PÊÈCHE AU LOUP-MARIN
Les troupeaux de loups-marins qui fréquentent le golfe Saint-Laurent et l’océan Atlantique, arrivent ici dans le mois de novembre, 1ls viennent dans le golfe, principalement par le détroit de Belle-Isle. Ils se tiennent près des côtes du Labrador et de Terreneuve, penétrant dans toutes les baies, rasant la rive en doublant les pointes. Ils aiment beaucoup à s'étendre sur le sable du rivage ou sur les roches plates pour se chauffer aux rayons du soleil ; mais au moindre bruit, et surtout s’il aperçoivent les pêcheurs, ils plongent et disparaissent aussitôt.
Le loup-marin est d’une grande valeur, non seulement à cause de sa graisse qui produit une huile supérieure à celle de la baleine, mais aussi pour la peau qui se tanne facilement et fait un excellent cuir.
Les premiers marins qui visitèrent le golfe Saint-Laurent, comprirent de suite
l'importance, au point de vue commercial, de cette pêche qui commença aussitôt après la découverte du Canada. Si nous ajoutons foi aux récits de maïints voyages faits sur
la côte du Labrador pendant le siècle dernier, un nombre immense de loups-marins furent alors tués.
Dans ce temps, comme aujourd’hui encore, l’on se servait de filets pour la capture de ces amphibies. Ces filets sont en cordes de chanvre, très fortes quoique fines. Leurs mailles mesurent huit pouces carrés et laissent entrer la tête de l'animal. Quel-
ques-uns ont au delà de six cents pieds de longueur sur une profondeur de soixante pieds.
L'époque du passage du loup-marin près des côtes étant généralement connu, les filets sont tendus quelques jours auparavant. Un des pêcheurs est placé comme sentinelle sur un rocher avancé et donne avis de l'approche des troupeaux. Aussitôt qu’ils sont entrés en dedans de la ligne des filets, le signal est donné et les pêcheurs se hâtent de lever, à l’aide d’un fort cabestan, un filet retenu au fond de l’eau, à l’entrée de la pêche, par des poids en plomb. Ce filet ferme l'ouverture par laquelle les loupsmarins sont entrés dans l’enclos et les emprisonnent. Alors les pêcheurs sautent dans leurs bateaux, frappent l’eau de leurs avirons et effraient par tous les moyens possibles ces animaux qui, cherchant une issue pour s'enfuir, plongent et se prennent dans les filets dont les mailles sont tenues ouvertes par des câbles placés d’une manière particulière à leur partie supérieure inférieure.
Cette pêche se pratiquant en novembre et en décembre, est très ardue en raison de la sèvérité du climat en cette saison de l’année.
Les loups-marins, gelés quelques minutes après avoir été retirés de la mer, sont placés dans de grands hangards où ils demeurent jusqu’à ce que le soleil du printemps
les ait assez amollis pour permettre de les couper par morceaux etde faire fondre leur graisse.
L'on ne se borne pas à attendre l’entrée des loups-marins dans les baies pour les y prendre au moyen de filets, mais on va leur faire la chasse le printemps sur les champs de glace qui couvrent le golfe Saint-Laurent et le nord de l’océan Atlantique. Cette dernière manière de les capturer est la plus pratiquée et aussi la plus productive.
L'on équippe pour cette chasse des voiliers fortement construits et des bateaux-àvapeur qui partent au commencement de mars afin de rencontrer ces amphibies sur les champs de glace, car une fois qu’ils ont pris la mer, il est inutile de les poursuivre <tils peuvent défier les chasseurs les plus habiles.
Les pêcheurs du Labrador et des îles de la Madeleine sont les seuls qui en Canada s'occupent de cette pêche qui certainement paierait de gros dividendes à ceux qui y placeraient des capitaux.
Terreneuve fait la chasse aux loups marins sur une grande échelle. Elle y emploie dix mille hommes. Les capitalistes, bien connus pour leur esprit d'initiative et d'entreprise, ont remplacé les voiliers, autrefois en usage, par une flotte de magnifiques bateaux-à-vapeur qui ont sur les goëlettes l'avantage de faire et de compléter deux voyages au lieu d’un.
