INTRODUCTION
L’Autriche, les Pays-BOvS, la Hongrie, la BohCMiie, la Silésie, le Tyrnl, la Souabo, la Carinthie, la Carniole, le Milanais, Parme, Plaisance...: tel était l'héritage (|ue l’empereur Charles VI devait laisser .Y sa fille Marie-Thérèse.
Un héritage aussi splendide aux mains d’une femme jeune, inexpée rimcntéo! assurément il y avait là de quoi exciter la convoiti.se ambitieuse des princes voisins.
Voulant assurer l’indivisibilité de sa monarchie et redoutant les désastres d’une nouvelle guerre de succession, Charles VI avait eu l’idée de faire signer par les puissances européennes la Pragmatique Sanction, qui avait pour but d’atfemiir sur la tête do Marie-Thérè.so les couronnes impériale et royales qui devaient lui échoir.
L’Empereur sacrifia à cette préoccupation dynastique les intérêts de ses États, notamment ceux de nos provinces.
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Mais c’était là le inoimlre de ses soucis, et pourvu quC sa Pra/jDiatiquc s’enrichit de la signature de l’une ou de l'autre des grandes puissances, Charles VI, aussi mauvais souverain qu’excellent père, se résignait à tout.
Des amis et des conseillers, moins naïfs que lui et quelque peu sceptiques, lui faisaient cependant observer — le prince Eugène était du nombre (1) — que 200,000 baïonnettes vaudraient mieux que ces signatures. Leur incrédulité n'ébranla pas la foi robuste de Charles dans la valeur de ces adhésions de complaisance.
Au lieu de préparer à sa fille “ une bonne armée et de riches économies pour faire valoir en tous cas ses droits » (2), il ne cessa pas de recruter dos signatures pour sa Pivifjniotique.
Or, à peine avait-il fermé les yeux (1710), que les signataires do la Pmgmatlqm s’unirent pour [enlever à sa fille l’héritage qu’ils lui avaient si solennellement garanti.
Tout d’abord voici les électeurs de Bavière et de Saxe (3) et le roi d’Espagne qui, chacun de son cOté, élèvent dos prétentions à l’Empire. Le roi de Prusse, le fameux Frédéric 11, réclame à sa manière la Basse-Silésie; » Donnez-moi cette province, dit-il à Marie-Thérèse, et en échange vous aurez ma protection contre vos rivaux à l’Empire... sinon, je ferai cause commune avec eux. •. La France, fidèle à sa vieille politique qui veut l’abaissement de la maison d’Autriche, la Franco excite sous main les adversaires de Marie-Thérèse et s’apprête à les soutenir. Quant à des amis, à des alliés, la jeune souveraine n’en a guère. T,a Hollande et r.Vngletcrre jiaraissent indifférentes ; elles se recueillent et observent.
C’est Frédéric qui donne le signal do l’attaque contre r.\utriche.
(!) Frédéric II, qui raïqinrtç ce fait, avait, dit Laurent (Étudtt sur l'hùtoirt de VhumnnHè (ch. XI, p. 2S8), de bonnes raisons pour être de l’avis du prince Euj?ène : n Toutes les Krarantios des traités, d’après lui, sont comme des ouvrages de filigrano, r plutôt propres à satisfaire les yeux «jue pour le service et l’utilité qu’on s'en r promet. >» Frédéric II ; H>ttoire dt mon temp$y ch. I et IX.
(2) Cantu : f/istoire univenetir, 17^ époque.
(3) C’est l’Électeur de Saxe qui avait pn.mn8 que, » sous aucun prétexte' quelconque fl que l’imagination humaine j>ourrait inventer, il no s’élèverait jamais coutro la ï’ragn raatique. n Schœll : Cours d*/fixtoire^ t. XXXVII.
(4) Fiétléric II ; //ist de mon temps^ cUap. H.
11 miviillit la Silésie en pruclajuant iiiipudemmeut “ la iiiodération une vertu que les hommes no doivent pas toujours pratiquer h la rigueur, attendu la corruption du siècle » (4). Le 18 mai 1741 — il y avait à peine sept mois que Charles VI était mort — la Saxe, la Bavière, l'Espagne, la Prusse et la France formaient une ligue offensive contre l’Autriche. L’Europe crut que c'en était fait de la monarchie autrichienne et de Marie-Thérèse.
