CHAPITRE VII
1,’e.S’SF.IONF.MENT.
§ 1. RÉPORMKS DANS L'KlfSKlONEMEltT 6l’PÉRl£L'B.
La sévérité de sa discipline, la solidité de son enseignement, le zèle scientifique de ses professeurs : telles avaient été les causes de la célébrité et de la splendeur do l’université de Louvain.
Rien ou presque rien de tout cola n’existait plus au coimnencement du lôgne de Marie-Thérèse.
La discipline s’était considérablement relftchée. La mollesse de ceux qui étaient chargés de faire respecter les règlements avait laissé la porte ouverte îi des abus de toute espèce. Une routine ridicule, une foi aveugle en des traditions vides do sens avait éteint dans renseignement toute activité, toute initiative. La noble ardeur qui distinguait les professeurs des siècles précédents, avait fait jilace à. je ne sais quelle froide apathie qui glaçait les cœurs et stérilisait les intelligences. Au milieu du grand mouvement philosophique, scientifique et littéraire qui entratnait les esprits virils et qui entrouvrait îi l’Eurojie du dix-huitième siècle des horizons nouveaux, l’uni versité
«le Louvain restait imjiassitilo, indiHV^rente, inerte, tenant scs yeux inébranlaWenient fixés sur ses théories usées et ayant en profonde horreur les réfonnos scientifiques et les systèmes novateurs.
La décadence n’était pas spéciale îi une faculté : elle avait envahi toute l'université qui était, pour ainsi dire, en arrière de cinquante ans sur les universités rivales.
La faculté des arts, jadis la gloire de Louvain, n’était pas la moins malade. Nulle grandeur, nulle expansion dans renseignement philosophique; une méthode vieillotte, des principes surannés et qui devaient faire hausser les épaules aux contemporains des Locke et des Leibnitz. Les levons de logique, dit M. Juste (1), se bornaient encore h des subtilités scotistes, h toute cette philosophie péripatéticienne défigurée par l'ignorance du moyen ûge et vouée au ridicule partout ailleurs dès la fin du seizième siècle. — Les sciences mathématiques et physiques étaient dans un état pitoyable : “ l’algèbre s’arrêtait aux équations du deuxième degré, la géométrie aux principes indispensables îi l’arpenteur le plus vulgaire... le calcul infinitésimal n’y était pas même connu do nom... Tout l’enseignement delà physique consistait îi expliquer les phénomènes par l’horreur ilu vide, les sympathies, les antipathies et autres hypothèses purement métaphysiques. » — Quant h l’enseignement littéraire, il n’existait plus guère que pour mémoire. L’étude de l’iiistoire et dos belles-lettres y était entièrement négligée, pour no pas dire tombée, d’après ce que nous voyons dans une lettre écrite par Charles de Lorraine il l’impératrice en 1772.
Van Hulthem, dans un rapport à l’Académie de Belgique, ayant eu l’occasion do parler de l’université de Louvain, s’exprimait ainsi sur le compte de la faculté des arts : “ La littérature grewiue et n latine n’y étaient qne très-faiblement cultivées; il n’y avait plus » personne qui sût le grec et le docteur Van Leemput, professeur de » grec au collège des trois langues, m’a avoué qu’il no le comprenait •J pas et que toutes ses connaissances se bornaient aux premiers » principes de la grammaire. Le professeur d’hébreu ne connaissait pas
(1) Th. Jusie ; Eê*ni mr Vhi$io<rie tn
» davantaw ia laiiirue qu'il devait enseigner. Aussi ces Messieurs se r, contentaient de leur titre et de leur traitement et no donnaient plus » de leçons. La grande leçon qui avait pour objet la pureté et l’élégance de la langue latine, si honorée par les travaux do Goglcnius « Nannius, Cornélius, Yalerius et Juste-Lipse, ne se donnait plus.
» On y avait substitué rexj)lication du catéchisme, qu’on avait décorée » du titre pompeux de kçoii cVéloqucnce chrétienne. Ou avait aussi » cessé de donner la grande leçon de mathématiques depuis le décès » du premier professeur (l’abbé Lopag(>, mort depuis cinquante ans), r sous le prétexte que les étudiants apprenaient assez de inathématiques dans le cours de pliilosophie (1).
