‹ Les pêcheries du CanadaChapitre 7 sur 28 · LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS ET LA PISCI- CULTURE · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS ET LA PISCI- CULTURE

“ C’est surtout dans les mesures prises depuis quelques années pour développer les pêcheries françaises, que brille dans son plus vif éclat la sagesse du gouvernement de l'empereur, dont ies efforts sont incessants, soit qu’il veuille encourager l’industrie parmi les classes ouvrières, soit qu’il s’agisse de faire fructifier les ressources naturelles du royaume. À venir à tout dernièrement, on avait prétendu totalement ignorer la capacité de l’élément liquide pour fournir à l’alimentation du peuple; mais enfin, il faut qu’une chose en soit rendu à son dernier état de décadence, avant qu’elle commence à s'améliorer.

Quand Remy et Gehim firent leur précieuse découverte, les pêcheries, surtout celles de l’intérieur étaient dans le dernier état d'épuisement : l'Etat voyant dans cette science l'aurore d’une ère nouvelle pour les pêcheries, s’y livra énergiquement. Il en est peu parmi nos lecteurs qui n’aient entendu parler du colossal appareil pour la pisciculture construit à Huningne: à l'instar d'autres entreprises du même genre, ses commencements furent faibles et peu étendus, mais après quelques années, ses proportions s’accrurent à un degré ineroyable—et là où il y a quelques années l’on trouvait seulement quelques centaines d’œufs pour repeupler les rivières de la Francs, il en existe maintenant des millions destinés au même objet.

L'Etat, désireux d'améliorer les pêcheries, n’a négligé aucun moyen d’atteindre ce but, et lors qu’il s'est agit d'étudier à fond la question et de mettre à profit l'expérience d’autrui, le gouvernement a envoyé ses émissaires en Hollande, en Norvège, en Italie. On a mis à contribution tous ces pays—et les bulletins de la Société d'Acclimatation font voir sur quelle vaste échelle et avec quelle constance, le gouvernement a suivi la marche qu’il s'était tracée à ce sujet. Nos lecteurs ont pu voir par une correspondance de M. Buckland que le gouvernement français avait intention d’envoyer un de ses agents pour s’enquérir des progrès de la nouvelle science en Angleterre, en Ecosse, en Irlande.

Cet agent, c’est M. Coumes, qui a acquis sa connaissance de la pisciculture à Huningue ; il semble éminemment qualifié pour sa mission : il est main-

tenant à Londres. Nous avons été assez heureux pour le voir et pour entendre de sa propre bouche

DU CANAD. di

<e qu’il entead faire. Il veut étudier nos lois sur les

pêcheries, examiner leur fonctionnement, constater les progres de la pisciculture, l’utilité des passes et des échelles à saumons, en un mot, réunir une somme de faits et de renseignements propres à éclairer le département dont il relève.

Nous sommes sûrs que dans une matière aussi importante et recommandée par la science et par l'utilité publique, nous ne ferons pas en vain appel à nos lecteurs en faveur de M. Coumes—que cet étranger distingué aura toutes les facilités possibles de remplir l'objet de se mission ; l'opinion qu'il £mettra sur ce qu il verra dans notre pays, étant désiatéressée, doit nécessairement avoir beaucoup de poids. Tout en exprimant l'admiration que nous éprouvons de voir le gouvernement français trayailler avec tant d'énergie à multiplier la subsistence alimentaire pour le peuple, nous ne pouvons nous empêcher de centraster ses actes avec l’inertie de notre gouvernement qui a fait si peu pour développer une science à laquelle le gouvernement français a pris une si iarge part. En France, en Allemagne, en Hollande, même en Norvège, les pêcheries sont des objets d'importance extrême. L'Angleterre seule, dout les pêcheries sont encore ælus considérables et par tant plus précieuses que celles de tous ces contrées réunies, demeure inerte et se laisse dépasser par ses voisins.”

Aïasi ajoute le Mercury de Québec, s'exprime le journal de Londres, le Fiad du 16 août dernier. Nous semmes heureux de pouvoir dire que le but indiqué dans ces lignes n’a pas échappé à l’attention de Fadministration: ce moyen d'alimenter les masses, pour ainsi dire gratis, elle ne permettra pas qu'il soit réduit à néant, par son incurie. Des spé-

culateurs privés, ont en Angleterre, en Ecosse, en Irlande trouvé dans la propagation artificielle da poisson, le secret d’amasser des fortines colossales.

La manufacture de saumons à Stormontfeld sur la Tay, d’après le rapport de M. Brown pour l'année présente, a produit 300,000 jeunes saumons dont le poids moyen est de deux à trois onces. Comme on a pris la précaution d'en marquer plu-, sieurs en leur pratiquant un petit trou dans la nageoire de la queue, on s’est assuré que les mêmes poissons après avoir quitté l’incubateur et être de. meurés cinq ou six semaines dans l'Océan, revi2nnent au fleuve qui les à vu naître, pesant de cinq à six livres et la dépense pour l'année entière n'est que de £ 50.

Nous exhortons de tous nos vœux nos gouvernants de faire construire en Canada un appareïl semblable pour propager le saumon—et nous espérons qu’en pratiquant des passes ou échelles dans les écluses, nos rivières fourmillerunt de poisson comme dans le temps passé.—(Mereury sept. 1862

Page 1