Mais Marie-Thérèse était une de ces natures fortement trempées, qui ne connaissent ni la crainte, ni le découragement. Elle n’a pas de troupes, pas de généraux, pas d’argent; son habileté et son audace lui en donneront.
Forcée do quitter Vienne devant les armées française, prussienne et bavaroise, pendant que l’Électeur de Bavière se fait couronner roi de Bohème et empereur, elle se réfugie en Hongrie. “ Tous mes •< Etats, dit-elle, étaient enrahis et je. ne sarais plus où, me retirer •I pour mettre nu monde l’enfant que je portais dans nmn sein >■ (1).
Les quatre ordres de l'Etat avaient été convoqués àPresbourg. On sait Timpres.sion que produisirent sur cette assemblée chevaleresque et enthousiaste les paroles do Marie-Thérèse (2). Le » Moriamur pro rogo nostro Maria-Thercsia i est dans toutes les mémoires. La Diète ne fut pas seule h. s’enthousiasmer. Tja Hongrie entière s’enflamma d’une ardeur héroïque. » Tout ce qui pouvait porter les armes, dit Cantu, fut soldat. Jamais tant do ptrovisions n’étaient sorties de la fertile Hongrie ; Jamais on n’avait perçu par la violence autant do tributs (lu’en procura en ce moment un élan spontané. ^
L’Autriche est reconquise; la capitale de la Bavière est prise d’assaut. Le roi do Prusse, moyennant la cession de la Basse-Silésie, consent il déposer les armes. Marie-Thérèse jette les Français hors do r.Vllemagne, pendant ((ue le gouvernement d’Angleterre, agissant enfin et se rendant au vœu do l’opinion publique (8), envoie îi üstendo une armée chargée de protéger la Belgique.
(î) Lettre à Kaunit/. Hormayop : Tnsrhenbtu-fi, p. 06.
(2) Le récit le piu;) fidèle de cette scèuo émouvante se trouve dans Coxo : UUtoire de la mniêon d'Autriihe,
(3) Les jirincipalPH dames de Londre;< fournirent ù Marie-Thérèse 10,C00 livre* tterling.
La Belgique, OU c/Tet, devioiit lors, et de nouveau, le chanii) de bafaille de l'Europe. 11 ne s'agit plus d'enlever l'empire d'Autriche h Marie-Thérèse : ce sont nos provinces que l'on veut. La guerre dite de la « Succession d'Autriche » entre dans sa seconde phase.
Sur ces entrefaites, en 1745, meurt le principal compétiteur de Marie-Thérèse k l'Empire. Marie-Thérèse fait proclamer k sa place, sous le nom do François Br, son| propre époux qui avait déjk été déclaré co-régent de ses États dès 1740, mais qui n'eut jamais, k cause de son indolence, une part réelle dans le gouvernement.
Pendant quatre ans la guerre désole la Belgique. Les Français, que leurs victoires de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld avaient mis en possession do nos provinces, nous accablent de réquisitions et d’impôts.
L'intervention active de la Russie en faveur de rAutriche décide la France k la paix. Le traité d'Aix-la-Chapelle (174S) rend la Belgique k Marie-Thérèse, et son beau-frère Charles de Lorraine vient prendre le gouvernement de nos pro\inces l'année suivante (1).
La guerre avait cruellement éprouvé notre pays. Les affaires étaient dans le plus grand désordre, les revenus de l'État insuffisants k ses besoins, les provinces endettées : le gouvernement était paralysé (2) . Nous verrons les efforts que fit Marie-Thérèse pour améliorer cette situation et l'aide puissante qu'elle rencontra dans le gouverneur et dans les principaux fonctionnaires.
Marie-Thérèse ne pouvait se résigner k la perte de la belle province de Silésie, qu’elle avait abandonnée k Frédéric II uniquement pour ne pas avoir trop d’ennemis sur les bras. » Élevée par son père dans ^ l'idée de posséder la monarchie sans i)artage, elle la considérait » comme un dépôt qu'il eût été impie d'amoindrir. Aussi, bien
(1) Van lluckclingcn [Be^gifonder Mnrin-Therftia) rappelle que, lors de l’entrée de C'IiHrle» de Lorraine et de ««a femme Marie-Anne, celle-ci échangea son costume autrichien contre des vêtements néerlandais, comme le voulait Tusage. C’était un
.symbole. Nos ancêtres cuteudaient que les gouvernants étrangers se plia^8ent aux mo'urs et aux coutume.i flamandes, au lieu de chercher à nous imposer colles de leur pays,
(2) Moke : UtÈt, âr M Bi-tyiquf. -r- Koppens : Annalei dfM Payi-Bfi». — llenncet Wauters i I/ml. dr hrvrelfm^ t. II.
