Les pêcheries du Canada [microforme]
Je ne crains pas que l’on me taxe d’exagération, si je dis que la Confédératiom Canadienne possède les pêcheries les plus étendues et les plus riches du monde entier.
“ Comme domaine national,” nous dit l'Honorable Peter Mitchell, qui était Ministre de la Marine et des Pêcheries en 1870, “elles sont inestimables, et comme champ ouvert à l'esprit d'entreprise et d'industrie, elles sont inépuisables. Outre leur importance au point de vue du commerce et de la richesse maritimes, elles ont aussi une valeur particulière pour les habitants. La grande variété et la qualité supérieure des produits de mer et de rivières de cette colonie, offrent une nourriture copieuse et économique, admirablement propre aux besoins domestique d’une population mixte et laborieuse. Elles ont encore, sous d’autres rapports, une valeur spéciale pour ceux qui suivent la carrière maritime, comme industrie distincte ou jointe à l’agricuiture. Les principales localités où l’on se livre à la pêche, ne sont pas généralement favorables 4 l’agriculture ; elles sont peu fertiles, ont peu d’étendue et sont soumises à certains désavantages de climat. La fécondité des eaux avoisinantes, dont la population profite sans empêchements, est une compensation pour les défauts du sol et du climat. Pour cette seule raison, les pêcheries cotières et intérieures sur lesquelles les sujets Britanniques out des droits, ont une valeur hors ligne.”
A ces affirmations d’un de nos hommes publics les plus marquants, j’ajouterai quelques chiffres, qui feront mieux comprendre encore quel champ immense d’exploitation nos pêcheries offrent à l'esprit d'initiative et d'industrie de nos habitants, aux capitalistes canadiens et étrangers et à une émigration triple et quadruple de notre population actuelle.
Le Canada égale en étendue la république des Etats-Unis, il est à peu de milles près, aussi grand que l’Europe toute entière: soit environ la quatorzième partie de toutes les terres du globe.
Borné au Nord par l'Océan Arctique, à l'Est par l'Atlantique et à l'Ouest par le Pacifique, il possède au delà de 5,500 milles de côtes maritimes bordées par des eaux riches en poissons commerciaux de toutes sortes. Au nombre de ses mers intérieures, il compte la Baie d'Hudson, le Détroit, ou plutôt la mer de Davis, le Golfe St-Laurent, tributaires de l'Atlantique, la mer Polaire, la mer de Baffin sur l'Océan Arctique. Signalons encore, à propos de mers : le Détroit de Belle-Isle au Nord du Golfe St-Laurent, les Détroits de Canso et de Northumberland an Sud du même Golfe, la Baie de Fundy entre la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick et la Baie des Chaleurs entre cette dernière Province et la Province de Québec.
N'oublions pas de mentionner aussi les lacs Supérieur, Erié, Huron et Ontario qui sont autant de mers intérieures et dont la superficie égale 27,000 milles carrés.
Laiïssant de côté, pour un instant, les 3,000 milles de côtes maritimes que possède la Colombie Anglaise, et les immenses mers intérieures du Nord-Ouest, dont les richesses, n’ayant pas encore été exploitées, nous sont en conséquence peu connues: il nous reste, dans les vieilles provinces de la Confédération, c’est-à-dire, dans la Nouvelle-Ecosse, Québec, le Nouveau-Brunswick, l'Ile du Prince Edouard et Ontario, 2,500 milles de côtes maritimes, une nappe d’eau intérieure dont la superficie égale 122,000 milles carrés et un nombre considérable de rivières importantes où abondent une variété de poissons d’une grande valeur commerciale,
Ainsi, soit que nous les considérions au point de vue de l'étendue, de l'importance, de l’abondance de l’aliment qu’elles fournissent, ou de leur valeur plus grande encore comme ressource susceptible d’un développement toujours croissant et d’une reproduction illimitée, les riches pêcheries qui bordent les côtes du Canada et celles que renferment ses grands lacs et ses belles rivières, sont une propriété nationale précieuse et durable. Employant annuellement un capital de plusieurs millions de piastres, donnant de l'occupation et des moyens de subsistance à des centaines de mille de personnes, encourageant la carrière maritime, favorisant le développement de la marine commerciale et notre commerce avec l'étranger, tenant constamment en activité et en disponibilité une classe indépendante et énergique de marins, elles méritent notre sérieuse attention, une appréciation éclairée et un encouragement en rapport avec leur valeur et leur importance.
Aussi, constate encore l’'Honorable Peter Mitchell, “les Canadiens comprennent davantage chaque année, la vaste importance de leurs pêcheries, et sont plus que jamais disposés à les conserver comme la plus belle fortune matérielle de notre héritage colonial.”
‘# Le fait que les nations étrangères ont toujours tenu avec tant de tenacité aux droits et à la liberté commune qu’elles ont pu s'assurer dans ces pêcheries, et l'empressement que manifestent les étrangers à obtenir la jouissance de ces privilèges lucratifs et étendus, constituent la plus forte preuve de l'importance grandissante de leur possession ainsi que de leur valeur commerciale et industrielle.