‹ Les PaysBas sous le regne de MarieTherese 17401780Chapitre 8 sur 35 · I.ES COI.I.AI10IlATEi:US DE MAKIE-TIIKUÈSK · texte numérisé non relu

I.ES COI.I.AI10IlATEi:US DE MAKIE-TIIKUÈSK

§ 1". I.K DDC CIIARI.es UK U)IUl.U.NE.

Lo duc Charles de Lorraine, qui prit possession, en mars 174d, du {jouvomenient général des Pays-Bas, a été l’un des princes les plus populaires que la Belgique ait jamais eus ii sa tête (1). Bonliomio dans la vie privée, modération dans les actes du gouvernement, attachement réel 11 la Belgique et dévouement h ses intérêts : tels sont les motifs jirincipau.x do l'affection que lui vouèrent les Belges. Les témoignages do cette affection furent nombreux. Après vingt-cinq ans d'ad-

(1) 11 avait été adjoint dès le commencement du ix‘gne à la pouvernanto, TarchidnohcHt^e Maric-ÉUnalietli, s(i*ur do l’empcTPur Charles VI; mais Tinvasion de l’Autriche et do la Bohême no lui permettait pas de sc rendre aux Pays-Ba.s. IjC coralo de llarrach fut, le 12 tiovomhrc 1740, nommé gouverneur général provisionnel. Harnidi, lapiKilé sur fa demande eu 1713, fut mitplacé |>ar le comte de KOuigsepg- Krps, qui eut le canictère de ministre-plénipotentiaire jtendant l’ahsciice de Charles de Lorraine, (JA'»iione>de AVny, 11, 18 )

miuibtration,lcs Etats de Brabant luidrigbrcnt une statue sur une des places do Bruxelles. L’inauguration eut lieu sous les yeux de l’un des fils do Marie-Thérèse. En marge du rapport qui lui avait été fait sur cet objet, l’Impératrice avait écrit cette apostille célèbre : “ Je » mis avec plaisir cette noutellc marque d'attachement de mes pim- » pies des Pays-Bas pour leur gourernettr, mon cher beau- frere, qui » le mérite si bien. Vous pouce: e.rpédier d' abord raq)pmbation, sou- » hailant que mon Jils pût voir la cérémonie pour lui faire sentir la n satisfaction de se rendre digne de Vamour des peuples, même la n seule récom})ense de nos tracaux »

Charles de Lorraine n’avait toutefois rien de brillant dans l’esprit. Il no faut pas voir en lui un de ces initiateurs dont le talent éclaire une époque. Ce n’est pas un chercheur. C’est un homme de bonne volonté qui, placé 11 un poste où il est possible do faire du bien, s’est juré h lui-mCmo qu’il en ferait et a tenu sa promesse; c’est un prince honnête et bon enfant, s’étant dit tout naïvement que ces Belges, tant méconnus et si souvent sacrifiés, ont d’excellentes qualités et méritent qu’on les aime. Il nous aimait bien, en effet, et voulait qu’on nous aimat aussi h Vienne. « Le grand malheur do ces provinces, écrivaitil un jour à Marie-Thérèse, est qu’elles sont trop éloignées pour que Votre Majesté puisse les connaître, et malheureusement ceux qui sont a mémo d’on faire le rapport b Votre Majesté, croient les connaître et non-seulement no les connaissent guère, mais sont souvent prévenus contre elles, les lois, les usages étant très-différents dos autres pays do Votre Majesté. J’ose dire que ces pays-ci sont faciles h gouverner, car avec de la douceur et la moindre bonté que Votre Majesté daigne leur marquer, elle peut être assurée qu’elle fera tout ce qu’elle voudra dans ces provinces. »

Le tact, la douceur, la prudence qu’il recommandait au gouvernement de Vienne et dont lui-mème il ne se départit jamais, furent les éléments les plus sûrs do son succès auprès des Belges. 11 s’était complètement identifié avec le caractère et l’esprit, avec les intérêts divers des provinces confiées îi ses soins. Observateur religieux do leurs croyances et de leurs usages, il était dans toutes les occasions

U) M. Gacharü n «lomié lo fac-similo de celte ap<'stille dansi^ scs \nal<xie* (1, Uil.)