Dioilized bv Go cwle
» qu'elle dût tout îi l'Angleterre, lorsque l’ambassadeur de cette » puissance demanda îi lui présenter ses félicitations au sujet de la » paix de 1748 où fut ratifiée la cession de la Silésie, elle répondit » que ce devaient être plutôt des condoléances et qu’il pouvait en » conséquence lui épargner cet entretien... Ses nobles qualités » n’empOchaient pas chez elle la soif do la vengeance. Elle considé- !> rait la Silésie comme lui ayant été arrachée... La dévotion aussi » lui faisait voir dans Frédéric l'ennemi de Pieu qui insultait aux choses » saintes et installait dans la Silésie la religion protestante... (1) »
La Silésie lui tenait tant îi cœur, qu’au début de la guerre, pour désaniier Frédéric et le faire renoncer îi ses projets sur cette province, elle offrait do lui céder une partie des Pays-Bas (2). Ce ne fut pas, on le verra, la seule fois qu’elle songea h nous céder. Mais nos ancêtres n’en surent rien, et ce fut très-heureux pour le gouvernement qui n’eut jamais qu’h se louer de leur dévouement et de leur fidélité.
Désir do femme, a dit un poète, est un feu qui dévore !... Mario- Thérèse mit une ardeur inouïe il rechercher les moyens de reprendre cotte Silésie tant regrettée. Or, pour la reprendre, il fallait deux choses : des ressources en argent et on soldats; des alliés.
Quant au premier point, il s’agissait de faire produire mieux et plus il l'Empire en matière d’impôts et de troupes. Pour y arriver, l’Impératrice chercha îi introduire plus d’ordre dans l'administration des finances et il réorganiser l’armée. Ses efforts furent couronnés de succès. » Le nombre do ses soldats fut porté en quelques années do 150,000 h 270,000 et les revenus de la maison d’Autriche, qui, sous le règne de son père, ne s’élevaieni pas h 30 millions do florins, furent bientôt de 36, malgré la perte de Naples et de la Silésie (3). » Frédéric, lui-méine, rendit hommage au talent et îi l'énergie qu’elle déploya dans cette circonstance. » L’Impératrice, dit-il, avait senti » dans les guerres précédentes la néce.ssité d’une meilleure di.scipliue.
(1) (’antu : Wn. \mivfr»eVûf \7' t'pfwjuc.
(2) Borjçnct: Uiit. des Beltjes h la fin du xviir (. I, p. -17 ; nOn voulut sauver la Silésie par Vnhandon do deux provinocs Ijolprcs limitrophes de la monarchie prussienne. T! — Kervyn de Ij<'Uenhove : llist. dr FArnd/r, t. W, p. 510.
(^) Rn-tir nnfionntc de Belgique, t. X, p. 317.
n Elle choisit <les généraux actifs, capables do l'introduire dans scs » troupes. On formait toutes les années dans les provinces des ciimps n où les troupes étaient exercées par des inspecteurs très-versés dans » les grandes manoeuvres de la guerre. L’Impératrice se, rendit elle- » môme, ù différentes reprises, dans les camps de Prague et d'Ülmütü » pour animerlestroupesparsa présence et ses libéralités.. .Elleoxci- » tait partout rémnlation, les talents et le désir de lui plaire... Le »• militaire acquit dans ce i>ays un degré de perfection où il n’était n jamais parvenu... et une femme exécuta des desseins dignes d’un » grand homme... (1)
Mais où Marie-Thérèse fut plus habile, plus intelligente encore, ce fut dans les pouriiarlers et les négociations qui avaient pour but une alliance, réputée impossible, entre l’Autriche et la France, ces deux vieilles rivales.
