‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 170 sur 180 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

je vois maintenant, je fusse mort misérablement et en danger de mon âme si Dieu, par sa bonté infinie, ne m’eût gardé jusqu’à cette heure. » C’était le catholique fervent qui tenait à son vénérable confesseur ces propos religieux : mais pas un mot ne fut prononcé qui impliquât un regret de ce que le.comte d'Egmonl avait fait pour servir loyalement le pays. Jusqu’à son dernier moment, il soutint que sa conduite n’avait pas été entachée de malice et de déloyauté. Il prétendit, jusqu’à sa dernière heure, que ses intentions avaient toujours été bonnes. Quelle que fût cependant l’admirable résignation du chrétien, les sentiments humains prirent enfin le dessus. Le prisonnier parla, avec tristesse, de sa femme et de ses enfants, que sa condamnation plongeait dans la misère. C'était là sa plus vive et sa plus poignante pensée (1). — « Je vous prie, lui dit l'évêque, affranchissez-vous de cette pensée; recommandez-vous et toutes vos affaires à Dieu seul, ayez toujours Dieu devant vos yeux, car vous vous en allez vers lui. » — «O misère de la nature humaine! s’écria le prisonnier; quand l’homme devrait s’adonner en tout à Dieu son créateur, il s’en éloigne pour penser à sa femme et à ses enfants ! » Quoi qu’il fit pour s’en affranchir, cette préoccupation cruelle finit par le subjuguer. À deux heures après minuit, il écrivit de sa propre main deux lettres. Tune au roi, l’autre au duc d’Albe pour leur recommander instamment sa femme et scs enfants (2).

Cette prière suprême n’était pas un acte de faiblesse. Comme un loyal et brave capitaine huguenot (Agrippa d’Aubigné) le faisait justement remarquer plus tard : le comte d’Egmont ne s’abaissait point, en se préoccupant « de l’honneur et du bien de sa famille. » Il avait bien le droit aussi de rappeler ses serti) C'est ce qui résulte de la lettre adressée par le confesseur du comte d'Egmonl à Philippe II le 9 juin suivant et publié par Van den^ergh dans le recueil intitulé : Cedenkslukken lot opheldering der iXederlandschc Gcsrhiedtnis, t. ir, p. 578-281.

(î) Tous ces détails sont extraits de la relation écrite en quelque sorte sous la dictée do l'évêque d’Ypres par un docteur de Louvain, son familier. La lettre même de l’évêque, adressée à Pbilippe II le 9 juin, corrobore cette .version.

LE COMTE D’EGMONT ET LE COMTE DE IlORNES.

vices passés et de laisser à la postérité un témoignage solennel de sa résignation en même temps que de l’ingratitude et de la cruauté du fils de Cliarles-Quint.

» Sire, disait-il,

» J’ay entendu ce matin la sentence qu’il a pieu à Vostrc Majesté

• faire décréter contre moi, et combien que jamais mon intention n’a

• esté de rien traicter ni faire contre la personne ni le service de

• Vostrc Majesté, ni contre nostre vraye, anchicnne et catholicque reli- « gion, si est-ce que je prens en patience ce qu’il plaît à mon bon Dieu » de m’envoyer. Et si j'ay durant ces troubles conseillé ou permis de

• faire quelque chose qui semble autre, ç'a esté toujours avec une vrnye » et. bonne intention au service de Dieu et de V oslre Majesté, et pour la

• nécessité du temps. Pourquoi je prie Vostre Majesté me le pardonner » et avoir pitié de ma pauvre femme et enffans et serviteurs, vous sou-

• venant de mes services passés. Et sur cest espoir m’en vais recom-

• mander à la miséricorde de Dieu.

» De Bruxelles, prest à morir, ce V dejuingl’an 1568.

> De Vostre Majesté très humble et léal vassal • et serviteur,

» Lamoral d’Egmont. •

Le comte d’Egmont remit cette lettre à l’évêque, en le priant de la faire parvenir au roi. L’évêque le lui promit et tint parole. Le prisonnier demanda ensuite Jt son confesseur quelles choses il pourrait dire sur l’échafaud pour l’édillcation du peuple. L’évêque objecta qu'il ferait mieux de no pas parler, parce ce que, en premier lieu, bien peu de gens le pourraient entendre, Ji cause du grand nombre d’Espagnols qui seraient autour de l’échafaud et que, en tout cas, ses paroles seraient interprétées diversement, selon l’opinion et les sentiments des auditeurs. Un autre contemporain rapporte que le comte d’Egmont, sous la foi et l'assurance duquel le comte de Homes s’était venu rendre au duc d’Albe, requit aussi avec grande instance qu’on

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