà réHre, le 24 avril 15B^ A peine futi^HjSlu, qu'étant aorti de sa plate, il jeta le bâton sur lequel U a'appuyait, leva la tête dcoite et entonna ie Tt D^ioad'uiie voix s; forte^queles vitraux de la chapelle firent entendre unjié-;
316 LES PH&àXS IUX6TRE€«
gt r ftiéf&istetneat. 11 prit le^nom de Sixte V|. en de Sixte lY qai comme lui arait été Gordelier. Oa ne vît jamMS un homme ni plus exact ni plus appliqué que lui à remjdir ses dereir». La aévérité avec laquelle il ût leu-' dre la {ustice apporta la «ûrelé dans Rome et dans l'Etat ecclésiastique. Il n'épargna ni les juges que les prières, les bi tgues ou l'argent étaient corrompus^ ni ceux qui, en faveur de leurs amis ou de leur» parents,^ étaient couvain^ eus d*a?oîr comm» quelques injustices. On peut lui re« procher sa partialité pour la Liguer mais un pape pou** vftit'il ne pasfayoriser une ligue faite en apparence pour te bien de la religion 7
Sixte y ne s'est pas rendu moins célèbre par sa magnificence que par son habileté dans l'administration politi-^ que. n fit des dépenses énormes pcmr romement de la ^itUe de Rome et de toutes celles de l'Etat ecclésiastique. 11 fit tirer de terre le prodigieux obélisque de 72 pieds de hautf et le fit élever sur la place du Vatican, ou il dressa la bibliothèque qui est ua de ses cliefs-d'œuyre. Il fit bâtir dans l'église de Sainte-Marie-*Majeure ime chapelk revêtue de marbre bianc, ennclùe de festons et de feuillage ; et voyant que le mont Quirinal av^t besoin d'eau il y fit jaillir une source vive et abondante au moyen d'ur aqueduc qui lui coûta près d'un million^ A côté de la galerie qu'il fit faire sur le portail de l'égUse de Saint-Jeaikde^Latran, il fit bâtir un superbe palais dont la face qui regarde l'obélisque est large de 340 pieds.
Son extréjne sévérité contraste avec la clémence^ qpie bû
VÊS f&XSAm fLLU.'lînÉ?^. Sit
UapossÀi son caractère de souverain pontife. Gependènt od lie Ta jamais accusé d'avoir puni «quelqu'un injustement. A la nauvelte de quelque assassinat, Grégoire XIII se contentant de lever les mains au ciel en gémissant, ^te V, Bien diffihrent, disait : « On pourra m^appeler féroce et sanguinaire^ mais j'sà lu dans TEcriture que le meillei^t sacrifice que Ton puisse faire à Dieu, e'est de punir h^ crime et de foudroyer les scélérats, s \
Ce- discours était toujours suivi d^une justice prompte et éclatante ; cependant des historiens soutiennent qu'il j a eu sous son règne moins d'exécutions qu'il n'y avait ait parafant de meurtres dans im mois. C'est au moyen àà cette sévérité que la licence en'tout genre fut réprimés et que disparut une race d'assassins et de voleurs qui fon> maient une association organisée, avec laquelle on traitait selon certaines conventions pour faire assassiner, mutiler un ennemi , ravager les campagnes, déshonorer les femmes ; et aprèsr avoir commis toutes sortes d'Lor« reurs, on trouvait, dans le palais des cardinaux ou des princes, un asile qui mettait les coupables à l'abid de la justice. Le comte Pepoli fut exécuté à Bologne pour avoir donné retraite à des bandits.
Sixte y ne supprima point les divertissements du carna^ Tal, temps où se commettaient les plus grands désordres; mais on vit s'élever dans tous les quartiers de la ville des poternes destinées à la prompte punition de ceux qui se livraient au crime. Ainsi l'on put marcher dans Rome en toute sécurité, l'innocence n'eut plus rien à redouter die
31S LEi PAYSANS 1LLDSTE£S..
rîmpudeiue» l'adultère fut proscrit; les lois leuc Tigoeur ; Tfgiicukure y «fira^rahie dea-brigands i/m ittfflitairttt las caippagnes, de7i«itfl9risfiaiite ; le comoMMe dfbaixa^sé da.sca entraves i les arts, les manufertures et, tous lesfettrBs d'iliduatsie furent epcouragés; et lltalie; gotttà lesd^iueurs de la paix et deraboudanceytandis qu^ les attiras oonâr^ de l'Buiope é^ûent agito^par des tcçii^ Mes et liyrées à la détresse.