Le malheureux traité de la liandere (de 1715) pesait lourdement à l’Autriche. Marie-Thérèse s’en était exidiquée assez vertement avec Tambassadour britannique. Elle trouvait d’ailleurs que r.\ngleterro avait soutenu trop froidement sa clause. Elle savait aussi que la cour de Londres négociait, dans l'intérfit de l’électorat de Hanom*, un traité qui fut signé en janvier 175ü. A tout jirix Marie-Thérèse voulut l’alliance française. Mais cette alliance était une utopie, un rêve : » Depuis trois siècles, ditCantu, l’inimitié avec rAutriche constituait » l’histoire extérieure de la France; c’était dejmis Henri IV le but ü constant do sa politique, au point qu’elle lui avait subordonné ses » intérêts et ceux de la religion... » Conunent arriver ù rapprocher ces deux nations, ennemies nées pour ainsi dire? Comment Marie- Thérèse vaincra-t-elle les difficultés qu’un tel projet ne ])eut manquer de rencontrer îi Paris, ù Vienne et même dans la famille impériale ?
lie ministre Kaunitz est envoyé h Paris pour préparer les voies ii un rapprochement. Il fait une cour assidue ù la véritable souveraine de la France en ce temps-lù, îi la marquise de Pompadour. Maître diplomate, il la llatte adroitement. Mais la Pompadour veut i)lus et mieux que les amabilitos et les flatteries de Kaunitz : il lui faut celles
(1) Frt*»iéric II : OEuvrrit potlhumrr.
«le Miinn-Tliérèso elle-même... et elle les aura. — Oui, malgré toute l’atistérité et la réserve do son caracti're, malgré sa grande dévotion, Marie-Thérèse condescendit îi écrire de la manière la [dus amicale, et comme d’égale h, égale, à la maîtresse de Louis XV, qu’elle appela » sa princrssc et son amie (1). » Et comme Kaunitz s’excusait d’avoir demandé îi sa dignité un si grand sacrifice, elle lui répondit: » N'ai-jc pas flatté Farinclli? r> lequel Farinelli, chanteur cf'lôbre, jouissait d’un grand crédit auprès de la reine d’E.spagne. Ij’alliance avec l’Autriche fut dès ce moment l’objet do toutes les préoccupations do la Pompadour. Il y eut bien des traverses et des obstacles : h force de finesse et do roueries, elle les surmonta.
L’adhésion de la France étant acquise et la conclusion du traité imminente, Marie-Thérèse se heurta ii une difficulté plus grave. L'Empereur, au premier mot de l’alliance, avait manifesté une répugnance profonde (2). Mais Marie-Thérèse lui arracha son cousentomont. L’acharnement qu’elle mettait îi la poursuite do son projet était si vif, elle tenait tant îi la Silésie, qu'elle souscrivit encore une fois au démembrement de nos provinces qui no cessaient cependant point de lui donner des preuves de dévouement. Le fameux traité d’alliance entre la Franco et l’Autriche (du l^mai 1757) .stipule en effet ceci : » Aj)rès que l’Impératrice aura été mise en possession de la Silésie et des territoires italiens qu’elle s’adjuge, elle abandonnera il la France, avec une lieue de territoire ah>utour, le fort de la Knoque, les villes do Chimay, do Beaumont, d'Ostende, do Xieuport, de Fumes, d’Ypres, de Mons,de Tournai (3). » C'est au duc de Panne (■!) que le reste des Pays-Bas est attribué.
(1) Voir lo récit «le toute cette intrijjuo tîans Coxe : Uiat. de In mniton tTAutrichc,
t. V. — DucIoh dit seulement que Kaunitz obtint pour M"'* de Pomjïadoup
** un billet flatteur de i’Impératrice. »
(2) « L’Empereur, te lovant «lans une agitation cxtn'me, donna de la main un coup violent sur la table du Conseil et s’écria : « Une telle alliance est contre -nature ; elle n n’aura pas lieu, b (l)rf>èche$ de lord Keith, amliassadeur britannique.) — Voir l’ouvrage «le Coxe.
(3) On a longtemps douté, dit I^urent (t. XI, p. 301), que cette convention étrange eut été ratifiée. Lo doute s’est dissipé. ratifications existent. V’^oir Gardon ; Hittloire d' $ traitée, t. IV, p. 149 ; Stcnzcl : Gtachirhte dm preueaineheN Staalri, t, V, p. 38.
