‹ Les PaysBas sous le regne de MarieTherese 17401780Chapitre 6 sur 35 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

i.A nKF.niqrE a l'avkxkment iik mauik-tiiérkse.

liO gouvornemont do Marie-Thdrôse nous a réveillés do la liithargie où nous avait plongés la domination espagnole — et spécialement l’administration trop vantée dos archiducs Albert et Isabelle.

C'est un honneur en môme temps qu’un devoir pour l’iiistorien, et il. plus forte raison pour un corps savant, que de reconnaître ses erreurs.

li’Acadiiiiiie do Beloiique s'ôtait trompôe — excès do bieiiveillaiico — sur le comi)to d’ Albert et Isabelle ; elle a ou la loyauté d'oii convenir.

C’était en 1843. L’Académie, h. l’occasion do la mise au concours do l'histoire des archiducs, désirait un panégyrique ; les termes mêmes dans lesquels était rédigée la question ne laissent aucun doute ît cet égard. Or un concurrent s'était avisé de faire entendre une note discordante dans le concert d’éloges dont on honorait alors la mémoire des archiducs, il fut a,ssoz malmené par les juges du concours et son mémoire écarté. Mais six ans s'étant passés et la question ayant dû être remise au concours, faute de concurrents sutlisamment sérieux ou enthousiastes, l’un des juges de 1843, M. Moke, s'honora par sa franchise en avouant ([u'il avait jadis trop admiré les archiducs et que leur règne était “ plein de tristes.se... d'ondmes... et de désastres. » A quoi M. De Heiffenberg ajouta : “ llègne stérile et ijui donne bien plus de prise à la critique qu'h la louange. . . » Et r.Académio d’approuver.

M.M. Moke et Do Iteiffenberg disaient vrai en 184ÎI.

Certes les archiducs étaient de braves gens qui aimaient le bien; ils ont fait disparaître des ainis iiernicienx ; ils ont introduit tlans l’ordre administratif, politique et judiciaire certaines réformes utiles ; ils ont encouragé les littérateurs et les artistes, qui d’ailleurs, en popularisant leurs noms, les ont récompensés largement do leur patronage ; le pays leur doit une demi-tranquillité, une demi-prospérité qui était, somme toute, du bonheur pour des populations terriblement éjironvées par la guerre. Mais, comme l’a fait remaniuer M. Ilymaiis {/Jisf. jinpul. do la Brhjique), il fallait (jue la Belgique eut gardé un bien navrant souvenir des gouvernements antérieurs pour se contenter et surtout se réjouir d’une administration que cent années auparavant elle eût trouvée insup])ortable. Quand ou voit dans l’histoire do Bruxelles (1) comment l’archiduc pratiquait le respect des libertés communales et comment il traitait les nations, ipiand on lit dans Potvin (2) le récit des mesures atroces et ridicules que ces intolérants

(1) lîeiine et Wouters : U»»lairv dr lintirt’tt, JI.

(2) Potvin : AHnrl ft IsabftU.

souvoruins jiriront a» sujcrt di* la sorci'Uaric, on ac^uiort la convictioii qu’au point de vue do nos libertés, au point de vue sinûal, le règm» des archiducs Albert et Isabelle a dté véritablement désastreux pour nos provinces. C’est à leur despotisme étroit, îi leur intolérance fanatiijue et bigote, c’est îi l’achaniement avec lequel ils ont propagé la croyance idiote îi la sorcellerie, qu’il faut attribuer rengourdissement moral de notre malheureux pays pendant doux siècles. Pour se garer du diable et de ses maléfices, dit Blaes, on avait couru aux églises s’abîmer dans une muette contemplation. Le catholicisme avait pris une vie nouvelle... mais ce n’avait plus été qu’un culte étroit, mesquin, matériel, un l'étichismo grossier qui devait îi la longue anéantir toute activité intellectuelle... Plus rien que dos processions, des sermons, des confréries, des cérémonies expiatoires; partout des images de saints, des emblèmes charnels, des églises, des chapelles, des couvents... “ Devenue dévote et mystique par habitude, » la Belgique » s’enfrmiue, se déchausse, se rase, s’encapuchonne. La vie semble se » retirer d’elle ; affaiblie, épuisée, elle subit les outrages et les humi-

hâtions et c’est îi imine si elle les ressent. Accoutumée au régime » des couvents, elle ne veut plus s’en passer... Un bandeau lui » couvre les yeux. (1) »

Ce bandeau, Jlarie-Thérèse le soulèvera; ces tendances superstitieuses, elle les combattra. Elle travaillera à tirer la nation de son affaissement moral et intellectuel. Elle mettra un frein îi l’ardeur monacale qui enlevait h la circulation d’immenses capitaux et qui développait la mainmorte d’une façon effrayîintn dans les Pays-Bas. Elle réformera un enseignement qui abâtardissait les populations.

Et elle le fera, parce (pie si elle est sincèrement religieuse ot fervente catholique, elle est assez intelligente pour comprendre que notre pays est sous l'étreinte du bigotisme et se meurt de la h'^pre do la mainmorte.

Les souffrances morales ne sont pas les seules (|u’elle aura îi soulager.

Les guerres sanglantes des doux derniers siècles avaient fait :i nos provinces des blessures bien difficiles ii guérir.

(IJ) /i^rur fnmrMituellf, XX!, 3(i.

L'odioux tniitt! de la Barrière, imposé à la faiblesse de l’Autriche par l’égoïsme do la Hollande et de l’Angleterre, avait porté nn couj) fatal îi notre industrie et h notre commerce. Et, pour comble de malheur, l’épuisement des ressources des villes et des provinces et leur mauvaise gestion avaient motivé la création d’emprunts qui minaient les contribuables sans améliorer la situation financière. A ces misères il fallait des remèdes prompts et énergiques : Marie-Thérèse on trouvera.

Toutefois les remèdes ne seront appliqués, les améliorations ne seront introduites que lorsque la paix aura pennis au gouvernement de porter toute son activité vers les réformes. “ Ç’aurait été, dit - Kaunitz, multiplier les embarras de la guerre et risquer le sort X des meilleures affaires que de les entamer dans des moments où le >. bien général de la monarchie exige que nous ménagions nos voi- » sins, la bonne volonté, le zèle et l’attachement des sujets... 11 » fallait donc de toute nécessité renvoyer les grandes opérations de r finances, d’économie, h des temps tranquilles... Tout objet d’admi- » nistration susceptible de réforme, mais sujet îi des contestations, „ a été réservé pour la paix... (1).

(1) Rapport do Kiiunitr à l’Impératrice sur l’administration pénéralc des Pays-Bas pmidant l’anni'o 175 s. Ce rapport (ijui se trouve aux archives do la Chancellerie des i’ajR-TJas à Vienne — Archive*, du #0500010) a été publié en ISSO dans le premier volume des Analer{em\c. M. Gachard, p. 455 -ait!.

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