Faut-il s'étonner, après cela, de cette parole d’un contemporain : « On trouvait dans les Pays-Bas nombre d’hommes... sachant par cœur Cujas et Papinien, mais ne pouvant, dans l’occasion, citer un vers ni d’Homère, ni d'Horace, ni de Virgile, et ii qui Voltaire, Racine et Corneille étaient tout h fait étrangers (2) ! »
La théologie — naturellement — était aussi rest/;e stationnaire. On a même prétendu, dit M. Juste, que cet enseignement ne se soutenait et n'attirait h Louvain un grand nombre d’étudiants que par les bourses nombreuses fondées pour l’étude do cette science et par la grande quantité de bénéfices ecclésiastiques qui étaient à la collation de l’université.
L’enseignement du droit se i)oriiait aux lois romaines renfermées dans les Inutitntcsy le ])i(jvatCy le Ceàe et les Xorclles. et aux compilations connues sous le nom de DécrétaksoX de Décret de (tralien. Il n’était pas question du droit belgique, de notre législation, de nos coutumes.
L'enseignement do la médecine laissait aussi beaucoup h désirer : la chirurgie et, en particulier, l'art des a cc-ouchement s étaient « tombés dans une espèce de dégradation (II).
(1) De Rci(îcnl>erK.
(2) L^'ltrcK sur /cg Pays-Bas, I.
(8) “ Mario-'riiérèsc rcmlif- à l’humanité un sorvieo éininent iorsqu'elic créa, pour relever l’art (le guérir, (les instituts généraux auxquels elle attacha des professeurs publics, n Juste : Histoire Ac V instruction i*ublique.
Lojiorirait que Cohenzl nous Irace du plus grand nombre des professeurs no nous donne pas une moilleuro iddc do leur éducation (|ue (le leur instruction : “ 11 est honteux, dit-il, que nous ayons dans notre université des gens si peu faits pour maintenir le bon goût et entièrement livrés îi la barbarie pour les sciences et îi la rusticité pour les imnurs (1). » Kaiinitz aussi, tout en reconnaissant qu’il y avait dans le cori)S professoral quelques sujets savants, ajoutait : Toutes leurs études, tout leur savoir sentent la poussière de l’école » et la jiédanterie ; ils négligent entièrement le talent de s’exprimer » avec pureté et précision dans les langues vivantes (2). »
Tels maîtres, tels élèves. — On a peine îi croire îi l’exactitude dos renseignements que nous founiisscnt ici les rapports présentés au gouvornemciit sur cette déplorable situation (3). D’après les auteurs de ces rapports — des hommes sérieux et impartiaux, — il n’y avait aucune notion de goiît, d'urbaniU*, de savoir-vivre panni la jeunesse universitaire et spécialement parmi les étudiants en philosophie. Suivant la tradition et d'après les usages des quatre jiédagogics, la malpropreté do raccoutrement, la nisticité des manières, la grossièreté et l'incorrection du langage devaient « distinguer » les philosophes. Le costume classique se composait d’un habit en lambeaux, mis îi découvert par un manteau qui, en sortant d(;s mains mémos du tailleur, devait être déchiré et troué d’une part, maladroitement rapiécé de l’autre, et le tout couvert d’encre, d'huile et do boue. Tout philosophe singeait Diogène...
Une institution oii s’étaient glissés de tels vices et de tels abus devait être absolument réorganisée. Il fallait remettre en vigueur les
(1) Mrmoirf cnnnmnnt l^Vnwmitè de Louimn, par Ut docteur Marant (1778, manuscrit de ia bibliothèque de Bour{r<j}me, n" 17,588 de l’inventaire général). — liapporttur VVnivcruité fir Louvai», par M. I/Oclcrc, membre du Conseil d’Ktat et du conseil n^yal (1730, manuscrit do la bibliothèque de Bourgojîne, n* 17,591).
(2) Un]>i>ort du 20juillet 1705.
(3) Uapi>f>rt du 21 octobre 1708. (Voir le tableau histnriquo des opérations du tfouvernemenf gi-néral des l*avs-îla'« p<iur la réforme des élutlet*.)
— ÎOO —
rojrlcnicntij (]ui avaient tait sa force : il fallait en môme temps infuser un sani; nouvejiu dans cet enseignement abâtardi.
Tant le mal était invétéré, tant était grande la force d’inertie dans l’université, que les premières mesures prises jiar le gouvernement do Marie-Thérèse, dès 1753, pour le rétablissement de l'ancienne discipline, ne produisirent aucun effet. On continua à passer par-dessus les règlements (1).