(4) Los duchés do Parme, Plaisance, Guafitalla devaient être réunis definitivement à l’Autriche.
Assurément, si nos pères avaiont connu ce nouveau projet de cession, ils n’eussent point fait pour le gouvernement de Marie-Thérèse les sacrifices considérables qu’ils s’imjiosèrent alors. On ne les eût point vus, h la première nouvelle de la guerre, fournir 12,000 soldats et 16 millions do fiorins, indépendamment des sommes énormes que les capitalistes d’Anvers prêtèrent au trésor impérial (1).
Kous n’avons pas îi raconter cette terrible guerre de Sept Ans oü nos braves régiments se couvrirent de gloire. Le sang de 879,000 liommcs (c’est le chifl’re que donne h’rédéric II) fut inutilement versé. La Prusse garda définitivement la Silésie.
n Vainqueurs et vaincus avaiont besoin do repos; ils avaient pour n longtemps épuisé leurs ressources. L’activité se tourna vers l'or- V ganisation intérieure des Étals. Un nouvel esprit semblait animer » les gouvernements et les peuples. Do toutes parts on se mit îi la » rcclierclic des abus pour les signaler et les extirper. On étudia » plus profondément le mécanisme de la vieille société et ou no » craignit plus de renverser les obstacles qui s'opposaient h la diffu- » sion des lumières, au libre développement de toutes les forces » internes des peuples, h la marche progressive de la civilisation (2). n Le gouvemeraent do Marie-Thérèse a pris une part glorieuse h œ mouvement de civilisation, de régénération sociale. Kous dirons les bienfaits dont la Belgique sj)écialement lui est redevable îi cet égard (3)... Mais complétons cet aper\,u de la carrière politique de Marie-Thérèse.
(1) M. Gacharda comintmiqué à TAcadémie, en 1850, doux lettres confidentielles de Marie-Thérèse au prince Charles sur le traité de 1756. « Nos pntvinceH, dit-il, jlurcnt n à cet acte diplomatique de g^rands avantages. .. La Ikdf^iquo échappa aux dangers qui n étaient prêt» à fontlre sur elle... » Il e^t certain que nouh n*y avons pas perdu. Lo maintien du la tranquillité, raplanissemcntde nombreux difl'érends territoriaux avec lu Franco, la suppression du subside annuel de 5O0/XX) patoctons aux Iloliandais, la réforme dos tarifs selon que Fexigeaient les intérêts du travail national., tout cela est vrai. Mais le projet do cession est vrai aussi. (Voir Buiteiin de CAcademir^ t. XVU, p. Ml 50).
(2) fleuutf nationale de Belgique, t. X, p. 321.
(3) Pour les réformes introduites par Marie-Thérèse dans les autres provinces de son empire, voir les ouvrage» suivants: Von Arneth; âlaria-Theteiia't erete Begierungejnhre (1863-1865).— Hauloiislrauch : liiogr. der Knitnin Maria-Therenia (1780).— Richter: LeOens und Slaatageifltiefile Haria Thrrraia. — Dulîcr : J/<iWn-7'/4rrc«*a und
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Il est dans la vie do cetto princesse une tâche indélébile : c’est le partage de la Pologne.
L’hérétique Catherine, l’athée Frédéric, la catholique Marie-Théréso s’entendirent pour assassiner cette nation héroïque qui devant Vienne avait jadis sauvé l’Europe. Les malheurs do la pauvre Pologne, si éprouvée par l’anarchie, par la famine et par la poste, avaient fait naître depuis longtemps l’idée de la partager. Mais qui osa, le premier, proposer d'exécuter le coup qui était dans la pensée de tous? Ce fut, dit Coxe, une action si odieuse que chacune des trois puissances s’efforça d'en rejeter la honte sur les deux autres. Il paraît aujourd’hui certain (1) que ce fut Kaunitz qui jirit l’initiative de la proposition. Il est même trés-douteux, hélas! que l’Impératrice ait été aussi ditficile â convaincre ((u’elle a bien voulu le prétendre. A supposer, ce qui n'est guère admissible pour ceux qui connaissent son caractère, qu’elle aurait cédé â je ne sais quelle violence morale exercée sur elle juvr les » /wmmes d'un esprit émineM » auxquels elle fait allusion dans l’apostille qui se trouve sur le projet de partage (2); â supposer que les explications justificatives qu'elle donna â l’ambassadeur français de Bretouil (3) aient été marquées au coin do la plus comi)lète exactitude, ce dont il est également pennis de douter, qui donc la forçait à faire la demande, qu’elle trouve elle-même « exorhitmite, n du tiers de la Pologne et du démembrement de la Turquie ? Qui donc l’obligeait â torturer l’histoire pour y trouver, îi l’appui de sa conduite, dos arguments do cotte force : n La Poh(j)w a tr'esanciennemeuf. appartenu à h Hongrie. Si nws jnr'decessevrs ne VotU jjas rcelamâ-, il ne faut l’attribuer qu’à leur bonté et à leur gdnéivsité. Si quelques-uns d’entre, eu.r,eouune. liodolphe, l’ont cédée, ils ont agi sans droit, attendu que le droit eanonique inralide les eessions
(1) Laurent : Études sur Vhist. deChumanitc, t. XI, p. S42 etsuiv.
