‹ Les PaysBas sous le regne de MarieTherese 17401780Chapitre 30 sur 35 · SCIENCES ET LETTRES. BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

SCIENCES ET LETTRES. BEAUX-ARTS

§ 1. l’aCAdAmIB DS BELOlqnS. — LA BIBLIOTHAqrE DU BOtrBOOOBE BT LE3 ABCniVES.

L’abbé deNelis remplissait h Louvain, en 1764, les fonctions de bibliothécaire et de directeur de la tj-pographie académique. lise plaignait amèrement b Cobenzl, dont il était le favori, des persécutions que lui faisaient subir ceux qu’il appelait les barbares et qui n’étaient antres que les professeurs do l'université. Pour combattre ses persécuteurs et pour effacer insensiblement les « vestigia ruris, » il présenta h Cobenzl un projet tendant h établir au centre môme de la “ barbarie » une petite académie “ qui pourrait faire renaître le goût étouffé par la mauvaise et frivole philosophie de l’université.

Cobenzl n’approuva pas le projet. Peut-être craignait-il de montrer trop ouvertement alors qu’il était du parti do Nelis contre les barbares

qui jetaient feu et tlammes îi la seule nouvelle du plan de leur victime (1).

Cinq ans après, un professeur de Striisbourg, SchOpIlin, do passage h. Bnixelles, lui présenta un mémoire qui avait pour objet la création d’une académie impériale et ro}'alo des sciences et des belles-lettres ii Bruxelles, « afin do rétablir les bonnes études aux Pays-Bas (2). -

Nolis, consulté sur le plan de SchOpliin, crut que, « sans songer îi des entreprises brillantes, il fallait coimneucer par une société particulière de savants sans lettres patentes, sans annonce publique, sans forme fixe et établie, sans enfin prescrire îi cette association dos lois par un règlement stable et formel... Par ce tempérament, on ne compromettrait pas la gloire du gouvernement, attendu que, si le succès ne répondait pas h, l’attente, il ne résulterait aucun inconvénient d’un essai pareil (3). »

Neny, consulté à, son tour, émit le même avis (4). Comme Nelis, il désigna les savants qui lui paraissaient le plus dignes d’entrer dans la société — parmi eux figurait l’abbé Needham — et il exposa quelques considérations sur les pratiques li suivre pour la faire prospérer.

Charles de Lorraine donna son assentiment au projet revu par Nelis et Neny. Son rapport débutait ainsi : “ Quelque bonnes que » soient en général — le mot est élastique — les études dans l’uni- » versité do Louvain, il y mancpie cependant encore un point fort » essentiel, savoir le goût pour la littérature, qui est îi peine connue » dans cette université, et l’amour des belles-lettres (5). »

Kaunitz fut appelé à se prononcer (6). Il émit d’abord l’opinion qu’il fallait subordonner autant que possible les études agréables aux

(1) üoethals, Lect. hi»t. (détails relatifs à l'établissement de l'Académie do Bruxelles, dans la biographie de Neny), pp, 281-282.

(2) lU'flexion* mr te rflnOhmement dei bonne» élude» dan» le» Pa*j»-Ûa$f par M. Ic professeur Schôpflin (1” annexe au rapport de Kaunitz, du 24 octobre 1768).

(3) Sole »ur ^académie ou Soeîtié Hofjale de Bnuellea, par M. Nelis (2^ annexe au même rapport).

(4) Sole concernant Pérection d^une académie de# geicnc&t et belUa-lettrea à Bnixcltea, par M. le comte de Neny (3® annexe).

(5) Rapport de Charles de Lorraine, sur le projet de ScbGpflin (voir rapport do Kaunitz à rimpératrice).

(b) Rapport de Kaunitz à l’impératrice, du 2*1 octobre 1868, avec apostille de l’impcratrice.

