CHAPITRE X
somme de 80,000 florins il payer par termes. Il put ainsi lever dans l’Artois, avec le consentement de la régente, quinze compagnies d’infanterie wallonne et une compagnie d’arquebusiers à cheval. Celle-ci fut placée sous le commandement de George de Ligne, seigneur d’Estambrugghc, qui eut pour lieutenant Hector de Beauffort, seigneur de Boilleux. Le comte répartit ces forces dans tout le pays de Flandre afin de ne plus exposer à une surprise les villes et les chùteaux de cette importante province (I). Dès le 22 septembre, deux enseignes d’infanterie entrèrent à Ypres.
Lorsque le comte d’Egmont s’était rendu à Courtrai, il avait trouvé dans cette ville le eomte <fe Hornes. Celui-ci était arrivé le premier, accompagné de plusieurs gentilshommes confédérés, entre autres des seigneurs deVillers et d’Esquerdes, et de quelques marchands calvinistes de Tournai. On entendit ces gentilshommes, à table et hors de table, disputer, en présence du comte, avec le seigneur de Rassenghien, sur le saint sacrement de l’autel, sur les cérémonies de l’Église, et se prononcer contre l’observance de ces pratiques. Le comte d’Egmont étant arrivé, les deux amis soupèrent ensemble à la maison de la dame de Malstede et curent une conférence dont les détails ne transpirèrent point (2).
Le dimanche 15 septembre, le comte de Hornes, étant de retour à Tournai, assista au banquet que les doyens et sousdoyens des métiers lui avaient offert en leur Halle. Le matin, grèce aux mesures déjît prises par l’ami du prince d’Orange et du comte d’Egmont , la messe avait été célébrée dans l’église de Saint-Quentin, rendue au culte catholique. Mais il fallait aussi donner une juste satisfaction aux protestants. Le comte présenta, le 16, aux consaux, un projet d’accord destiné à faire cesser toute animosité entre les deux partis religieux et ît réta-
(1) Mémoire (le défense du comte d'Egmonl (Procès, p. 135). — De la guerre civile des Pays-Bas, parPontus Payen, liv. III.
(2) Enquête reçue à Bruxelles par Vargas et dcl Rior : déposition de Jehan de Tollcnacrc, S' de Scherpenberghe, bourgmestre de la ville de Courtrai en 1568 ( Procès du comte d'Egmonl, p. 289).
LF. COMTE D'F.GMONT ET LE COMTE DE IIORNES.
blir la paix dans la ville (i). Ce projet, qui était pour ainsi dire calqué sur les conventions approuvées en Flandre par le comte d’Egmont, fut préalablement communiqué aux ministres et aux chefs du consistoire. Des délégués furent ensuite chargés, avec l’autorisation du comte de Hornes, de désigner, hors de la ville, les emplacements où les religionnaires pourraient ériger trois temples. Ils choisirent l’un de ces emplacements près de la porte Mar vis, le second près de la porte Valencenoi.se et le troisième près de la porte Cocquerel. Plusieurs gentilshommes, bourgeois et riches marchands calvinistes firent des dons volontaires pour l’érection des nouveaux temples. Quant au magistrat, après des débats fort vift, il avait alloué, sur les deniers de la ville, une somme de 40 livres de gros. Les réformés attendaient une intervention plus généreuse lorsque, dans leur requête, ils rappelaient que les trois quarts au moins des habitants de Tournai appartenaient à la religion nouvelle (2). Ils consentirent néanmoins à faire les prêches hors de la ville, à la condition que le représentant de la régente leur accorderait quelques places profanes dans l’enceinte même de Tournai, jusqu’à ce qu’ils pussent se servir de leurs nouveaux temples. Le comte, d’accord avec le magistrat, donna son acquiescement à celle demande. Il était d’ailleurs très décidé, écrivait-il à la régente, à ne plus souffrir des prêches dans les églises (3).
Le 17, le comte de Hornes passa en revue, dans les Prés- Porciens, les huit compagnies de la ville. Il se mit au milieu des bourgeois armés et leur fit prêter serment « qu’ils seraient « bons et fidèles sujets de Sa Majesté; qu’ils obéiraient à tout « ce qui leur serait commandé par le gouverneur ou par le « magistrat pour le service du roi, le bien, le repos et la tran- « quillité de la ville (4). » L’ordonnance suivante fut publiée
(t) Voir dans ln Supplément aur guerres civiles, t. II, |>. 384, les articles proposés par le comte de Homes pour la pacification des troubles.
(î) Mémoires Av Pasquicr de Le Barre, 1. 1", p. 183.
(3) Le comte de Hornes à la gouvernante des Pays-Bas , Tournai , 18 septembre 1566. Supplément aux guerres civiles, t. Il, p. 425.
(4) Mémoires de Pasquier de Le Barre, l. I", p. 181. — Le comte de Homes écrivait à la régente te 18 septembre : « Je passai hier monstre à douze cents