‹ Les PaysBas au 16. siecle Le comte d'Egmont et le comte de Hornes 15221568Chapitre 58 sur 180 · IA · texte numérisé non relu

IA

les résolutions du roi, Egmont, le prince d'Orange, le comte de Hoogstraeten et d’autres nobles se rendirent à Vianen, ville qui appartenait au seigneur de Bréderode. Ils s'y rencontrèrent, le 8 septembre, avec le duc de Clèves, qui était accompagné du comte de Nuenar et de sa femme ainsi que des comtesses de Hornes. Alonzo del Canto, continuant son rôle d’espion et de délateur, écrivit, le 12, au cardinal de Granvelle que le caractère connu de ces personnages devait inspirer peu de confiance sur les motifs et les résultats de leur réunion. « Le comte « d’Egmont, ajoutait-il , est moins suspect que les deux autres <t (le prince d’Orange et le duc de Clèves); mais il paraît trop * peu en garde contre les insinuations des novateurs (1). » »

Trois mois s’écoulèrent sans qu’il arrivât des lettres de Philippe. Les seigneurs unis avec le comte d'Egmont ne savaienl que croire d’un silence aussi prolongé. Toutefois ils s’exprimaient librement et sans crainte sur le fâcheux état des affaires. Ils se flattaient même que le monarque, éclairé par les représentations de la régente, suivrait plutôt leurs conseils salutaires et patriotiques que les avis fdnestes et cruels de leurs antagonistes. Ils ne connaissaient pas encore Philippe II.

Le comte d’Egmont avait ramené d’Espagne le fils de Marguerite de Parme, Alexandre Farnèse, qui, le II novembre 1565. épousa à Bruxelles la princesse Marie de Portugal. Aux fêtes célébrées à l’occasion de ce mariage on put remarquer l’air soucieux et triste de la régente et de plusieurs seigneurs; une vague inquiétude régnait aussi dans le public. Le 5 de ce même mois de novembre, un courrier avait apporté des dépêches de Philippe II , et le peuple avait aussitôt envahi les abords du palais. La régente, pendant huit jours, s’efforça, mais en vain, de dissimuler ses appréhensions.

Enfin, le 14, elle communiqua au conseil d'État les dépêches fatales que, le 17 octobre, Philippe avait signées au bois de Ségovie. Il ordonnait que l’Inquisition fût maintenue et qu’elle continuât d’être exercée, comme auparavant, par des Inquisi-

(1 ) Voir aussi la lettre adressée par la duchesse de Parme à Gonçalo Perez, le î" septembre 1565. Correspondance de Philippe II, t. I ", p. 368.

leurs. 11 voulait aussi que les placards de Charles-Quint ainsi que toutes les autres lois ayant pour but la répression de l’hérésie fussent exécutés sans aucun changement. 11 lui semblait néanmoins convenable de tuer secrètement les hérétiques afin d’abaisser leur orgueil et d’empêcher que, par leurs paroles et leurs démonstrations, ils ne fissent encore des prosélytes, lorsqu’on les conduisait publiquement au supplice (1).

Philippe précisait toute sa pensée dans une dépêche du 20 octobre également adressée à la régente. « Ce qu’il a écrit » de Vatladolid ne différait point, lui disait-il, du contenu des « lettres remises au comte d’Egmont : seulement, consulté par

la duchesse sur le châtiment à infliger aux anabaptistes « arrêtés, il a ordonné qu’il fût fait justice de quelques-uus « d’entre eux, et cela est nécessaire; et sa volonté est qu’il en « soit usé ainsi non seulement à leur égard , mais à l’égard de « tous ceux que l’on prendra, de quelque qualité qu’ils soient. « Ce qui s’est dit aux Pays-Bas, touchant fluquisition, lui a « extrêmement déplu ; cette institution, qui a existé sous ses « prédécesseurs, est plus nécessaire que jamais; il ne saurait « souffrir qu’on la décrédite. D’ailleurs, la duchesse ne doit pas « ajouter foi à ce qu’on lui dit des inconvénients qui pourront « résulter de la rigueur de l’Inquisition ; il en arriverait de bien « plus grands, si les Inquisiteurs ne procédaient pas en acquit « de leurs charges. Ainsi, il ne peut être question de donner de « nouvelles instructions it ceux-ci; au contraire, il faut les « favoriser, les honorer, les animer (2). » Philippe avait également refusé d’étendre l'autorité du conseil d’État et d’y adjoindre le marquis de Berghes et le baron de Montigny, les amis du comte d’Egmont et du prince d’Orange ; il avait nommé conseiller d’État un cardinaliste, le duc d’Arschot.

Les ordres du roi excitèrent une surprise douloureuse et un vif mécontentement. Le comte d’Egmont, le prince d’Orange ci le comte de Hornes voyaient, avec une indignation mal contenue, que le roi rejetait leurs conseils patriotiques poursuivre

(1) Memorial de Hopperus, § LXI et LXII. — Mémoire* de Vlgllus, § XLV.

(2) Correspondance die Philippe U, 1. 1", p. 373.

Page 1