LORS. VS
“ Parmi les objets si dignes de l’attention de l’'économe privé et de l’économe public, comptons la connaissance des productions de la nature,la possession et la propagetion des poissons, les plus anologues aux besoins de l’homme.”
Ainsi se résume un des plus féconds problèmes de l’économie sociale, une des questions les plus pratiques, celle de nos pêcheries.
Certes, s’il doit y avoir un moment plus favorable qu’un autre pour discuter ure matière si nationale dans sa portée, c’est, ce semble, celui qui nous fait voir parmi ceux à qui le vœu populaire a confié les destinées du Canada, l'Honorable Conseiller pour la Division du Golfe, (le quartier général des pêcheries), et l'Honorable Procureur Général du Bas-Canada, qui dans un parlement précédent s’est acquis le glorieux titre de père des pêcheries ; maïs qu’est-il besoin d'adresser spécialement à nos hommes d’Etat du jour des mots que la grande voix du peuple criera dans l'oreille de toutes les administrations. “ N'oubliez pas nos pêcheries.”
La question des pêcheries, à part son mérite intrinsèque novs arrive en ce moment des Provinces Inférieures recommandée par un triste et solennel événement : l’homme illustre qui depuis des années présidait au développement des richesses marines ‘“e la Nouvelle-
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DU CANADA. 6) Ecosse, du Nouveau-Brunswick, de Terreneuve, M. H. Perley, écuyer, Commissaire des Pêcheries et Président de la Société d'Histoire Naturelle du Nouveau-Brunswick, vient de succomber, quand sa glorieuse et utile carrière n’était qu'à demi remplie: la mort la
frappé au moment où entouré d’honneurs, il
se preparait à maottre la dernière main à son œuvre de bienfaisance publique, l’augmentation des moyens de subsistance pour le peuple, l'accroissement des objets pour le comfnerce et partant, des richesses nationales.
Les hommes de science de Montréal viennent de consigner dans le Canadian Naturalist, leur tribu de louanges et de regrets, pour un homme dont la mort est une vraie calamité pour les Provinces Inférieures. ... Et pourtant nos pêcheries à nous, nos richesses naturelles sont bien autrement considérables que celles de la Nouvelle-Ecosse. Qu’avons-nous fait pour les exploiter, pour les développer ? Il est vrai que des lois ont été passées pour contrôler et protéger nos pêcheries: on a aussi affermé à des particuliers nombre de rivières sur la côte Nord du St. Laurent, lesquelles étaient précédeminent sous le contrôle de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
On a passé des ordonnances pour forcer les propriétaires de moulins, de construire dans
leurs écluses, des passes pour laisser remonter le saumon l’automne au temps du frai : cepen. dant, la loi sur ce point est violée chaque jour avec une entière impunité.
Oh! que n’avons nous une organisation semblable à celle des Provinces Inférieures : alors surgiront parmi nous des spécialités qui comme M. H. Perley, identifieront leur nom au développement de nos ressources naturelles.
Ce travail a pour but d’appeler l’attention publique sur nos pêcheries, d’en démontrer le prix, l'étendue comme objet exploitable, de dévoiler ce qui a été fait en Canada depuis
-- quelques années et de constater les résultats obtenus du: sÿsième de protection que les administrations précédentes ont inauguré. Il se divisera en deux partie: 1° la première, sera consacrée à traiter succintement la pisciculture ou propagation artificielle du saumon, avec une description de ce beau poisson et de la truite : 29 la seconde, traitera de la pèche des eaux profondes. Voyons d’abord ce que c'est que la propagation des poissons par des moyens artificiels, c’est à-dire ce que les auteurs appellent la pisciculture.
La pisciculture n’est pas une idée nouvelle : c'est la même science que plusieurs des plus beaux génies anciens recommendaient dans
leurs écrits, aux peuples les plus policés de la Grèce, et aux maîtres du monde romain:
nous orgueillons Modernes qui quelquefois nous imaginons avoir le monopole des sciences et du progrès, eh bien ! en ceci reconnaissons nos maitres ; nous ne faisons que continuer l’œuvre d’illustres devanciers et quand, ces pauvres pêcheurs des Vosges, Gehin et Remy tentaient par la reproduction du poisson dans leurs rivières épuisées, de fournir le pain quotidien à leurs familles, non seulement, ils donnaient la solution d’un vaste problème, mais sans le savoir, ils se chargeaient encore de confirmer par une preuve éclatante, irréfragable, les doctrines que l'autorité et les écrits de Xenophon, d'Oppien, de Varron, d'Ovide de Columelle, d’Ausone, avaient des siècles auparavant recommandées aux Grecs et aux Romains.