Quoique SUte Y Ii$, d'une compleûon robuste, le tra- ▼aii excessif que demandaient ses f ^motions ruina i^o^ensi* Uement sa santé. U y succomba le 17 août 1590| après avoir govivemé l'église pendant cinq ans. et quelques
Malgré les embellissements de leur ville, les Romains, qui f;émissaient sous le poids des impositions, le détestufent. Pendant toute la durée de son ponti&cat il fit des dépenses énormes, cependant il laissa dans le château Saint-Ange plus de cinq millions d'or qu'il destinait aux nécessita pressantes de l'Eglise.
Sorbonne ou Sorbon naquit à Sorbon, petit village près dé la ville de Keims, le 9 octobre l20t. Il itàii d*une lamille pauvre et obscure^ et non pas d\me maison
-SES PAYSANS ÏLLUffTKW. Kl 9
llittatrei eomiAe Fa «vancé Ouplms^ 'Oo voit qoa «*«*t du hevr de sa' nt^ssascè^qu'il- a fNri»40»|i€i9P qpi^Ait .doiiné * Qn'€llibre-éiabfim€fiit«iil dotttiKiiaidbit ndendik. Sa |Nifmrèté ful-flfHjniefit uB^bMaek à âoa éiiicaddn ^ceipê^^ dâirt fl *partiiity' à' Faide de qualqiMf anmfâaes de san curé et d'une dame 'charitable qui ptëvoyak Fa?enii< de cal* enAint, à campléter ses'études ^et àaefaiFeTecereit do<yteitr. 91 s'acquit- bîeiitdt utie si gi^oide réputation, par ses termqasetaeaeoiiCéreiiceS) que le roi mkil Looia voulirt Featendre lui-même. €^prio€e oenfut'aussitôtpour'Ra^ bert de SorbonBe. la plus haute eatime. ^ voulait Favoir souvent  sa çour^le &isattniai>9ei^'à.«atable, et prenait un gmnd plaisir^ entendre tout ce* qui sortait à^nne bouche si éloquente.. Ettfin^ pour ae Fattacher d'une ma^ nière plus particulière, il le fit aouchapelain etle'novHma son confesseur. HoijertdeSotboane, 4eTen«i «tumoine de 'Cambrai en Fan 12Ô0, réfléchit sur lés peines >qu'il «vaiê euea pour pouToir-étre reeu doctenri et rJsolut*de fecili» ter les études aux pauvres écoliers. Il crut que le moyes le plus convenable et le plus avantagetûc était de former iine société d'ecclésiastique éécuUeva qui, vivant en com- ^>iun et ayantles thèses nécessaires à la vie, nefussent fins >ccupés que de l'étude et enseignassent gratuiiettient. 'Tous ses amis approuvèrent son dessein, et^ffrirentdel'^i* der de leurs ^biens et de leurs conseils. Oeux d'entré eue • qui contribuèrent le plus furent Guillaume de Bray , qui^f11t plus^tard cardinal, et Guillaume de Chartres, chAnéine dé :Saint-Quentin.
