Les peaux noires
Ce volume est le quatrième d'une série de travaux que j'ai entrepris sur la vie domestique et politique du Nouveau-Monde.
Mes précédents ouvrages sur ce sujet sont ; les Femmes du Nouveau- M onde; — les Deux Amériques ; — les Peaux-Rouges , scènes de la vie des Indiens. — Au volume que voici, succéderont : — ^Les Peaux-Blanches; — les Portraits des hommes d'Etat américains ; — les Chroniques du Nouveau-Monde.
Je ne mets aucune complaisance vaniteuse à rappeler ici les titres d'ouvrages, sans doute oubliés, et à énumérer ceux que je me propose de publier; mon but est d'éclairer le lecteur sur l'intention de ces livres qui constituent une œuvre de patience et de conscience à la fois. Je m'attends à ce que le public n'y trouve rien de plus.
Le lien qui existe entre les ouvrages déjà publiés et qui les unira tous est plus réel qu'apparent peut-être.
La société du Nouveau-Monde est multiple et multicolore ; les races qui la composent ne sont pas seulement soumises aux influences d'iui état politique variable selon les latitudes, elles subissent en même temps et avant tout les influences de la couleur de la peau.
La vie politique et la vie domestique des pays d'outre-
mer se ressent donc profondément de cette étrange différence entre des visages plus ou moins foncés. Du nord au sud, de l'ouest à l'est de ce vaste^ hémisphère, par quelque côté qu'on y aborde, île ou terre ferme, le premier spectacle qui frappe l'esprit est cette délimitation entre les races, ayant chacune ses mœurs, ses habitudes, ses antipathies, ses préjugés, ses superstitions, et vivant isolément dans le même milieu ; c'est à la longue qu'on aperçoit les chaînes qui les rattachent, et qu'on reconnaît le point oii leur existence se confond et devient une.
C'est ce qui explique comment, tout en voulant peindre dans des ouvrages séparés ces mœurs diverses, j'ai mêlé forcément en des actions communes ces deux races antipathiques l'une à l'autre : la race des blancs et celle des noirs, destinées à vivre côte à côte, en haine et en guerre , et se donnant cependant, chaque jour , des témoignages réciproques d'aiîection et de dévouement.
Dans le volume intitulé les Femmes du Nouveau- Monde, à part quelques récits que je rétablirai plus tard dans leur cadre véritable, j'ai indiqué les bases exactes de la société américaine ; le thème choisi me permettait de pénétrer plus avant dans les délicatesses de la vie privée, et de mettre davantage en lumière les éléments qui rapprochent les deux races par l'éducation et par des sentiments nés de leur antagonisme même.
Ces causes de sympathie et de discorde se retrouvent plus développées et plus indiquées dans les Peaux-Noires et dans les Peaux-Blanches. Les luttes de la vie domestique américaine se produisent là sous la forme du drame. J'y ai tâché du moins.
Ces trois ouvrages se lient aux autres par des points que je dois indiquer. La politique des États du Nouveau-Monde se compose de deux éléments essentiellement contradictoires : — la Liberté, — l'Esclavage, —