CHAPITRE XII
ravant, la régente mandait à Philippe II que le comte d’Egmont était soupçonné de chercher, par des moyens indirects, à la détourner de faire resserrer Valenciennes, tandis que, d’autre part, il travaillait, avec le plus grand secret, à faire secourir cette ville par les confédérés. Elle ajoutait, à la vérité, pour atténuer cette nouvelle et perfide insinuation, qu’elle ne pouvait croire cela d’un personnage dans lequel le roi plaçait tant de confiance (1). Que ces dernières paroles fussent empreintes d’une certaine ironie : on ne peut en douter. Il est incontestable aussi que le comte d’Egmont ne montra point la déloyauté dont ses ennemis secrets l’accusaient. A ses yeux, la ville de Valenciennes, ayant pris les armes contre la régente des Pays-Bas, avait été justement déclarée rebelle; mais comme il n’était ni fanatique ni cruel, comme il voulait concilier son affection pour le pays avec ses devoirs de ministre et de vassal, il s’efforça d’empêcher la ruine d’unedes plus belles villes des dix-sept provinces. La régente écrivit elle-même aux assiégés pour les engager il ne point rejeter les conditions justes et raisonnables que le comte d’Egmont et le duc d’Arschot leur proposeraient de sa part, ajoutant qu'ils n’avaient aucun secours à espérer des confédérés, depuis que ceux-ci avaient été défaits à Austruweel. Les plénipotentiaires de la régente reçurent au château de Beuvrages les députés de Valenciennes. Les conférences furent orageuses. Les mandataires de la ville exprimèrent d’abord le désir que les pourparlers eussent lieu en présence du prince d'Orange et du comte de Hornes; ils demandèrent ensuite que les conditions offertes par la régente fussent mises par écrit. Les plénipotentiaires rejetèrent le premier vœu, mais ils ne virent pas d'inconvénient à remettre par écrit les conditions proposées par la régente. Elle promettait d’accorder une amnistie, si la ville consentait à recevoir une garnison. Quant aux réformés qui ne voudraient point renoncer à l’exercice de leur culte, elle leur laisserait quinze jours pour réaliser leurs biens et quitter le pays. Ces propositions furent loin de satisfaire
(1) ta duchesse de Parme au roi, 18 décembre 1566. Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 495.
LE COMTE d’kOMONT. 18
LE COMTE D'HOMO: 1 !! ET LE 'COMTE DE HOtlNES.
le conseil de ville et le consistoire ; une sorte d 'ultimatum fut rédigé et communiqué le lendemain aux deux seigneurs par une nouvelle députation. Les assiégés ne refusaient point d'admettre une garnison royale, pourvu que les soldats ne fussent ni entretenus ni soudoyés par les habitants. Cette garnison ne pourrait d’ailleurs entrer dans la ville avant que les réformés, qui voudraient s’expatrier, eussent obtenu le temps nécessaire pour réaliser leurs biens. En outre, les assiégés réclamaient non seulement la restitution de tous les biens confisqués, mais aussi le retrait de l’édit qui avait déclaré Valenciennes rebelle. Ils exigeaient encore la garantie des chevaliers de la Toison d’or et du conseil d’Etat pour l’observation fidèle du traité proposé. La lecture finie, le duc d’Arschot se prit ii rire h gorge déployée de leurs illusions; mais cette hilarité ne gagna point le comte d’Egmont. Entrant dans une violente colère, il reprocha aux députés d’avoir traité avec peu de respect la régente, en n’ajoutant pas foi à la lettre par laquelle elle leur mandait la défaite de Thoulouze; il leur reprocha en outre d'avoir violé lesjois de la guerre, attendu que, pendant les négociations mêmes, ils avaient continué les hostilités; enfin, il s’éleva contre leur obstination et leur méchanceté. S’exaltant de plus en plus, il menaça de les faire tous passer au fil de l’épée et de réduire la ville en cendres. Puis, il les congédia, malgré leurs supplications, disant que, s’ils ne partaient de bonne grâce, il les renverrait dans la ville, pieds et mains liés. Le comte alla reconnaître lui-même la solidité des remparts de Valenciennes et descendit jusque dans les fossés, au péril de sa vie (I). Il retourna ensuite h Bruxelles pour rendre compte à la régente de l’insuccès de sa mission.
Beaucoup de gens, Noircarmcs en tête, quoiqu’il eût luimême demandé l’intervention du comte d’Egmont (2), étaient
(1 ) Mémoire <ie défense, clc. (Procès, p. ISO). Voir anssi la lettre écrite par le comte d’Egmonl au roi, le 13 avril 1367 ( Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. S24).
(î) Ponlus Paycn, De la guerre civile, etc., liv. III. — Nol réarmé s avait écrit ù la régente : ■ Je supplie V. A. vouloir avoir souvenance de .se confier et