sciences utiles, pour éviter l’inconvénient où étaient tombées tant d’académies de belles-lettres en Italie. Il insista sur la nécessité d’inviter le public il tourner ses vues et ses recherches vers les sciences utiles ù l’humanité et nécessaires ù l’industrie. Finalement il proposa h Marie-Thérèse d’açréor la Société littéraire. Au point de vue des études supérieures, Kaunitz voyait un grand avantage dans l’établissement de cette société. En dissipant les préjugés invétérés et l’ignorance, elle devait, pensait-il, obliger également les professeurs et régents ù puiser dans de meilleures sources la doctrine qu’ils ont h expliquer ù leurs disciples. La création de la Société, qui était « destinée h préparer les voies ù un établissement plus briUarU (1), » parut opportune à Marie-Thérèse qui écrivit, en marge des rapports de Kaunitz, qu’elle avait « lu acre plaisir (oui cet arrangement » et qu’elle en “ approumit en tout le plan comme le prince Kaunitz le proposait. y> Le gouvernement fut autorisé ù disposer annuellement de 2,400 florins pour donner des « gratifications h des membres de la Société qui se distingueraient par quelques bons ouvrages. » L’établissement, toutefois, manquait do solidité et de brillant, comme le prévoyait Kaunitz. La Société tomba vite dans un engourdissement fïlcheux sur lequel on trouve des renseignements curieux dans les documents que l’Académie fit imprimer dans son annuaire de 1840 (2). Les membres qui composaient la Société dans le principe avaient été choisis parmi le peu de gens de lettres connus qui existaient aux Pays-Bas; le règlement adopté « pour la discipline interne » était très-bien rédigé ; on tint deux assemblées qui furent présidées la première par Neny, la seconde par Cobenzl. On y annonça les programmes des questions soumises aux recherches des savants ; on distribua des médailles aux auteurs des ouvrages couronnés et l’on crut mâ/ne s’apercerair qu’il y avait encore dans cette contrée, autrefois si féconde en gens de lettres, du talent et dos connaissances, surtout en histoire. Mais, h défaut d’un chef permanent et reconnu

(1) Cotte phrase ost suivie, à ceot lignes d'intervalle, d'une phrase presque pareille: B comme cette société osidestinéc à préparer les voies à un etablissement plus solide. n

(2) Ces documents sont aux archives du royaume, Arrh-ve$ de la ehaneeVvrie dr* Paytt-Bo^.

pour tel, les autres assemblées de la Société se tinrent avec très-peu d’ordre, sans président. Les membres les plus éclairés s’en plaignirent, quelques-uns même ne voulurent plus s’y rendre (1). Goethals prétend que nombre de membres n’avaient aucune activité et auraient bien dû travailler au lieu de faire travailler les autres (2). Bref, la situation était devenue telle en 1772, que l’on était réduit à laisser crouler entièrement la Société ou à lui donner une forme dont on pût espérer plus de succès (3).

Sur la proposition du successeur de Cobenzl, Stahrerabcrg, cette forme nouvelle lui fut donnée, en cette même année 1772, par des lettres patentes dont voici le préambule :

“ MARIE-THÉRÈSE... ctc... Nms étant fait rendre compte de l'état j> ach(cl de la Société littéraire, qui, arec notre agrément, s est forn niée en 1769 dans notre ville de Bruxelles, il nous a été reprré- » senté que, pour remplir complètement le but de cet établissement, it il serait eonvcnable de lui donner une forme stable et légale., et y> comme nous adoptons toujomrs arec plaisir tout ce qui tend à » exciter, entretenir et répandre le goût et l'étude des sciences utiles 7> et de la bonne littérature, nous atons érigé et institué, comme par r, les présentes nmis érigeons et instituons la dite société en corps » permanent, sous le titre (^académie impériale et royale des » sciEKCES ET BELLES-LETTRES, en lui assignant pour la tenue de ses n assemblées la salle de notre bibliothèque royale que nous vmums de » faire adapter et ouvrir à l'usage du public (4). »

Stahremberg fut désigné par l’impératrice pour la représenter dans l’Académie en qualité de protecteur. Le chancelier de Brabant, Crom-

(1) Obfmations concernant la Société littéraire, par le chancelier Crompipen, ( l* annexe au rapport de Charles de Lorraine, adressé à l’impératrieo le 7 avril 1772. )

(2) Goethals ; Uct. hinor. Crmlioii ds U A adémU, biographie do Neny, p. 2-32.

(3) Rapport de Kaunitz, du 23 juin 1772.

(4) C’est le £6 juin 1772 que Mane-Thérèse iiifonna Charles do Lorraine de la transtbrmation de la Société littéraire en Académie. Los lettres patentes sont du 16 décom lire. (La qualité de membre de l’Académie conférait les distinctions et les prérogatives attachées à la noblesse personnelle.)

pipen, fut rais à, la tfite de l’Acatléraie qui tint sa première séance le 13 avril 1773, dans la salle de la bibliothèque royale (1).

Le projet de rendre publique la bibliothèque de Bourgogne était intimement lié (2) au projet de transformation de la Société littéraire. Sans le secours d'une bibliothèque publique, avaient dit les membres de la Société littéraire à Cobenzl, il n’était guère possible d’exciter à Bruxelles le goût des belles-lettres. Keny, consulté en 1770, fit observer que la bibliothèque était dans le plus grand désordre ; que, pour avoir dans peu d’années uno bibliothèque choisie et véritiiblement utile, il fallait commencer par vendre les livres inutiles et en employer le produit h l’achat de bons ouvrages : 4,000 florins devaient être consacrés pendant doux ans h la rédaction d’un catalogue exact et raisonné, confiée au bibliothécaire.

