‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 167 sur 180 · CHAPITRE XV. — I5G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — I5G

pour discuter mûrement avec ses assesseurs les charges portées contre les accusés, mais pour faire connaître la résolution de Philippe II. Il fut alors enjoint îi Jacques Hcssele, le membre le plus impopulaire du conseil après Vargas, de rédiger les sentences (1).

On prétend que le duc d'Albe n’avait pas exécuté sans trouble ni sans hésitation les ordres de Philippe II. Le roi Payant pressé

(1) Ces renseignements sur la fin de la procédure, les seuls que l'on possède, sont empruntés pour la plupart aux réponses du docteur del Rio à l'interrogatoire que le prince d’Orange lui fit subir en Zélande, en 1577. Ces réponses (voir Messager des sciences et des arts de la Belgique, t. VI, 1838, p. 4.78 174', quoique parfois réservées et même confuses, sont néanmoins des matériaux précieux. Le registre du Conseil des Troubles, rédigé par le secrétaire Jacques de la Torrc, ne contient aucun détail sur la manière dont les sentences furent prononcées : La Torre se borne à insérer celles-ci sans y ajouter nn seul mot.

Les détails donnés par Renon de France (MS., 2' partie, ehap. V) s'accordent avec les renseignements dus è Del Rio. Le premier ajoute toutefois une particularité importante... c Les procès instruits furent lus et visités, dit-il, au Conseil des troubles, y assistant continuellement le duc comme président, avec les sieurs de Bcrlaymont et de Noircarmes sans que l'on ait démandé publiquement les opinions ni arrêté chose quelconque en leur présence ; trop bien le duc se fit délivrer par écrit les opinions secrètes de chacun, la pluralité desquelles inclina à la condamnation, aulcunà l’absolution du comlc d'Egmont. » Renon de France fait connaître aussi que la rédaction des sentences fut confiée à Hesseie, « mais, ajoute-t-il , les Espagnols aussi bien que les Wallons y mirent la main. « — D'après Van der Vynckl, le conseiller qui exprima une opinion favorable au comte d'Egmont fut Pierre Asscl, président d’Artois. Van der Vynckl dit it. 1", p. 279) qu’il a eu entre les mains l'original de l avis donné par cet assesseur du Conseil des Troubles. Cétall un écrit fort étendu qui servait de réponse au duc d’Albe. « P. Assel commençait par établir, par toutes les lois et la jurisprudence universelle, qu’on ne suppose rien en matière de crime de lèsc-majcslé, que la preuve de l’accusation doit être claire, évidente et convaincante. Il démontre ensuite que dans le procès actuel, la preuve était tout à fait insuffisante cl que, faute de preuve, le comte était à absoudre; bien plus que, prenant en considération scs services signalés, l’on devait plutôt le récompenser que le punir. »

Dans la lettre écrite par Morillon à Granvelle le 7 juin 1568, on trouve un autre détail bien étrange et presque invraisemblable : • Vargas n’a voulu opiner contre le comlc d'Egmont et le comte de Ilornes ! »

Sii LE COMTE DEGMOXT ET LE COMTE DE HORMES.

de ne plus difiërer le châtiment des seigneurs depuis longtemps condamnés, cet ordre impérieux l’avait d’abord bouleversé. Mais il n’osa ou 11e voulut point résister.

Le duc d’Arschot, Berlaymont et le président Viglius intercédèrent en faveur des illustres captifs. Viglius, parlant surtout pour le comte d’Egmont, rappela les services qu’il avait rendus et son « affinité » avec la maison d’Autriche. Mais s’apercevant bientôt que la résolution de faire mourir les deux seigneurs était immuable, le prudent Viglius prit un ton plus mesuré, de sorte que son intervention ne put offenser le duc d’Albc. Celui-ci n’acceptait point d’ailleurs la pleine responsabilité de l’acte horrible qui allait bientôt être accompli. A ceux qui lui proposaient la clémence envers les seigneurs prisonniers, il répondit « que sa dernière maladie 11e provenait point de la défaite de Frise, encore qu’il sentît extrêmement que la perte de M. d’Arenberg était irréparable, mais de l’impression que lui avait fait éprouver le commandement si exprès que lui avait fait le roi d’exécuter la sentence. » Il ajouta même « qu’il avait suggéré de tout son pouvoir la mitigation et qu’on lui avait objecté que le pardon eût été facile, si le roi seul avait été offensé, mais qu’on ne pouvait pardonner l’oITense si grande, faite â Dieu ( 1 ). »

(1) Morillon, en communiquant ces détails à Granvellc, le 7 juin 1368, disait les tenir de itcsscie. Ces détails concordent avec ceux qui se trouvent dans un ouvrage écrit plus tard en l'bonneur de la maison d'Albe. L'auteur de ce panégyrique s'exprime dans les termes suivants : > ... On trouve dans les archives de la maison de Tolède deux lettres écrites de la propre main de S. M. Dans la première ce prince commande précisément au duc de faire punir les comtes et de presser la construction des citadelles, comme il le lui avait ordonné en parlant de l'Espagne. Dans la seconde, il lui ordonne de ne plus différer celle exécution et l'accuse de timidité sur ce qu'il lui avait écrit que le moyen le plus aisé d'empêcher les Flamands d'en venir à une révolte ouverte et de courir aux armes était de retenir les deux comtes comme des otages de leur fidélité. Ainsi le duc n'a péché en cela que pour avoir obéi trop lentement aux ordres de son souverain, qui dans une autre lettre le menace en termes durs d'envoyer, à sa place, un autre gouverneur plus intrépide, qui saurait exécuter scs ordres » Histoire de Ferdinand Alvarez de Tolède, premier du nom, duc d'Albe (Paris, 1698), l. Il, p. 299.

La version d'L’Iloa est un peu différente. Celui-ci prétend — mais à tort, croyons-nous — que le roi donna seulement son consentement à la propo-

Page 1