‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 2 sur 180 · XII · texte numérisé non relu

XII

Je dois encore aborder des objections d’une autre nature. Il y a deux ans, parut à Leipzig un ouvrage intitulé : Recherches sur le soulèvement des Pays-Bas contre l’Espagne. M. Matthias Koch, l’auteur de ce livre, se déclare nettement le champion de l’autorité et de la politique de Philippe II. Il s’est attaché, avec une érudition incontestable et avec une courtoisie, qui est trop souvent exclue des débats scientifiques, il s’est plu, dis-je, à contredire quelques-uns des jugements émis dans la première partie de mon Histoire de la révolution des Pays-Bas. C’est un grand honneur pour moi d’avoir donné lieu, pour une bonne part, au livre de M. Koch. Je dois dire pourtant que l’honorable et docte écrivain ne m’a point convaincu. Il y a surtout désaccord entre nous quant au caractère et aux tendances du parti auquel appartenaient les comtes d’Egmont et de Ilornes. M. Koch me blâme de l’avoir appelé le « parti national. » Loin de retirer ou de modifier celte qualification, je la maintiens de toutes mes forces. J’ai d’ailleurs pour moi une imposante autorité. En 1573, le duc d’Albe rappelait que le comte d’Egmonl, le prince d’Orange et consorts, en réclamant la suprématie du conseil d’État et l’assemblée des États-Généraux, prétendaient « tenir le roi en tutelle afin qu’il ne pût rien faire sans la volonté des indigènes. » Tel était effectivement le but du comte d’Egmont et de ses amis et adhérents. Ils reconnaissaient Philippe II comme le sou-

verain légitime du pays, comme le descendant des anciens princes. Mais ils demandaient, et avec raison, que le fils de Charles-Quint se conformât aux privilèges et aux traditions des Dix-sept provinces; qu’il les gouvernât, comme sous les régnes précédents, avec la coopération effective des seigneurs indigènes et avec le concours des États-Généraux. Ils voulaient donc pour les Pays-Bas , jusqu’alors libres et indépendants, un gouvernement national composé d’indigènes, et ils combattaient la politique qui tendait à établir la suprématie de l’Espagne, et à réduire les provinces belges à la triste condition du Milanais et de Naples.

Je persiste à croire que la cause défendue par le comte d’Egmont et ses amis était une cause juste et nationale. Je maintiens que ces seigneurs patriotes avaient en vue de conserver les libertés qui faisaient la force et même la grandeur des Pays-Bas.

Ne craignons point de juger le vainqueur de Gravelines et ses adhérents; mais gardons-nous d’outrager, par des accusations puériles ou fanatiques, la mémoire de ces hommes illustres ; ne nous efforçons pas de rabaisser outre mesure le piédestal sur lequel les Belges les ont placés depuis trois siècles I

Imitons plutôt l’exemple donné par l’Angleterre dans Westminster-Ilall. En voyant dans cet imposant édifice les statues et les effigies de tous les hommes célèbres , depuis

Richard Cœur de Lion jusqu’à Pitt, un écrivain éminent faisait justement remarquer que le culte de la tradition et de l’histoire , le vrai patriotisme , l’avait emporté sur l’esprit de secte et de parti! — Ce n’était pas, il faut l’avouer, un triomphe médiocre ni un enseignement sans utilité et sans grandeur.

Bruxelles, le 18 mai 1862.

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