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lüiir lirok'cteur aiijn'ès do rimjidratrico. (irAcc à une conuaissaiice liaiTaito dos iimnirs et dos exijrciicos de roi)inion publique, {jrftce aussi h la sjmpatliic profonde qu'il inspirait, bien dos difficultés furent aplanies, bien dos obstacles surmontés. Il réussissait, par sa seule influence personnelle, l.'i où scs devanciers avaient échoué.

Mais ((UC d’elforts pour épargner au gouvernement des embarras Itoniblos! Que d’adres.se dans les situations difficiles ! Que de biais au . besoin pour en sortir ! Le duc pensait h tout, prévoyait tout, remédiait h tout. Petits moyens souvent, piètre politique sans doute, mais enfin le pays ne s'en portait pas plus mal, les réfonnes no s'en introduisaient pas moins, et il nous sejnbloquo Joseph II et les Pcays-Bas n’eussent point fait si mauvais ménage, si Charles do Lorraine avait vécu dix ans do plus.

Nous n’avons que l’embarras du choix pour fournir des preuves de l’habileté du duc-gouverneur. Les nations de Bruxelles se montraient indociles au sujet de l’impôt sur la bière. L’esclandre, comme on disait il Vienne, prenait des proportions inquiétantes. Charles do Lorraine en vint îi bout sans devoir recourir ii aucune mesure de rigueur et put faire écrire h l’impératrice que l’affaire avait été “ apaisée avec une sorte d’avantage mémo pour l’autorité supérieure (1). » — Dans une afl'aire moins sérieu.se, mais où était en jeu l’une dos grandes familles du pays, qui avait contrevenu aux lois héraldiques sur les funérailles, le duc chercha et réussit également h éviter un éclat, ce dont le prince-chancelier Kaunitz lui témoigna sa satisfaction par un “ charmé! » et par un « cela est très-bien !. » — Lorsque survint le différend relatif au droit que s’était arrogé le nonce du pape de dispcTiser de la publication des bans, le duc sans doute n’hésita pas ii dénoncer l’abus Ji Vienne, mais, <• quant h la façon d'y pourvoir, il SC garda bien d’occasionner “ la moindre aigreur. » Lîi encore, “ })our éviter de l'éclat, » il conseilla d’infliger une réprimande au curé (jui avait eu égard îi la dispense donnée jtar le nonce et de porter une ordonnance pour empêcher îi l’avenir les empiétements de Borne (2). — Voici un biais presque du môme genre. Les tuteurs de la

(Ij licperloîre ilf» Arrhitfcs de /» chauceflrric des aimo 1778.

(2,t Arrfitvea de f» rhnneelteric dea Pays-B<it, 1^» 0(î, It, I. — î\ 103, M, 3, G.

