‹ Les pêcheries du CanadaChapitre 10 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Traiter sous toutes ses phases la vaste question de nos pêcheries, dans trois ou quatre articles de gazette, c’est là une tâche que je n’aurai par la témérité de tenter.

Je me contenterai d'inviter le lecteur à examiner avec moi le volumineux rapport de M. M. Andrews, le Commissaire nommé par les Etats-Unis, celui de M. Perley, le Commissaire de la Grande-Bretagne ; ainsi que les judicieux écrits de MM. Warren, Bossé, Hamel et autres ; de ces œuvres réunis, devra jaillir le germe de l’idée, le plan d'organisation qu’il nous faut en Canada. L’année 1858 vit inaugurer notre système actuel et si la prochaine session doit être la dernière qui aura lieu à

Québec, on sentira l’urgence de régler définitivement une question, laquelle, bien qu’elle intéresse le Canada entier, est spécialement une question Bas-Canadienne. La législation de 1858, relativement aux pècheries de rivières n’est que la mise à exécution (partielle encore) des mesures demandées par le Révérend Dr.

Adamson, dans son mémoire cité au chapitre IV. Ce n'était qu’un essai et bien que l’on ait encore accordé au saumon que l’ombre de la protection, l'essai a été un succès (*). J'ai déjà dit ailleurs que c'était le système existant, mais amplifié, mais perfectionné, que je désirerais voir continuer. Quant à la pêche des eaux profondes, il faut au contraire reviser, toute notre législation, laquelle jusqu’à présent n’a été qu’illusoire. Je veux des faits, non des théories. Je veux un plan arrêté, appuyé

(*) Si une chose plus qu'une autre est de nature à encourager le Fish and Game Protection Club, les hommes publics et les particuliers à perséverer dans leur noble mais difficile tâche de protéger le poisson et le gibier, c’est le spectacle que l’on voit aujourd'hui. Le saumon frais en juillet dernier, se donnait pour quatre sols la livre sur nos marchés, et le Col. Rhodes passait la semaine dernière à ma porte avec une cavalcade de voitures, chargées d’au delà de trente pièces de gibier, dont les plus remarquables étaient dix orignaux.

sur des données positives, sur les renseigne. ments, les témoignages des hommes les plus éclairés, les plus pratiques.

S'imagine-t-on qu’une législation effective, une organisation forte pour nos immenses pècheries va surgir d’elle-même, sans effort, sans recherche? Comment a-t-on fait, aux Etats- Unis, en France, en Angilcterre, en Ecosse, en Irlande, au Danemark, lorsque le gouvernement a été saisi de la question des pècheries ? Il s’est enquis ; il s’est entouré des spécialités : il a été puiser des renseignements partout, même à l'étranger. Notre tâche à nous est plus facile, car nous avons les recherches, les résultats d'autrui pour nous guider. Pénétronsnous de l'importance d’un sujet que M. Jos, Hamel, a fort bien développé comme suit :

“ Lorsqu'on envisage cette grande industrie sous le rapport des moyens qu’elle met en œuvre, des avantages qu’elle procure au pays qui l'exerce, des services qu’elle rend et des résultats auxquels elle peut atteindre, elle acquiert bientôt à nos yeux une très-haute importance. Si j'avais à vous faire ici l’histoire des pèches qui s’exécutent en mer, je ne saurais me borner au simple exposé des méthodes en usage chez telle ou telle nation, ni me restreindre aux considérations qui résultent de

l'étude de cette industrie au point de vue éco-

nomique : mais je devrais aussi embrasser les événements politiques, les guerres, les traités; les cessions de territoire dont la pêche a été le prétexte ou la cause; examiner la question des primes et des encouragements; tenir compte des développements progressifs, des circonstances qui tantôt ont influé sur la décadence de la pêche, et tantôt l’ont portée au plus haut degré de prospérité. Il faudrait vous initier dans la connaissance et les différentes espèces et qualités de poissons qui constituent les mcilleurs produits, parler des divers procédés de préparations pour les conserver et les rendre propres à être transportés au loin ; traiter des échanges, des armements, des expéditions maritimes dont ces produits sont la matière ou l’objet. Il s'agirait encore de faire connaître toutes les entreprises que la pèche provoque, les moyens d’en assurer le succès les dépenses qu’elle entraîne, le personnel qu’elle employe, les ressources et les bénéfices qu’elle procure ; le droit domanial sur les côtes de la mer que nous occupons et ses'limitations dans les parages où elle s’exerce, qui sont aujourd’hui (en 1852) une pomme de discorde entre la mère-patrie et les Etats-Unis, et qui pourraient devenir la ruine du Canada si l’Angleterre cédait un pouce du littoral en dedans de la ligne voulue par le traité de 1818. Ces