330 LXS PAYSANS IL;«USTBEA.
Robert de Sarboime» aid^ d« leur secoorSi foiida ea 1SS& le célèbre collège qui porte aoa nom et qui a serTÎ de nuv dèie à tous les «utrea ëtdbliMeme&ts d^éducation. Les fa* veurs dont ce docteur étsùt accablé paciurent, dit-on, lui înapirer un peu de Tanité et excitèrent Fenvie des courti- ■ans* Un jour Robert, tt préteur de Louis, demanda au •ire de Joinrille »*il fallait blâmer celui ijui, près de son pfrince, prenait unsiégeplus élevé que le sien. Sur ta réponse affirmatÎTè de Joinville, Robert lui dit : «Yous êtes donc bien à blâmer, quand vous êtes plus' ricbemftit Têtu que luL — Je ne suis pas à blâmer, répUqiJ^ Jotnville à Aoberl, car Thabit que je porte m'a été laissé par mon père » 4t ma mère ; mais tous, fils de yilain et de vUaine, tous ivea laissé les habits de vos parents pour des étoffes plus Boes que celles que porte le roi. » JoiuTilley qui rapporte cette anecdote , ajoute ipie 'saint Louis tmreprisi à défm^ dft Hobert de tout son pouvoir^ Touiant le ménager et adoucir k confusion qu'il s'était attirée par son imprudenû^
Les bornes de cet ouvrais ne nous permettent pas d^entrer dans les détails de Tadministratioa de la Sorbonoe ; tout le monde sait d'ailleurs que c'est de cette école qujB SQfrt;sortis la plispart des écrivains célèbi%s du moyeivâgu. Rctiert avait acquis une si grande réputation de science et de droiture, qu*iliVit pris plusieurs fois pour arbitre pat d^jNrlnces ^eux-mêmes. II mourut dans Tannée .1274, el U»S9# la plus grande partie de sa fortune à ses panyrei écoUoifs de la Sovbonne.
SUGEJi. "*-
Suger, abbé de SaÎD^-Oenis, naquit en 1082, ou eu 1087 comme le prétendent d'autres biographes. On ignore le lieu de sa naissance,- quelques auteurs le font naîtra è SaÎDt-Denîs, d'autres dans la Touraine. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il appartenait à des parents réduits à la dernière misère, et que ce fut par pitié qu'il fut reçu, encore .enfant, dans l'abbaye de Saint-Denis, où était éleré Louk YI. Pour expliquer Tamitié qui exista entre Suger et le roi de France^ on a prétendu qu'elle commença dans 'les délassements que la prince avait cqutume de prendre avec le neyice.
Quoi qu'il en soit, il est Lors de doute aujourd'hui que Suger dut le bonheur d'être connu de son roi aux conversations savantes qui lui avaient déjà fait une petite répu<« tation dans le monastère. Le prince l'appela auprès de lui dès qu'il fut monté sur le trône, et il en fit son conseil et son guide. Une mémoire pvodigieuse^une élocution bril* lante, une- étonnante activité, une immense érudition, furentles qualités qui lui donnèrent sur les ecclésiastiques et les grands de l'Etat une supériorité d'autant moins contestée, qu'il sembla se faire une loi d'être plus modeste à mesure qu^iï aurait plus de grandeur et de puissance. En effet, ayant été nommé abbé dé Saint-Denis en 1122, il eut les équipages et le luxe d'un grand seigneur. Saint
Bemardy qui prêchait une réforme dans les mœurs du clergé, lui fit entendre que l'abbé de Saint-Denis devait donner le premier l'exemple de la simplicité. Suger se bâta d'accéder à la demande du saint prédicateur, et se souvint enfin qu'il était né dans les rangs de ce pauvre peuple qui manque souvent de pain.
Chargé par le monarque d'administrer la justice et de perfectionner les lois, il aida par la sagesse de ses moyens au mouvement qui préparait l'affranchissement des villes, soit qu'il prévît les avantages que la royauté tirerait de rétablissement des communes, soit que la religion etThu^ manité le décidassent seules à relâcher les lois de la sorvi*tude.
