VUI
Les Indiens du continent de l'Amérique sont obligés, à cause des variations du climat, de porter des vêtements, et nous avons eu occasion de signaler à cet égard un certain luxe et une recherche raffinée chez quelques individus et dans quelques tribus. Nous avons vu que les Caraïbes au contraire n'avaient, selon l'expression goguenarde de du Tertre, d'autres vêtements que ceux dont la nature les avait couverts. Plus loin, le Révérend Père revient sur ce détail , et prenant la chose à un point de vue plaisant : a II faut, (( dit-il , un peu modifier ce que j'ai avancé dans le (( premier paragraphe — car il est très-certain qu'ils « ont presque tous les jours un bel habit d'écarlate,
« lequel, quoiqu'aussi juste que la peau, ne les em- « pêche ny d'estre vus comme s'ils n'avaient rien, (( ny de courir.
(( C'est, continue-t-il , une certaine peinture qu'ils (( appellent Roûcou , qui est dissoute avec de l'huile, « qui seiche comme de l'huile de lin ou de noix. Les a femmes ne manquent pas tous les matins, lorsqu'ils (( se doivent trouver aux assemblées publiques, mais (( principalement quand ils doivent faire voyage, de « leur donner au lieu de chemise blanche un aju.sle- « au-corps de cette peinture, depuis la plante des pieds ({ jusqu'au sommet de la teste.
« Plusieurs adjoustent pour rehausser cette couleur, «de grandes moustaches noires roquillées, et des « cernes de mesme couleur autour des yeux, quelque- « fois ils se bariolent tout le corps de rayes noires; « de sorte qu'ils sont aussi laids et horribles, qu'ils « s'imaginent estre beaux. »
Voici, d'après la même source, quelques autres détails sur leur toilette :
« Ils ont tous les oreilles, la lèvre d'en-bas, et (( l'entre-deux des narines percez, ils passent dans (( l'entre-deux des narines de longues plumes de per- « roquet, qui leur servent de moustaches : auxquelles (( ils pendent quelquefois de petites lames de cuivre \< larges comme l'ongle. Ils se passent des ameçons (( dans les trous des oreilles, et des épingles dans les (( trous de la lèvre.
« Ils portent à leur col de grands coliers, qui leur
âlO LES PEAUX KOUGES.
(( pendent jusques sur l'estomac. Ces coliers sont a ordinairement faits de dents d'Acouty, de dents de (( Chats et de dents de Léopards qui sont proprement (( ajustées dans des tresses de coton : ils portent aussi (t pendus à leur col des sifflets, qu'ils font des os de (( leurs ennemis.
(( L'ornement duquel ils font le plus de cas sont le (i Caracolis, ou Coulloucolij qui sont certaines lames (( d'un métal, qui est une sorte d'or de bas aloy, le- (( quel a cette propriété de n'estre point susceptible (( du verdet ny de la rouille. C'est ce qui fait que les « Sauvages l'ont en grande estime, et qu'il n'y a que (( les Capitaines ou leurs enfants qui en portent.
a On a cru que les Caracolis provenoient de l'Isle « d'Hispaniola, autrement Saint-Domingue : mais les « Sauvages asseurent le contraire, et disent qu'ils les (( traitent avec leurs ennemis, qu'ils appellent AUoûa- « gués, par le moyen de quelques intelligences qu'ils (( pratiquent parmy ceux de cette nation, qui leur en (( font présent, en reconnaissance de ceux qu'ils re- (( çoivent réciproquement d'eux. De sçavoir d'où ces (( Alloûages les prennent, c'est la difficulté; car ils (( disent que les Dieux qu'ils adorent, lesquels font (( leur retraite dans des rochers sourcilleux, et dans (( des montagnes inaccessibles, leur donnent pour les u obliger à porter plus d'honneur, et une plus grande (( révérence à leur souveraineté. Il se peut faire pource tant que le diable abuse les foibles esprits de ces « ignorans par cet artifice. Quoy qu'il en soit, ces
« Caracolis sont très-rares parmy eux, et ils les ap- « portent de la terre ferme.
(( Ils portent des brasselets de rassade blanche, lar- (( ges comme la main, non pas au poignet, mais au (( gros du bras, proche l'espaule : ils en ont autant aux (( jambes au lieu de jarretières.
(( La coiffure des femmes est semblable à celle des « hommes, hormis qu'elles n'y fichent point de plu- « mes, et ne portent jamais de couronne : mais elles « fichent les plus beaux peignes qu'elles ont dans « leurs cheveux, et il semble que ce soit une huppe. (( Elles se peignent de roûcou comme les hommes, et « portent aussi des brasselets comme eux, non pas au « gros du bras, mais au poignet. Elles portent des co- « liers de diverses pierreries, comme de pierre verte, (( d'ambre, de cristal, et de rassade. l'en ay veu qui (( en avoient plus de six livres pesant pendus au col.
(( Quand elles doivent paroislre dans leurs grandes (( assemblées, elles se font des ceintures tressées de fil (( de coton, et de chaînes de rassade blanche où elles (( pendent en divers endroits de petites trousses de six (( ou sept chaisnons de rassade, longs comme le doigt, (( et grand nombre de petites sonneles, afin de faire (( plus de bruit en dansant, n