Kaunitz, tout en estimant que l’établissement d’une bibliothèque publique n’était pas le corollaire de l’érection de l’Académie, soumit h la sanction de Marie-Thérèse les propositions qu’avait formulées le gouverneur-général. Dans la dépêche que l’impératrice adressa le 26 juin h son beau-frère, nous lisons : “ Xapproure entièremeytt » l'idée (le rendre publique ma bihlinthiquc de Bruxelles, ainsi que I. tous les arrangements que vous avez pris et que vous comptez 71 prendre encore pour adapter le bâtiment où elle se trouve tant a P cet usage qu’aux assemblées des académiciens. »

A cûté des richesses que possédait la bibliothèque de Bourgogne, il y avait des trésors scientifiques dont le gouveniement comprenait aussi toute l’importance : je veux parler de nos archives.

La nécessité de mettre un ordre méthodique dans le dépôt de ces archives et d’en assurer la conservation préoccupait sérieusement le gouvernement (3).

(1) Le rrpîemcnt du 10 décembre 1772 est dans ^annuaire de 1835. — L'annuaire do 1836 contient un aperçu des travaux deraneionne Académie.

(2) Rapport de (.'harles de lyjrraino à l’impératrice, du 7 avril 1772.

(3) Archivf^ df la chnnreUcrift de» Pay»-Ba», D. 21, B ; D, 70, A ; D. 84, A. Cf. lîcnno ot AVauters : Hntoire de Hrvxelfr», 71, 373.

Nous renvoyons, ii cet égard, au mémoire que Wynants (nommé archiviste en décembre 1762) envoya h Vienne en février 1765 (1).

Mais les archives n’étaient pas mises avec autant de complaisance que les livres de la bibliothèque de Bourgogne h la disposition des chercheurs, surtout quand ces chercheurs n’appartenaient pas au pays. « Il serait dangereux, disait Neny dans une note du 17 janvier 1777 (2), de donner cette faveur aux étrangers par une concession illimitée. — Que le solliciteur (il s’agissait d’un bénédictin français, Bevy) présente des notes concernant les actes qu’il souhaitera d’avoir, et nous ne trouverons probablement bea ucoup de difficultés h lui permettre d’en prendre inspection et copie, surtout si ce sont des actes anciens, car, après un siècle révolu, il n’y a guère de titres qu’il importe d’ensevelir dans le secret. »

Dans le mémo ordre d’idées, nous avons h enregistrer le décret do 1778 ordonnant la continuation, aux frais du trésor royal, de la publication des Acta sanetonim, interrompue par la suppression des jésuites. Kaunitz recommandait surtout au ministre (dans sa dépêche du 4 février) de tenir la main h ce que l’œuvre fût portée le plus têt possible îi sa fin et que les bollandistes publiassent un prospectus dans lequel les époques de l’impression do chaque volume seraient déterminées (4).

Cobenzl avait conçu un projet non moins utile pour la science. Il voulait faire publier une collection do nos anciennes chroniques, sous le titre de Scriptorcs rcrum bclgicarum. Il s’était assuré la collaboration de Neny, do Paquet, de Nelis, de Van Heurck et do Verdussen. Mais il mourut peu do temps après, et le projet no reçut pas d’exécution.

(1) Cf. Gachard : Documentt inédiUyi. 1 ; préface.

(2) » » t. Soie de Seny «ttr le plan d'untf hisloire du liai-

f%anlf par le bénédictiD Bevy.

(8) Archives de lachawteUerie de* Pays-Bas, D. 104, B. Voici les noms des bollandistes indiqués dans la dépécho : Camillo Debio, 49 ans; Jacques Debac, 49 ans; Ignace Hubens, 39 ans ; JonepK ühesquierre, 45 ans. 11 y avait trois historiographes : Dom. Imjardin, 39 ans ; Philippe Cornet, 43 ans ; Francis licussens, 34 ans.

§ 2. 8CIBNCC8 ET EELLBS-LETTRE8 .

Un fait qui frappe tout d’abord celui qui étudie l’histoire littéraire des Pays-Bas b cette époque, c’est l’état d’infériorité et do décadence do la littérature néerlandaise.