demoiselle de Montmorency, quittait îi la veille d’dpouser un seii^neur fram^ais, le prince d’Elbcuf, demandent (octobre 1778) (pi'elle puisses suivre son mari après son mariage et qu’on ne lui applique pas un èdit do 1765 qui certainement no pouvait pas lui être appliqué. La cour de Bruxelles voyait avec déplaisir les plus riches héritières des Pays-Bas épouser des étrangers : « Pour peu qu’on annonce, dit le duc, qu’il est permis îi toute héritière de s’établir hors du pays sans manquer h aucune règle, il ne resterait plus aux provinces belgiques que le souvenir des grandes maisons qui y étaient autrefois en si grand nombre... » D’un autre côté, la jurisprudence ne s’oppose pas au mariage... et quant îi faire une loi, il n’y faut pas songer : cette loi nuirait infiniment au commerce et alarmerait tout le monde. Comment faire donc ?... Voici ce que Charles de Lorraine proposa et ce qui fut ratifié h Vienne : « On n’accordera pas aux tuteurs leur demande telle qu’ils la font, savoir qu’il sera permis îi leur pupille desuivre son mari en France îiprès son mariage, mais do donner h cothî permission une tournure qui confirmera comme chose de toute évidence la nécessité de la permission de Sa Majesté pour le mariage môme... » — N’était-ce pas bien imaginé ? — Le duc n’est jamais îi bout d’expédients. Il en a pour les circonstances et les difficultés les plus diverses (1). Une insignifiante concession par ici, une transaction adroite parlh, et son imperturbable bonhomie aidant, chaque fois il est le maître do la place, presque avant qu’on ait soupçonné qu’il en fait le siège.

Il avait besoin assurément do ces expédients, quand les réformistes du gouveniement proposaient des mesures qui auraient compromis et l’administration et lui-môme. Lorsque Cobenzl, par exemple, d’accord avec Kaunitz, poussait Marie-Thérèse h porter atteinte aux privilèges nationaux, il fallait bien de la finesse pour faire entendre en haut lieu, et sans theher personne que ce serait lîi jouer un jeu des plus périlleux 'et, en outre, singulièrement malhonnOte (2). « Il » est vrai, écrivait-il, quand on lui parlait de cette grave question,

(1) Voir au Itcpcrtoire de 1777 (s. v. arU) comment il com'iliait les exij'enccs de l’art avec la rcpuf^ancc de l’impératrice pour les nudités.

(•J) Archives de la ehnnceftt;rie des Paijs~üns, I), 87, C.

» que ces itiiys sont Irts-attachés Ji leurs iirivik'ges et môme j'use » (lire qu'ils poussent cela jusqu'il la folio; mais ils sont tous élevés » dans ce préjugé et il serait fort dangereux do toucher cette corde, » d'autant que tous les souverains les ont confirmés et jurés. » On n’est pas plus adroit ni mieux inspiré.

Maric-Thérése faisait avec raison grand cas de Charles do Lorraine, et si, comme nous l'avons dit, elle ne se gênait pas pour lui rappeler des obligations oubliées, des pre.scriptions enfreintes, elle ne négligeait aucune occasion de lui témoigner combien elle était touchée do son zélé et de l’habileté do sa gestion (T o/r aux archives de la chancellerie des Pays-Bas spécialement sub voce : Oourerimnent). M. Gachard a fait connaître h l'Académie, en 1845, une pièce curieuse conceniant l’amitié et la confiance dont l’impératrice honorait le duc et l’affable condescendance qu’elle lui témoignait, alors môme qu’elle ne parta- •geait pas sa manière de voir et qu’elle donnait raison h Kaunitz contre lui (1).

Charles do Lorraine no cessa jamais do mériter une si cordiale affection. Son dévouement îi la souveraine (2) n’était pas distinct de celui qu’il professait pour les intérêts des Pays-Bas. Travailler h notre prospérité, c’était dans sa pensée, comme ce l’était dans la réalité, travailler îi la gloire de l’impératrice. A do pareils serviteurs les princes doivent plus que de banales paroles do remorciomont. La reconnaissance sincère que Mario-Thérèse témoignait h Charles de Lorraine était un acte do haute justice.

§ 2. KACyiTZ, COBENZL ET STABREMBERO.

Le comte do Kaunitz-Rittberg, qui, après avoir rempli les fonctions do ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas (do janvier 1745 h juin 1746), devint chancelier do l’Empire, vécut plusieurs années îi Paris

(1) ïiutletin dé IWcwirmt^ 1845, II, p. 27f).

