IT VALEUR DES PECHERIES CANADIENNES
L'on me demandera peut-être si la richesse et la valeur des pêcheries canadiennes sont égales à leur étendue ?
Quoique, vû l'insuffisance de notre population, nos pêcheries soient encore loin d’avoir acquis tout le développement dont elles sont susceptibles, leur produit annuel, cependant, comparé avec le nombre d'hommes qui y sont activement et régulièrement employés, comparé aussi au produit des pêcheries de même nature dans les autres parties du globe, prouve évidemment qu’elles sont des plus riches et des plus productives.
À mesure que notre population augmente et que nous pouvons consacrer plus de bras à cette industrie, sa valeur croît dans une proportion considérable.
Le Professeur Brown Goode,—commissaire représentant les Etats-Unis à l’exposition internationale des pêcheries de Londres, en 1883—dans un discours qu’il prononça au Con grès des pêcheries en rapport avec cette exposition, fit mention de l'immense accroissement des pêcheries canadiennes pendant la dernière décade. Il déclara qu'après une étude approfondie et attentive de ce sujet, il était tout à fait étonné— perfectly amazed—düu développement rapide de cette industrie au Canada.
Eu effet, si nous consultons les chiffres soigneusement compilés tous les ans par nos officiers des pêcheries, ces statistiques officielles nous montrent que la valeur des pêcheries canadiennes, qui en 1870 n’était que de sept millions cinq cent soixante et treize mille piastres, avait, en 1880, atteint le chiffre de quatorze millions et demi, conséquemment avait doublé pendant dix ans.
Et si nous étudions les derniers rapports officiels publiés par le Ministre de la Marine et des Pêcheries, nous y verrons que ces mêmes pêcheries dont la valeur totale, en 1880, était de quatorze millions et demi, ont produit dix-sept millions et demi en 18883. Augmentation : trois millions en trois ans.
* Quoiqu'il semble admis que notre système d'inspection soit efficace; quoique l’organisation du service extérieur de notre ministère de la Marine et des Pécheries, et nos moyens de recueillir les statistiques des pêches soient donnés comme modèles, cette organisation, cependant, laisse encore à désirer. L’on comprend facilement que
dans un pays aussi vaste et aussi étendu que le Canada, où chaque colon a toutes les facilités possibles pour pêcher, où à quelques pas de sa demeure, tout habitant peut, chaque jour, aller chercher le poisson nécessaire à la nourriture de sa famille, il est impossible peur nos statisticiens d'arriver, dans leurs rapports, à une précision
mathématique ; et ces rapports n’ont aucune prétention à l'exactitude au sujet de la consommation locale et journalière.
Le rédacteur de l’un des principaux journaux de la Nouvelle-Ecosse, la plus importante de nos provinces maritimes, disait le 25 de juin 1884 : “ C’est un fait bien connu que les rapports actuels de la quantité et de la valeur du poisson capturé dans les eaux <anadiennes, sont bien au-dessous de la prise et de la valeur réelles, et la publication de ces chiffres comme statistiques officielles est de nature à induire en erreur.”
‘# Nous croyons que les officiers de la division des pêcheries font tout en leur pou: voir pour transmettre au ministère des chiffres aussi exacts que possible,: mais il serait absurde de penser que les statistiques des pêches que l’on nous fournit actuellement, donnent une juste idée de la quantité du poisson pris dans nos eaux.”
‘“ Considérant notre position actuelle et les propositions qui nous seront vraisemblablement faites par nos amis de Washington après l’abrogation du traité de Halifax, il est très important que nous puissions avoir, sur le rendement de nos pêches, leur étendue et leur valeur, les données les plus exactes et les plus complètes possibles. Quoique nos inspecteurs tassent bien leur devoir, à ce sujet, ils ne peuvent eux-mêmes, croyons-nous, s'empêcher d'admettre que leurs rapports ne contiennent qu’un estimé
approximatif de la quantité et de la valeur du poisson pris dans les différentes Provinces de la Confédération.”
‘# Les statistiques officielles de la Province d'Ontario pour 1883,'évaluent la quantité totale de poisson capturé à un million de piastres, et des personnes bien renseignées de cette Province, nous disent que ce chiffre ne représente pas plus que la moitié de la valeur réelle; donnant comme exemple, les opérations d’une maison engagée dans
le commerce du poisson, qui, à elle seule, a fait des affaires en cette branche pour au <lelà d’un quart de million de piastres.”
‘“ Nous tenons de bonne source, que les statistiques pour le Cap Breton sont bien au-dessous de la quantité réelle de poisson pris par les pêcheries de cet endroit.”
Les remarques qui précèdent peuvent s’appliquer, avec plus de force encore, à la Nouvelle-Ecosse, au Nouveau-Brunswick et à Québec, où les chiffres donné sont loin de représenter la valeur réelle des pêcheries de ces Provinces.
Les dix-sept millions et demi de piastres plus haut mentionnées, comme valeur totale de nos pêcheries en 1883, n’ont donc trait, pour ainsi dire, qu’à la quantité de poisson préparé pour notre commerce d'exportation et pour l’alimentation de quelquesuns de nos marchés de l’intérieur. Dans ce montant ne sont pas compris les cinq millions, calcul approximatif de la valeur du poisson capturé et consommé par la population indigène de la Colombie Anglaise et de Manitoba. Et dans les autres provinces de la Confédération, contenant une population de quatre millions d'habitants, pour qui le poisson est un des principaux articles de nourriture, l'on estime que la quantité du poisson consommé est d'au moins cent livres par tête, ce qui donnerait quatre cents millions de livres, qui, à trois centins seulement par livre, produirait une somme de douze millions de piastres. Ajoutant à la valeur du poisson préparé pour le commerce, celle du poisson capturé pour la consommation locale, nous arrivons à un
grand total de trente-quatre millions et demi de piastres, valeur du produit de nos pêcheries en 1883.
Ces chiffres sont éloquents et donnent une idée de la richesse immense des eaux <anadiennes.
Mais l’on me permettra de prouver par une comparaison que les pêcheries de Y’Amérique Britannique du Nord sont les plus productives du monde entier.
L’Angleterre et les Etats-Unis, de même que le Canada, possèdent des pêcheries trèe étendues et réputées aussi très productives. Pour mieux faire comprendre la