SCENE XV
Les Mêmes, MADAME RENNETERRE, EMMA, MADAME DE LÉVALLE.
Madame de Lévalle. — Mon Dieu ! quels cris !
Ernest. — Ah ! madame Renneterre, mademoiselle Emma, ma sœur...
Madame de Lévalle. — Qu'ya-t-il donc?
Ernest. — Tu cherchais celui qui t'avait sauvé des flammes ? .j
Madame de Lévalle. — Eh bien ?
Ernest, montrant le colonel. — Le voilà î
Le Colonel. — Moi 1
Tous. — Lui !
Ernest. — Oui. (A part.) Si ce n'est pas, ça aurait pu être.
Madame de Lévalle. — Se peut-il, colonel ?
Le Colonel. — J'ose encore à peine croire à ce bonheur.
Ernest. — C'est lui, te dis-je, il m'a donné tous les détails. (L'emhrassant encore.) Oh ! cher ami, va !
202 LES PREYEirriONS.
crois bien que mon cœur... mon cœur... (Il s'arrête comme étouffé par l'émotion, et dit à madame de Lévalle d'un ton sérieux :) Agathe, il n'y a que vous qui puissiez payer le colonel d'un pareil service.
Madame de Lévalle, baissant les yeux. — Mon frère...
Madame Renneterre. — Mais je n'en reviens pas... Et vous êtes certain, Ernest?
Ernest. — Certain.
Le Colonel. — H y a d'ailleurs un moyen facile de s*assurer.
Ernest, vivement. — C'est inutile.
Le Colonel. — La femme qae j'ai sauvée portait des bracelets,
Ernest. — Comme ma sœur.
Le Colonel. — L'un d'eux m'est resM.
Ernest, à part. — Ah ! diable !
Le Colonel. — Et le voici.
Madame Renneterre. — Montrez. (Jetant un cri.) Ahl
Ernest. — Quoi donc ?
Madame Renneterre. — C'est le bracelet de ma fille.
LES PREVENTIONS. 20»
Madame de Lévalle, — D'Emma l
Emma. — Oui.
Ernest. — Son bracelet 1
Madame Renneterre. — Ainsi, c'est vous, colonel, qui avez sauvé mon enfant?
Le Colonel, embarrassé. — Madame...
Madasœ Renneterre, à Emma. — C'est ton sauveur t (Bas.) Évanouissez-vous, Mademoiselle.
Emma. — Mais, maman, je ne puis...
Madame Renneterre. — Alors, il faut que ce soit moi. (Feignant de s'évanouir.) Ah!...
Emma. — Ah ! mon Dieu! ma mère !
Ernest, à part. — C'est cela, elle perd connaissance pour sa fille.
Madame Renneterre, revenant à elle. — Ah ! ah ! une telle émotion...
Le Colonel. — Remettez-vous , de grâce , Madame.
Madame Renneterre, assise. — Oui, colonel, oui. (Elle lui donne la main, et prend celle de sa fille.) Ma fille, rappelle-toi ce qu'Ernest disait tout à l'heure : il n'y a que toi qui puisses payer un tel service.
Ernest, à part. — C'est cela, je lui ai fourni jusqu'à la formule !
Madame de Lévalle, d'une voix troublée. — Je me réjouis de ce qu'une erreur de mon frère ait amené une découverte... aussi heureuse... pour tout le monde.
Madame Renneterre, à Ernest, — Ah ! oui , c'est vous que nous devons remercier.
Ernest, avec humeur. — Il n'y a pas de quoi.
Madame Renneterre, se levant. — Ah !
Emma. — Vous devriez rentrer, maman.
Madame Renneterre. — Non, non, j'aime mieux prendre l'air, et si le colonel veut bien me donner le bras...
Le Colonel. — Madame, je suis à vos ordres.
Madame Renneterre , embrassant sa fille. — Chère
enfant. (Au colonel avec sentiment.) Elle vous doit la vie.
(Le colonel salue.) Venez.
(Emma les conduit jusqu'à la porte; madame de Lévalle s'est assise, pensive, à gauche ; Ernest est à droite.)
LES FIl£V£NTIONS. Ui