Malgré les dépenses très grandes que nécessite l'exploitation de cette industrie, les produits sont tellement rémunérateurs, que des hommes compétents et expérimentés affirment que les capitaux qu'on y engagent ne peuvent rapporter moins de 25 p. c. mais le plus souvent donnent 50 et 60 p. c.
Chaque printemps les journaux nous annoncent que les steamers de Terreneuve sont revenus de leur campagne, les uns avec dix, quinze et vingt mille loups marins,
les autres avec vingt-cinq, trente et quarante mille. Or un loup marin, huile et peau, vaut en moyenne trois piastres.
En 1883 les pêcheurs de Terreneuve ont tué quatre cent mille de ces animaux ; valeur : un million cent vingt mille piastres. Les pêcheurs canadiens n’en ont tué
que soixante-et-quinze mille et pourtant cette chasse serait aussi productive ici qu’à l'erreneuve si nos hommes d’affaires voulaient s’en occuper.
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PÉCHERIES INTÉRIEURES.
PêÊcHe AU SAUMox,.
Moindres en importance, au point de vue commercial que les pêches maritimes, les pêcheries intérieures du Canada sont néanmoins d’une grande valeur au point de vue économique.
Faisant abstraction des trois millions de piastres qu’elles ajoutent annuellement au chiffre de nos exportations, elles sont une source presqu’inépuisable, où ceux qui habitent les rives de nos grands lacs et de nos principales rivières vont chercher partie de leur nourriture quotidienne et le poisson nécessaire à l'alimentation de nos marchés de l’intérieur.
Pêche au saumon.—Au premier rang parmi les poissons d’eau douce, se tient le saumon, qui préparé à toutes les sauces, s'étale sur l’humble assiette du pauvre de même que sur le somptueux couvert du riche.
Nos rivières, autrefois célèbres par l'abondance dn saumon qu’elles contenaient, commencent à s’épuiser par suite d’une pêche non raisonnée et du défaut de lois protégeant ce poisson dans les premières années de la découverte de ce pays.
L'on serait peut-être porté à se demander comment il se fait que maintenant, pendant la dernière décade, par exemple, en dépit des sages règlements limitant la durée de la pêche au saumon, prescrivant la dimension, le nombre et le genre des filets dont on se servira pour la capture de ce poisson; en dépit des efforts tentés par le gouvernement pour ramener l'abondance dans nos rivières; quoique nous dépensions, tous les ans, des milliers de piastres pour aider à la propagation naturelle du saumon par la pisciculture ; en présence du fait que des millions et des millions de jeunes poissons, partent chaque été de treize établissements de pisciculture que nous
maintenons, pour être distribués dans les rivières ; comment il se fait, dis-je, qu'il n’y
a pas une augmentation marquée dans la quantité annuelle de saumon capturé ?
Quoique nos côtes et nos rivières soient aujourd’hui comparativement bien gardées, quoique les officiers nommés pour faire exécuter nos lois de pêche, fassent bien, très-bien, leur devoir, cependant, je suis humblement d'opinion qu'une protection plus étendue et plus eflicace encore est nécessaire.
Le nombre des gardiens pourrait être augmenté et de bons salaires donnés à chacun d’eux afin de leur permettre de donner tout leur temps aux devoirs de leur charge. Nous devrions enfin, par tous les moyens possibles, empêcher l'œuvre destructrice des nombreux maraudeurs qui tous les automnes se rendent dans nos meilleures rivières à saumon et tuent ces poissons par milliers dans les fosses où ils montent pour frayer.
Je ne suis certes pas l'ennemi de la pêche au saumon à la mouche, où d’aucun autre genre de sport. Je me rappelle même avec beaucoup de plasir les journées agréables, les heures délicieuses que j'ai passées à faire cette pêche dans quelques-unes de nos magnifiques rivières ; mais je ne puis m'empêcher de penser et de dire que la saison pour la pêche au saumon à la mouche est, à mon avis, trop longue.
