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CHAPITRE DEUXIÈME LA PÊCHE À LA MORUE, DU LOUP-MARIN, ETC., ETC

Ce qui préoccupe davantage le pêcheur pendant la saisou de la pêche à Gaspé, c’est d’avoir chaque jour des appâts, (ce qu’il appelle de la boitte, d’où vient le mot anglais bait) pour ses hameçons. Si le hareng ou le caplan lui fait défaut, grande est son inquiétude. Ecoutons, M. Mathew H. Warren décrire comment l’on fait la pèche à la morue, etc. |

“ La manière pratiquée de prendre le poisson par les pêcheurs du golfe et de la côte du Labrador qui ont des ports à terre, fixes ou temporaires, est avec des barges qui peuvent porter de 6 à 12 cwts de poisson quand il est séché, ou de 8 à 13,000 poissons. Ces barges portent ordinairement 3 voiles et sont pourvues de câbles est de grapins. Chaque barge monte généralement deux hommes et aux plus grandes on y ajoute un jeune garçon.

Ils pêchent généralement avec deux lignes, chacune dans 10 à 30 brasses d’eau. Si le poisson est en abondance ils chargeront leur

barge en 3 ou 4 heures. J'ai souvent vu deux 9*

hommes prendre plus de 83,000 poissons par jour, Un autre moyen pour prendre le poisson plus en grand est avec des seines de 500 à 600 pieds de long et d’une hauteur variant suivant la profondeur de l’eau où l’on veut s’en servir. Dans un des établissements dont j'ai eu la direction durant 18 ans, au Labrador, on se servait d’une seine de 80 pieds et d’une autre de 43 pieds de haut, l’eau étant plus profonde dans une baïe que dans l’autre.

“ La barge à seine est généralement montée par six hommes. Le patron se tient sur l'avant pour découvrir le poisson et pour diriger le timonier, aussitôt qu’il en voit une bouillée ; le chef de seine avec un homme de l’équipage jette à l’eau un bout de la seine avec une cordelle y attachée ; la barge alors décrit un cercle dans la vue d’entourer la bouillée, et revient joindre le bout de la seine mis d’abord à l’eau ; il fait en sorte de jetter toute la seine à l’eau avant de faire son cercle et d'opérer la jonction, laquelle étant faite il met sa barge à l'ancre et l’affourche en travers, une moitié de l'équipage tire un bout de la seine sur l’avant et l’autre moitié tire l’autre bout sur l'arrière, tandis que le patron jette à l’eau son Doncer. Ce Doncer est un instrument de fer ressemblant à un souël d’ancre; plusieurs pièces de fer y sont atta-

chées de manière à ce quelles soient haut et bas fesant du bruit elles fassent entre la morue dans le fond de la seine où les mailles sont plus petites et la seine plus haute que dans le bas et où la morue ne peut pas passer par dessous. La partie de la seine forme le fond en sac comprenant généralement un tiers de la longueur. Aussitôt que les bras sont tirés à bord et qu’il ne reste plus que le sac à l’eau, ils commencent à joindre les mêtres du bas de la seine afin de renfermer le poisson dans le sac; maintenant que faire ? Vous avez probablement 20 ou 30,000 morues se débattant dans votre seine. Eh bien dit le patron, passez vos sallebardes de. différentes grandeurs. Ce sont de grands sacs fait de fil, capables de contenir de 6,000 à 8,000 morues. Mais direzvous, comment les y faire entrer? Rien de plus simple, lorsque vous saurez le faire ; lacez un côté de votre sallebarde à la tète de la seine et assujetissez l’autre côté à votre barge— plongez la tête de la seine qui est lacée et et le poisson s’y précipitera jusqu’à ce qu’elle soit pleine—alors fermez la gueule de la sallebarde mettez la à l’ancre en y laissant une bouée et laissez la demeurer jusqu’à ce que, par ce moyen, vous aurez vidé votre seine.

Le poisson peut se garder dans ces sallebardes deux ou trois jours, si elles ne sont pas trop

pleines; on tire le poisson de ces sallebardes avec des puisards, c’est-à-dire avec des petits rets montés sur un cercle de fer avec un manche de 3 ou 4 pieds de long.

“ Une seine prendra quelque fois 2,000 quintaux de morue dans une saison et il arrive quelquefois d’en prendre 500 quintaux dans une journée.

“ Les barges en revenant du large se placent le long du quai ou stage, qui est construit sur des pôteaux, au-dessus de l’eau, afin que les barges puissent y accoster en tout temps. La morue est alors jetée dans des boîtes, la charge de chaque barge étant déposée séparément.

“Le premier homme qui manie le poisson lui coupe la gorge d’un seul coup de eouteau et le passe à un autre qui lui décole la tête et la fait tomber à l’eau avec les entrailles par le moyen d’un trou pratiqué dans le plancher, ne réservant que le foie qu'il met dans un quart, à côté, pour être ensuite transvidé dans des grands vaisseaux où ils se convertissent en huile. Le troisième homme tranche la morue et en enlève l’arête. On les porte alors à la sallière, où elles sont placées ventre en l’air et salées. La qualité du poisson dépend beaucoup de la manière dont ces opérations sont faites.