H faut reconnaître que le langage du peuple n’avait jamais été celui de la cour. L'esprit français, qui dominait alors dans les palais, régnait tout particulièrement b Vienne où l’on semblait même dédaigner de s’exprimer dans une autre langue que dans celle de Voltaire. Vau Euckelinghen (1) reproche à Marie-Thérèse sa prédilection pour cette langue. Mais sa prédilection ne l’a pas empêchée de prendre des mesures pour perfectionner la langue flamande. Raingo constate, dans son mémoire sur l’instruction publique, les soins (insufflsants malheureusement) donnés par l’impératrice h, cette partie de l’enseignement populaire. Il y avait beaucoup b faire de ce coté. Nos provinces flamandes avaient été privées, pour ainsi dire, pendant près d’un siècle de toute communication intellectuelle avec les Provinces-Unies. Pour comble de malheur, la paix d’Utrecht, qui, en ouvrant nos villes fortes b la Hollande, aurait dû y faire revivre la littérature néerlandaise, ne servit qu'b la faire détester, tant était vive la haine que le traité humiliant et ruineux de la Barrière nous avait inspirée pour nos anciens frères.

D’autre part, tandis que les Hollandais avait épuré et enrichi la langue néerlandaise, les Flamands et les Brabançons, depuis notre séparation d’avec le Nord, en avaient tellement négligé la culture, que quand, par hasard, il leur arrivait d’écrire, ils le faisaient dans un langage insipide, incorrect et indigeste. On devait finir par croire aux Pays-Bas autrichiens, que le hollandais et le flamand n’étaient plus, comme autrefois, une seule et môme langue. Ayant désappris et oublié, nous en venions à nous imaginer que nos anciens frères avaient changé d’idiome.

La nouvello orthographe flamande, que vers la fin du règne prétendit établir un membre de la nouvelle académie. Des Roches, ne fit

(l) Vaa Kuckelinffhcn : Betgie onâtr Maria-Thervâia^ Qh&piire VIII.

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que contribuer ii cette confusion. C’était une orthographe vraiment approprii^e il l’ignorance des lecteurs. Toutes les formes do la langue y dlaient pétrifiées, et les mots hérissés d’accents il la manière française. Les inversions, les nuances délicates, les divers artifices de style élaient annihilés.

Raiugo aflirme que les mesures prises par le gouveniement “ arrêtèrent la corruption de l’idiome flamand qui, par défaut de culture, était dégénéré en un mélange confus de dialectes presque aussi variés que les localités ; . . . qu’une prononciation exacte et régulière, des expressions choisies et correctes, furent substituées h la bigarrerie et à la trivialité (pii régnaient dans cette langue. » — Que l’enseignement du tlamand so soit un pou relevé vers 17S0, nous n'en disconvenons point. Mais la littérature se mourait.

I^es enfants de la Flandre eux-mèmes préféraient écrire on un autre idiome. L'immense majorité des savants et des penseurs du temps s'exprimait en français. Aussi Shaw, frappé do ce travers des Flamands, frajipé en même temps du degré de culture auquel étaient parvenues les lettres françaises dans les Pays-Bas aiitricbiens, disait îi la fin du règne : “ On ne doit pas présumer que la langue tlaraande fasse aucun progrès dans les Pays-Bas autrichiens. Le français, qui est le seul langage des provinces wallonnes, a fait un progrès rapide dans les autres provinces depuis 1 740.. . Tl est devenu gi'néral, non-seulement dans la conversation, mais dans le style épistolaire : dans un siècle, on no parlera plus que le français dans les provinces tlamandes (1). »

Shaw a été mauvais ]>ropliète, mais il était bien autorisé h prophétiser la ruine du tlamand, quand les penseurs les plus éminents delà Flandre écrivaient leurs mémoires et leurs livres on français. Lisez les volumes publiés par l’ancienne .Vcadémie, et vous verrez, par exemple, que sur trente-quatre im'moires couronnés de 1769 il 1780, il y en a dix îi peine qui soient (écrits en tlamand (2).

I.es rares livres tiamands auxquels la censure daigna laisser voir le jour, sont, en général, d'une jdatitude dés(»spérante tant îi l’égard du fond que de la fonne. La poi'‘sie n'est guère représentée que par

(1) lihaw : E$*ui In Puy$-litt$au(nc4iient^ p. 1H2.

(2) Aunumrf df l'Aradfmir pr»ur 1*^36.

des rimailleurs qui n'ont ni souplesse d’esprit, ni élévation de style» tels que lesJ.-L. Krafft, do Bruxelles, les J. Dewolf, do Gand. es J. Vandcn Sauden, d’Anvers, les Canimaert, de Bruxelles. Seul peut-être, Pions, l’auteur du “ Tableau des mariages mal assortis, » est digne d’étro tiré de l’oubli (1).

I.fs ehambrcs de rhétorique n’eurent aucune influence sur la littérature. 11 en existait bien encore un certain nombre et, de 17G5 îi 1779, on les vit organiser des concours où furent représentées diverses tragédies traduites de Racine ou de Voltaire. Ce fut mémo une troupe ambulante, rocnitée par le Brugeois Neyts, qui introduisit en Hollande l’opéra comique chanté en flamand. Les concours, les représentations no tirèrent pas la littérature de son marasme. On en était venu îi ne plus mémo lire les écrits flamands.