Le besoin se faisait sentir d’un homme dévoué et intelligent qui surveillât sérieusement l’enseignement, qui lui imprimât une direction plus conforme aux idées et aux progrès du temps ; d’un homme fernu! qui sût tenir la main à l’exécution des règlements et des décrets du gouvernement et, au besoin, déjouer les oppositionset briser les résistances.
Un décret du 18 juillet 1754, rendu par Charles de Lorraine, institua auprès de l’université un commissaire royal, chargé do procurer et de maintenir l’exécution des édits, ordonnances et décrets émanés successivement do la direction, do la discipline et de la police de l’université. Le. commissaire nommé fut le comte do Neny.
11 se mit immédiatement îi l’oeuTro, et dès le 13 février de l’année suivante, il proposa un premier règlement que Charles de Lorraine sanctionna.
Les étudiants on droit et en médecine no pouvaient jusqu’alors être admis h passer leur licence qu’après trois années d’études.
L’édit de 1755 statua que tous les élèves compris dans les trentesix premiers des trois lignes et môme les douze élèves’ suivants, ainsi que ceux qui avaient soutenu des thèses de philosophie avec approbation, pouvaient réclamer la dispense d’un quart des trente-six mois d’habitation exigés par les règlements. — Un tarif général fixa, une fois pour toutes les droits des examens et des promotions publiques laissés autrefois îi l’arbitraire. On supprima aussi, dit Keny (2), “ les dépenses superflues introduites par le luxe des étudiants ou autorisées
(1) Notamment en ce qui coucernaît la résitlence et la fréquentation pour obtenir le îîrade de licencié en droit ou en médecine.
(2) .Véw/n’rr* dr uh. XXYII.
— Ml —
par l'avidité de (juelques-uus des professeurs, » telles que les conséquences, les gants, les sucadcs (1).
La mCmo année fut adjoint îi la faculté des arts un cours de physique expérimentale.
L’université de Louvain n’avait pas l'heur do plaire — on dit qu’il en est encore ainsi aujourd’hui — îi l’ordre des jésuites : histoire de vieilles rancunes et de ressentiments inoubliés! Les jésuites attiraient dans leur établissement de Douai nombre de jeunes gens des Pays- Bas. Outre le préjudice que souffrait de ce chef l'université de Louvain, “ il en résultait (2) une exportation inutile d’argent et l’expérience » prouvait d'ailleurs que ce séjour des jeunes gens dans les universi- » tés étrangères, faisait naître souvent dans leur esprit des irapresj> sions aussi contraires au service de Sa Majesté qu’au bien commun 17 du pays,.. Pourquoi, il fut défendu (édit du 23 décembre 1755), » sous de grosses peines, îi tous sujets de Sa Majesté, de quelque état 7. ou condition qu’ils fussent, d'aller faire des cours de philosophie 7. publics ou privés ailleurs que dans l’université de Louvain, ou dans 7. d’autres universités soumises b. son obéissance, sans une permis- 7. sion spéciale et par écrit du gouvernement. » — Toujours le pouvoir fort !
A ces dispositions, li ces mesures capitales il en faut joindre d’antres qui, tout accessoires qu'elles étaient, n’en produisirent pas moins de bons résultats. En 1759, le gouvernement assura li la bildiothôque de l’université une augmentation considérable de fonds moyennant une taxe modique imposée sur tous les grades académiques. En 1759 encore, fut établie une imprimerie académique “ qui serait, disait Keny, d’une grande utilité et produirait un revenu notable à l’université. 77 On construisit également un amphithéâtre anatomique, un jardin botanique et un laboratoire de chimie. En 1766, on proscrivit le costume cynique dos étudiants en philosophie. Mais ce ne fut pas sans une vive opposition, qui se luanifesbr par des cris et même par des voies de fait.
(1) Juste {HitMre de V‘n»fruciioH pubUque) entre dans quelques détails a‘i cet éffard, pp. 242-243.