(2) Zeitgenoiêttnj t. XI, p. 29.
(3) n J r. sait que j*ni m\» une grande tuche â mon règne pnr ce qui v/eirt de se ftt're en n /*ohgne, mais je vous assure qu'on me le liordnnneroitf si on savait à quel point j*y ni » s'èpugn^, et combien de ci>xnnxtancea se sont réunies pour forcer me^ principes, ainsi que n mes rèsoluliois^contre tontes tesvues immodérées de l*injuste nmbitiim russe et prussUnne. n (Kxtmit d’une lettre du hamn do Breleuil au vieomtc de Venjenne», on date du 23 février 1775, rapjKirtoo par Flas^an, «lans son Notoire delà diplomatie fiarunisr.)
— :is —
faites jxir nu roi, cotnmr celles qui sont consenties par un mineur. Il faut donc rendre (jrùce a la Procidence qui a présente à la maison d’Autriche l’occasion (!) de recoucrer des droits si ccidents (!) et si bien fondés {\) (1). » C’était bien la peine de fouiller dans les archives de riiistoirc pour en arriver k cette conclusion. Il sufiisait d’inscrire dans le manifeste : » ]ja force prime le droit et tout était dit. Catherine de Kussie y mettait moins de façons et montrait beaucoup plus de francliise, quand elle répondait h rand)assadcur prussien qui lui parlait de la désapprobation i)ublique : » Je prends le blAme sur moi. »
Si nous ne pouvons, après les découvertes récentes de la science historique, croire aux répugnances sérieuses de Marie-Thérèse, nous ne faisons aucune difficulté d'admettre qu'elle aurait en, et il faut lui en tenir compte, des remords nombreux et un sincère repentir. » L'affaire de Pologne me désesphre^ v dit-elle un jour au ministre de Suède. Et elle redoutait tellement de voir le public s’occuper de
ce crime contre l’humanité » (2), (lu’elle ordonnait aux magistrats des Pays-Bas de redoubler de vigilance à l’endroit des gazetiers qui émettaient leur avis sur un sujet aussi i)érilleux. Pour la tranquilliser, le ministre plénipotentiaire Stahreiiiberg lui écrivait le 21 novembre 1772 : La censure ne passera plus rien aux gazetiers. »
Elle n’en revient pas moins a la charge le 22 janvier 1773, eu recommandant soigneusement au gouvernement de « veiller à ce qu’on n'insère pas dans une feuille j>ublique certaines sortes de propos relatifs aux affaires do Pologne... » (3).
Au dernier événement im]>ortant de la carrière politique de Marie- Tliérèso, à la guerre de succession de Bavière, se rattachent de nouveaux projets do cession des Pays-Bas. Seulement ils ont été le fait plutôt du co-régent Joseph que de sa mère Marie-Thérèse. La correspondance de Marie-Thérèse et de Joso])h II, jnibliée récemment, (4),
(1) Manifeste publié par Marie-Thérèse.
(2) Mackintosch : Edimbut-yh Revirw, Si In t ion i. IV, p. 15.
(3) Arr/iives delà cbaHccl/tfric drs Pnyx-Uns, h ]'îrnnc (.Vrchives du royaume vie Bolîïi'iue).