D’autre part, on lisait beaucoup les livres français. La vogue étant aux lettres françaises, nos savants, nos hommes politiques, nos littérateurs écrivirent en cette langue et il en est plus d’un parmi eux, témoins Neny, Vilain XIIIl et surtout le prince de Ligne, qui le firent avec succès.

Il ne peut être question ici d’analyser on détail les travaux littéraires, politiques et scientifiques du temps. Je pense qu’il suffira de donner la nomenclature des principaux écrivains et de leurs travaux les plus remarquables (2) de 1740 h 1780.

/?er^(Feril.-P.), Rapedius de, né à Bruxelles,

] 740 — 1800, publiciste.

Rapport (manuscrit) sur l’administration financière de la ville de Louvain (1774). — Différents mémoires publiés après la mort de Marie-Thérèse.

SertJiolet (Jean), né à Vielsalm, 1688-1755, historien.

Auteur d’une histoire ecclésiastique et civile du ducMde Luxembourg el ducomtd de Ckiny (1742), etc.

(1) Cf- ^Vitsen-Geys-beek : Biographie anlhologique, Woorâenbock der ncdn'duiuchf dkhten^ Aiui^terdain, 1B22.

(2) Nous parlons ües écrivains nés en Belgique ; toutefois, nous faisons uno exception

pê»ur ceux qui, nés à Tétranger, ont vécu et publié leurs travaux dans les Pays-Bas autrichiens (Cf. Mèmoim de l'Acadèiu'e). '

Bourmut (R.), (-<-1788);, néàMalines, mathématicien.

Mémoires sur des questions d’algèbre et d’astronomie (voir Mémoires de Vaeadémié). Éléments de mathématiques.

Burtin (Fr.-X.), (de), né à!

Maestricht, 1743—1818; naturaliste, littérateur, médecin, critique.

Des travaux sur les productions utiles des trois règnes.

(Ses travaux de critique artistique datent du commencement du dix-neuvicrae siècle.)

CAdiWcr (Fr.-Gab.-Josse) (marquis du), né en 1744 à Mons ;

historien et antiquaire.

Généalogie de la maison du Chasteler (1774).

— Mémoire sur les expéditions ou émigrations des Belges (1779), etc.

Des Boches (Jean), né à La Haye, 1710—1780; historien et linguiste.

Branla (Th.-Fr -.Tosse), (comte de),né à Bruxelles, 1729 — 1787 ; linguiste, historien, astronome.

Gérard(Jos.), 17.31-1811;'

né à Bruxelles; j historien et antiqu.aire.

Le premier volume d’une histoire générale des Pays-Bas (qui devait en avoir quatre).

— Une grammaireflamande. — Un dictionnaire français-flamand et flamand-français.

— Des mémoires d’histoire (voir les annales de l’Académie dont il fut le secrétaire perpétuel) (1).

Recherches étymologiques sur les noms des villes et des États (1776). — Remarques linguistiques sur le vocabulaire irlandais (1768).

Recherches sur les monnaies. — Sur le commerce. — Plan pour la publication de tous les historiens et monuments qui peuvent illustrer la Belgique (manuscrit). — Histoire abrégée des couvents de Bruxelles.

Ghesguiére (^os.), 1731 — 1804, né à Court rai ; bibliographe, historien (bollandiste).

Travaux d'hagiographie, d’archéologie, de numismatique.

Prospectus d'AnnJecla belyica (1773). — Dissertation sur les différents genres de médailles antiques (1779).

( 1 ) 3f<‘Moirei( rouronnr». — A if.unire».

Ligne (Ch.-Jos.-G. de)| 1735-1814, ncàBruxcllos;:

poctc, historien, écono-| miste.

(Th-.Aug.)- 1735-1

1809, né en Angleterre;!

historien, naturaliste, économiste.

Nelis (Corn. -Fr. de), 1736-1798, né àMalines; philologue, orateursacré.

Neny (Pat.-Franç.-Mac),j 1716-1784, néàlîruxelles; historien, publiciste. |

Nombreux écrits de philosophie, d’histoire, de poésie, d’économie politifpie, d’art militaire. Fes ceuvres complètes forment trentequatre volumes : elles ont été imprimées pour la première fois à Vienne et à Dresde, eu 1817.

Mémoires et dissertations soit scientifiques, soit littéraires et historiques (voir la table générale dos matières contenues dans les volumes de l’ancienne Académie : Annuaire de 1836, pp. 83 etsuiv.).

Travaux de philologie et de critique littéraire (1763-1775). — Les deux Chi7sippcs ou le stoïcien démasqué (roman comique, Louvain, 1763). — Éloges de François et de Marie-Thérèse.