“ Après que le poisson est demeuré cinq jours et plus en cet état, il est porté au lavoir, lequel consiste en une grande boîte suspendue, dans laquelle l’eau coule et découle constamment, et qu’on nomme Æamshorn. On lave le poisson avec une moppe et on le met en pile sur le ventre, pile qui s’appelle Waterhorse, pour égouter durant 24 heures; ensuite elles sont étendues pour sécher sur des claies, longues et étroites, formant des échaffauds appelés carrelets (Flakes) de trois ou quatre pieds de haut. Dans les endroits où le terrain est inégal ils sont construits assez longs et lages pour contenir 3 ou 400 quintaux de poissons étendus sur de longues perches quelques fois de 36 pieds, couvertes de branches de sapins. En d’autres endroïts on fait sécher le poisson sur les grèves, c’est-à-dire sur des terrains couverts de roches de différentes grosseurs, placées Les unes auprès des autres; il y a beaucoup de ces grèves formées par la nature, mais généralement il faut les faire. Dans la première période de sécher le poisson, le soir, ou lorsqu'il y a apparence de pluie, on le met en carrelets. Lorsqu'il devient plus sec on le met en piles; on fait un cercle de pierres au milieu ou près des carrelets ; le poisson y est déposé en petits cercles avec les têtes en dehors, chaque rang alternatif excédant en largeur

celui de dessous jusqu'à ce que la pile ait atteint quatre pieds de haut : alors on dispose les rangs de manière à former une pile conique que l’on couvre avec des écorces de bouleau, etc., assujetties avec des pierres pour les empécher d’être enlevées par le vent; de cette manière, ces piles sont mises à l'épreuve des plus grandes pluies,—et le poisson s’achève à un point qu'il n’est plus nécessaire que de l’étendre une fois ou deux avant de l'exporter. La morue de la Baie des Chaleurs et de Gaspé apporte un plus haut prix sur les marchés de la Méditerranée qu'aucun autre poisson.

“Sur la grève de Paspébize est située la riche et bien connue maison de MM, Charles Robin et Cie., de Jersey, qui y fut établie en 1786, par feu Charles Robin, son fondateur, et eette maison a toujours augmenté depuis.

“ Entre autres règles établies par le fondateur pour la conduite des affaires, il statua dans son testament, qu'aucune femme résida ou fut employée dans aucun des établissements de la société, et en conséquence les <ommis et les associés de la présente société de Robin et Cie. laissent leurs familles à Jersey tandis qu'ils séjournent dans la Baie des Chaleurs.

“ Cet établissement comprend un bon nombre de magasins, hangars, forge, arsenal et

boutique pour toute espèce d'ouvriers convenables à l’établissement, le tout bien fini et entretenu dans le meilleur ordre.

“ Chaque printemps, une flotte de navires et de brigantins arrive de Jersey à Paspébiac avec double équipage et tout ce qui est nécessaire pour la pèche. Ces vaisseaux sont affourchés dans le hävre, les mâts d’hunes et les vergues, ainsi que les voiles, sont descendus et mis sous abris. Quand la saison de la pêche est terminée, ces vaisseaux partent avec leur cargaison, pour ie Brézil, les Isles et la Méditerranée. Ayant disposé de leur cargaison à ces endroits, ils se rechargent de fruits ou d’autre fret pour l'Angleterre; et se réquippant à St. Hélier, dans l'Isle Jersey, où les chefs de FPétablissement résident, ils reviennent à Paspébiac le printemps suivant pour reprendre les travaux d’uge nouvelle saison.

# Sur la même grève et joignant l’établissement de Robin et Cie., se trouvent celui de LeBoutillier et frère de Jersey. (Cet établissement n’est pas aussi étendu que l’autre, mais il est également bien conduit ; ils exportent annuellement de 20 à 25,000 quintaux de morues ; Robin et Cie., en exportant 40 à 45,000 quintaux. Le poisson pour le Brézil est empaqueté dans des tambours de 128 livres chaque et pressé avec une forte vis. Les

Bréziliens transportent ces tambours dans l’intérieur de l’Amérique du Sud, attachés par paire sur le dos des mules.

“ La boitte dont on se sert le plus communément pour pècher la morue est le caplan :

c’est la plus petite espèce de la famille du saumon ; il habite les rivières du nord et ne se rencontre jamais au sud des côtes du Nouveau- Brunswick, Le caplan a 4 à 7 pouces de long et ressemble à l’éperlan qui se prend dans le St. Laurent, mais il est de couleur claire ou plutôt verdâtre. Comme l’éperlan, le caplan possède l’odeur de concombre, mais il en diffère en ce qu’il n'entre jamais dans les courants d’eau douce.

“ Le révérend M. Auspack, dans son ouvrage sur Terreneuve, décrit ainsi l’arrivée d’une bouillée de caplan dans la Baie Conception.

“ Il est impossible de concevoir et beaucoup plus de décrire l’apparence splendide, dans une belle nuit éclairée par la lune, en cette saison, La vaste surface de la Baïe est entierement couverte de myriades de poisson, de diverses espèces et grosseurs, tous activement engagés à se poursuivre ou à s'éviter. La baleine tantôt plongeant et tantôt s’élevant en lançant des trombes, d’eau, la morue bondissant au-dessus des vagues et réfléchissant ses flancs argentés au clair de la lune, le caplan

se sauvant en immense bouilée pour chercher refuge au plain, où chaque vague qui se retire en laisse des multitudes sur le sable, qui deviennent une capture facile aux femmes et aux enfants qui se tiennent là avec des brouettes et des seaux, prêts à sauter sur cette précieuse et abondante récolte, tandis que les pêcheurs dans leurs barges, avec des rets faits exprès, sont industrieusement employés à s'emparer d’une quantité suffisante de cette précieuse boitte pour leur pèche. Comme boitte pour la morue et autres poissons de cette classe, le caplan est très important, car où il est abondant la morue est toujours excellente, —une disette de caplan amène infailliblement une disette de la morue.

“ IL a été trouvé dans les régions arctiques aussi au nord que l’homme ait encore pénétré, et il forme un article si important de nourriture dans le Groënland qu’on l’a appelé le pain quotidien des naturels.

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