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CHAPITRE SECOND

J’ai dans le chapitre précédent fourni quelques données sur la pisciculture, je vais main-. tenant tâcher de préciser l'état où se trouve actuellement cette science. “ Peu se doutent, dit un auteur anglais, des vastes entreprises qui ont été exécutées pour propager artificiellement le saumor. ”

“ Nos amis les français donnent à ce procédé le nom de pieciculture : il a été employé en France depuis quelques années, surtout par Joseph Rémy et M. Gehim, qui s'imaginèrent avoir les premiers en 1842, découvert un art, connu cependant des Romains et pratiqué pendant près d’un siècle par des naturalistes modernes, Aux beaux jours de Rome, non-seulement on s’occupait à propager les poissons, mais encore l’on s'étudiait à communiquer à leur chair des saveurs nouvelles (*) en les engraissant soigneusement, pour en augmenter ie volume,

“ On donna une attention très minutieuse à

(*) Vadius Pollion nourissait des Muiènes avec la chair des esclaves qu'il fusait monrir : on pent cultiver la pisciculture à moins.

une autre branche de la pisciculture, l’acclimatation des poissons d’eau salée dans les rivières d’eau douce. En ceci, comme l’on peut bien penser, on ne réussissait pas sans peine : mais la science et les ressources des Lucullus d’elors étant vastes, inépuisables, le succès d'ordinaire couronnait leurs efforts.

“ Comme ce n’est pas notre fait d’aller demander aux Romains et aux Chinois ce qu'ils entendaient par la propagation artificielle dos poissons, nous n’examinerons la pisciculture que dans les temps modernes, sous son aspect utilitaire.

* C’est à M. Jacobi, parmi les modernes que revient incontestablement l’honneur d’avoir découvert l’art depuis longtemps oublié de la propagation des poissons : en 1768, il publia un compte rendu fort circonstancié et fort in téressant des résultats que trente années d’efforts lui avaient donnés.

Ce n’était pas assez pour M. Jacobi, d’avoir fait une découverte, dont la science s’était émue, il voulut que le fruit de son génie reçut la consécration des économistes, entra dans le domaine du commerce : au moment ou Jacobi dévoilait au monde ses importantes expériences, plusieurs savants distingués s’occupaient à propager le poisson artificiellement. Le comte de Goldstein écrivaient sur cette ma-

tière à M. Fourcroy et Duhamel du Monceau enrégistrait dans son Traité des pêches, la nouvelle découverts. L'idée de Jacobi trouvait droit de cité dans le journal de Hanovre, ainsi que dans les mémoires de l’académie Royale de Berlin. Un examen attentif du saumon au temps du frai uvait dévoilé’ au savant français, le mystère de la ponte et de la vivification de l'œuf. Convaincu que la fécondation s’opérait par un acte tout à: fait externe, il vit de suite que l’art pouvait suppléer à la nature, de sorte qu’en propageant les espèces sur une grande échelle, l'on pourraît produire une quantité très vaste de poissons avec une entière certitude de euccès : la réussite de Jacobi fut si complète que non seulement le gouvernement français s'empara de la nouvelle science, mais qu’il accorda à l'utile savant une ponsion sur l'état.

# Les travaux de Gehim et Remy méritent une mention honorable, car c'est surtout à leurs efforts que nous sommes redevables des vastes entreprises qui ont eu lieu dans l’art de la propagation arlificelle de toute espèce de poissons d'eau douce, Bien que, comme il a été dit précédemment, ce procédé fut connu des anciens et de quelques savants qui fleurirent il y a près d’un siècle, néanmoins, les deux pêcheurs illetrés des Vosges ont droit à

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la même gloire que s'ils eussent eux mêmes originé la pisciculture. Quand ils firent la première tentative, ils ignoraient que cela eut jamais été précédemment essayé.

“Ces deux hommes vivaient à la Bresse, obscur village du département des Vosges, territoire en renom à cause des succulentes truites que la Moselle et ses affluents fournissent aux populations d’alentour. La tentativo de propagation artificielle que Gehim et Remy entreprirent fut suivie d'un succès instantané et complet ! et pour les encourager, la Société d'Emulation des Vosges leur vota une somme considérable et une médaille en bronze. Ce ne fut néanmoins qu’en 1849 que les procédés de Gehim et Remy, attirèrent le degré d'attention que leur importance économique et scientifique réclamait. Le Docteur Haxo, d’Epinal, communiqua à l’Académie des Sciences, à Paris, un travail soigné sur la pisviculture, qui fixa sur les deux pêcheurs l'attention de l’Académie et du peuple français. Le gouvernement d'alors s'occupa de la découverte ; convaincu que tout ce que l'on en disait était vrai, il prit des mesures énergiques pour empoissonner toutes les rivières de la France, surtont celles des départements pauvres : les deux pêcheurs des Vosges, sous ses auspices se mirent à l’œuvre et bientôt les plus belles

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rivières du royaume fourmillèrent de pois:

son. |

‘ Le système en question à été introduit en Espagne,en Hollande, dans la Grande-Bretagne et dans plusieurs autres contrées. Onse figurera les proportions que la nouvelle industrie prit à l'étranger, puisque les bassins et autres structures érigées par le géuvernément, à Bâle, pour la propagation artificielle du saumon, des truites, de la carpe et autres délicieux poissons, couvrent une étendue de vingt cinq acres de terre, Il existe aussi à Huüuingue un vaste laboratoire pour le même objet, qui produit le poisson par milliers et qui alimente les ruisseaux et les rivières environnantes.