Ses excellents mémoires historiques et politiques sur les Pays-Bas autrichiens (publiés à la fin du règne).

Neyts (Jacq. -Toussaint- Un grand nombre de pièces flamandes. (Une Cary, dit), 1727-1794, 1 liste faite par son frère Françoisen contient né à Bruges ; 55 et elle est loin d’être complète),

auteur dramat. flamand.

A^fe«»ar<(Preudh.-Dailly Recherches algébriques. — Un essai sur la de), 1749-1827; j théorie du raisonnement, etc. (La plupart mathématicien. ,1e ges travaux sont postérieurs au règne de

Marie-Thérèse) (1).

(Jean-Noël), 1722-^ Mémoire pour sen-ir à l’histoire littéraire des 1803, né à Florenncs; j dix-sept provinces des Pays-Bas, etc. — historien et philologue. 1 Uistoria Flandrioe synopsis.

I Des commentaires et des mémoires sur la litté- I rature.

(1) Voir l’article biographique iiue M. Quetelet lui a consacré dans le tome V de sa correspondance inathémalitjuc, AmmuiretU' rAeadd'tniey 1835.

Pie ns,

littérateur flamand.

Le « TahUau des mariages mal assortis, n

Vander Vynckt (L.-J.), 1G91-1779, né àGana;

historien.

. Verhoeven (G.-G.-F.), 1738-1809; né à Lierre; historien, poëte.

Vilain XI ni fJ.-J.-Ph.

vicomte), né à Alost, en 1777 ; économiste.

Wastelain (Charles), 1695-1782, né à Mariemont; géographe.

Recherches chronologiques et historiques.

Histoire des troubles des Pays-Bas sous Philippe II.

(A écrit en latin, en français et en flamand.)

Divers mémoires (en flamand) sur l’histoire nationale (concernant le commerce, les émigrations, la jurisprudence), de 1777 à 1782. — A publié en 1790 un mémoire historique et critique sur les constitutions, la religion et les droits de la nation belge.

Réflexions sur les finances de la Flandre ' 1755) — Verhaal en de overweging op de verbreidinge der besmettelijke zickte in het hooni-vee (1770) — Mémoire sur les moyens de corriger les malfaiteurs et fainéants à leur propre avantage et de les rendre utiles à l’État (1775).

Description de la Gaule Belgique selon les trois âges de l’histoire, l’ancien, le moyen et le moderne, avec des cartes de géographie et de généalogie (1761).

« Il est coiifonuo aux bons principes de gouvernement, disait » Kaunitz (1), d’attirer et de récompenser les gens do lettres par des » bienfaits... On pourra donner k des génies supérieurs ou d’une » utilité particulière des encouragements extraordinaires, soit en » leur conférant un bénéfice, un emploi ou mOme une pension... On » donnerait tous les ans quatre gratifications... »

(1) Rapport à Marie-Thérèse, 28 juin 1772

C'est ce qui fut fait.

Sans vouloir discuter l’opportunité ni la convenance de ces gratifications, nous renverrons ceux qui désirent connaître les noms des « gratifiés r, au Eépertoire des Archiccs de la chancellerie des Pays- Bas. Ils verront que, de 1770 à 1780, le gouvernement a donné do nombreuses preuves de sa générosité aux travailleurs do l’Académie comme aux littérateurs et aux savants en général.

§ 3. BE.VÜX-AKT8.

Au commencement du XYIII® siècle, notre prospérité artistique n’était plus. Elle avait disparu avec la prospérité commerciale et industrielle, dispani avec ce luxe fastueux que les Pays-Bas ne connaissaient jdus que de nom.

11 faut aux arts un milieu d’enthousiasme, de gloire, de luxe, do lilrerté; et tout cela faisait défaut. La Belgique no demandait qu’à, vivTO modestement, pourvu qu’elle pilt vivre en paix.

Les arts devaient déjiérir... A ravénement de Marie-Thérèse, ils n’étaient plus que l'ombre d’eux-mOmes. T^es grands maifrcs étaient morts, emportant avec eux leurs traditions et leurs secrets.

L’impératrice chercha à remédier, dès les premiers jours do son règne, à cette déplorable situation. Déjà, en 1711, nous la voyons s’efforcer de relever l’académie de peinture d’Anvers, que l'indifférence de ses directeurs eux-mèmes menaçait do faire sombrer (1).

Ses premiers efforts no produisirent que des résultats insignifiants.

C’est qu'il no suffisait pa.s d’accorder des encouragements à l’art en ce moment. L’art ne pouvait revivre que si le peuple lui-mérae renaissait à la vie, s’il retrouvait la conscience de sa dignité et de son autonomie, s’il redevenait libre, indépendant, actif. Cette renaissauce-là devait demander du temps ; tout le règne que nous venons d'étudier y fut consacré.