(2) Voir ses protestations do dévouement dans une lettre qu’il écrivait à Timpéra-

tricc le 8 août 1755 do M. tîaclmrd, t. II).

iiu seiu do l'école pliilosophiiiue. Pondant qu’il négociait avec Clioiseul et la Pompadonr les bases du traité do HéG, il se nourrissait des idées do l’encyclopédie. Il fut gagné au niouvomont social do l’époque par Voltaire avec lequel il noua des relations assez intimes et ainiuel il écrivait encore le 27 janvier 17G2 : “ Je fais un cas infini de tout ce qui sort de votre génie (1). »

Il était, au dire de Frédéric II, frivole dans scs goûts, profond dans les affaires. “ Sous un air de franchise, il cachait une dissimulation profonde, et comme il n’avait point do confident ni d’ami particulier, ses secrets étaient impénétrables (2). » C'était un honnête homme ayant beaucoup do talent et non moins d’amour-propre. Comme Clioiseul, comme Pombal, conuno d’Aranda, il avait des intentions essentiellement réformatrices. Toutefois il contint ses sympathies progressistes jusqu’il la fin de la guerre do Sept Ans.

Dans le rapport qu’il adressait h. l’impératrice, le 2 février 1759, sur l’état de nos provinces, il disait qu’il avait apporté un grand esprit do “ modération en matière de police, de finances et de commerce, et surtout dans les objets du ressort do la juridiction ecclésiastique; mais il laissait entendre que ces réformes viendraient on leur temps. C’est lli, disait-il, plutôt une affaire do circonstance qu’une maxime permanente d’administration; tout se prépare li changer de ton et do procédé lorsque la tranquillité sera revenue (3). Il ajoutait qu’il avait remarqué, en différentes occasions, “ qu’il était des gens aux Pays-Bas qui n’affectionnaient pas le clergé, mais qu’il avait démasqué leurs vues et barré leurs desseins. » 11 faisait allusion îi un double projet qu’avaient conçu Neny, Stassart et d'autres, 1° d’obliger tous les évéques des Pays-Bas h prêter serment do fidélité nu souverain avant leur prise de possession, et 2«do restreindre la liberté des mariages pour faire cesser les plaintes que provoquaient les suppléments dé consentement accordés par les officiaux dos diocèses h

(1) Correep. int. de Joseph 11 avec Kaunitz otCobciizl, publiée par Sébastien Brünner; 1871, Mayence.

(2) Reow nationale de Bclgiquf,X\iy 1847. (Noui y avons puisé p«>up ce paragraphe et le suivant.)

(3) de M. Gttchard, pp. 458 et lOÎ*.

(lus mineurs ou h des luiiiilles (toiitractaiit dc'S unions disproportiouuées ou ddsavantageus('s. Kaunitz (5tait-il bien sinct'rc dans l'expression de ses regrets? N’dtait-cc point, connne d’aucuns l’ont pens(t, pour entrer idus avant dans la confiance de Marie-Thérèse qu’il flattait ses sentiments de jiiété ? Il est tout au moins permis (le s’étonner do son langage, quand on met en regard l’iiostilité bien avouée iiu’il témoigna dans la suite au clergé belge. Les temps n’étaient pas sans doute venus en 1759. Mais il n’en est pas moins curieux de voir Kaunitz, le futur adversaire — et un adversaire décidé — du cléricalisme, se plaindre en 1758, en tenues fort aigres, de CO que “ M. do Xeii}’ paraît vouloir essayer ses talents et son savoir contre le clergé et a pris de l’humeur contre ce corps » (1). M. de Neny y mettait “ trop do zèle ; » il démasquait inopportunément “ ses batteries... » Peut-être aussi l’amour-pnqire du premier ministre souffrait-il do voir prendre ])ar son subordonné l’initiative do mesures et de réformes qu'il se proposait d’introduire personnellement.

Quoi qu’il en soit, co n’((st queiiuclques années ajirès que Kaunitz, dont l’influence i‘tait devenue toute-puissante îi la cour de Vienne, fit entrer définitivement l’Kmpire dans la voie du progrès (2).