droits ne sauraient non plus être oubliés ; mais comme il serait impossible de faire entrer autant de détails dans un cadre aussi limité pour complément de cette masse d'instruction que je voudrais répandre et populariser, j'appellerai votre attention sur l’origine et les développements dont les pêcheries du golfe St, Laurent sont susceptibles, et sur les avantages que retireraient les habitants de Québec et du Canada en général, en se livrant à cette branche d'industrie.

“ L’étude des pêches maritimes ainsi comprise peut donner lieu à des considérations d’un erdre élevé, et le tableau de la prospérité des nations qui ont attaché à l’art de la pèche toute l’importance qu’il mérite, devient alors un exemple profitable qui doit nous faire redoubler d’efforts et d’activité pour tâcher de les imiter et les surpasser même, si les circonstances nous secondent. Mais il ne m'est pas donné de traiter un sujet aussi vaste et je dois me borner à un simple aperçu de la grande industrie si justement appelée l’agriculture de la mer, et que nous pouvons surnommer sans crainte l'Australie du Bas-Canada ! C’est ce que je vais faire avant de développer les moyens que nous avons d’égaler, de surpasser même, en peu d’années, les nations qui ne craignent pas de traverser la mer pour

venir moissonner une récolte qui nous appartient de droit et que nous avons eu jusqu'ici lapathie de nous voir enlever avec la plus pénible indifférence.

‘“ Examinons d’abord les avantages que retirent la France, l'Angleterre et les Etats-Unis des pêches du golfe, qui sont à notre porte et dont les côtes nous appartiennent presqu’exelusivement.

“ Depuis la découverte de l'Amérique du Nord, les pèches du golfe Saint-Laurent ont été un objet de sollicitude particulière, non seulement pour la Grande-Bretagne, maïs pour la France, l'Espagne et le Portugal, et plus tard pour les Etats-Unis d'Amérique ; elles ont été évidemment considérées de la plus haute importance dans la négociation de tous les traités où les intérêts des Anglais, des Français et des Américains étaient compris de ce côté de PAtlantique.

“ Il paraît que dès l’année 1517, environ 50 vaisseaux français, espagnolset portugais étaient engagés dans fa pêche de la morue, sur les bancs de Terreneuve, tandis que FAngleterre n’avait qu’un navire d’employé dans ces parages. Mais quoique le nombre en fut porté à 15 en 1718, le commerce de la pêche des autres puissances s'était amélioré à un bien plus haut degré, la France n'ayant, à

cette époque, pas moins de 150 navires ; l’Espagne 100, et le Portugal 50, employés dans ce commerce. Cependant les marine anglaise, après, augmenta rapidement, car en 1615 elle se montait à 250 vaisseaux jaugeant ensemble 15,000 tonneaux, et le nombre total employé par les Français, les Biscayens et les Portugais, à la même date, était de 4000.

“ Avant le traité d’Utrecht, l'étendue des droits respectifs des nations, qui participaient aux avantages des pêches de Terreneuve, ne fut jamais définie; mais ce traité plaça les choses sur un pied plus clair. Terreneuve elle-même et les îles adjacentes furent exclusivement laissées à la Grande Bretagne, les Français retenant le droit de pêcher sur les bancs et de.se servir du rivage desîles, depuis la Peinte Ritchie (laquelle les Français ont prétendu ensuite être le Cap Ray,) par l’extrémité mord de l'ile, jusqu’au cap Bonavista, sur le côté est. Par le traité de paix conclu en 1763, ce privilège fut confirmé à la France, et on étendit son droit de pêche dans tout le golfe St.-Laurent, à la distance de trois lieues de toutes les côtes appartenant à la Grande- Bretagne, soit continentales ou insulaires.