(1) Jaarltoek dt^r vermnrrde en kumtnjke gilJe Don Sint-Lucns, door J. -B. Vanderstraclen, Antwerpen, 1855. •— On en était arrivé à no plus donner de leçons que pendant deux moin.

Los horizons inanquaiont îi l'art et les occasions de travail aussi. Il n'y avait plus de larges champs îi exploiter. Pourquoi faire do la grande peinture ? Los dglises regorgeaient do tableaux. Partout on trouvait des toiles de nos illustres maîtres ; il y avait positivement pkdhore. Avec la fortune publique avait baissd la géndrosiW dos riches. Plus n'était l«soin do peindre, ni do sculpter ; on ne bâtissait que peu ou point.

Le gouvernement eut 11 cœur do tirer les beaux-arts do leur léthargie. Il favorisa l’établissement d’académies do dessin et de peinture et ne négligea aucune occasion do montrer sa sollicitude en matière artistique. Sa bonne volonté îi cet égard n'est i)as discutable (1). Non content de stimuler les jeunes artistes par des louanges et des récompenses tantôt honorifiques, tantôt pécuniaires, il accordait aux plus méritants d’entre eux des subsides jiour aller se perfectionner h l'étranger.

Nous relevons, au hasard do la plume, la série suivante d'encouragements de ce genre dans le Répertoire des Archires de la chancellerie des Pays-Bas :

L’impératrice consent h accorder au jeune peintre Hoogstael, do Bruges, un secours annuel de 3 à 400 florins et désire qu'on le prévienne que la conservation ou l'augmentation do ce bienfait dépendra de sa conduite et des efforts qu’il fera pour perfectionner ses talents (29 octobre 17(56).

Elle donne à .Schmultzer une pension de 350 florins, h, cause des jirogrès qu’il a faits dans l'art de la gravure, sous la direction du célèbre graveur 4Villc, à Paris. Elle destine au graveur 'Willo une bague de 500 ducats, îi cause de la dédicace d'un de ses ouvrages. Elle accorde au peintre Lens une gratilication do 50 ducats (août 1767).

Le jeune artiste Godecharlo obtient une gratification do 300 florins, aussi longtemps que Sou Altesse Royale le jugera nécessaire (février 1770) (2).

(1) Gaîosloot : Ùocumettln reladfi à la form'ition et ta ftubhfai>on de Vordonnanee du 20 mari et 13 nnvcmhre 1773, Anvers, 1807.

(2) Arxhivei de tackanc llet'te dei Payi-üas, l>. 97, A. 7.

Charles de Lorraine envoie îi rimpdratrico deux tableaux d’uii peintre llaniand à Bruxelles et propose d'autoriser le gouvernement à, payer îi cet artiste une gratification d'nnc cinquantaine de ducats (1).

Le sculpteur llamand Van Pouck reçoit un “ secours » de cinquante écus romains (juillet 1771).

D’autre part, dans le mt’mo temps, le sculpteur Le Roi, ayant envoyé îi Vienne, pour montrer ses talents, le dessin d’un ouvrage que Kaunitz a trouvé de « fort mauvais goût, » il lui est refusé le secours traditionnel (2).

En août 1771, un jeune sculpteur fiamand, N. Fernande, reçoit pendant trois ans 300 liorins argent courant de Brabant, pour vo 3 'ager on Italie. Il avait envoyé à Vienne “ deux modèles en craye » (3).

Van Pouck reçoit, en mars 1773, une gratification de 100 ducats, puis pendant trois ans une pension annuelle de 300 liorins d’Allemagne (4).

Lo Roi obtient, la mémo année, une gratification d’une trentaine do louis, et le peintre Deliaze, une pension de 300 florins courant (4 août).

Le peintre Verhaege obtient (septembre 1773) le titre do peintre de Sa Majesté; il continuera îi jouir pendant nn an dos pensions qu’il avait k Rome.

En 1774, nouveaux secours k Van Pouck, Lo Roi et Godecharle.

En 1776, encouragements au peintre Leclercq et k l’architecte Maestraeten qu’on veut envoyer en Italie.

Van Pouck, qui a perdu dans un naufrage ses effets et des marbres, obtient un secours de 100 ducats en 1778 (5).

Au mois d’août 1780, le gouvernement songe k « faire tourner au profit des élèves qui vont se perfectionner k Rome dans les arts le revenu d’un hôpital flamand qui jouit d'environ 3,500 florins de rente. »

La mesure la plus féconde et la plus éclairée qu’ait prise lo gou-

(1) Atrhivc» rfp la chancellerie (Us Pays-Bas^ D. 01, T.

