CHAPITRE XII. — 1566-1567. Î7I
proposa de combattre sans aucun retard les bandes calvinistes qui avaient pris l’offensive. Il fit observer au conseil d’État qu’il serait dangereux de laisser Thoulouze se fortifier à Austruweel, ayant la ville d’Anvers aux épaules et l’Escaut h côté, libre ainsi de recevoir, à toute heure, gens, vivres, armes, munitions. On objectait que la meilleure partie des troupes royales était devant Valenciennes; mais le comte repartit qu’il ne fallait point balancer ü envoyer contre Thoulouze la garde môme de Marguerite de Parme (1). Cet avis ayant été adopté, les vieux soldats wallons, qui composaient la garde de la régente, furent dirigés sur Austruweel. Philippe de Lannoy, seigneur de Beauvoir, commandait cette troupe d’élite. Ce 13 mars, il vint assaillir soudainement les bandes indisciplinées et peu aguerries qui formaient le camp d’Austruweel ; il les extermina sans épargner l’héroïque et infortuné Thoulouze, leur chef, tandis que le prince d’Orange et le comte de Hoogstraeten empêchaient les calvinistes d’Anvers de voler au secours de leurs frères (2).
Le 16 mars (c'était un dimanche) Beauvoir rentra en triomphe dans Bruxelles avec ses Wallons victorieux; ils étaient précédés de trois gentilshommes à cheval, couronnés de lauriers, et portant les bannières enlevées aux calvinistes. Les femmes, les enfants et les jeunes gens qui étaient allés à leur rencontre, sur des chars, chantaient un hymne dont le refrain était :
• Vive la foy, vive le roy, vive les papistes.
Qui tuent méchants huguenots et marlinistes. »
Ils les tuaient, en effet, sans pitié, sans miséricorde. Autour de Malines, de Bruxelles, de Louvain, les prisonniers étaient pendus aux arbres, six, huit et douze à la fois (3) !
(1) Mémoire de défense, etc. Procès, p. 149.
(î) « Telle fut, dit Ponlus Payen, la (in dudit S' de Thoulouse, gentilhomme accompli en savoir et érudition, qui avoit infecté la gentillesse de son esprit de la doctrine de maislre Jehan Calvin, ce qui a été cause de sa perdition. » Delà guerre civile du Païs-Bas, liv. III.
(3) Ces particularités sont extraites d'un document contemporain cité par M. Van Vloten dans le recueil intitulé : Bydragen lot de Oudheidkunde en Geschiedenis, inzonderheidvan Zeeuicsch-Ylaanderen, 1. 1", p. 30î.
LE COMTE d’eGMO.NT ET LE COMTE DE DORMES.
Si le comte d’Egmont avait déterminé, par ses conseils, l’attaque des bandes réunies à Austruweel, le prince d’Orange, de son côté, avait fait fermer les portes d’Anvers et empêché, même au péril de sa vie, les calvinistes de la ville de se joindre à Thoulouze. On a dit que le prince n’avait pas voulu exposer les huguenots d'Anvers à une défaite certaine. Mais Beauvoir n’avait pas deux mille hommes sous ses ordres. Or, quelle que lut la valeur de ces soldats d'élite, comment auraient-ils pu faire face en même temps aux trois mille hommes de Thoulouze et aux quinze mille réformés d’Anvers? Le prince d'Orange, dans ce moment terrible, montra un courage admirable, mais ce ne fut point pouf 1 2 empêcher la destruction des bandes de l’infortuné Thoulouze. Un avis secret transmis au gouvernement anglais, quatre jours avant la défaite d’Auslruweel, l’informait que le prince d’Orange évitait de se prononcer (1).
Vaincus à Austruweel, les réformés placèrent tout leur espoir dans la résistance que Valenciennes opposait encore aux troupes royales. Après s’étre rendu maître de Tournai et avoir désarmé le peuple de cette ville, Noircarnes avait serré Valenciennes de plus près. Mais la fierté des assiégés n’était pas abattue. A de nouvelles sommations, ils répondirent qu’ils avaient assez appris, par la servitude qu’enduraient les pauvres bourgeois de Tournai, ce que c’était que de recevoir garnison; qu’ils pouvaient disposer de toutes les forces des huguenots de France, mais qu’ils ne voulaient pas s’en aider, parce qu’ils avaient l’espoir d’être bientôt secourus par les gentilshommes confédérés, qui assemblaient leur armée au village d’Austruwecl. Noircarnes, irrité par ces bravades, ne parlait que d’ouvrir la brèche et de donner l’assaut; la régente voulut cependant qu’une dernière tentative fût faite pour amener la soumission volontaire des assiégés. Elle eut recours à l’intervention du duc d’Arschot et du comte d’Egmont (2).
Le choix de ce dernier était assez étrange. Trois mois aupa-
(1) Documents conservés au State Paper Office et analysés parE.Van Bruysscl clans les Bulletins de la commission royale d'histoire, 3* série, 1. 1", p. 130.
(2) Pontus Paycn, liv. 111.