Louis de üobenzl, qui fut le Kaunitz de la cour de Bruxelles, occupa les fonctions do ministre ])lénipotenliaire près de Charles do Lorraine pendant dix-sept ans (175:1-1770) (fl).

Intelligent, in.struit et honnête, il était do ces hommes qui so raidissent contre les difiicultcis et (pii marchent avei' une inflexibilité rigide au but que leur conscience et leurs étiuh's leur ont tracé. Il avait unequalitéqui devait lui faciliter sa bêche ; s j/inpalhiqnr.

Ses contemporains reconnaissent qu’il n’avait pas cetto morgue

(1) Extmit d’uiiR lettre de Kaunitz à (’oltenzl, du ‘23 «leccmbrt.i 175s. {drrA/w’» (le tu chancellrrie des Pnys‘Bas, 1>, Ü9. M.)

(2) ri’. Wolf: Oestrrveich unler Maria-T/teresia^ 1855. — et Von Amctii (ouvrage cité).

(3) Kifuiiitz avait été remplacé au mois de juin 17-t6 par le maréchal comte de Bathiani, dont les archives (11. 122. H ) contiennent une lettre curieuse de remerciements à l’impénitrice. Kn 1711), le martiuis de Botla-Aorno remplaça Bathiani. Botta eut pour successeur ( ohenzl.

ffidieusfi qu’on a roproclu'o non sans raison à )»lusionrs foiKtionnaires allemands. No rebutant personne, sachant écouter les visiteurs, il faisait son profit des observations qui lui étaient présenUies et se conciliait en mémo temps l’affection de ceux qui avaient recours h lui (1).

Partisan énergique des idées nouvelles, il mit h leur service une fermeté, une activité infatigables. On a constaté — et le fait est ('xact — qu’il ne croyait pas le progrès incom])atible avec le despotisme (2). Dana son désir ardent de réaliser les réfonnes, il eût peutêtre fait bon marché des libertés et des privilèges nationaux, qui lui paraissaient autant d’obstacles à la réalisation do scs projets, si l’extrême prudence et le bon sens exquis du gouverneur Charles de Lorraine n’avaient fait heureusement contre-poids à ses impatiences et h son ardeur (3). Plus d’une fois il fut d’avis que le moment était venu de “ corriger la Joyeuse Entrée » (4), mais Charles savait ce que comportait le tempérament des Pays-Bas. Cobenzl se résignait alors îi chercher un moyen légal de faire réussir ses plans.

Ce qui peut faire pardonner h Cobenzl ses tendances autocratiques et inconstitutionnelles, c’est son dévouement véritable h nos intérêts moraux et intellectuels. Il n’a pas cessé, pendant son long ministère, “ de travailler tout h la fois à augmenter la prospérité matérielle de la Belgique et îi lui faire reprendre dans les lettres et dans les arts le rang qu’eUe occupait cent ans plus tôt. »Jj’agriculture, le commerce, l'industrie, la législation, l’enseignement, la justice, les arts, furent tour h tour l’objet de sa vigilante attention. Les archives du règne

(1) Sur Bon abord facile et ses imuiièrcs insinuanle^i, v. Hevue na//omi/e, XVI, p. 257. “ 1] est peu de jours où il n’écrive de sa main aux hommes de lettres, et cela toujours n avec une courtoisie charmante, une intelligence parfaite de la question, une conn naissance mei^’eillcuse do ces details qu’ordinaircment les gens du métier seule n connaissent, n Reiffenljcrg : /n/rodvco’on à la chronique de P. 3/ou4kent I, 49.

(2) Il trouvait que les mémoires de Neny, qui pourtant ne sont pas bien audacieux, sentaient trop l’esprit républicain. (Goctlials, Lectures relatives à i'histoire des scieneest des lettres et des arts en Belgique, t. IV.)