(1) Von Arnclh : Mnviu-Thvrcuiu uni Josqi/i //.- ihrr Conrsjinndrnz (17G7-17S0) ; U’rc», 1867.
nous montre que l'Impératrice, qui avait ai)i»ris enfin îi nous connaître, ne SC serait résignée alors qu'avec douleur à échanger les Pays-Bas contre la Bavière : » Si nonspmlons les Pays-lias, écritelle deux fois de suite îi Joseph (le 29 avril et le l" mai 1778), la jierli; est plus yrande que la Silésie... ■> — n Je rois que tous êtes encore occuqté de toute la Jiarière: je ne rois }>as cela faisable, nPaie en faisant le plus maurais marché, en sacrifia nt notre bon jiatri- ■moinc des Pays-Bas, qmys attaché, heureux et de tant de ressources ^ (5 janvier 1779). — Je ne erois jjas qu’on j>evt espérer que le mi (de Prusse) nous laisse la totalité (de la Bavière), pas même rotre ligne de l'Inn, et Danube, et il faut que cela soit du gré de l'Electeur, qui ne se peut prêter qu’arec l'échange des Pays-Bas, et j’aroue, cela me coûterait... » (12jiiin 1779). — •> Quelle malheureuse idée que ce NiErmn Baveux, car je ne saurais croire qu’on qmnse encore à la totalité a troquer contre les Pays-Bas, autre idée dcstructire pour nous...” (21 juin 1779). — » ... Il est incroyable quelessix millioiui sont déjà froncés aux Pays-Bas, que les trouqics amènent arec elles deux millions, et qm' les courriers on en ieçoit aussi toujours en or. Ces bons pays semient bien h regretter si on les donnait qtour ces rustres, les Bararois. Je. me flatte que tous ne qiense: qdus h cet échange, qui serait nuisible de toute J'aron... » (20 juin 1779).
Marie-Thérèse mourut le 29 novembre 1780.
Elle eut pour successeur son fils Joseph II, qu'elle avait nommé, dès 1705, co-régent dotons ses royaumes et États héréditaires.
Les quarante années de l’administration de Marie-Thérèse ont été pour nos provinces une ère do progrès et de bonheur.
Cette vérité n’est pas contestable.
I/cnthousiasmo pnVonçn n'est pas notre fait. En dépit des circonstances au milieu desquelles le concours se fait et sera jugé, nous ne nous sommes pas mis à rcenvre dans l'intention d'écrire un panégy-
- -lO —
riquc quand môme. 1/Acaddiiiie a voulu un travail sérieux : nous tAchcrons de la satisfaire.
De l’ensemble de nos recherches et de nos études, il est résulté pour nous la conviction que de 1740 îi 1780 les Pays-Bas ne cessèrent pas de marcher dans une voie do régénération — ot nous espérons le ])rouver.
L'honneur do cotte nigénération revient-il tout entier h la souveraine ?
Non pas, assurément. Marie-Thérèse a eu des collaborateurs qui, s’inspirant des idées du temps, lui ont suggéré les meilleures résolutions. Elle a eu sous ses ordres des administrateurs intelligents, honnêtes, dévoués, qui lui ont facilité grandement sa tAche.
Les noms de ces collaborateurs et de ces fonctionnaires sont inséparables du sien. Nous dirons la part qui revient A chacun d’eux.
Dans toute œuvre il faut apprécier l’ouvrier, les instruments de travail qu’il avait A sa disposition, et le travail lui-même.
Cette marche, qui nous parait essentiellement logique et méthodique, nous la suivrons ici.
Dans la première partie du mémoire {Im Sourcrain/! et ses collrtbornlei(rs) nous étudierons successivement Marie-Thérèse, Charles de Lorraine, Kaunitz, Cobenzl, Stahremberg, Xeiiy, etc.
Dans la deuxième j>artie {Les Institutions) nous ferons connaître l’organisation politique, administrative, judiciaire, etc., des Pays- Bas au moment où a été entreprise l’ouivre des réformes et des améliorations. Nous montrerons, ptmr rester dans la comitaraison ta'hui(iue que nous avons employée, quels instruments Marie-Thérèse et ses collaborateurs avaient entre les mains et en même temps quels sont ceux qu’ils ont construits pour pouvoir exécuter leur œuvre.
Dans la troisièmo partie (Z-s Réform'’s) nous passerons en revue ce que le gouvernement a fait dans les divers ordres d’idées et dans toutes les branches de l’administration.