Il reçut les derniers soupirs de Louis, qu'il couvrit de ses larmes. Mon cher ami^ lui dit Louis, pourquoi pleurer qu<wd la miséricorde de Dieu nC appelle au ciel, Suger vit augmenter son crédit sous son successeur^ Louis YII eut la sagesse de conserver ce ministre. Au commencement de ce règne, Eugène III avait ordonné à saint Bernard de prêcher une seconde croisade pour déhvrer le saint tombeau de Jésus-Christ et secourir les princes chrétiens qui étaient dans la Palestine. Suger> qui prévoyait tous les malheurs de cette aventureuse expédition et qui pensait avec raison que la divine Providence saurait bien, quand elle voudrait^ renverser les ennemis du Christ, s'opposa vivement à cette émigration. Il écrivit au papepour empêcher que quatre-vingt mille Français quittassent la France^ mai» le roi et le$ seigneurs, emportés par le zèle et l'esprit d'à vea-
tures, n'écoutèrent pas les conseils de la raison. Suger accepta la régence, que l'ardeur pourles voyages d'outre-mer aurait empêché d'être occupée par les seigneurs. Ces derlÉiers se seraient trouvés humiliés de rester dans la patrie, tandis que leurs pères s'élançaient à la conquête âes lieux saints. '•
Pendant l'absence de Louis VII, Suger gouverna avec' i l'intégrité d'un homme qui n'avait pas désiré cet honneur. I Le bon ordre qu'il mit dans les finances rendit moins dés- I astreux les revers que les Français éprouvèrent dans leur pèlerinage, et lorsque enfin les désastres de la croisade eurent forcé le roi de France à retourner dans ses Etats, Suger reçut publiquement des éloges pour son zèle et la I sagesse de son administration, et la reconnaissance uni- I verselie lui décerna le titre glorieux de Père de la patrie. t Ce ministre avait alors un grand avantage, il était le
j seul homme en Europe qui se fût opposé à la croisade. ( \ Oe toutes parts on vantait sa prévoyance, et toutes les
8 plaintes s'adressaient à saint Bernard. L'abbé de Saint* i Denis continua de gouverner avec la même sagesse et le même succès ; mais bientôt de nouveaux désastres dans la l Terre-Sainte vinrent ranimer le zèle des chrétiens de ^ l'Occident, et on vit, chose singulière, Suger, qui s'était pl opposé à ces guerres lointaines, prendre la résolution de fj secourir Jérusalem et exciter à Chartres tous les princes à i(] prendre la croix. Comme on ne répondit à ses discours iji que par le silence de la douleur, il forma le projet de faire ^ lui seul ce que n'avaient pu faire des rois. Il résolut, à l'âge
8*21 ' LES PAT^ANâ I^LCSTHES,
de 8oixant€-dix ans^ d« lever une tnn^e, de Ventretenir à ses frais et de ht conduire en Palestine. *
Déjà plus de dix mille pèlerins se disposaient à le suiTre en Asie, l<frsque la mort Tint arrêter l'exécution de se» desseins. 'Saint Bernard l'assista à son dernier moment.
Dans un temps où Ton . ne songeait qu'à défendre et augmenter les privilèges de TEglise, Suger osa défendre ceux du peuple et de la royauté«
S'il faut en croire ses contemporains, il vivait à la cour [en sage courtisan et au cloître en saint religieux. « S'il y l» a dans l'église de France, écrivait saint Bernard au pape » Eugène, quelque vase de prix qui embellisse le palais » du Roi des rois, c'est sans doute le vénérable abbé Su« » ger« « Il réforma les moines de son ordre sans mériter leur haiue; il fit le bonbeur des peuples sans uiéiîter leur ingratitude, et servit les rois en méritant leUr amitié. La fortune It favorisa pendant toute sa longue vie, et peut qu'on ne pût lui reprocher aucune faute, il finit sa car rière lorsqu'il allait conduire une armée en Orient. Enfin ccmune ce ne fut que quelques mois après sa mort qu s'accomplit le divorce d'Ëléonore d^Aqultaiue et d Louis YII, l'bistoire lui a fait un mérite de s'être oppose à un acte si conjtraire à la politique, et il est encore regardé de nos jours comme un des hommes qui ont le plus fait pour améliorer le bien-être de la classe d'où il était sorti , en fondant les communes ^ qui devaient plus tard dicter la loi aux ordres privil^iés.
— PiN. —
^9ihU W0 i^mtutt».
Préface.
Amyot. 1
Augereau (Pierre-François-Charles). 6
ChainpioQnet (Jean-Ëtienne). 15
Chaptal (Jean-Antoine, comte de Cbanteloop). * 1 9
Chauliac (Gny de). 28
Chevept (François de). 8 1
D'Alemberl» 34
Devernay. 37
Dupuytren (Guillaume). 47 Daval (Valentin-Jamery). - 47
Fléchier (Esprit). * 52
Fournîer (Charles, dîl l'Américain). 57
Pressînet (Philibert, général). 61
Friant (Louis, lieutenant général, comte). 70
Fririon. 78
Gilbert (Nicolas-Joseph-Laurent). 8I
Gourville (Jean-Hérauld, sieur de). 83
Hoche (Lazare, général). * 88
Jeanne d'Arc. 97
ilulien (Pierre), statuaire. 1^0
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Redura G. Truffer Lausanne