“ Ce fut M. Shaw, qui le premier en ce pays (l’Angleterre) ossaya la propagation artificielle du poisson : il y a de cela près de vingt-six anst ses expériences dans leur objet diffé” raient de celles de Jacobi, il voulait résou: dre un problème d'histoire naturelle par rapport au saumon. M. Boccius, ingénieur civil a aussi travaillé dans le même sens. Il a sur le domaine d’un seul propriétaire, produit, dit-on, 120,000 truites : il fit aussi, avec succès, des tentatives de pisciculture à Chatsworth et ailleurs. Le procédé de la fécondation artificielle a été introduit en Irlande, Deux entreprenants gentilhommes anglais pos-

sesseurs de capitaux, les MM. Ashworth, d'Egerton Hall, près de Bolton, ayant acheté les pêcheries de Lough Corribb se mirent en tête de résoudre la question suivante : “ Les pècheries au saumon de l’Irlande peuvent-elles être restanrées à Ieur ancien état de fécondité? Ce fat M. Ramsbottom, de Chitheroe, qu'ils employèrent pour diriger les essais de culture : M. Halliday fournit un compte rendu de ces opérations, dans une lettre qu'il adressa aux Commissaires des Pêcheries de l'Irlande ; nous allons en emprunter un passage.

“ Le 14 décembre 1852, on choisit un petit ruisseau à Outerard, que l’on intercepta d’une digue, afin d’avoir une provision -constante d’eau pour l’essai que l’on voulait tenter. On plaça à six pouces de la surface de l’eau dans la digue, trois conduits de bois, de deux pouces carrés et longs de quelques pieds, lesquels conduits servaient à conduire l’eau aut boîtes où devait reposer le frai, tandis que l’excédant de leatt s’échapperait par son cours naturel. Les boîtes sont longues de six pieds, larges de dix-huit pouces, neuf pouces en profondeur, ouvertes et déposées sur le sol en deux rangs avec une inclinaison de deux à trois pouces à chaque boîte, le bout de l’une reposant contre le bout de l’autre : elles sont de plus encaissées dans le sol jusqu'à un pouce du haut.

On dépose à l’intérieur d’abord une couche de petits cailloux fins, ensuite des cailloux plus gros, la couche supérieure se compose de petites pierres : le tout peut avoir six pouces de profond. On pratique dans le bout de chaque boîte une ouverture longue de douze pouces et de deux pouces de profondeur, une feuille de fer blanc replié sert de conduit d’une boîte à l’autre et empêche l’eau de s'échapper ; de cette sorte, l’eau se communique d'une boîte à l’autre et tombe dans un réservoir destiné à recevoir les jeunes poissons. ” Un simple coup d'œil à la structure de l’appareil à Québec et aux dessins dans les livres on dira plus long que toute la description élaborée de M. Halliday, mais continuons :

“ Il est consolant de savoir que la tentative en question a eu un succès digne de l’habilsté de la personne qui l’a tentée. C'est M.

Ramsbottom qui le premier a conduit a boune fin les expériences entreprises dans les trois royaumes avec des œufs de saumon. Il fit éclore en 1852, 5000 œufs, sur le domaine de Jonathan Peel, Ecuier à Knowlsmere et plus récemment encore, il figure au premier rang parmi ceux qui ventèrènt de restaurer le saumon dans la rivière Tay: voici comment il s'exprime à ce sujet :

“ La fécondité extraordinaire du poisson

ns

est un fait hors de doute : leurs œufs suffisent pour eugendrer des millions de jeunes poissons. Un saumon, par exemple du poids de dix livres contient des œufs capables de produire 100,000. Mais quand la ponte a lien, selon le cours ordinaire des choses dans les rivières fréquentées par le poisson, tant de dangers entourent la berceau de a future famiile, que rarement plus du quart des œufs en viennent à maturité. De là, nécessité urgente de préparer pour les jeunes ces réservoirs artificicis, qui les protégeront contre des dangers sans nombre, jusqu’au moment où ils seront assez forts pour entreprendre de grands voyages.

La plus vaste expérience qui ait encore été entreprise dans la Grande Bretagne pour l’ineubation du saumon, a eu lieu sur les rives de la Tay, à un endroit appelé Colinhough, mieux connu sous le nom de Stormontfield, sur les terres du comté de Mansfield. Ce projet fut enfanté à une assemblée des propriétaires riverains tenue en juillet 1852, où le Dr, Eisdale lut un mémoire sur la piscieulture ; et où M. Thomas Ashworth, de Poynton, expliqua les expériences dont ses pêcheries en Irlande avaient été le théâtre. Il dit qu'il avait depuis longtemps pensé qu’il serait aussi facile de propager artificiellement le saumon

dans nos rivières que de produire le vers à soie, bien que l’un vit dans l’eau et l'autre en plein air. C'était un fait indubitable que l'on pouvait faire éclore le saumon et : autres espèces de poissons par des moyins s’tificiels dans des rivières par milliors, a 4n coût nominal et que de cette sorte, on pouvait les protêger contre leurs ennemis naturels pendant 1a première année de leur existence : que ce temps écoalé, ils pourraient se garantir contre les périls bien plus facilement que lorsqu'ils viennent d’éclore.?

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