CHAPITRE XIV
Ce n’élait pas assez que ce déni de justice. Le comte d’Egmont continuait d’être traité dans sa prison avec une rigueur telle que sa santé était sérieusement menacée. Il ne pouvait point sortir de sa chambre pour prendre l’air ni même recevoir les soins de son médecin. La comtesse d’Egmont protestait contre cette sévérité inutile et demandait que la captivité de son mari fut adoucie (1). Les chevaliers de la Toison d'or, même ceux qui n’avaient point embrassé'naguère le parti du comte d’Egmont, étaient également émus en apprenant le traitement que leur illustre confrère subissait dans la capitale de son ancien gouvernement. Landas avait prié le comte Philippe de Ligne, le duc d’Arschot et le baron de Berlaymont de vouloir, comme chevaliers de la Toison d'or, examiner les accusations du procureur général contre le comte d’Egmont ainsi que la défense de ce seigneur. Mais le duc d’Albe leur défendit de conférer entre eux sur ce sujet. Le comte de Ligne, de retour h son château de Belœil, écrivit au représentant de Philippe II une lettre respectueuse pour qu’il tempérât du moins la sévérité dont on usait envers le comte d’Egmont (2).
(1) Dans une requête du 31 mars 1568, adressée au duc d'Albe, la comtesse d’Egmonl s'exprimait en ces termes (Recueil de Leclercqz, t. Il, fol. 90) : « Remontre très humblement la comtesse d’Egmont qd’elle a entendu que « le seigneur comte d'Egmont son mari est en bien mauvaise disposition et
• apparent de tomber en une bien grosse maladie, laquelle luy peut être « cause pourestre depuis quatre ou cinq mois detenu en une chambre sans » pouvoir sortir à l’air. Supplie partant V. F,., pour obvier à plus grand « inconvénient donner audit sieur comte liberté de pouvoir prendre l’air et « promener par tout le chasteau de Gand et permettre à M‘ Jacques son « médecin cognoissant sa complexlon le visiter et panser, et que l’un de ses
• serviteurs estant audit chêleau de Gand lui puisse porter sa viande sans « être transmise de main à aultre...
« Sabïne, Pallatyne. »
(4) Cette lettre, également intéressante, était conçue en ces termes : < Monseigneur. Moy estant dernièrement à Bruxelles intentionné de parler « à V. E. avecq le ducd’Arschot et le baron de Berlaimont touchant le faictdu
• seigneur comte d’Egmont à nous proposé par le sieur de Heule, entendis
• que V. E. ne trouvoil bon que nous en partissions ensemble; ores que ne « prétendions, si non à faire quelque petite requeste à Votre ditle Excellence
LE COMTE d’f.GMONT ET LE COMTE DE HORNES.
Malgré son dédain pour les privilèges et les usages des Pays- Bas, le duc d'Albe, voulant colorer l’injustice de ses procédés, permit enfin aux conseils du comte d’Egmont de se concerter avec lui pour préparer sa défense (1). Ils rédigèrent effectivement un très long mémoire qui n’était, à certains égards, qu’une paraphrase de la défense personnelle de leur noble client (2). Mais comme ils continuaient, de concert avec le comte d’Egmont, à revendiquer les privilèges de l’ordre de la Toison d’or, le duc d’Albe saisit ce prétexte pour mettre un terme à la procédure en déclarant l’accusé forclos.
Les démarches faites en faveur du comte de Hornes par sa mère et ses beaux-frères furent également très actives. Du reste, le procès intenté à Philippe de Montmorency suivit la même marche que la procédure dirigée contre le comte d'Egmont, et l'issue fut la même. Le comte de Hornes eut également la permission, au commencement du mois de mars, de voir de Provyns, son procureur; mais sa captivité ne fut guère allégée : le prisonnier n’avait ni plume, ni encre, ni papier « pour faire
« qu’esloit en elfect de supplier humblement, qu'il pleut à icelle accorder « audict seigneur comte d'Egmont (cependant qu'il poldrat vérifier ses < réponses) de pouvoir prendre air et pourmener tous les jours en quelque « jardin au chasleau de Gand, aflin qu'il puisse conserver sa santé, laquelle ■ il a toujours entretenu en l'exercice des champs, et pour l’obligation que « je doibs tant pour la confraternité de l’Ordre comme parentaige, n’ay peu « laisser d'écrire cesle à Votre Excellence, la suppliant bien humblement,
• qu'il luy plaise y entendre, et ne prendre de mauvaise part le debvoir que
• j'en fais par reste, m'offrant au surplus toujours à faire humble service à « V. E. •
• Pn. de Ligne.
< De Bcllœul.cc 5 mars 1308. >
Cette lettre a été publiée pour la première fois dans recueil intitulé : Verhandelingen en onuitgegrven stukken, betreffende de Geschiedeins der A'rderlanden, door M. J C. de Jonge (Dclfl, 18Î5, in-8”), 1. 1", p. 83.
(1) Il résulte d’une requête adressée au duc d'Albe par Guillaume Borchgrave, procureur subdélégué du comte d'Egmont, « qu'il venait de besoigner avec ledit comte cinq jours continuels. >
(î) Procès du comte d'Egmont, p. 153 à ÎÎ3.