(S) “ Il est quelquefois un peu vif et même, si j’ose le dire, quelquefois imprudent ; je le lui ai fait déjà sentir quelquefois, mais la vivacité l’emporte.» (Lettre autographe de Charles do Lorraine à l’impératrice, du 8 août 1755 : Analecles, t. 11.)

(4) Afi'aire du serment du co-régent Joseph. ( Archives de In rhanctHerie des Pag»- Bas, I), 87, C.)

nous lo montrent incessiimnipiit orniiié d(‘s questions les plus d|iineuses et les plus compliquées et apportant îi les résoudre une science qui étonne, une sagacité qui éblouit. Nous trouverons la trace de ses travaux presque b, chaque pas que nous ferons en traitant la troisième l)artio de ce mémoire.

Si Cobenzl mourut trop tôt pour sa gloire et pour notre pays, les Belges eurent du moins la consolation de le voir remidacé par un homme qui partageait ses idées et qui, soucieux comme lui des intérôte de la Belgique, étendit et dévelopjta les jirincipes auxquels elle devait sa nouvelle prospérité.

Kaunitz avait jeté les yeux sur le prince de Stahreinberg pour compléter l’œuvre de Cobenzl. Il fut bien inspiré. Stahremberg fut un autre Cobenzl, aussi fenne devant les adversaires des réfonnes, aussi dévoué au bonheur de nos provinces, aussi empressé h la recherche des moyens qui pouvaient l'assurer, tout en maintenant — ceci n'est jamais oublié par les ministres autrichiens — les droits et les prérogatives do la couronne impériale.

IjCs objets sur lesquels Stahremberg concentra plus spécialement .ses efforts sont relatifs îi l'état ch’il, à l’enseignement, aux aris et aux lettres. C'est lui qui fit ériger en académie, en 1772, la Société littéraire fondée par Col)enzl, qui prescrivit pourla tenue des registres de l'état civil, des règles “ î)resque conformes ii celles qu’a consacrées le code Napoléon, » qui ouvrit au public la bibliothèque de Bourgogne, qui fit décréter la sécularisation de l’enseignement et réorganisa complètement l’enseignement secondaire après la suppression do l’ordre des jésuites en 1773 (1).

(l) “ C*est BOUS lo minÎBtci’c de Stahrcmlierg que 8Vle\’èront ù Bruxelles les mfqrni* » iu|ues coDstnictioDS qui entourent le Parc ; qu'un édit impc>rial statua que les n très» le» sculpteurs, les architectes ne dérogeaient pas à la noble»»sc. n wrt/c, \VI, p. 261.) — Stahi’cmbei^ survécut à Marie-Thérète. 11 eut |Miur fuc(e>scur, en 17^3, le cfuntc de Belgiojoso.

§ 3. SENY, VILAIN Xllll, Wi'NANDS, STASSART, LBS CROMPIPKN, CAZIKR.

Les noms que nous venons d'écrire en tête de ce paragraphe sont ceux dos hommes qui, quoique occupant des emplois moins importants que les Kaunitz, les Cobenzl, ou les Stahremberg, n’en ont p.n jpyjnn ' fi-

été pour Marie-Thérèse des collaborateurs extrément utiles.