En effet la pisciculture a pour objet de ‘“ rendre les eaux aussi productives que la terre, en répandant les semences d’une abondante et utile récolte, dans tous les lacs, dans les rivières, dans les ruisseaux, dans tous les endroits que la plus faible source arrose, et par tout d'augmenter la surface fertile et nourricière du globe, de laquelle nous tirons nos véritables tréscrs.”
Il y a plusieurs moyens de pratiquer la pisci-
culture : d’abord, en transportant avec précaution le poisson mème aux lacs, aux rivières, tel qu'on l’a fait en Europe avant et surtout au seizième siècle, avec des succès si marqués ; de cette sorte Maschal à introduit la carpe en Angleterre en 1514, Pierre Oxe l’a donnée au Danemark en 1550 ; plus tard la Suède et la Pomeranie voyaient leurs eaux se remplir de nouvelles espèces, et la Chine envoyait ses beaux cyprins dorés, se reproduire en Franco, en Angleterre, en Ilollande et en Allemagne, Mais, comma ajoute Lacépède, “il est un autre procédé par le moyen duquel on parvient à son but avec bien plus de sureté, de facilité et d'économie, quoique beaucoup plus lentement.
“ Il consiste à transporter le poisson non pas développé et parvenu à une taille plus ou moins grande, maïs encore dans l’état d’embryon et renfermé dans son œuf. Pour réussir plus aisément, on prend les herbes ou les pierres sur lesquelles les femelles ont déposé leurs œufs, et les mâles leur laite, et on les porte dans un vase plein d’eau, jusqu’au lac, à l'étang, à la rivière ou au ? assin que l’on désir de peupler. On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés, d'avec ceux qui n'ont pas été arrosés de la liqueur prolifique du mâle, et que l’on doit rejeter : les premiers
paraissent toujours jaunes, plus clairs, plus diaphanes. On remarque cette différence dès le premier jour de leur fécondation, si l’on se sert d’une loupe et dès le troisième ou le quatrième jour, or n’a plus besoin de cet instrument pour voir que ceux qui n'ont pas été fécondés par le mâle deviennent à chaque instant plus troubles, plus opaques et plus ternes : ils perdent tous leur éclat, s'altèrent, se décomposent ; et dans cet état de demiputréfaction, ils ont été comparés à de petits grains de’grèle qui commencent à se fondre.
‘“ Pour pouvoir employer ce transport des œufs fécondés, d’une eau dans une autre, il faudra s'attacher à connaître dars chaque pays le véritable temps de la ponte de chaque “espèce et du passage des males au-dessus des œufs et comme dans presque toutes les espèces de poissons, on compte trois ou quatre époques du frai, les jeunes individus pondent leurs œufs plus tard que les femelles plus avancée en âge, et celles-ci plus tard que d’autres femelles plus âgées encore; que ces époques sont ordinairement séparées par un intervalle de neuf ou dix jours, et que d’ailleurs, il s'écoule toujours au moins près de neuf jours entre l’instant de la fécondation et celui où le fœtus brise sa coque et parait à la lumière, on pourra chaque année, penilant un mois ou
environ, chercher avec succès des œufs fécondés de l'espèce qu’on voudra introduire dans une eau qui ne l’aura pas encore nourrie.
Si le trajet est long, on change souvent l’eau du vase dans lequel les œufs sont transportés. (Cette précaution a paru nécessaire même dans les premiers jours de la ponte, où l'embryon contenu dans l’œuf ne peut être supposé f'espirer en aucune manière...
“ On favorise le développement de l’œuf et la sortie du fœtus en les plaçant après le transport dans un endroit éclairé par le s0- Jeil 7
IT eat superflu d’entrer dans de plus grands détails sur cette théorie de la propagation des
poissons par des moyens aïtificiels : (*) l’expérience de tous les pays, a démontré la justesse des données du comte de Lacépède, lun des plus grands noms dans les sciences naturelles en Franve,
€") Les amateurs qui voudraient s'y livrer, trouvercnt dons l’admirable petit traité de M. Coste, membre de l'Institut, d'amples reuseiguemt nt.