D. 97, A. fi.

fl)

vernoment de Mario-Thérèse dans la question des beaux-arts est son édit d’émancipation des professions libérales, émané en 17T3.

Le 20 mars do cette année parut un décret débutant ainsi : “ Nous narom yu voir qu’arcc surprise que les arts libéraux » qui font tant d’honneur aux pays où ils Jlevrisscnt se Irmicent » confondus, dans quelques Tilles de notre qn'oeincc de Brabant, arec n les arts mécaniques et qu'on y oblige en partie ces artistes à se » faire membres de métiers et de corps comjmés d’ouvriers et d’arn tisans. n

Ce décret, rendu sur les vives instances du prince Charles de Lorraine, affranchit les peintres, les sculpteurs et les architectes de l’obligation de se faire inscrire dans les coiqts do métiers; il déclare, en outre, que la peinture, la sculpture, la gravure et l’architecture no dérogent point îi la noblesse et que tout le monde peut exercer librement ces arts et en vendre les produits. Il ne concernait d’abord que le duché de Brabant. Le 13 novembre, il fut publié pour le reste du pays (1).

a. LA PEIXTURE.

Bans la peinture d’histoire, il y avait encore une certaine aisance do composition : l’habitude de “ faire grand >» avait fait conserver cette qualité ii nos artistes, mais la profondeur et la fougue avaient disparu. Les ordonnances étaient de grandes machines creuses et vides. Le dessin était maniéré, flasque : le coloris, terne et sans vignenr; la pUte sans consistance, comme si l’on craignait de dépenser trop de couleur.

C’est ce que l’on remarque dans les toiles do E.-J. Smeyers, de Malines (1694-1771); do Mathias De Visch (2), do Bruges (1702- 1765) ; de B. Beschez (3), d’Anvers (1708-1776), qui a été surfait par ses contemporains. Les œuvres do P.-F. Ledoux (4), de Bruges,

(1) Gaicsloot: Documents. Alvin : Le» académies de Belgique en 1864, introduction.

(2) Wealc : Catalogue du musée de V Académie de Bf'uges.

(3) Catalogue du musée d’Anver».

(4) Weale.

de P.-K. Roysschoot (1), de Gand, de Siraons, do Bruxelles (vers 17G0), ne valent pas meme les précédentes.

Quelques artistes se faisaient remarquer par dos qualités spéciales dans le genre historique.. I. -A. Gaeremyn (2), de Bruges (1712-1799), avait une richesse do coloris qui contrastait avec la maigreur que nous avons constatée généralement. N. Porry, de Bruxelles (vers le milieu du dix-huitiéme siècle), lilaii remarquable par le modelé et le dessin.

La peinture do genre n'avait plus guère d'autre reiiréseulant que J.-J. Verhaghen (né .b, Aerschut vers 1720). Depuis la mort de Huysmans (1727), la grande peinture do paysage n’était plus, pour ainsi dire, qu’une tradition.

Mais les arts avaient jeté des racines trop profondes dans le pays pour ne pas renaître sous l'influence d’une protection intelligente. Les stimulants du gouvernement furent îi la longue etlicaces ; l’activité artistique reyiarut. Dans la seconde jrartie du règne, nous constatons une émulation réelle entre deux tendances ojqiosées. L'école do A.Lcus, d'Anvers (1739-1822), et de J. -B. Suvée, de Bruges (1743- 1807), se proposait pour but la nature idéalisée par l’étude do l’antique. L’école do G. Herreyns. d’Anvers (1743-1822), et do P.-J. Verhaghen, d’Aerschot (1728-1811), prenait pour modèles la nature réelle et les œuvres des anciens maîtres nationaux (,3). l'ans l’une on l'autre de ces écoles se rangèrent Do Rycke, de Bruges (1723-1792); .I.-J. Lens (né îi Anvers vers 1746); A.-B. De Querteninont, d'Anvers (17.-.0-183-')), et Bailly, de Gand (17.73-1823). On peut encore leur rattacher J.-M. Geeraerts, d’Anvers (-D 1791), et Faurage (né îi Tournai en 1744), qui méritent d’ôtre distingués dans la foule des médiocrités.

Le paysage se releva aussi. On cite, dans ce genre, des hommes de talent à la fin du règne ; .T.-L. Do Maru, do Bruxelles (né en 1744), etc. -A. Deuis(1755-1813). H.-.T. Autonissen, d’Anvers (1737-1794), peignit avec succès les prairies et les bestiaux. Mais il fut surpassé,

(1) Immerzeeî : De en werkm drr hollaudtihe r» vfaftmtche kunÊftchildfrêf «u.,

Amstonlam, 1842.

(2) Weale.

(3) Oialosloot.

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et do beaucoup, par sou élève B. -P, Ommeganck (1755-1820), qui s’est fait une répuüition européenne.

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