Leurs pèches en dehors du golfe ne pouvaient se faire qu’à la distance de quinze lieues des côtes du cap Breton. Par un autre article du

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traité, les îles de Saint-Pierre et Miquelon sont cédées à la France pour servir d’abri à ses pêcheurs, sous défense expresse de les fortifier ou de les faire garder par plus de 50 hommes de police. Aïnsi, l’on voit que ces deux grandes nations attachaient une grande importance à ce littoral de pêche, l’une en y mettant autant de restrictions, et l’autre en s’y soumettant. |

“ Lorsque les Etats-Unis, en 1783, prirent leur rang sur la liste des nations indépendantes, ils réclamèrent une participation dans les trésors contenus dans les eaux des bancs de Terreneuve et du golfe St-Laurent. Comme colonies, ils avaient recueilli la plus grande part de ces pêcheries ; et sachant ainsi les apprécier, ils demandèrent et obtinrent des priviléges particuliers, tel qu'exprimé au troisième article du traité, dans les termes suivants :

“Il est convenu que le peuple des Etats- Unis continuera à jouir, sans être inquiété, du droit de prendre du poisson de toute espèce sur le Grand-Banc et sur tous les autres bancs de Terreneuve, aussi bien que dans le golfe St. Laurent et sur tous les autres points de la mer où les habitants des deux pays ont eu, par le passé, l’habitude de pêcher. Les habitants des Etats-Unis auront la liberté de prendre du poisson de toute espèce sur telles

parties de la côte de Terreneuve qu’exploiteront les pêcheurs anglais (sans pouvoir toutefois le sécher ni le fumer sur cette île), et aussi sur les côtes, dans les baies et criques de tous les autres domaines que Sa Majesté Britannique possède en Amérique. Les pêcheurs américains auront la liberté de sécher et fumer leur poisson dans toutes les baies, havres et criques non encore colonisées de la Nouvelle- Ecosse, des Iles de la Madeleine et du Labrador, aussi longtemps que ces points demeureront inhabités; mais aussitôt qu’un de ces points se peuplera, il cessera d’être loisible aux susdits pêcheurs d'y sécher et d’y fumer leur poisson, sans s'être au préalable mis d'accord avec les habitants, propriétaires ou possesseurs du sol.”

“Il était difficile de faire la part plus large à la pêche américaine; mais sans doute il résulta, de cette latitude même, des inconvénients et des abus : car le premier soin de la Grande-Bretagne, après la paix de 1815, fut de régler sur une base nouvelle la question des pêcheries. Les négociations furent longues et difficiles, et ce fût seulement le 20 octobre 1818 que la difiiculté fut réglée, avec quelques autres points en litige, par une convention spéciale qui porte :

“ Attendu qu'il s’est élevé des différends

au sujet de la liberté réclamée par les Etats- Unis pour leurs habitants, de prendre, sécher et fumer du poisson sur certaines côtes, dans certaines baies, havres et criques des domaines de Sa Majesté Britannique en Amérique, il est arrêté entre les hautes parties contractantes :

Que les habitants des Etats-Unis auront à jamais, en commun avec les sujets de Sa Majesté Britannique, la liberté de prendre du poisson de toute espèce sur cette partie de la côte méridionale de Terreneuve qui s’étend du Cap Ray aux Iles Rameau ; sur les côtes occidentales et septentrionales de Terreneuve, depuis le Cap Ray jusqu'aux Iles Quirpon, sur le rivage des Iles de la Madeleine; et aussi sur les côtes, dans les baies, havres et criques, depuis le Mont-Joly, sur la côte méri- -dionale du Labrador, jusque dans le détroit de Belle-Ile, et de là sur toute la côte qui s'étend vers le nord, sans préjudice toutefois des äroïits exclusifs de la Compagnie de la Baiïe d'Hudson.

“ Les pêcheurs américains auront aussi à jamais la liberté de sécher et fumer du poisson dans toutes les baies, havres et criques non encore colonisées sur la partie méridionale de la côte de Terreneuve, ci-dessus décrite, et sur la côte du Labrador; mais aussitôt qu’un de

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ces points se peuplera, il ne sera plus loisible aux susdits pêcheurs de sécher ou de fumer du poisson dans les endroits habités, sans avoir au préalable conclu un arrangement à cet effet avec les habitants, propriétaires ou possesseurs du sol.

“ Les Etats-Unis renoncent ici, à jamais, à toute liberté réclamée jusqu’à présent par leurs habitants, de prendre, sécher ou fumer du poisson dans un rayon de trois milles autour des côtes, baies, havres, et criques des domaines de Sa Majesté Britannique en Amérique, non compris dans les limites décrites ci-dessus. Toutefois, les pêcheurs américains seront admis à entrer dans ces baies et havres pour y chercher un abri, réparer des avaries, acheter du bois ou faire de l’eau, mais non par aucun autre motif. Ils seront alors soumis aux règles qui pourront être nécessaires pour les empêcher de prendre, sécher ou fumer du poisson, ou d’abuser d’une manière quelconque des priviléges qui leur sont ici réservés.”

