‹ Les pêcheries du CanadaChapitre 3 sur 28 · SUR LA TAY · texte numérisé non relu

SUR LA TAY

Nous venons de laisser M.Thomas Ashworth expliquant à une assemblée publique tenue à Stormontfield en juillet 1852, le mode qu'il avait adopté en Irlande pour propager le saumon. ‘“ Mon frère et moi, continua-t il nous avons dans notre appareil 20,000 jeunes saumons que nous avons fait éclore: chaque jour, nous avons soin de leur fournir la nourriture convenable :” M. Ashworth ajoute que les habitudes et l’histoire du saumon ne sont encore qu'imparfaitement connues et que pour jeter du jour sur plusieurs points encore enveloppés de mystère, il avait écrit aux commissaires des Pècheries en Irlande, de transférer chaque année une partie des jeunes saumons des réservoirs, à l’eau de mer, les y te-

nant plongés pendant trois mois, puis de les replacer dans les réservoirs ; de continuer de ce faire, pendant plusieurs années. Les commissaires avaient fait déposer une douzaine des saumoneaux dans la salle de l'Exposition à Dublin, dans un réservoir constamment alimenté d’une eau courante: on avait adapté une échelle et des conduits pour faire sauter et remonter ces poissons d’un compartiment dans l’autre. Les spectateurs furent émerveillés de la souplesse et des ébats de ces petits êtres: on les nourissait chaque jour de morceaux de viande coupés très fins : ces expériences tendaient à faire connaitre la vie intime du saumon.

Ce système de propagation coùtait à peu près un louis du mille, c’est-à-dire un farthing pour chaque saumon. “ Le grand motif, ajouta M. Ashworth, qui me fait entreprendre cette propagation, c’est que j'y vois une vaste augmentation de nourriture pour l’espèce humaine.” Puis, il recommande fortement d’envoyer quérir M. Ramsbottom pour restaurer le poisson dans la rivière Tay et pour enseigner aux autres son art.

Un comité de suite adopta l’idée de M.

Ashworth. L'appareil pour la propagation artificielle du poisson à Stormontfeld est agréablement situé sur une rive ou plan incliné

protégé par une plantation d’arbres, à cinq milles de Perth: le site est admirablement adapté ; c’est M. Peter Brown, ingénieur civil qui a fourni les dessins et les plans pour la construction des étangs, boîtes, glissoires, etc., ete. : ils fonctionnent tous au parfait. Omettons les détails de construction pour dire un mot sur le procédé même de la propagation.

On se mit à l’œuvre le 23 nov. 1853, pour déposer le frai dans les boîtes et dans le cours d'un mois 300 boîtes avec leurs couches de gravois comme plus haut dit, contenaient 300,000 œufs” On sait que le procédé a changé depuis le temps où Lacépède écrivait.

Voici la méthode moderne :

Prenez un couple de saumons : comprimez légèrement le ventre de la femelle de la main, en la tenant par la tête, et vous lui ferez sans effort rendre tous ses œufs, que vous recevrez dans un seau d’eau rempli au quart : vous en userez de même avec le mâle dont la laite se mêlera aux œufs de la femelle, en remuant l’eau de la main à une minute d'intervalle ; versez l’eau, excepté ce qu’il en faut pour submerger le frai et remplacez le liquide par de l’eau fraiche que vous verserez de nouveau, pour y substituer une seconde fois de l'onde pure, puis déposez le frai fécondé dans les boîtes destinées à le recevoir: on place les

œufs autant que faire se peut, comme si la femelle les y avait déposés elle-même dans le cours ordinaire de la nature, mais avec cet avantage marqué que le frai, au lieu de reposer sur le lit d’une rivière, exposé à mille dangers, tel que d’être snbmergé par des dépôts alluviaux, ou d’être déplacé et entrainé par le gonflement subit des eaux, est en sureté, une fois dans les boites et parvient à maturité avec une certitude infaillible. Les premiers jeunes s’'échappèrent de leur coquille le 30 mars ; pendant les mois d’avril et de mai, la presque totalité des œufs se transforma en jeunes saumons, lesquels circulaient en tous sens : en juin, ils avaient atteint la longueur d’un pouce, et furent transportés des boîtes dans le réservoir,

