CHAPITRE X. — 150G
prêteraient serment au magistrat d’être obéissants en tout ce qui regardait la politique; le même serment serait prêté, avec la main levée, par tous ceux qui faisaient profession de la nouvelle religion. Réformés et catholiques déposeraient également leurs armes offensives dans les mains du gouverneur de la Flandre. Moyennant l'accomplissement de ces conditions, le magistrat donnait l’assurance aux réformés, conformément à l’accord du 25 août, que, dans leurs prêches, ils ne rencontreraient aucun empêchement et que personne ne pourrait, pour y avoir assisté, être recherché ou molesté. Cette convention serait observée jusqu’à ce que le roi, avec le concours des États-Généraux, eût pris une autre résolution.
L’accord conclu, le comte d’Egmont se rendit à l’église de Saint-Michel où il avait fait célébrer une messe; il visita ensuite le couvent des dominicains et engagea les moines à rétablir tout ce qui avait été détruit par les iconoclastes; dans l’aprèsmidi, il visita le château, puis se rendit à l’église de Saint-Bavon où il examina autour du chœur les dégâts commis par les briseurs d’images. Après avoir encore ordonné que tous les étrangers seraient tenus de sortir de la ville, le comte d’Egmont partit le 12 , à sept heures , avec toute sa maison , pour Audenarde (1). Il communique au magistrat l’arrangement qu’il vient de faire avec les calvinistes de Gand et le conseil donne, le lendemain, son adhésion à cet accord (2). D’ Audenarde, le gouverneur de la Flandre se rend à Ypres, résiste aux religionnaires qui sollicitent quelques églises pour y faire leurs prêches, et cherche à conclure une transaction sur les bases de la convention de Gand. Il charge de la négociation l’avoué de la ville, deux échevins et le greffier, puis il se rend à Armentières pour y rétablir également l’ordre. Apprenant que la négociation entamée à Ypres n’a pas abouti, il revient dans cette ville, et, par son intervention, décide les religionnaires à
(Il Rapport du magistrat de Gand, p. 152. — I’. B. De Jonglie, Grndsche geschiedenissen, t. I", p. 33-iî. — I laemsche Krunyk, etc. (journal contemporain publié par il. Biommacrl), p. li-15.
(î) Mémoire justificatif du magistrat d' Audenarde, etc., p. 33.
LB COMTE d’eOMONT. U
LF. COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE HORMES.
restituer les églises dont ils se sont emparés et à ne plus faire des prêches dans l’intérieur de la commune. Il leur remet, au surplus, une interprétation satisfaisante des articles les plus importants de l’accord accepté de part et d’autre (I).
Le gouverneur de la Flandre tint une conduite analogue à Courlrai, à Deynze, à Thielt, à Menin et dans la châtellenie de Bergues. Toutes les conventions conclues avec les réformés s’appelèrent submission de ceux de la nouvelle religion (2). Elles avaient pour base l’accord conclu par la régente avec les gentilshommes confédérés et réservaient expressément aux États- Généraux le droit de régler d’une manière définitive les rapports des deux religions. Plus tard on ne pardonna point au comte d’Egmont d’avoir osé nier que le roi fût absolu et d’avoir hautement reconnu la prérogative des États (3).
Cependant le gouverneur de la Flandre n’était nullement disposé à livrer cette province aux religionnaires. Il trouvait humain et juste de soustraire cenx-ci â la violence des terribles édits de Charles-Quint; il était partisan d’une tolérance limitée selon les préjugés de l’époque, mais il ne voulait point la prédominance des calvinistes. N’ayant pu obtenir ni de la régente ni du conseil des finances l'argent nécessaire pour lever un certain nombre de gens de guerre, il eut recours aux ecclésiastiques de la Flandre et de l’Artois. Le clergé lui accorda la
(1) Justification du magistral d’Yprcs, MS. — L'interprétation par le comte d'Eginont de certains articles d'une déclaration qu’il avait donnée touchant l’exercice de la nouvelle religion, à Yprcs, est insérée dans la Notice historique et descriptive des archives de la ville de Cand, p. lil .
(2) Les religionnaires se soumettaient volontairement, car ils étaient certes assez nombreux pour résister avec succès aux injonctions du gouverneur. On en trouvait des milliers jusque dans les petites villes de la Flandre. Le curé de Saint-I*ierre, à Renalx, déposa plus tard qu’il avait « souventes fois « veu passer devant sa maison tant hommes que femmes allansà la presebe
« de quatre à cinq mille personnes venant en partie d’Audenarde, en partie* « de leupeghem, Nukerkc et autres lieux circonvoisins , tous embastonnez « de picques , de harcqucbouzes et pislolctz, aussy d’hallebardes et autres « armes...» Mémoire justificatif du magistral de Renaix, publié par .M. II. Raepsaet dans le Messager des sciences historiques (1853).
(3) Libel accusatoire dans le Procès du comte d'Egmont, p. 111.