Patrico-François-MacNeny, né îi Bruxelles d’une famille irlandaise réfugiée dans les Pays-Bas après l’expulsion des Stuarts, devint successivement secrétaire du Conseil privé, membre do ce conseil, membre du Conseil suprême des Pays-Bas h Vienne, trésorier-général des finances, chef-président du conseil privé. Il eut la plus grande part il la direction des affaires et, dans toutes les circonstances, il fit preuve d’une grande érudition, d’uno mtelligence aussi brillante qu’active et d'une équité incorruptible. Ses opinions étaient celles de l’imniense majorité des hommes instruits do son temps. Il voulait la suppression des abus, le redressement des griefs sociaux, la diffusion des lumières. Le principe de l’indépendance du pouvoir civil eut en lui un vigoureux défenseur. L’ardeur avec laqueUe il poursuivit constamment les empiétements de l’autorité ecclésiastique est attestée par la lettre, citée plus haut, de Kaunitz h Cobenzl. Le prince-chancelier, dans cette môme lettre, appréciait hautement le talent de Neny, tout on critiquant l’usage qu’il en faisait : « M. de Neny, dit-il, est, dans les mains d’un habile homme, un excellent instrument passif ; actif, il est dangereux... » Il no faut pas oublier qu’îi l’époque où Kaunitz parlait ainsi, Neny n’avait que 42 ans et n’avait pas encore donné toute sa mesure. Le prince-chancelier n’était pas non plus, h cette époque. des plus bienveillants pour Neny (1). Il n’en fut plus de même quand Neny eut fait voir son immense talent dans la réorganisation des finances et do l'enseignement et quand il eut commencé ses remarquables mémoires (2).

Un autre fonctionnaire occupe dans les rangs des réformistes de ce temps-lii une place distinguée : c’est le vicomte Vilain XIllI, grand-

(1) Voir clans la froisiènie partie (clmpitro VU) IWaire relative n la clmire He physique expérimentale et au prêtre Needham. {Archiva de tt chanfrUn'te thu Miy*iia»f D. GU, L.)

(2) Xeuy se retira des aiïaires apréw la mort de M >rie-Thér**se.

bailli (le Gand. Vilain XIIII est tic ccs hommes auxtjuels il n'a manqué, pour se faire une belle réputation, qu’un théâtre plus en vue, une sphère d’action moins étroite. Après avoir, dans ses Réflexions sv.r les finances de la Flandre {\), signalé courageusement, dès 1755, de scandaleux abus, et indiqué les remèdes h apporter h une situation qui préoccupait fort le gouvernement ; après avoir fait un autre mémoire consciencieux sur l'épizootie qui sévit en Flandre (1749) (2), Vilain XIIII publia un travail qui a une valeur encore plus sérieuse : c’est un Mémoire sur les moyens de corriger les malfaiteurs et les fainéants à leur proyme avantage et de les rendre utiles à VÉtat. L’auteur y posa, pour ainsi parler, le premier jalon du grand système pénitentiaire. Vilain XIIII a été dans la Flandre l’un des instruments les plus actifs de l’œuvre do progrès entreprise par le gouvemejneut de Marie-Thérèse.

Aux noms do ces deux fonctionnaires distingués entre tous, nous pouvons joindre celui de IVynands, le beau-père deNeny, qui, après avoir été conseiller au souverain conseil do Brabant, passa au conseil d’État, devint conseiller-régent dans le conseil suprême de Flandre et a laissé des mémoires “ où l’on peut puiser, » nous dit l’auteur des Nouvelles lettres sur l’état présent des Pays-Bas autrichiens (3), “ une connaissance parfaite du gouvernement, de l’administration de » la justice et des finances, des prérogatives des gens en place, du y> commerce même des Pays-Bas. »

Citons encore le baron de Stassart, président du conseil de Namur, membre du conseil privé, qui est, ce semble, l’inspirateur ou le rédacteur de la célèbre ordonnance du 15 septembre 1753 contre les mainmortes; — les frères do Crompipen, dont l’un fut chancelier de Brabant et l’autre secrétaire d’État et de guerre, — et le conseiller privé baron de Cazier, trésorier-général des domaines et des finances, que Cobenzl estimait assez pour le charger do faire, en 1757, sur l’état économique des Pays-Bas, un mémoire semblable li celui que Neny fit sur l'état politique.

(1) Un volume imprimé à Gand en 1755 chez P.-J. De Goesin.

(2) Petit in-folio imprimé à Gand en 17C9 chez P.-.I. I>c Gocsin.

(3) Londres, 1782, p. 7.

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