“ La seule lecture de ces deux articles suffit pour faire voir que la rédaction de 1818 n’est plus, à beaucoup près, celle de 1783. La concession générale et indéfinie, impliquée dans la première, est réduite à des limites données et environnées de réserves, auxquelles le soin

même que l’on met à les détailler, montre que l’on y attache un sens très-sérieux.

“Uneautre remarque à faire encorec’estquele droit de pècher reconnu aux Etats-Unis par le traité de 1783, n’est plus qu’une liberté, qui semble leur être octroyée dans la convention de 1818 |

“ Tels étaient et tels sont encore (en 1852,) les droits des Etats-Unis par rapport aux pêcheries de Terreneuve et du Labrador; et il est évident qu’à l’exception du droit de propriété du littoral adjacent, les Américains participent aussi directement que les sujets britanniques à tous les avantages attachés à ces pêcheries, en y fesant un commerce lucratif et en y formant des marins.

“L’Angleterre, propriétaire comme elle l'était de toutes les côtes environnantes, aurait pu conserver et jouir de ces immenses sources de richesses aquatiques d’autant plus que le simple privilége de pêcher sur les banes, qu’elle âurait pu tolèrer aux étrangers, ne leur aurait été d’aucun profit sans le droit de se servir des côtes voisines pour y sécher le poisson : et si l’on veut prétendre que naturellement on ne peut jouir d’un privilége sans l’autre, on doit dire aussi que si lesrestrictionsavaient été plus circonscrites qu’elles le sont, les sujets britanniques engagés dans la pêche ne seraient

point troublés, ni obsédés au point qu’ils le sont aujourd’hui par l’abus du privilége accordé aux Américains, lesquels se fiant sur la latitude qui leur est donnée, sont enhardis à commettre des actes outrageants contre les plus légitimes propriétaires de la côte, et font valoir une supériorité qui ne devrait appartenir qu'à la Grande-Bretagne seule, dans ce quartier.

“ L'exercice du droit des nations engagées dans les pècheries de Terreneuve, savoir : l’Angleterre, la France et les Etats-Unis d’Amérique à besoin d’être réglé au plus vite, et l’on peut déclarer ici sans crainte, qu’une telle mesure est d’une importance vitale à la préservation des pêcheries et à la prospérité future du Canada.

“ La France qui possédait autrefois l'Isle de Terreneuve avec les dépendances et toutes les côtes du fleuve Saint Laurent n’a plus aujourd’hui que les rochers stériles de Saint- Pierre et de Miquelon, avec le droit d'établir des pêcheries temporaires sur la côte la plus ingrate de Terreneuve, entre le Cap-Rouge et le Cap Saint-Jean. Cette Isle, d’un littoral si étendu, dont la position dans une des mers les plus poïissonneuses du globe est d’une si grande importance, a passé aux Anglais avec le Canada, par le traité de Gand en 1763 ; ils s’y

sont réservés un droit exclusif de pèche. Les établissements permanents qu’ils ont formés dans la partie méridionale, ont sur ceux des Français de très grands avantages ; car soit en raison de leur bonne position, soit en raison de leur stabilité et des circonstances qui viennent faciliter la préparation du poisson à des époques plus favorables, ces pêcheries anglaises donnent des produits meilleurs, plus abondants et moins coûteux. Je ne puis cependant vous donner un détail précis des revenus de cette pèche qui doivent être immenses, si l’on considère que cette province n’a à peu près d’autre commerce que celui du poisson et des pelleteries pour soutenir son gouvernement.