(2) Mémoiret de .Veny, ch. XXVII, p. 245
C'était le commitisaire royal iiut jirenait riuitiative de ces améliorations. Mais le gouvernement n'aitprouvait pas tout ce (ju'il proposait : En 1759, les leçons de pliysique expérimentale données flans la faculté des arts, ne lui paraissant pas constituer un enseignement suffisamment élevé et digne de l'importance do l université, îv'eny songea îi transformer le cours. Il proposa (rapport du gouverneur à l'impératrice du 21 mars 1759) d'ériger une chaire unique destinée Il la jdiysi((ue expérimentale et (fy faire former en mémo temps un cabinet d'histoire naturelle, le tout sous la direction du physicien anglais l'abbé Xeedham. On aurait partagé - c'était le plan do Ncny — les 1,000 florins qu’on avait autrefois attachés h la leçon do droit public (alors vacante), entre Needliam et le président du collège do Malines, X'elis, qu'on proposait de donner pour aide au professeur titulaire, et qui, en iiualité de démonstrateur, ferait les expériences et donnerait aussi les leçons piibliiiues en présence du titulaire. — Charles do Lorraine, en communiquant ce plan îi Vienne, relevait rutilité de l'établis-sement projeté. Il faisait valoir, comme Xeny, le talent de Needham (d(‘puis membre de l’Académie), ses relations avec tons les savants do son temps, spécialement avec M. de Ruffon.
— Le gouvernement fut d’un avis opposé. Dans son rapport h l’impératrice, du 14 avril, Kaunilz avait dit qu’il inclinait à croire que CO n’était que pour trouver une nkhc (!) au prêtre Needham, qu’on avait songé à ces nouveaux établissements. Il avait allégué l’inutilité de la mesure, l'importance de la dépense, le mauvais état des finances , etc. Le rapport se terminait ainsi : “ Sa Majesté pourrait y donner .son attention en des temps plus tranquilles. •> L’impératrice approuva Kaunitz. — En attendant, le gouvf'rneur de Bruxelles fut ]>rié do veiller îi ce que, dans les cours de physique expérimentale, les étudiants pussent du moins puiser les notions les jtlus nécessaires de cette sciofice, et il lui fut recommandé en même temps de “ songer aux » moïons de soutenir la leçon de droit public, dont l’utilité a été
- généralement reconnue tant dans son érection que dans son rétan blis.sement (1). »
(1) Afchivr^ df ta chanrcHrr!^ ilv» [>. (if), L. — Kaunitz lut moins flésagT»*‘al)U*
pour rabliD Nf*oiUum on 17* «m»* ta crintinn dftn S*tch lé Ut(rrnirt).
Cü ii:ira{i:rai)tio liual du raiipitrt do Kauiiitz concernant la Ic^on. de droit jruhlic nous amèno tout naturelloinent îi examiner un point sur lequel il nous est impossible de donner notre approbation au gouvernement (1).
En 1723, les dtats do Brabant demandèrent la création d'une chaire de droit des gens îi runiversité de I.ouvain. La demande fut accueillio, comme étant - convenable au royal service do Sa Majesté et avantageuse au bien commun de ses peuples. L'un des hommes les plus savants, un des meilleurs esprits do ce temps, Arnaud Bauwens, fut chargé du nouveau cours. Mais il eut quelque peine îi prendre possession do sa chaire, les théologiens voyant un grave danger dans rétablissement du cours. Bauwens eut beaucoup de déboires... “ Ayant, dit un rapport rédigé en 1740, avancé quel- • ques propositions ou sentiments qui semblaient exciter quelque » alarme panni l’imiversité, il reçut une réprimande du gouverneur » et quelques canonistes prirent cette occasion de s’opposer à l’éta- T. hlissement de cette leçon, » par la seule crainte, ajoute l'auteur du rapport, de perdre le revenu dont ils jouissaient des leçons que l’on voulait supprimer pour fonder celle do droit public.
Bauwens étant mort après quelques mois de cours, ne fut pas remjdacé pondant dix ans. En 1731, le conseil privé proposa do rétablir le cours. Hésitation dans les états do Brabant, alanne dans l’université. Un long mémoire en latin est rédigé contre l’enseignement du droit public. Le recteur et les professeurs de liouvain l’envoient îi la gouvernante. On y voulait prouver “ qu’on n’arait pas »r- ^i'/ii lorsqu’on arait créé h Lomahi la chaire de droit public. ^ L’étude de la nature des pouvoirs, do leurs prérogatives, de leurs l’mites est un danger, disait l’auteur du mémoire. Elle est pour les nations un fennent de troubles... on chercherait vainement ce cours dans les universités catholiques... Les papes, les souverains ont compris ce que ces discussions peuvent produire de scandales...