Sir William Jardine dans un Mémoire lu devant l’Association Britannique, affirme en parlant des expériences faites dans la première année, que les résultats sont tout à fait satisfaisants, en autant qu’ils démontrent la possibilité de faire éclore et d'élever une grande quantité de jeunes poissons forts et vigoureux pendant deux ans, et cela (si l’on excepte les frais de construction de l'appareil) à un coût fort minime. Sir William a aussi fait rapport des opérations de la seconde année comme fort rassurantes : on commença l’œuvre le 12

nov. et le 19 déc. suivant, cent quatre-vingttrois boîtes contenaient, 2000 œufs.

Un journal tenu par un M. Marshall à un établissement de propagation démontre que les poissons mâles sont assez rares; trois coups de seine avaient donné quatre saumons femelles et un mâle seulement. Ce monsieur remarque qu'après la manipulation de l’opérateur, la femelle privée de ses œufs et déposée de nouveau dans le fleuve, s’échappa en frétillant fort alègrement. On a remarqué en Ecosse que les mâles étaient aux femelles dans la proportion d’un à quatorze.

Le cadre étroit que je me suis tracé me force de reférer l’amateur désireux d’étudier à fonds cette branche de la pisciculture à l’excellent travail de M. Coste, intitulé: Znstructions pratiques sur la Pisciculture; ce petit volume dont le prix modique le rend accessible a tous, contient tout ce qu'il est nécessaire de savoir à ce sujet: Voir Page 30, Fécondation artificielle des œufs qui restent libres.

Terminons maintenant par ces remarques du Times de Londres sur les moyens et les capitaux que l’on emploie dans les autres pays, pour acclimater les poissons, les animaux et les oiseaux étrangers. “ Le nom de M. Edward Wilson est identifié avec la transmission d’ani-

maux de l'Angleterre en Australie et vice versà. À son retour à Melbourne, il assembla quelques amis et organisa une société d’acelimatation. Rarement son nom ne parait, mais c’est à lui qu’appartient tout le mérite de l’entreprise. Il y a plus chez lui que de l’enthousiasme : ses efforts sont constants, soutenus énergiques : nos enfants et les enfants de nos enfants lui devront beaucoup. De temps à autres, on voit sa signature au bas d’une correspondance dans les journaux : il a donné deux ou trois lectures, maïs c’est plutôt un homme d'action que de paroles. Sa société, car je dois Pappeler ainsi, est un véritable succès; les fonds provenant de dons et de souscriptions ont atteint le chiffre de £1,000. Le parlement vota £2,000 pour l’acclimatation des alpacas, £500 pour la naturalisation d’oiseaux, d’animaux et de poissons.” C’est M. Wilson qui a aussi introduit en Australie la célèbre morue appelée Murray Cod, poisson vraiment gigantesque, dans la rivière Yarra. La société a maintenant en sa possession 150 animaux, 350 oiseaux et une quantité de carpes, tanches etc., ainsi que des poisson dorés et argentés.

“ Jusqu'à présent tous nos efforts pour introduire le saumon ont failli : mais nous n’abandonnons pas la partie pour tout cela. Nous

nous sommes adressé à la France, à l’Angle-

terre et à d’autres pays, surtout pour échanger des oiseaux avec eux : nous possédons maintenant dans la colonie plusieurs des oiseaux chanteurs des autres pays: on a relaché plusieurs espèces: et on entend dans nos environs le chant de l’alouette, du merle et de la grive ; il y a aussi en Australie plusieurs oiseaux indigènes que l’on pourrait échanger avec l'Angleterre.”

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