“ Depuis que le Canada est tombé sous la domination anglaise plusieurs postes de pêche et de chasse ont été établis sur les côtes du Labrador, mais comme l’on n’y à fait que la pèche du loup marin et du saumon, (*) telle

(*) Depuis que M. Hamel a écrit ces lignes, les choses ont bien changé. La protection que la législature a donnée aux rivières, a augmenté de beaucoup la valeur des pêcheries au saumon : la pêche à la baleine au Labrador est très importante et la destruction du hareng et du caplan sur la côte de Gaspé a chassé la morue de ces parages : depuis quelques années, on commence à prendre beaucoup de morues au Nord.—(Note de l'auteur.)

qu’il parait qu’on l’a fait encore aujourd’hui dans les mêmes établissements, on ne peut mettre ces entreprises au rang de celles qui sont revêtues d’un caractère propre à en faire espérer l'agrandissement, car ces établissements sont à peu près aujourd’hui ce qu’ils étaient il y a près d’un siècle,

“Cependant il y a eu des établissements canadiens su* un pied assez respectable. En 1828-29, et 30, plus de 15 goëlettes, avec des équipages de Québec de Berthier, da Saint-Thomas, de lIlet et du Onp Saint Ignace allaient pècher sur la Côte du Labrador, mais 1ls étaient en petit nombre, comparés aux milliers de pêcheurs Américains, Ces derniers étaient les plus nombreux et par conséquent les plus forts ; ils s’emparaient de tous les ouvrages que les Canadiens y fesaient, même de leurs grèves. Des rixes eurent lieu dans lesquelles les Canadiens furent maltraités, et tous les établissements ont été abandonnés.

“ TI] faut espérer que ces brigandages n’arriveront plus, car notre gouvernement et celui de la Nouvelle-Ecosse ont pris une attitude propre à faire respecter les droits des sujets britanniques, voulus par le traité de 1818 que je viens de vous communiquer, en y envoyant chacun une goëlette armée, avec des commis-

saires revêtus de pouvoirs suffisants pour maïntenir l’ordre et punir les délinquants.

“Cependant malgré ces précautions, il est à craindre que Jonathan n’attrappe encore John Bull dans cette négociation, comme il l’a fait dans les précédentes, c’est-à-dire dans le traité d’Asburton et celui de l'Orégon; car le président déclare, dans son adresse au congrès, que l'affaire serait déjà réglée à l’amiable sans la mort du secrétaire d’état Webster, mais il espère que cette affaire sera définitivement réglée dans le cours de cet hiver. Aïnsi, si les choses vont si vite, qu'après les démonstrations des Américains lorsqu'ils ont appris que notre gouvernement expédiait au lieu de la pêche une toute petite goëlette armée d’un seul canon, nous n'avons pas grand ayantage à espérer dans cette transaction.

“ Les parages privilégiés où stationnent les morues en grandes masses sont les Bancs de Terreneuve et la côte septentrionale du même nom; mais elles ne s’y montrent pas toute l’année : elles se maintiennent, une partie de l'hiver, dans les mers glaciales. Vers la fin de février, ces poissons abandonnent leurs réservoirs naturels et commencent à descendre vers le sud, sans dépasser toutefois le 40e degré de latitude septentrionale; ainsi, on n’en voit pas plus au sud qu’à la hauteur de

Boston ou du Cap Cod dans l’Amérique du Nord, et qu’à celle de Madrid sur la côte d’Espagne. Ils s’'approchent alors des rivages de la Norvége, du Danemark, de l’Ecosse, de l'Angleterre et de la Hollande. JTis abondent dans le golfe du Saint-Laurent, où ils arrivent vers le mois de mai; ils sont aussi très-nom- ‘breux à cette même époque sur les côtes méridionales de l’Islande, et dans les eaux de Terreneuve et du Grand-Banc. L’abondance de ces poissons migrateurs dans les mers qu’ils fréquentent d'habitude, est due à leur exceseive fécondité. Leuwenhoëk, qui l’a constaté, a trouvé que l’ovaire d’une morue de moyenne grandeur renfermait 9,384,000 œufs !

Or, en supposant la population du globe à 900miilions d’âmes, et que tous les moyens de la sustenter manqueraïent,—je dis que les nations se livrant à la pêche de la morue seulement, ne mourraient pas de faim, et que, de fait, elles pourraient vivre et même avec profusion, puisque 35,000 morues seulement, par leur fécondité, en supposant que chaque œuf produirait un petit, fourniraient assez de poisson your allouer à chaque individu 4 Ibs. par jour. Ainsi, d’une part, cette fécondité vraiment prodigieuse qui assure aux pècheurs d’inépuisables ressources, malgré les énormes quantités de morues dont ils dépeu-

plent les mers, et d’autre part, l'instinct qui porte ces poissons à venir visiter périodiquement les mêmes parages, en masses innombrables, et à stationner dans certaines eaux et sur des bancs de sable, à l’époque du frai,concourent ensemble pour faire de la pèche de la morue une des plus abondantes et des plus productives.”

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