Je suis intimement convaincu que si le pêcheur à la mouche était obligé d’empaqueter ses lignes le jour même où le pêcheur au filet est forcé par la loi de laisser un libre passage au saumon, nous en retirerions de grands bénéfices,
Ceux pour qui la pêche au saumon est un moyen de subsistance et qui fournissent à nos exportations le plus fort contigent de ce poisson, sont obligés, par une loi variant avec les différentes Provinces, de lever leurs filets à une époque donnée : à la fin de juillet dans la Province de Québec, un peu plus tard dans la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick ; tandis que l’on permet au pêcheur à la mouche, qui n’a d'autre objet en vuë que son amusement, de pêcheur jusqu'à la fin de septembre, même jusqu’au 15 octobre,
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N'v a-t-il pas là une anomalie ? La conséquence d’un tel état de chosss, est que les saumons qui échappant aux filets, montent dans les rivières pour y reproduire leur espèce, tombent victimes de l’abileté du pêcheur à la mouche. Des centaines de #amons qui en produiraient des milliers d’autres sontainsi détruits. En résumé: qu’un nombre suffisant de gardiens bien payés soient nommés pour protéger nos rivières contre les dépradations périodiques des écumeurs ; que la saison pour la pêche à la mouche soit la même que celle pour le pêche aux filets ; que l’on redouble de vigilance et d'énergie pour faire exécuter les lois et les règlements prohibitifs et nous ne serons peut-être paS obligés d’encourir des dépenses élévées, tous les ans pour la reproduction artificielle, dont les résultats pratiques ne sont pas encore bien prouvés.
De ce que je viens de dire, il ne faudrait pas conclure néanmoins que nos pêcheries à saumon sont épuisées. Loin de là.
Comparées à ce qu’elles étaient il y a un demi siècle, leur abondance a diminué, mais elles conservent une importance considérable, ainsi que je le prouverai bientôt par des chiffres.
Elles sont encore une source de bien être, même de richesse, pour une bonne partie de notre population maritime et grand mombre de riches gentils-hommes, tant d’'Europe que d'Amérique, viennent chaque année, pendant la belle saison, y goûter les plaisirs du sport.
Les Etats-Unis achètent presque tout notre saumon frais et sanmuré. Celui conservé en boîte (tins) est expédié sur les marchés anglais. ,
L'on a déjà essayé, avec succès, le commerce du saumon frais entre le Canada et l’Europe et il n’est pas douteux que la qualité exportée en cet état augmentera maintenant tous les ans et à mesure que la science aura trouvé des moyens de transport de plus en plus économiques.
Dans un avenir assez prochain, lorsque nos villes de l’intérieur seront par la construction de voies ferrées, mises en communication facile et rapide avec nos principaux endroits de pêche, le commerce du saumon frais prendra certainement des proportions inconnues jusquici.
De toutes les Provinces de la Confédération, la Colombie-Anglaise est la plus cé- Jèbre pour ses pêcheries au saumon, et dans l’espace de quelques années, le développement de cette industrie y & pris des proportions presque colosales.
La prise qui en 1879 n’était que de trois millions de livres, s’est élevée jusqu'à douze millions en 1882, montrant une augmentation de neuf millions en trois ans.
‘“ Et pourtant,” nous dit M. A. C. Anderson, inspecteur des pêcheries de la Colombie, “ vû le manque de bras, occasionné par la demande toujours constante et l'engagement des ouvriers sur les chemins de fer et ailleurs, les propriétaires des fabriques pour la mise du saumon en conserves, dans cette Province, malgré l’abondance du poisson, n’ont pu livrer au commerce les quantités qu’ils auraient pu livrer dans d’autres circonstances.”
Les chiffres du rapport de la marine et des pêcheries nous disent qu’il a été pris» dans les rivières du Canada ou à leur embouchure, en 1882, quinze millions, deux cent vingt mille, cent quarante-six livres de saumon. Supposant à chaque pièce une pesanteur moyenne de quinze livres, ce qui n’est pas exagéré, nous avons un million, trente-quatre mille, six cent soizante et seize saumons. Et les statistiques de 1883 constateront certainement encore une augmentation sur les chiffres ci-dessus.
J'avais donc raison de dire que la pêche au saumon était encore loin d’être épuisée
pi sanags Aucun pays au monde peut se vanter de posséder des pêcheries de cette valeur.
Espérons que les PAT de la Colombie seront assez sages pour économiser par une pêche judicieuse, les richesses qu'ils possèdent dans leurs Dacheries au saumon, et qu'ils ne seront pas, comimne dans les autres Provinces, obligés plus tard de faire des efforts coûteux pour arrêter leur déclin ou empêcher leur épuisement. Cette réflection