(1) Nnus empruntons Ips ôlûments do re rt'suTné 1" à une notice que M. Faider a insérée dans le Uufhtin de VAcadimie, 2** au cliaj^itre VI de l’ouvrage de M. Potvin : Le fiénie de la paix en Bt lgiquCy pp. pièces du dossier Ront aux nrehiven de fa
rhancefiri ie de»
Les étudiants n'ont jjas à, s’otxuper des pouvoirs suprêmes ni à, déterminer les droits do l’Église et du trOne... Cet enseignement a été introduit par les Allemands infectés de l’erreur de Luther, méprisant la majesté des rois, attaquant celle de l’Église... Les Hollandais y ont fait appel pour servir la cause de la liberté contre leur souverain légitime. L’expérience prouve môme que le cours est dangereux... les professeurs se sont attiré des châtiments par la trop grande liberté de leur parole... L’enseignement est inutile et chimérique s’il se borne aux principes naturels abstraits ; il devient nuisible, si si l’on applique ces principes h, la constitution des États... Les questions sont trop graves pour être enseignées h une jeunesse encore ignorante, car le droit des gens embrasse jusqu’à la puissance sacrée et la juridiction de l’Église... Le professeur, .soustrait à l’autorité ecclésiastique, pourrait faire counaitre certains faits qu’il coneknt de tenir cachés dans rhistoire de l’Église... Il y aura de vives querelles h ce sujet et l’université sera abandonnée !
A ce mémoire, très-complet et très rétrograde comme on le voit, il fut fait une réponse anonyme qui peut se résumer par cette phrase : “ On peut obvier aux inconvénients en donnant des instructions sévères au professeur et en soumettant le cours à une stricte surveillance. » — Nous voilà bien loin do la liberté de l’enseignement! — L’autour do la réponse, qui avait pensé à tout, proposait, pour sauvegarder les intérêts des professeurs, un impôt sur les vortugadins et les perniques (!) qui sutfirait à doter la chaire nouvelle.
11 ne fut pas donné suite au projet de rétablissement de la chaire. Six ans après, en 1740, parait un nouveau mémoire favorablo à la leçon de droit public. 11 ne faut pas, y est-il dit, que les sujets de Sa Majesté soient réduits à aller chercher la science, « à doubles et triples frais, » en Hollande, dans un pays républicain, dans des universités hérétiques. Les anciennes objections des adversaires de la chaire de droit public sont réfutées de nouveau... Un professeur judicieux et discret ferait l’aifaire : il saurait tenir son enseignement dans les limites et d’ailleurs le gouvernement pourrait y mettre certaines bornes. L’auteur joignait à son mémoire le programme d’un cours discret et judicieux.
Le gouvernement se rallia à ses vues. Le 14 novembre 1741,
Marie-Th(5rèsc annonça riinivorsité son intention de faire revivre le cours do droit public et lui demanda d'étudier les moyens de réaliser cette intention.
L’étude demanda du temps. Ce n’est que douze ans après que fut enfin rétablie la leçon de droit public (décret du 11 mai 1753). Le nouveau titulaire, le jurisconsulte Robert, n’enseigna ni plus librement ni plus longtemps que Bauwens. Sa leçon devait être assujettie b des rlgks certaines. 11 soumit le plan de son couçs au gouverneur qui trouva le système bon et les auteurs bien choisis, mais lui recommanda d’agir avec beaucoup de circonspection — b bon entendeur demi-mot — et de conférer avec le commissaire de runiversité avant do toucher aux matières qui se rapportaient b la religion et aux maximes do l’État. Robert reçut deNeny des instructions qui ne sont pas dignes, pour le dire en passant, de l’esprit éminent auquel on doit tes Mémoires politiques et historiques sur les Pays-Bas. En 1756 Robert mourut.
Depuis lors, il n’y eut plus do cours do droit public. Le gouvernement n’y paraissait pas hostile : Kaunitz, dans le rapport du 21 mars 1759, demandait même qu’on avisût b le rétablir. Mais tout se borna b des vœux et b des recomimondations qui n’étaient peut-être pas sincères. Avec le temps, Kaunitz en vint sans doute b trouver que le gouvernement n’avait pas assez de profit b tirer de la leçon de droit public pour s’exposer aux attaques des théologieus, ses adversaires décidés.